vendredi 24 avril 2015

Le Vin de solitude (1935)

Chronique express!

Irène Nemirovsky, auteure de l'inoubliable Suite française, décrit dans Le Vin de solitude la vie d'une famille de Russes ayant fui leur pays face à la révolution bolchevique. Je n'ai pas retrouvé le style pratiquement parfait de Suite française, mais c'est un livre très lucide sur des relations familiales particulièrement tendues et malsaines. De la petite fille qui subit en silence à la jeune femme souhaitant ardemment se venger, on y voit comment les parents peuvent facilement détruire et marquer à jamais la vie de leurs enfants... Le roman, "largement autobiographique" selon Le Livre de Poche, se termine néanmoins sur une note positive. Ce fut un bon moment que j'aurais préféré lire dans de meilleures conditions pour l'apprécier à sa juste valeur, mais le temps vole ces temps-ci...

dimanche 19 avril 2015

Pensée bloguesque

Je viens de faire le tour de quelques blogs aimés et ça fait vraiment du bien de vous lire! ♥ Je suis tellement fan de la blogo...

mercredi 15 avril 2015

The Pale Emperor (2015)

J'ai oublié de vous dire que le nouvel album de Marilyn Manson est sorti et qu'il est trop bien.

Ça fait tellement longtemps que je n'avais pas pensé ces mots que c'est un vrai évènement!

On y parle mort et décomposition, cœurs brisés et armes à feu, âmes désabusées et rage de vivre féroce; c'est grave et puissant avec une voix traînante et rauque; c'est macabre et dépressif à souhait et pourtant indomptable; on s'aime autant qu'on se hait et on se hait autant qu'on s'aime; on se morfond dans le désespoir face à un monde qui n'a pas de sens pour s'en relever grandi parce qu'on a pas besoin de sens.

C'est Marilyn Manson comme je l'aime depuis que j'ai découvert Rock Is Dead sur un CD oublié chez moi par un pote quand j'avais quinze ans. (Il y a quinze ans, donc.) Et ça fait du bien.


À écouter sans modération.

lundi 13 avril 2015

Les Fontaines du Paradis (1979)

Chronique express!


Une lecture qui traînait dans ma tête depuis longtemps. Je remercie chaleureusement le journaliste de Science & Vie qui a cité ce bouquin dans son article il y a fort longtemps (lointaine époque à laquelle j'étais abonnée à Science & Vie et trois autres magazines....). Un vrai plaisir de retrouver Arthur C. Clarke, aussi bien hors Odyssée qu'en Odyssée. Les Fontaines du Paradis raconte la conception et la construction d'un ascenseur spatial sur une île de l'océan Indien. Clarke mélange admirablement l'aspect scientifique de la chose, très clairement expliqué au lecteur mais néanmoins dense, et l'aspect humain avec une étude assez fine des forces en présence. Parfois, les chapitres sont séparés de plusieurs années, parfois de seulement quelques minutes, dans un tout cohérent dans lequel l'Émerveillement face à l'espace est vraiment mis en avant. Ajoutez une plume très sobre et agréable à lire et vous avez un grand Livre que j'ai adoré (malgré que je l'aie lu dans de très mauvaises conditions, par tout petits bouts, à cause d'un emploi du temps surchargé).

Déjà chroniqués sur le blog

vendredi 10 avril 2015

84 Charing Cross Road (1970) + La Duchesse de Bloomsburry Street (1973)


84 Charing Cross Road 

84 Charing Cross Road d'Helene Hanff est un petit roman épistolaire devenu culte. C'est l'échange entre l'auteur, une New-Yorkaise à la recherche de livres d'occasion, et Frank Doel, un libraire de Marks & Co., librairie sise au 84 Charing Cross Road à Londres, de 1949 à 1969. Forcément, on m'en avait dit tellement de bien que j'ai été assez déçue...

Je comprends que le livre ait rencontré le succès: au fond, c'est un livre qui parle de livres et tout lecteur s'y retrouve forcément. Pour ma part, j'ai été très touchée par l'amour du livre d'occasion, celui qui s'ouvre spontanément à la page la plus lue par l'utilisateur précédent ou dans lequel on retrouve des dédicaces incompréhensibles. Mais ça n'a pas suffi pour donner du goût à l'ouvrage dans son ensemble. Les lettres d'Helene Hanff sont truffées d'expressions et de références américaines que je n'ai pas comprises et je l'ai trouvée très imbue d'elle-même (malgré une pose "je ne me prends tellement pas au sérieux"); les lettres de Frank Doel, certes intéressantes, sont très factuelles. Les lettres des autres correspondants d'Helene sont plus humaines, mais là aussi il n'y a rien de très marquant.

Une lecture un peu plate donc, pendant laquelle je me suis beaucoup demandée "Ok, et alors?".

La Duchesse de Bloomsburry Street

Ce deuxième livre est le journal intime d'Helene Hanff de la mi-juin à la mi-juillet 1971, période à laquelle elle a enfin pu se rendre à Londres et rencontrer tous les amis rencontrés via la correspondance avec Frank Doel, décédé en 1969.

Je me suis encore plus ennuyée avec ce récit encore plus "poseur" que le précédent. Forcément, être en continu avec la narratrice, ça n'aide pas quand on n'aime pas la narratrice. Certes, Helene était folle de Londres et de la Londres des livres (un peu comme quand je dis que Madrid est avant tout pour moi la ville d'Alatriste), mais j'ai vraiment ressenti une énorme mise en scène pour se montrer intelligente et cultivée (mais sans jamais oublier de dire que "non pas du tout je suis une pauvresse éberluée par tant de culture") et plus "sensible" que les autres (personne n'est autant émue qu'elle par le fait de croiser Dickens à tous les coins de rue!), couplée à une certaine arrogance bien américaine (vous savez, l'attitude du touriste qui dit "Ils sont tellement gentiiiils les locals" d'un air souriant et naïf mais bien supérieur???).

En bref, une lecture que j'ai totalement loupée!

