dimanche 31 août 2014

La Peau froide (2003)

Petit loupé que cette Peau froide d’Albert Sánchez Piñol, lu suite à la recommandation d’un médiathécaire. Ce roman traduit du catalan (que je n’ai donc pas pu lire en VO) raconte l’histoire d’un homme envoyé jouer le rôle de météorologue sur une île perdue au fin fond de l’Atlantique sud. Une fois arrivé, il découvre avec effroi que le seul autre habitant humain semble devenu complètement fou et que de terribles créatures humanoïdes et pisciformes les attaquent toutes les nuits dans le but de les dévorer. Seule solution: se barricader dans le phare et tirer à vue.


Malgré un début de réflexion intéressante sur la folie et la peur de l’autre, ce roman ne m’a pas du tout séduite: entre les passages obscurs (voire les problèmes de traduction?), le manque de vraisemblance total de l’intrigue (oui, si j’accepte l’existence d’hommes-poissons, je trouve grotesque qu’on prétende que deux hommes en tuent des dizaines chaque nuit pendant des mois sans que rien du tout ne se passe…), la morale très politiquement correcte et la fin en queue de poisson (hahaha!), j’y ai vu un vague reflet de littérature d’horreur destiné à un public plutôt policé qui va avoir l’impression de repousser ses limites avec une lecture "osée"... Une sorte d'hersatz qui ne prend aucun risque réel. Moi qui fais si facilement des insomnies de terreur et qui ai peur de l'eau et de toutes les abominations qui rampent dedans, je n’ai même pas frissonné...

Complément de chronique ajouté le jour de publication: 

Au moment de la rédaction de ce billet, j'étais d'une humeur exécrable à cause d’une critique naïvement et débilement positive que je venais de lire chez une blogueuse que j’ai longtemps admirée. Penser que j’ai commenté des dizaines de billets chez cette fille dans l’espoir de me rapprocher d’elle que je trouvais si brillante…. Avec zéro retour..... Je ne suis pas assez intello pour elle, j'imagine!!! Du coup, je m'étais énervée démesurément sur ce livre, qui ne méritait pas tant de foudres, et je vous livre au final une version adoucie.

En toute objectivité, je dirai que les qualités de ce livre n’ont pas, à mes yeux, rattrapé ses gros défauts: je vous conseille donc de le lire seulement si vous êtes tout particulièrement attiré(e) par le thème ou l'auteur. Quant à moi, je vais retourner lire du Lovecraft à la lueur d’une bougie, ou bien regarder un épisode de Penny Dreadful en solo, histoire de bien saboter quelques une de mes nuits de sommeil à venir.

Albert Sánchez Piñol, La Peau froide
Éditions Actes Sud (décidément cette maison d'édition et moi n'avons pas grand-chose en commun), 256 pages, 20,10€

jeudi 28 août 2014

Le Clan de l'ours des cavernes (1980)

Petit chamboulement de planning pour mettre en ligne cette chronique juste avant la fin du challenge Rupestre fiction de Vert. Malheureusement, cette dernière lecture préhistorique a été pour moi parfaitement navrante et ce billet sera assez assassin: en effet, ce Clan de l'ours des cavernes est entré dans l'anti-Panthéon des livres que j'ai trouvés franchement mauvais.



Plusieurs choses m'ont profondément rebutée dans ce premier tome de la saga des Enfants de la Terre de Jean M. Auel (écrivain dont j'ai découvert récemment qu'il s'agissait d'une femme américaine -- prononcez son prénom "gin" -- et non pas d'un certain Jean bien français), l'histoire d'Ayla, une enfant Homo Sapiens recueillie par des Néanderthal.

Le style avant tout, et ce pour deux raisons. Déjà, la rédaction générale (construction et enchaînement des phrases) est tout à fait banale: acceptable, mais rien de très folichon. Ce genre de style me convient s'il est compensé par d'autres éléments, mais là, il n'y avait rien pour rattraper. En plus, et c'est là la première chose qui a commencé à me donner de l'urticaire, ces phrases banales, sans style littéraire propre, voient régulièrement apparaître des mots scientifiques modernes d'origine latine ou grecque qui jurent (et je pèse mes mots) avec un texte anglais aussi simple. C'est difficile à décrire, mais vraiment c'est impossible de caser le mot subcutaneous toutes les dix pages quand nos hommes des cavernes s'en vont chasser le mammouth. Le ton est donné très vite, car Ayla manque de mourir d'hypothermie à la troisième page. J'ai vraiment tiqué. Je sais que l'auteur n'est pas l'un de ses personnages et n'est pas tenu de parler comme eux, mais là c'était trop. À la fin, un des personnages parle même des "aftershocks" d'un tremblement de terre, alors qu'ils ne sont même pas censés savoir ce que sont des tremblements de terre...!

