jeudi 29 octobre 2026

Le courage de la nuance (2021)

Dans le dossier "Faut-il être radical?" de La Croix L'Hebdo des 11 et 12 février 2023, que j'ai lu en septembre de cette année, les journalistes proposaient de poursuivre la réflexion sur ce sujet grâce à différentes lectures, dont Le courage de la nuance de Jean Birnbaum, journaliste et directeur du supplément Le Monde des Livres. Par chance, mon réseau de médiathèques avait cet ouvrage au catalogue.

 

Il s'agit d'un recueil de sept articles originellement parus dans Le Monde à l'été 2020, qui ont été enrichis et complétés par des interludes. Chaque article explore la manière dont une figure intellectuelle du XXe siècle a su mettre de la nuance dans son propos: Albert Camus, Georges Bernanos, Hannah Arendt, Raymond Aron, George Orwell, Germaine Tillion et Roland Barthes.

L'ensemble est très intéressant, se lit facilement et donne furieusement envie de découvrir ces auteurs et autrices de plus près. Toutefois, je n'ai pas été tout à fait convaincue par le propos de l'auteur, qui m'a semblé un peu aveuglé par sa propre volonté de voir de la nuance partout et de considérer cela comme un acte héroïque. Je me suis presque demandé s'il n'a pas été traumatisé par Twitter et ses tweets ultraclivants. 🤭🤭

Néanmoins, Jean Birnbaum met effectivement en avant une attitude générale assez rare: être capable de changer d'avis, de dire ce que l'on pense et ce que l'on estime juste même quand cela va à l'encontre de son propre camp, et de garder une certaine humilité face à ses propres positions. J'ai ainsi découvert qu'Albert Camus a été exclus du Parti Communiste algérien comme "agent provocateur trotskiste" (nan mais LOL) parce qu'il a "critiqué la politique du mouvement stalinien à l'égard des nationalistes algériens". J'ai aussi redécouvert Georges Bernanos, un Français membre d'Action française, royaliste et franquiste des débuts, qui, lorsqu'il a vu la guerre civile espagnole de ses propres yeux, a dénoncé avec véhémence la violence franquiste, ainsi que l'implication de l'Église catholique dans certains massacres. Cette histoire me disait quelque chose, et mon cher blog m'a permis de redécouvrir que cet écrivain est abondamment cité dans Pas pleurer de Sylvie Salvayre. J'ai emprunté son ouvrage Les grands cimetières sous la lune dans la foulée, mais, hélas, j'ai trouvé le ton insupportable et je ne l'ai donc pas lu.

Même si Le courage de la nuance dans son ensemble ne m'a pas particulièrement marquée, je suis contente de l'avoir lu, car cela met un peu de baume au cœur et donne une once de courage face à la cacophonie à l'emporte-pièce qui règne en politique et sur les réseaux. 🙏

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