Si je ne conseille vraiment pas du tout La Duchesse de Bloomsburry Street, je pense en revanche que 84 Charing Cross Road présente un certain intérêt pour les lecteurs et les acheteurs de livres d'occasion. Les choses ont bien changé depuis les années cinquante et soixante et le livre permet de plonger dans cette époque déjà lointaine. D'ailleurs, si je l'avais lu sans avoir les attentes que j'en avais (après vérification, je l'attends depuis janvier 2011, donc j'ai eu le temps de l'idéaliser), je l'aurais certainement trouvé super.

mardi 7 avril 2015

UGC Culte: Furyo (1983)

Chronique express!


Un film intéressant que ce Furyo (Merry Christmas Mister Lawrence) de Nagisa Oshima, l'histoire d'un camp de prisonniers japonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Je n'ai pas vraiment tout capté: certains regards et non-dits ont volé loin au-dessus de mes capacités de compréhension. Mais le film est plutôt pas mal et est porté par une musique absolument superbe qui donne furieusement envie de l'aimer. On y parle d'homosexualité refoulée et de ces lâchetés qui nous suivent à la trace toute notre vie: je n'oublierai jamais le petit bossu face à la horde de bêtes sauvages qui en font le bizutage. Et le dernier plan très beau: "Lawrence! Merry Christmas! Merry Christmas, Mister Lawrence!", qui symbolise, je suppose, qu'on peut trouver de la joie même au plus bas. Un beau film donc, malgré une petite déception du côté de David Bowie, très classe mais pas aussi marquant que je l'espérais.



samedi 4 avril 2015

Les Diaboliques (1874)

Après L'Ensorcelée, deuxième rencontre avec Barbey d'Aurevilly via un recueil de nouvelles sur des figures de femmes "diaboliques". En toute honnêteté, je ne les ai pas trouvées si diaboliques que ça, mais je prends ce qualificatif comme un compliment.


Toutes les nouvelles partagent une mise en place extrêmement lente. Par exemple, un narrateur propose de parler de quelqu'un, mais commence par en dresser le portrait pendant cinq pages, puis il est interrompu, revient à son sujet, explique que ce quelqu'un lui a un jour raconté que... Bref, l'action à proprement parler est très limitée et se condense à la fin de chaque nouvelle, et si on n'aime pas l'ambiance et la langue de Barbey, il est certainement impossible de s'intéresser à ces textes.

Le Rideau cramoisi
Une histoire improbable typique du XIXe, époque à laquelle la santé des femmes était bien fragile! Malgré cet aspect absurde, j'ai bien aimé cette nouvelle et le contexte dans lequel le vicomte de Brassard raconte son histoire. Une route de nuit, des villes entrevues par la fenêtre, des questions et des souvenirs qui refont surface...

Le plus bel amour de Don Juan
Un texte moins marquant. En plus, je l'ai lu dans de mauvaises conditions. Je n'ai pas trop d'avis, si ce n'est que l'éducation sexuelle des jeunes filles a bien évolué, fort heureusement!

Le Bonheur dans le crime
Une très belle langue pour ce texte que j'ai beaucoup aimé, et où la femme pourrait en effet être qualifiée de diabolique pour ses actions. Mais bizarrement on n'y pense guère tellement on est sous le charme de ce personnage "plus grand que nature".

Le dessous de cartes d'une partie de whist
Une nouvelle macabre et glaçante très réussie dont j'ai adoré la chute. Les résédas auront peut-être quelque chose d'inquiétant après votre lecture.

À un dîner d'athées
Autre nouvelle macabre, mais beaucoup plus triste, dans laquelle un ancien soldat de Napoléon se souvient d'une femme d'exception qui partageait la vie d'un de ses officiers pendant la campagne d'Espagne. J'ai beaucoup aimé.

La Vengeance d'une femme
Une vengeance bien froide pour cette femme à l'orgueil aussi démesuré que celui de son mari. Pas sûre que cela en ait valu la peine...

Pour les amateurs de la littérature du XIXe, ce recueil est certainement un grand plaisir tellement sa langue est élégante et fluide. Le fait qu'il ne s'y passe pas grand-chose rebutera par contre beaucoup de lecteurs. À vous de voir.

mercredi 1 avril 2015

La gamelle de mars 2015

Mars a été plutôt calme, mais tout de même satisfaisant dans l'ensemble.

Sur petit écran

Very Bad Things de Peter Berg (1998)
Petite déception pour ce film que j'avais trouvé hilarant à l'époque. Il a un peu de mal à démarrer et a mal vieilli (à l'âge de quinze ans à peine, ça a quelque chose d'inquiétant, mais je crois que les années quatre-vingt-dix sont devenues un peu ridicules avec le recul). Les acteurs surjouent totalement, surtout John Favreau. Mais bon c'est quand même de plus en plus drôle au fur et à mesure et Christian Slater sauve la mise parce que ce rôle de psychopathe lui va vraiment bien. (Pour ceux qui ne le savent pas: je suis une groupie absolue de Christian Slater.)
 
Sur grand écran

Les Chevaliers du zodiaque - La Légende du sanctuaire de Keiichi Sato (2014)
Les armures étaient très jolies.

Chappie de Neil Blomkamp (2015)
Du bon et du moins bon pour le troisième long-métrage du réalisateur de District 9. Le personnage de Chappie est vraiment très bon: ce robot est super touchant et triste et drôle à la fois, comme Wall-e. Visuellement, le film est aussi très réussi. J'aime bien ces décors urbains sales et usés. Mais les acteurs humains font vraiment le minimum syndical et la fin part un peu en vrac avec des fusillades dans tous les sens; du coup, on ne peut pas vraiment dire que le film fait tellement réfléchir. Je l'ai cependant trouvé plus intelligent la deuxième fois que je l'ai vu.


Kingsman: Services secrets de Matthew Vaughn (2015)
Un bon moment très fun (pour dire ça en bon français), ce film que je croyais du niveau de Charlie Mordecai est en fait très amusant et s'assume totalement en tant que parodie de films d'espionnage. Colin Firth a grave la classe et Samuel L. Jackson fait un méchant vraiment sympa. Mark Strong est irrésistible et Taron Egerton, le jeune premier, est pas mal du tout. Un bon film du dimanche et une bonne surprise. En plus, il y a Mark Hamill!