Deuxième point: le personnage principal. Ayla est une enfant agaçante qui passe son temps à chouiner. J'ai très vite eu envie qu'il lui arrive quelque chose de vraiment grave.

Troisième point: l'intrigue. Ce livre repose en grande partie sur la haine farouche que Broud, le fils du chef de la tribu, voue à Ayla parce qu'elle lui a volé la vedette le jour de son rite de passage. Difficile de tenir 500 pages sur la jalousie d'un adolescent qui manque de confiance en sa virilité.

Quatrième point: la misogynie de la société Néanderthal. J'ai rarement vu une société aussi profondément et horriblement machiste. Je crois que même les femmes afghanes ont une vie plus digne. Dans le clan, n'importe quel homme peut coucher avec n'importe quelle femme simplement en lui faisant un signe qui signifie "Je veux soulager mes besoins avec toi, adopte la position prévue". Et pam, pénétration. Évidemment, en revanche, les femmes ne peuvent pas en faire de même... :/ Une femme ne peut pas regarder un homme dans les yeux et doit s'adresser à lui en parlant d'elle-même à la troisième personne ("Cette fille aimerait s'adresser à toi, homme..."), elle ne choisit pas qui elle épouse et est punie de mort si elle ose chasser. Bref, que du bonheur. J'ai du mal à comprendre pourquoi une écrivain est allée créer une société aussi pourrie. Peut-être pour montrer Ayla comme une femme moderne qui ose faire des choses différentes des autres? (Mais qui pleure quand même tout le temps et passe des paragraphes entiers à se demander Qu'est-ce que je vais faire et Qu'est-ce qui va m'arriver et Pourquoi qu'ai-je fait de mal et Ouin ouin je suis mal-heu-reu-se...)

Enfin, le moindre mal: les descriptions interminables de plantes médicinales m'ont beaucoup ennuyée.

À partir de la moitié du livre, je n'ai lu que la première phrase de chaque paragraphe et décidé en fonction si je lisais le paragraphe ou pas. J'ai sauté des pages entières... Le seul point positif de tout ça, c'est que je ne lirai pas les six autres tomes de la série, ça fait toujours six livres en moins sur la liste des livres à lire au cours de ma vie. (D'autant plus que d'après Wikipédia, les six livres ne parlent pratiquement que de la vie sentimentale de Ayla, très utile!) Mais bon quel dommage, car la vie des Néanderthal présentait un intérêt certain...

Une conclusion en demi-teinte donc, mais un challenge qui ne faiblit pas! ^^

lundi 25 août 2014

Suite française (2004)

Voilà un livre méconnu découvert grâce au billet de Grominou. Et, maintenant que j’ai fini ma lecture, je ne peux que me demander : comment est-il possible que je n’en aie jamais entendu parler avant?


Suite française, gros pavé composé de deux romans, Tempête en juin et Dolce, est en effet un Livre avec un grand L, un récit très bien écrit et qui ne laisse pas indifférent. Irène Némirovsky, Russe blanche émigrée en France après la Révolution, maîtrisait tellement bien le français qu’elle a écrit un livre parfaitement rédigé, avec une richesse et une subtilité rares dans sa rédaction. J’y ai même retrouvé des accents zoliens! S’y ajoute une description très fine de l’âme humaine et de tout ce qu’elle peut produire de bon, mais surtout de mauvais, dans une période sombre et agitée: la deuxième guerre mondiale.

Tempête en juin est le récit de l’exode des Parisiens face à l’approche de l’armée allemande en juin 1940. Sur les routes encombrées, des familles entières fuient avec leurs maigres possessions sur le dos, au milieu des voitures des bourgeois et des lambeaux de l’armée française en déroute, dans l’espoir d’atteindre Tours ou Bordeaux et de fuir les bombardements. Cette foule en plein chaos m’a furieusement rappelé la fuite éperdue des Londoniens dans La Guerre des mondes… Le lecteur suit le périple de quelques personnages, certains touchants, d’autres abjects et égoïstes, tous désemparés par la défaite.