The Voices de Marjane Satrapi (2015)
LE film que j'attendais avec impatience à cause du merveilleux MONSIEUR MOUSTACHE, le chat qui incite son humain à tuer! En fait, The Voices est beaucoup moins drôle que la bande-annonce ne le laissait penser, et surtout beaucoup plus triste et inquiétant. Du coup, je suis restée un peu décontenancée et il faudra que je le revoie pour mieux le juger. Il n'empêche que c'est un film bien pensé et original, avec un univers assez délirant, bref quelque chose de pas formaté du tout et de très intéressant du fait qu'il présente un tueur en série qu'on ne peut que considérer comme innocent.


American Sniper de Clint Eastwood (2015)
Un film très réussi pour papy Clint. J'ai angoissé tout du long et, pour la première fois, j'ai trouvé Bradley Cooper convaincant et juste dans son rôle (bien qu'un peu monoface). L'histoire est forcément dure mais m'a semblé traitée intelligemment (et a mis pour moi un peu de gris dans les évènements). Notons que la fin laisse songeur: [spoiler] survivre pendant trois ans en Irak avec une prime de 180 000 dollars sur sa tête pour finalement se faire butter par un vétéran américain aux États-Unis, c'est ironique [fin du spoiler].

Du côté des séries

Quelques épisodes de la saison 4 d'Arabesque. Les trois derniers épisodes de la saison 5 de Downton Abbey et le spécial Noël. Que d'émotions dans cette série! J'ai failli faire une crise cardiaque quand Mary a participé à une course de chevaux et j'ai versé ma larmichette face à la grande et belle émotion de Mrs Patmore. Pfiou! Vivement la saison 6!

Le reste

Comme tous les mois, j'ai lu avec enthousiasme mon Cheval Mag adoré. Mais j'ai aussi lu un vieux hors-série de Science & Vie consacré aux "mondes disparus", c'est-à-dire à l'apparition et l'évolution de la vie sur Terre. Une lecture très intéressante et un excellent complément à mon MOOC sur les dinosaures.


That's all, folks! :)

samedi 28 mars 2015

Dino 101

De janvier à mars, j'ai suivi mon tout premier MOOC: Dino 101.


Un MOOC est une formation en ligne, ouverte et de masse: un massive open online course. Apparemment, c'est la nouveauté qui cartonne depuis quelques années. Né aux États-Unis, le phénomène a pris de l'ampleur et on trouve maintenant des cours proposés par les universités de nombreux pays.

Dino 101 est un MOOC de paléobiologie des dinosaures dispensé par l'Université de l'Alberta (Canada) sur Coursera, la principale plateforme de MOOC, d'une durée de douze semaines.

Chaque semaine, j'ai donc regardé quelques vidéos d'une durée de 5 à 20 minutes (pour un total d'une heure maximum) sur un sujet donné, par exemple "Appearance and Anatomy" en semaine 1 et "Dinosaur Extinction" en semaine 12. Puis j'ai répondu à de courts QCM pour en quelque sorte valider ma participation. (Il est tout à fait possible de s'inscrire et de regarder les vidéos sans répondre aux QCM.)

Le bilan est extrêmement positif. Il ne s'agit absolument pas (et même pas de loin) d'une formation universitaire en paléobiologie, mais plutôt de conférences de vulgarisation scientifique destinées au grand public. Le fait d'avoir affaire à des professionnels assure la qualité de l'enseignement, mais quiconque peut suivre le cours, y compris des enfants je pense, et c'est tant mieux!

Les vidéos sont très pédagogiques et très dynamiques (avec des animations 3D vraiment géniales qui permettent au participant de manipuler des fossiles!!) et les intervenants, des membres du personnel de l'Université, sont très agréables. Pour ceux qui hésitent à cause de la langue, sachez qu'ils parlent anglais très distinctement et que des sous-titres anglais sont disponibles. Toutes les vidéos sont proposées au téléchargement, tout comme des fiches et un glossaire. Un vrai petit trésor que j'ai soigneusement mis de côté.

D'un point de vue professionnel, cette expérience ne me servira probablement jamais à rien, mais c'était vraiment un très bon moment et j'ai appris plein de choses passionnantes. En plus, c'est super agréable de retrouver un processus d'apprentissage, de relire ses notes... Je n'irais pas jusqu'à parler de formation continue, mais c'est vraiment une expérience enrichissante.



D'une manière plus générale, je suis vraiment enthousiaste par l'existence des MOOC et la possibilité de partager le savoir partout dans le monde: je crois avoir lu quelque part que 40 000 personnes ont déjà suivi Dino 101. C'est assez incroyable de penser à un tel impact.

L'enthousiasme est tel que je me suis inscrite à plusieurs autres MOOC:
The Horse Course de l'Université de Floride (six semaines, en cours)
Les chansons des troubadours de l'Université Bordeaux Montaigne (six semaines, en cours)
Fantasy, de l'Angleterre victorienne au Trône de fer de l'Université d'Artois (cinq semaines à partir de mi-mai)

Il ne me reste qu'à trouver des MOOC amusants en italien et en espagnol. :)

mercredi 25 mars 2015

Les Lauriers de cendre (1984)

Chronique express!


Un roman historique extrêmement bien documenté mais ennuyeux à périr: voilà en deux mots Les Lauriers de cendre de Norbert Rouland, l'histoire d'un jeune noble romain du Ier siècle av. J.-C. à qui il n'arrive que des malheurs. Écrit dans un style complètement plat et sans aucun connecteur logique dans des paragraphes interminables, ce roman m'a furieusement rappelé Le Lecteur de cadavres. Malgré la bonne volonté de leurs auteurs respectifs, tous deux passent totalement à côté du potentiel d'un destin et d'un contexte tout à fait pertinents (même s'il ne s'agit pas de faits réels ici). Je n'aime pas être aussi lapidaire mais j'ai vraiment trouvé ce livre mauvais et je suis encore restée songeuse face aux choix éditoriaux d'Actes Sud, une maison très respectée mais que je ne comprends vraiment pas. À lire uniquement si vous avez une passion pour les mœurs des Romains de l'époque...

mardi 17 mars 2015

Surprise du jour

Certains jours, j'adore-surkiffe-idolâtre mon métier à la folie!