Dolce décrit quant à lui la vie d’un paisible village de province dans lequel est stationnée une compagnie d’Allemands en 1941. Peu d’action ici. On suit le quotidien "banal" de quelques habitants contraints de loger des soldats ou essayant de survivre tant bien que mal, avec la peur permanente pour les hommes prisonniers en Allemagne. Irène Némirovsky dépeint avec encore plus de subtilité le ressenti de ses personnages et a la justesse de présenter les soldats allemands comme des êtres humains: vainqueurs certes, mais humains. On s’attache forcément à l’officier qui loge chez les Angellier et les dernières pages, qui [spoiler] décrivent le départ de sa compagnie pour le front russe, m’ont vraiment serré le cœur.

Suite française aurait dû se composer de cinq romans, mais Irène Nemirovsky, juive de naissance, est morte à Auschwitz en 1942 et n’a donc pas pu terminer son œuvre. Le roman est suivi de quelques extraits de son journal et d’une sélection de lettres et de télégrammes et c’est assez dur de voir son mari se débattre pendant des semaines pour essayer d’avoir de ses nouvelles après sa déportation, alors qu’elle était morte à peine un mois après son départ…

Un livre puissant, dur, sans concessions. Comme chez Zola, difficile de ne pas être révolté par la petitesse de l'être humain, par son égoïsme absolu, sa méchanceté. Mais il y a ici un tout petit gramme d'espoir qu'on a envie de protéger et de conserver pour voir s'il pourrait changer les choses. À lire absolument.

"Il regarde la plaque de marbre où étaient gravés les noms des morts de la guerre… l’autre. Parmi eux des Craquant et des Péricand, des oncles, des cousins qu’il n’avait pas connus, des enfants à peine plus âgés que lui, tués dans la Somme, dans les Flandres, à Verdun, tués deux fois puisqu’ils étaient morts pour rien."

Irène Mémirovsky, Suite française
Éditions Folio, 576 pages, 9,40€

vendredi 22 août 2014

Tuer le père (2011)

Chronique express!


Tuer le père est le huitième livre d'Amélie Nothomb que je lis et le premier à me décevoir. Cette longue nouvelle (que seul un éditeur peu scrupuleux peut présenter comme un court roman) m'a en effet semblé très simple et très basique. Pas que j'aie deviné la fin, que je n'ai pas du tout vue venir (comme à mon accoutumée, je crois). Mais parce que je n'y ai pas retrouvé le petit ton mordant de Nothomb, qui, de manière ironique et jouissive, me semblait jusque là dénoncer pas mal de travers de l'être humain et vivre dans un univers parallèle à la fois comique et terriblement cruel. L'histoire de Joe, jeune garçon bien décidé à devenir magicien et fou amoureux de la compagne de son mentor, ne m'a donc pas plus captivée que cela. En même temps, le livre demandant moins d'une heure de lecture, on peut lui donner sa chance si on apprécie l'auteur; mais pour une première rencontre, mieux vaut privilégier Hygiène de l'assassin.

Amélie Nothomb, Tuer le père
Éditions Le Livre de poche, 144 pages (écrites en gros, avec 10 pages de présentation de ses autres oeuvres....), 5,90€

mardi 19 août 2014

Dire presque la même chose (2003)

Dire presque la même chose: tout un concept. Que signifie dire? Que signifie presque? Et surtout, qu'est-ce que la chose que l'on veut dire?

Autant de questions qu'Umberto Eco applique très justement au processus de traduction, qu'il connaît bien puisqu'il a lui même traduit (par exemple Sylvie de Nerval en italien) et été traduit (en tout un tas de langues), mais aussi parce que ce célèbre écrivain a le bon sens et la gentillesse de collaborer avec ses traducteurs, ce qui l'a confronté à toutes sortes de problèmes d'adaptation. Son essai regorge donc d'exemples de traductions effectuées ou encadrées par lui, ce qui le rend très intéressant et incroyablement plus digeste que les autres livres que j'ai pu lire sur mon métier. Bon, il y a certes quelques passages qui m'ont perdue, mais globalement, si on fait l'effort de s'y mettre, ce livre est tout à fait lisible, y compris pour quelqu'un qui ne s'est jamais intéressé à la traduction. (En revanche, mieux vaut maîtriser au moins deux des langues suivantes: italien, français, anglais ou allemand. Sinon, vous risquez de passer à côté de la plupart des exemples.)