Une surprise d'autant plus belle que je n'attendais que le livre, pas le jeu proposé avec.

Si vous êtes curieux, mon nom est dans la liste des traducteurs. (On est plusieurs sur le coup vu la taille du projet. ^^)

dimanche 15 mars 2015

Les Mots perdus du Kalahari (2002)

Chronique express!


Les enquêtes et petites aventures de Precious Ramotswe, première femme détective du Bostwana, continuent avec ce quatrième livre d'Alexander McCall Smith, lu avec autant de plaisir que ses prédécesseurs (et même peut-être un peu plus). Vous connaissez cette impression de rentrer chez soi et d'enfiler ses pantoufles qu'on ressent quand on retrouve des personnages qu'on aime et en qui on a toute confiance? Voilà ce que j'ai ressenti en commençant The Kalahari Typing School for Men. Ces personnages modestes, courageux, drôles et attachants ont gagné en épaisseur au fil des pages et sont devenus comme des amis. Au menu de ce tome: une formation de dactylographie pour hommes, un éleveur d'autruches qui veut réparer des erreurs commises dans sa jeunesse et, surtout, l'arrivée de la CONCURRENCE pour Mma Ramotswe et son assistante Mma Makutsi. Avec son modeste slogan "Ex-CID. Ex-New York. Ex-cellent", la Satisfaction Guaranteed Detective Agency entend bien piquer des parts de marché à la No. 1 Ladies' Detective Agency...

Déjà chroniqués sur ce blog
Mma Ramotswe détective (The No. 1 Ladies' Detective Agency)
Les Larmes de la girafe (Tears of the Girafe)
Vague à l'âme au Botswana (Morality for Beautiful Girls)

jeudi 12 mars 2015

Le Livre des contes perdus II (1984)

Après plusieurs longs mois passés à renvoyer ma lecture, j'ai enfin attaqué Le Livre des contes perdus II, deuxième tome de l'immense Histoire de la Terre du Milieu et suite directe du Livre des Contes perdus I.


Une bonne surprise: hormis les deux derniers textes, ce tome-ci est beaucoup plus "lisible" que le premier, notamment parce que le style de rédaction est moins archaïque. Tolkien reste très désuet et grandiloquent, mais pas au point de rendre la construction de ses phrases difficile à appréhender.


The Tale of Tinúviel
Première version de la belle histoire d'amour de Beren et Tinúviel, avec pour principale différence que Beren est ici un elfe et qu'il y a des chats démoniaques. Le reste de l'histoire est sensiblement ce qu'elle sera dans Le Silmarillion. J'aime beaucoup ce récit et la version proposée ici est assez finalisée, elle se lit donc très bien.

Turambar and the Foalókë
Première version de l'histoire de Túrin, un des malheureux enfants de Húrin. Je n'aime pas du tout ce personnage impulsif et j'ai déjà lu son histoire de nombreuses fois (deux fois dans Le Silmarillion, deux fois dans Contes et légendes inachevés, une fois dans Les Enfants de Húrin), du coup il m'est particulièrement sorti par les trous de nez. Comme Tinúviel, le récit est cependant bien construit et complet.

The Fall of Gondolin
Un de mes épisodes préférés du Premier Âge de la Terre du Milieu, le récit de la chute de Gondolin réunit la splendeur et la nostalgie d'un monde perdu que j'adore chez Tolkien. Cette cité cachée au cœur des montagnes, joyau des elfes et sorte de souvenir de la lumière de Valinor vu qu'il y pousse deux arbres nés des premiers Arbres qui ont illuminé le monde, est juste sublime, et ce d'autant plus qu'on sait dès le début qu'elle est condamnée par la haine et les hordes de Melko. Ce sont Tuor, un homme, et sa femme Idril, elfe fille du roi de Gondolin, qui vont mener vers le sud quelques survivants, dont leur fils Eärendel.

The Nauglafring
L'histoire de l'or du Foalókë, dont les Nains ont fait un collier superbe pour que le roi des elfes Tinwelint (le futur Thingol de Doriath) y porte le Silmaril volé par Beren à Melko. Mais l'or est maudit et entraînera la chute de ce beau royaume. J'ai nettement moins aimé ce récit. On retrouve le thème éternel de la fascination maléfique des possessions matérielles qui finissent par ruiner ceux qui les aiment trop, et parfois on a l'impression que les personnages manquent vraiment de bon sens. En plus, les fils de Feänor sont vraiment odieux.

The Tale of Eärendel + The History of Eriol or Aelfwine and the end of the tales
Ces deux derniers chapitres sont des essais, Tolkien n'ayant pas proposé de version définitive (ou partiellement définitive) dans les carnets devant devenir le Livre des contes perdus. Christopher Tolkien compare donc des notes et quelques paragraphes rédigés. C'est un travail de fourmi à l'intérêt relatif et j'ai donc pas mal survolé.

D'une manière générale, j'ai ressenti une pointe de lassitude en lisant ce livre: d'une part parce que  j'ai déjà lu toutes ces histoires ailleurs et d'autre part part parce que la destruction systématique des bonnes choses par des individus bornés m'a un peu agacée. Je pense parfois que Melko n'avait pas besoin de se donner tant de peine pour détruire les elfes, ceux-ci s'auto-détruisaient très bien tout seuls!

J'en retiens cependant, comme toujours, un respect immense pour le travail si minutieux de Tolkien et une fascination sans bornes pour le monde merveilleux qu'il a créé. Et quelques détails que j'ai redécouverts ici: Tinúviel n'était pas juste une elfe, c'était la fille d'un elfe et d'une maïa; Eärendel (futur Eärendil), fils de Tuor et Idril et donc demi-elfe, a épousé Elwing, petite-fille de Tinúviel et donc elfe partiellement maïa; et leur fils s'appellera Elrond. (Je savais bien qu'Elrond descendait de Tinúviel mais je ne me souvenais pas bien des étapes et j'avais totalement oublié qu'Eärendel était concerné.)