J'en retiendrai un chapitre très ludique sur la traduction automatique et ses résultats improbables, des considérations très intéressantes sur l'effet qu'un texte veut produire, une étude des textes d'Eco qui m'a fait réaliser que j'avais encore moins saisi toute la portée du Nom de la rose que je ne le pensais, des comparaisons passionnantes entre la traduction d'une langue à l'autre et le passage d'un média à un autre (par exemple du livre au cinéma), et au final un bel hommage à ce métier passionnant qu'est le mien, ainsi qu'une prise en compte jamais vue en dehors du métier sur ce qu'il faut se creuser le cerveau pour traduire. (En général, si la profession se lance des fleurs à longueur de revue et de colloque, le reste du monde nous considère souvent comme de simples "enfileurs de mot" trouvant par simple consultation dans le dictionnaire la parfaite équivalence entre deux langues données...) Et puis un petit rappel théorique ne fait pas de mal plusieurs années après la fac!

Bon, en revanche, j'ai eu encore plus d'admiration et de pitié combinées pour les FOUS qui traduisent Eco dans leurs langues respectives! C'est juste dingue de s'attaquer à cet auteur!! :)

Allez donc voir ailleurs si cet essai y est!
Compte-rendu publié dans la revue Traduire, éditée par la Société française des traducteurs

samedi 16 août 2014

La moustache (1986)

Chronique express!


Première rencontre avec un roman d'Emmanuel Carrère, dont je n'avais lu jusqu'à maintenant que des récits tirés de faits réels (Limonov, D'autres vies que la mienne et L'adversaire). La moustache raconte l'histoire d'un homme qui décide un soir de raser la moustache qu'il porte depuis des années et qui se retrouve confronté aux étranges réactions de son entourage, qui répète à l'unanimité qu'il n'a jamais porté de moustache. D'heure en heure, la situation empire: les photos de ses dernières vacances disparaissent et sa femme n'a aucun souvenir de leur voyage. C'est une descente dans l'impossible et/ou la folie assez angoissante que nous raconte Carrère avec une plume déjà très bonne et une description très fine du processus psychologique à l'oeuvre dans la tête du personnage principal. Le seul petit reproche que je ferai à ce livre consiste en un léger manque de rythme un peu après la moitié, mais rien de très grave. Il m'a confirmé qu'Emmanuel Carrère est mon écrivain français contemporain préféré avec Fabrice Humbert. Dans le même genre, je vous conseille la nouvelle Escamotage (Disappearing Act) de Richard Matheson, dont la fin est plus flippante...

Emmanuel Carrère, La moustache
Éditions Folio, 182 pages, 6,20€

mercredi 13 août 2014

Lune d'ombre (1995)

Oyez, oyez, spectateurs et lecteurs! Le film Willow, réalisé en 1988 par Ron Howard, dispose d'une suite!


Quand j'ai vu ce livre en librairie, j'ai failli sauter dessus pour le lire de suite, même traduit. Mais j'ai su me retenir (ou peut-être que le triste état de mon compte en banque de l'époque m'a fait peur) et c'est donc la prose originale de Chris Claremont et Georges Lucas que j'ai finalement lue. Lune d'ombre est en effet un travail à quatre mains entre le réalisateur de La Guerre des étoiles, qui était déjà à l'origine de l'histoire du film, et un célèbre auteur de comics, surtout connu pour son travail sur X-Men. Évidemment, je ne suis pas en mesure de juger comment s'est passée cette collaboration, mais le fait que les deux autres tomes de la trilogie soient officiellement présentés comme des romans de Chris Claremont sur une idée de Georges Lucas me laisse penser que le gros de la rédaction revient à l'homme des comics plutôt qu'à l'homme du cinéma.

Quid de ce libre de fantasy, dont j'ai réalisé quelques minutes après ma commande sur The Book Depository qu'il a été complètement dé-mon-té par les membres d'Amazon.com?