Comme le premier tome, il s'agit d'une lecture à réserver aux gens vraiment mordus de Tolkien et ayant déjà lu ses autres œuvres, notamment Le Silmarillion. C'est beaucoup trop complexe pour des novices et bien trop studieux pour quelqu'un qui n'est pas passionné par l'auteur et son univers; et il faut bien savoir que le temps de lecture n'est pas proportionnel au nombre relativement modeste de pages (380 dans mon édition, 445 au Livre de Poche).

Prochaine étape: Les Lais du Beleriand. J'espère ne pas laisser passer trop de temps avant de m'y atteler! (Mais un peu quand même, car j'aurai alors la joie de lire encore une fois l'histoire de ce cher Túrin, et en vers en plus, et sous deux versions, donc je risque de craquer si ça vient trop tôt! ^^)

dimanche 8 mars 2015

Zadig ou la Destinée (1748)

Chronique express!


Petite relecture que ce vieux classique, lu au lycée (mais dans un contexte que j'ai oublié: quand on avait parlé des Lumières à partir du cycle sur l'autobiographie?). Zadig est très sympathique mais sent un peu trop l'exercice de style. À chaque chapitre, le courageux, juste, sage et bon Zadig est confronté à des individus lâches, injustes, ignorants et méchants, qui tirent leur épingle du jeu tandis que lui est condamné à enchaîner les malheurs (diable, c'est ma propre vision du monde, ça!). On sent un peu trop que Voltaire a envie de dénoncer certains comportements. Il me semble que Candide, qui fonctionne fondamentalement de la même manière, se lit plus facilement en tant que roman à part entière. Il n'empêche que Zadig est une lecture agréable et rapide qui dépoussière pas mal de souvenirs de cours d'histoire et de français, et que le monde oriental présenté ici fait assez rêver même s'il est complètement archétypal. Et puis la fin, somme toute, remonte le moral. Un bon moment de lecture au final.

jeudi 5 mars 2015

Contes cruels (1883)

Après Barbey d'Aurevilly, nouveau retour en arrière avec Villiers de l'Isle-Adam, un auteur lu au lycée et jamais relu depuis.

Avec du recul, je me demande si ma prof de français de l'époque, un personnage un peu schizophrène, n'était pas une réelle spécialiste des écrivains français marginaux relativement oubliés par la postérité.


Contes cruels est un recueil de nouvelles réunissant théoriquement un thème commun, la cruauté. Je n'y pas vu grand-chose de cruel en réalité, mais admettons. Comme beaucoup de recueils, il m'a semblé inégal: en plus d'un choc culturel et temporel qui m'a fait passer à côté de pas mal de sous-entendus, j'ai trouvé Villiers tour à tour très bon et absolument passable dans son style d'écriture. Les thèmes abordés, en revanche, ont éveillé mon intérêt et restent d'actualité.

À retenir:

Véra (1874)
Une des deux nouvelles pour lesquelles la prof en question avait cité cet auteur alors qu'on parlait de l'amour et de la mort. Ce texte est vraiment très élégant et j'adhère totalement (à tel point qu'il y a trois ans j'avais cité les protagonistes dans un Top Ten Tuesday). On y aborde un sujet qui m'a semblé récurrent dans le recueil, une sorte d'influence de la volonté sur la réalité ("Et comme il ne manquait plus que Véra elle-même, [...] il fallut bien qu'elle s'y trouvât").

Vox populi (1880)
Une courte nouvelle très réussie sur le contraste entre les cris de la foule et ceux d'un mendiant aveugle, année après année, qui fait réfléchir sur la volubilité des masses. Parfaitement d'actualité.

Deux augures (1883)
Un texte beaucoup plus redondant, presque ennuyeux à lire, représentant bien ce que je n'ai pas aimé dans ce recueil. J'en parle néanmoins parce qu'il est très drôle: un éditeur de journal explique à un aspirant écrivain qu'il ne peut absolument pas le publier parce que son texte n'est pas assez mauvais. De quoi relativiser mon opinion de plus en plus basse des journalistes actuels.

L'Affichage céleste (1875)
Autre texte redondant et démodé, mais tout à fait précurseur dans sa vision de la publicité.

Le Convive des dernières fêtes (1874)
Un texte prévisible mais un peu glaçant. J'ai bien aimé qu'on se penche sur ce personnage un peu psychopathe qui doit quitter les fêtes nocturnes auxquelles il participe car il a un rendez-vous qu'il ne peut vraiment pas manquer à l'aube.

Impatience de la foule (1876)
Un texte un peu cruel qui rejoint Vox populi en pointant du doigt la foule et ses réactions imbéciles. Facile à retenir car il se passe dans la Grèce antique.

Fleur de ténèbres (1880)
L'autre texte cité par ma prof de l'époque. À peine une page recto-verso. Je n'ai pas apprécié le style, mais le contenu me plaît. Il y a vraiment des fleurs et on peut vraiment les qualifier "de ténèbres", ça flatte mon côté gothique refoulé.

Les Brigands (1882)
Autre texte sur l'imbécilité de la foule et une attaque contre la bourgeoisie. Amusant et, avouons-le, cruel! Un peu glaçant, en revanche, car très plausible...

L'Inconnue (1876)
La meilleure nouvelle du recueil avec Véra. Ce texte aborde une figure rarement traitée, celle du sourd. Villiers m'a vraiment touchée, je l'ai trouvé très humain et... pas cruel pour un sou. Je ne suis pas prête d'oublier cette inconnue...

Le tri a été difficile; même si j'ai traîné ce recueil un bon moment, je me suis rendu compte au moment du bilan que presque toutes les nouvelles abordaient des sujets intéressants. Il est un peu décourageant de voir que les choses évoluent si peu, d'ailleurs...

lundi 2 mars 2015

La gamelle de février 2015

L'année 2015 continue avec succès en ce mois de février. Si je n'ai pas eu de gros coup de cœur, je n'ai eu aucune fausse note (même Cinquante nuances de Grey, que j'ai vu pour accompagner une amie, s'est révélé bien mieux que je ne le pensais). Je crois que si la production cinématographique était toujours de ce niveau, le QI moyen de l'humanité exploserait!