Et bien, avant tout, il est clair qu'il ne faut pas s'attendre à retrouver ici le ton très léger et humoristique de Willow. Il y a un peu d'humour, mais on est loin de rire toutes les cinq minutes. Je ne suis pas étonnée que les fans du film aient, globalement, été déçus. Nous nous trouvons dans un monde bien plus dur et glauque et, d'une certaine manière, bien moins magique. En fait, là où Willow relevait quand même beaucoup du conte de fées et du merveilleux, on est ici dans un univers de fantasy plus conventionnel. Et en plus, le héros ne s'appelle plus Willow, et seuls trois autres personnages du film reviennent!

C'est en effet Thorn Drumheller que nous retrouvons, treize ans après les aventures du film et douze ans après qu'un cataclysme magique ait frappé de nombreux endroits, comme la forteresse de Tir-Asleen où nos personnages semblaient devoir vivre heureux pour toujours. Elora Danan, le petit bébé autour duquel tournait toute l'intrigue du film, a été catapultée à l'autre bout du monde, tandis que ses gardiens, au premier rang desquels Sorsha et le merveilleux Madmartigan, ont été tués. Willow, qui se trouvait dans son village lors du cataclysme, a survécu. Il parcourt désormais le monde sous le nom de Thorn et visite tous les endroits détruits pour essayer de comprendre ce qu'il s'est passé. Avec lui, les deux petits brownies du film, toujours aussi teigneux et bavards. Elora, quant à elle, est devenue une pré-ado gâtée et détestable. Quand Thorn décide de finalement la rejoindre dans sa nouvelle demeure, quelle n'est pas sa surprise quand on lui annonce que Willow Ufgood, parrain et protecteur de la Princesse Sacrée, est déjà sur place, et qu'on le jette au cachot comme imposteur!

J'ai été très touchée par les références au film, discrètement parsemées dans l'intrigue ou les répliques. Quand Thorn dit "The finest knight I ever knew, and the finest friend I found in a crow cage", j'ai trouvé cette déclaration d'amitié très belle et drôle, et mon petit cœur a palpité pour lui, Madmartigan étant mort depuis des années. Quant au mystère entourant le cataclysme et le faux-Willow, j'ai trouvé intéressant que Thorn ne sache pas à quoi et qui il a affaire, un procédé qui me semble plutôt rare dans le genre. À la fin du premier tome, d'ailleurs, Thorn a décidé comment appeler son ennemi, mais nous ne savons toujours rien sur ses motivations et sur les origines de ses considérables pouvoirs magiques. J'ajouterai que les personnages féminins sont plutôt forts, ce qui est toujours agréable.

Malheureusement, ces éléments positifs sont contrebalancés par des répliques peu compréhensibles qui m'ont fait maintes fois revenir en arrière pour comprendre ce qu'il se passait, et surtout par une succession de retournements de situations ou d'actions imprévues qui sentent beaucoup le remplissage. Très franchement, ce livre aurait pu faire 300 pages au lieu de 430 et le lecteur s'en serait mieux porté. J'ai eu un peu de mal pour en venir à bout. En plus, on ne peut pas dire que la rédaction soit particulièrement soignée ou stylée; il y a même quelques répétitions de formulations qui finissent par faire sourire tellement elles reviennent souvent. Et parfois, à force de vouloir laisser le lecteur comprendre certaines choses tout seul, l'action devient si peu claire qu'elle en frise l'incohérence...

Conclusion: cette suite est loin d'être indispensable et je ne suis pas sûre de lire les deux autres tomes, Shadow Dawn et Shadow Star. Ou alors pas tout de suite: j'ai peur que l'excès ne m'en dégoûte carrément. Je verrai bien si l'envie de retrouver Thorn se fait la plus forte dans les mois à venir...

dimanche 10 août 2014

UGC Culte: Ben Hur (1959)

Ha, les péplums américains des années cinquante, leur musique si reconnaissable, leurs décors en carton-pâte, leurs héros virils et leur morale si comme-il-faut... Tout ceci est tellement désuet que le genre en devient mythique!

Je gardais cependant de Ben-Hur, film de William Wyler, le souvenir d'un film chiant comme la mort et horriblement et naïvement chrétien. C'est par pur amour du Cinéma, et plus précisément pour voir la course de chars sur grand écran au moins une fois dans ma vie, que je me suis motivée pour la séance de l'UGC Culte.