Sur petit écran

L'étrange Noël de Monsieur Jack de Henry Selick (1993)
Je n'avais jamais vu ce grand classique en entier et c'est enfin chose faite grâce à un cadeau d'anniversaire bien pensé. C'était un rattrapage d'autant plus nécessaire que je croyais que Jack était prisonnier du monde de Noël et que le méchant de l'histoire était le maire! Héhé. Un film très sympathique au final. Je comprends le succès. Malheureusement, ça chante tout le temps et je n'ai pas tellement accroché les mélodies: j'ai donc trouvé le temps long.

Les nouveaux héros de Don Hall et Chris Williams (2014)
Le film d'animation du moment. Très sympathique grâce au personnage de Baymax, le robot blanc qui donne envie de faire des câlins ("hugable" en anglais - je kiffe ce mot). Il présente cependant le problème habituel des dessins animés: pour faire vite et simple, on ne creuse ni les personnages ni l'intrigue, et du coup c'est un peu léger.

Le Monde perdu - Jurassic Park de Steven Spielberg (1997)
Mon avis n'a pas changé avec cet énième visionnage: ce film se sauve par l'humour. On n'est pas du tout à la hauteur de Jurassic Park, mais c'est vraiment très drôle et truffé de répliques cultes. Du coup, j'adhère. Notons cependant que des gens ont visiblement été payés pour refaire Jurassic Park plan par plan (des héros pendus à une corde le long d'une falaise, un gros bientôt mort qui enroule une corde autour d'un arbre sous la pluie, et tant d'autres) et qu'il y a énormément d'incohérences (notamment ces héros qui ne voient qu'au dernier moment des dinosaures ou des gens qui sont pourtant plantés devant eux). Mais c'est drôle, donc. Et puis le rôle de Julianne Moore est très sympa; c'est un plaisir de voir Tim et Lex grandis; la balade du Tyranosaure à San Diego est géniale; Jurassic World arrive dans quelques mois; et puis y'a des dinosaures. Donc voilà.


La grande vadrouille de Gérard Oury (1966)
Encore une lacune de comblée. J'ai enfin regardé ce grand succès du cinéma français, que j'avais récupéré chez des amis il y a... six ans. J'étais plus que sceptique, mais le film est réellement drôle et moins "bêtement franchouillard" que je ne le craignais (même si c'est très franchouillard - en fait c'est du franchouillard inoffensif qui fait rêver, cette France bucolique où tout le monde est heureux et où on croirait presque que l'occupation nazie était une partie de plaisir). Le duo de Funès-Bourvil marche vraiment bien, je comprends qu'ils aient cartonné.

Sur grand écran

Foxcatcher de Bennett Miller (2014)
Un film sur un millionnaire qui prend sous son aile des lutteurs pour les amener aux JO. À savoir: c'est long et lent. Je me suis parfois demandée où on allait (pour une fois que le spectateur n'était pas tenu par la main, c'était limite trop brumeux). Néanmoins un film intéressant. Les acteurs sont bons, notamment Channing Tatum et Mark Ruffalo qui doivent lutter et font ça très bien (à mes yeux tout du moins). Steve Carrell est très inquiétant et, pour une fois, on parle de quelqu'un qui a quelque chose à prouver à sa maman et pas à son papa, c'est rafraîchissant! L'ambiance générale est assez malsaine ou tendue et la fin, complètement inattendue, m'a fait sursauter.


Imitation Game de Morten Tyldum (2014)
Un film intéressant et avec une touche de drôlerie qui brasse pas mal de choses: homosexualité et barbarie, biopic, historique, espionnage. Les rôles principaux sont de qualité (Benedict Chumberbacht bien sûr, mais aussi Keira Knightley). L'ensemble est néanmoins un peu trop formel et les seconds rôles sont bien mous, à l'exception de Mark Strong. Notons que j'ai adoré y voir Allen Leech, l'adorable Tom de Downton, et y reconnaître Rory Kinnear, la créature de Frankestein dans Penny Dreadful.

Jupiter: Le Destin de l'univers des Wachowski (2014)
Un film très sympathique sur les aventures d'une jeune Terrienne, Jupiter, qui découvre qu'elle est la parfaite copie génétique d'une ancienne souveraine de la galaxie quand des tueurs à gages extraterrestres essayent de la tuer. J'ai passé un très bon moment avec ce joli film léger aux personnages fort sympathiques et aux paysages fort fascinants. Une petite mention spéciale pour les lézards ailés et Channing Tatum, un peu ridicule en albinos mais néanmoins très sexy (ha, ces ailes à la fin!).

Cinquante nuances de Grey de Sam Taylor-Wood (2014)
Une séance inattendue chroniquée en détail ici.

Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957)
Une séance UGC Culte chroniquée en détail ici.

Prête à tout de Gus Van Sant (1995)
Une séance UGC Culte chroniquée en détail ici.

La Nuit au musée - Le secret des pharaons de Shawn Levy (2014)
Comme les deux autres opus, une comédie efficace bien qu'un peu expéditive et grossière (au sens de "manquant de finesse"). La faute au jeune public visé, j'imagine. Enfin, cinq ans d'âge mental ou pas, j'ai bien ri et on m'a bien vendu du rêve, parce que ces musées qui prennent vie la nuit c'est juste trop bien. J'ai adoré Lancelot (le merveilleux Dan Stevens de Downton), le caméo de [spoiler] Hugh Jackman, la présence de **deux** dinosaures et Owen Wilson en cow-boy (toujours aussi canon). On regrettera cependant la décourageante discrétion des personnages féminins... :(


Les Désaxés de John Huston (1961)
Une séance UGC Culte chroniquée en détail ici.

Du côté des séries

Le quatrième épisode de la saison 5 de Downton Abbey (à ce rythme-là, on finira en juin lol). Quelques épisodes de la saison 4 d'Arabesque, un remontant infaillible en cas de découragement aigu ou de crise de la trentaine, parce que Jessica Fletcher est mon Idole Absolue Numéro Un.


Le reste

Comme tous les mois, j'ai lu mon Cheval Mag. (Je ne vais peut-être pas le préciser tous les mois, en fait.)

Si vous avez tenu jusqu'ici: voili voilou! ^^

samedi 28 février 2015

UGC Culte: Les Désaxés (1961)

Un film de John Huston avec Marilyn Monroe et Clark Gable: quand j'ai vu Les Désaxés au programme d'UGC Culte, j'ai su que je ne pouvais pas le rater.


Le film n'a pas super bien vieilli et me semble typique des années cinquante (même s'il est sorti en 1961, ne chipotons pas à deux années près ^^), notamment dans sa musique et quelque chose de "désuément culcul" (comprenne qui pourra, je ne sais pas comment expliquer ça autrement). Il présente en outre pas mal de longueurs. J'ai donc un peu décroché, mais je voulais noter quelques idées à ne pas oublier.

Venue divorcer à Reno, Roslyn fait la connaissance de deux hommes, Guido, garagiste, et Gay, cow-boy, qui tombent sous le charme et lui proposent de les accompagner à la campagne. Roslyn accepte. Isabel, sa logeuse, se joint au petit groupe, puis Gay et Guido recrutent un autre cow-boy, Perce, pour aller capturer des mustangs dans la montagne.


Ce qu'il faut en retenir, c'est que les hommes bavent tous après Roslyn, mais qu'en même temps ils lui font confiance et "s'ouvrent" en lui parlant de choses réellement intimes, qu'elle reçoit avec attention et douceur.

Clark Gable est super charismatique. Il surjoue, certes, mais il est indéniablement charismatique et même assez troublant lorsqu'il est ivre. Marilyn Monroe joue avec beaucoup plus de retenue et son personnage est très changeant, ce qui le rend plus intéressant (malgré une mollesse certaine qui donne un peu envie de la secouer). Je suppose qu'elle représente l'innocence qui touche les hommes blasés et endurcis qu'elle rencontre, mais la mise en avant de son physique m'a laissée un peu perplexe. Est-ce que John Huston a voulu créer un personnage sexuel dehors mais introverti dedans? Est-ce qu'il a voulu montrer que les hommes s'arrêtent injustement au physique de cette fille? Sa présence à l'écran est en tout cas éblouissante, cette actrice était vraiment hors du commun. (Et comme une Scarlett Johansson ou une Gemma Aterton de nos jours, il serait réducteur de ne penser à elle que comme sex-symbol.) Mais l'acteur qui m'a le plus touchée, et que j'ai trouvé le plus juste dans son rôle, est Montgommery Cliff, que je ne connaissais pas. Il est beaucoup plus sobre et offre les scènes les plus tristes.


J'ai adoré le personnage d'Isabelle, la logeuse de Roslyn, une dame qui lui sert de témoin lors de son divorce et qui joue ce rôle... pour la 77ème fois! C'est vraiment un personnage attachant et drôle (et la seule à avoir trouvé sa place dans la société, ou à assumer en tout cas son statut de marginale). L'actrice est Thelma Ritter, que je ne connaissais pas non plus.


En anglais, le film s'appelle The Misfits. Dans le Collins, misfit est défini de la manière suivante:
1. a person not suited in behaviour or attitude to a particular social environnement
2. something that does not fit or fits badly

En effet, tous les personnages (sauf Isabelle, donc), sont bien des marginaux, des désaxés (j'aime bien la traduction française). Ils ne sont pas ou plus à leur place. Roslyn ne l'a jamais été, elle l'exprime clairement plusieurs fois. Les autres ont perdu leur place par la force du temps ou des choses: Guido est veuf et est revenu changé de la guerre, Perce ne sait plus trop où il va et Gay s'accroche désespérément à son propre cliché d'homme sans attaches. "Better than wages" répètent les trois hommes pour souligner qu'ils refusent tout emploi stable, synonyme de servitude et de dépérissement, avec humour au début puis avec de plus en plus d'acharnement, comme pour se convaincre que cela a encore du sens pour eux.

Du coup, j'ai réfléchi aux autres films de John Huston que j'ai vus et j'ai réalisé qu'il ne parle en fait que de ça, de gens qui cherchent leur place ou se cherchent tout court, des mal-dans-leur-peau. C'est peut-être pour ça que j'ai aimé ses films...

Ici, la fin du monde des trois hommes est symbolisée par la capture de ces six pauvres mustangs que Gay s'évertue à chasser à la fin, tout en évoquant la belle époque à laquelle les cow-boys rassemblaient les chevaux sauvages par centaines. Ils ne valent pas grand-chose, ces six pauvres chevaux maigres et fatigués, pleins de cicatrices, mais Gay s'obstine, il les aura et peu importe que Perce lui dise "It don't make much sense for six horses, does it?" et que Roslyn en soit bouleversée.

La scène des captures est très pénible parce qu'elle est plus réaliste que les cascades équestres dont on a l'habitude. Les chevaux ne hennissent pas à tout va mais poussent des cris étouffés, de vrais râles, qui m'ont donné la chair de poule. Le message du réalisateur est le bon, il veut montrer la barbarie de cette capture, mais j'espère qu'Hollywood travaillait déjà avec des chevaux cascadeurs à l'époque et qu'aucun animal n'a été maltraité sur le tournage. :(

Un film qui a du bon, donc, (et qui m'a encore une fois fait écrire un pavé), mais pas celui à privilégier pour découvrir ce réalisateur (ou Marilyn Monroe d'ailleurs).

Films de John Huston déjà chroniqués sur ce blog

jeudi 26 février 2015

Le Pays des aveugles et autres récits d'anticipation (1896-1904)

Complètement enthousiaste de ma lecture de L'Homme invisible, j'ai emprunté le dernier livre de H. G. Wells de ma médiathèque qu'il me restait à lire, un petit recueil de quatre nouvelles (en édition bilingue malheureusement). Au final, c'est ce que j'ai lu de moins bon de Wells, mais c'était tout de même fort plaisant.


Le Pays des aveugles (1904)
"Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois": c'est en se répétant ce célèbre adage qu'un alpiniste, arrivé par erreur dans une région d'Amérique du Sud habitée uniquement par des aveugles, essaye de s'imposer dans le village. Mais les choses ne sont pas si simples et être différent n'est pas forcément un avantage.

La Chambre rouge (1896)
Un homme passe la nuit dans une chambre qu'on dit hantée. Un texte très réussi qui nous fait hésiter jusqu'au bout entre rationnel et surnaturel.

La Vérité concernant Pyecraft (1903)
Un texte très amusant quoique anecdotique, dans lequel le narrateur révèle (vous l'avez deviné), la vérité sur Pyecraft, un membre de son club qui lui a demandé une recette de grand-mère pour résoudre un petit problème.

L'Histoire de feu M. Elvesham (1896)
Un jeune étudiant est approché par un homme âgé, le célèbre M. Elvesham. Un texte sombre, très efficace, sur une affaire louche que l'on pourra hésiter à interpréter, comme celle de La Chambre rouge, de manière rationnelle ou pas. Sans savoir laquelle des deux vérités est la préférable.

Ce recueil était un peu en-deçà des autres livres de H. G. Wells que j'ai lus, plus percutants, mais il s'agit néanmoins de textes de qualité et d'une lecture un peu différente si on connait déjà l'auteur. En revanche, il ne s'agit pas du tout de récits d'anticipation, j'ignore pourquoi le recueil a été nommé ainsi...

Un mot sur l'édition bilingue
Comme pour La Machine à explorer le temps, j'ai réitéré ici l'exercice consistant à ne lire que la page de gauche, en anglais, pour lire l'original. Mais, forcément, j'ai parfois regardé un peu celle de droite. Je me disais donc que ce type d'édition devrait bénéficier d'une traduction spécifique, un peu plus proche de l'original, pour aider les lecteurs ayant besoin de la version française. Certains passages, tout à fait bien traduits, m'ont en effet semblé peu pédagogiques pour un lecteur qui ne comprendrait pas bien un mot ou une tournure en anglais et aurait besoin de la lire en français, car ils véhiculaient bien le sens mais rendaient le face-à-face difficile (par exemple parce que la phrase était tournée différemment). Je n'ai pas noté d'exemple malheureusement, mais cela m'a traversé l'esprit et je voulais le noter pour ne pas l'oublier.

mardi 24 février 2015

Voyage au bout de la nuit (1932)

Pas facile de chroniquer Voyage au bout de la nuit de Céline. Ce roman est très particulier et je ne peux pas vraiment dire que je l’ai apprécié. (D’ailleurs, c’est l’un des rares livres que j’ai abandonnés: la première fois, il y a six ans, j’ai laissé tomber page 35 environ.)


"Une fois qu’on y est, on y est bien. Ils nous firent monter à cheval et puis au bout de deux mois qu’on était là-dessus, remis à pied."

Ce roman n’est pas évident à lire à cause du style très oral employé par Céline. Sans l’intonation qui indique comment en quelque sorte "dans quel ordre" lire une phrase, certains enchaînements sont un peu obscurs sur le papier. Il faut faire parfois l’effort de "penser" comme si on lisait à voix haute pour s’y retrouver.

En ce qui concerne le fond, je dois dire que j’ai rarement lu quelque chose d’aussi pessimiste. On m’avait dit que Céline détestait tout le monde, pas juste les Juifs, et c’est effectivement le cas: la seule chose qu’il voit chez l’homme, c’est la "vacherie", la tendance systématique à faire du mal à son prochain. C’est en tout cas la constatation du narrateur, Bardamu, double de l’auteur, qui revient des tranchées avec la conviction intime que tout le monde lui en veut. Sa seule réaction est la fuite ou l’indifférence (la lâcheté, à en croire Wiki). Du coup, difficile de s’attacher ou de s’identifier à ce personnage profondément égoïste et mou, un médecin qui laisse une de ses patientes se vider de son sang devant lui sans réagir…

Je n’ai pas trop compris le message de la fin, même si je suppose qu’il s’agit symboliquement du "voyage au bout de la nuit" dont parle le titre (que je trouve superbe, soit dit en passant), la marche inexorable vers la mort et l'oubli.

Ceci étant, ce roman reste une lecture très intéressante. Je n’y ai pas vu un chef d’œuvre, mais c’est certainement un livre pertinent qui a quelque chose à dire sur l’humanité en général et sur la Première Guerre mondiale, le colonialisme et le fordisme en particulier (car notre Bardamu, blessé au front, se retrouve dans un coin paumé d’Afrique puis à New York avant de revenir soigner ses patients en banlieue parisienne). Malgré l’argot et le style oral, je l’ai lu assez rapidement et j’ai été assez prise par ma lecture.

"Ce qui est pire c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de force pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille et depuis déjà tellement trop longtemps, où on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces mille projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent, et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber au bas de la muraille, chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain, toujours plus précaire, plus sordide."

Si j’ai vu la justesse de ce passage quand je l'ai lu, j’ai tout de même pensé: "Misère, qu’est-ce que c’est gai!" Cette réaction amusée me montre le chemin parcouru, cette vision de l’existence ayant été celle que j’ai ressentie du matin au soir pendant pas mal d’années… Je ne sais pas si j'avais tort, si je suis passée du côté des "heureux" que je déteste tant, ou si les deux états d'esprit cohabitent en nous en fonction des évènements.

"Il faudra endormir pour de vrai, un soir, les gens heureux, pendant qu’ils dormiront, je vous le dis et en finir avec eux et avec leur bonheur une fois pour toutes. Le lendemain on en parlera plus de leur bonheur et on sera devenus libres d’être malheureux tant qu’on voudra [...]."


En définitive, un livre à lire à l'occasion, histoire de savoir de quoi il s'agit. Mais à éviter en cas de déprime. Histoire de ne pas finir au bout d'une corde.