Et grand bien m'en a fait. Déjà parce que voir ce type de film au cinéma est une expérience assez spéciale: au début du film, pendant sept minutes (j'ai vérifié!), le cinéma diffuse la musique du film sans aucune image, l'écran étant blanc. C'est très spécial de se retrouver là, dans une salle bien connue, à regarder un écran vide avec de la musique de péplum. Et, après environ deux heures de film, il y a eu une entracte! Je vous jure. Quelques minutes de pause pendant lesquelles la musique reprend sur fond d'écran blanc et où les spectateurs peuvent aller faire pipi, étant donné que tout le monde ne peut pas tenir 3h34 (oui, vous avez bien lu, trois heures trente-quatre) sans passer aux toilettes. Merveilleux.

Ensuite parce que les années cinquante, aussi datées soient-elles, avaient vraiment le sens du spectacle et de la démesure. Si le cinéma américain nous abreuve actuellement de scènes de destruction massive en images de synthèse, je reste d'avis que rien ne remplace de vrais acteurs et de vrais décors (aussi ridicules soient-ils devenus avec le temps); et une parade triomphale dans les rues de Rome a plus de gueule si on constate de visu que des centaines de personnes sont réellement en train de défiler. Ce point est encore plus valable dès que des chevaux sont concernés... Et franchement, la course de chars a quelque chose de jouissif avec la taille d'image et la force de son d'un cinéma; quand le départ a été donné et que les chevaux se sont élancés, j'étais totalement prise par l'action, je me suis agrippée à mon fauteuil!


J'ajouterai au sujet des chevaux que les chevaux blancs que mène Ben-Hur sont superbes, et qu'on les voit assez longtemps avant la course, ce qui est toujours appréciable. (En même temps, le film est tellement long qu'on a le temps de tout bien voir.... ^^)

Même la scène de la bataille navale est plutôt pas mal. Elle a certes vieilli, mais reste agréable à regarder si on tient compte de son grand âge, un peu comme l'incendie de Rome dans Quo Vadis.

J'ajouterai que le film présente quelques scènes assez crues ou douloureuses, étonnamment réalistes pour l'époque, comme lors de la mort de Massala ou de la destruction de la galère sur laquelle est prisonnier Ben-Hur, où on voit passer un mec tenant le moignon de son bras avec l'os qui dépasse. Cela m'a semblé plutôt osé.

Une note enfin sur le compositeur: j'ai découvert après coup que la musique était de Miklos Rozsa, qui a également composé la bande originale de Les chevaliers de la Table Ronde et de Quo vadis... :)

Voilà pour le positif. En négatif, j'en retiendrai surtout le jeu parfaitement intolérable de Charlton Helston, qui ne sait décidément que grimacer. Je ne crois pas qu'il faille attribuer cela à la mode de l'époque (Robert Taylor ne grimace pas, lui!), mais juste à cet acteur en particulier. Parfois, c'est tellement horrible que ça en devient drôle.


Les personnages féminins ne brillent pas pour leur indépendance, mais au moins elles éprouvent des sentiments nobles et n'appellent pas au secours en continu. Après Transformers 4, c'est limite rafraîchissant.

Ce qui est le plus pénible au final, c'est la dernière demi-heure de film, qui tourne uniquement autour de la contemplation extatique de la passion du Christ. L'intrigue du héros (son retour à Jérusalem et sa vengeance) étant résolue, tous ces regards mystiques et ces déclarations béates sur l'amour et la vie après la mort sont assez ennuyeux. Je ne suis même pas sûre qu'un croyant y trouverait son compte.

Il n'en reste pas moins que Ben-Hur est une belle réussite de son époque (et un des trois seuls films à avoir remporté onze Oscars!) et que je suis ravie de l'avoir revu, cette deuxième rencontre ayant été bien plus réussie que le visionnage en DVD il y a quelques années. C'est un détour obligé pour tout amateur de Cinéma... Si vous avez la patience de vous y attaquer! :)

jeudi 7 août 2014

La Fresque (2013)

Chronique express!


La Fresque d'Éliane Serdan a été très bien reçu dans mon comité de lecture. Plusieurs lectrices l'ont même cité comme le livre les ayant le plus marquées. Pour ma part, je n'ai pas été séduite par ce petit roman qui, s'il est joliment écrit, ne me semble pas particulièrement marquant. Un Siennois du XVème siècle, contraint de fuir sa ville natale, nous raconte une année de sa vie à la montagne: d'abord abattu par l'exil et la solitude, il retrouve une forme de vie en tombant amoureux d'une voisine et en se promenant dans la nature environnante. Il y a certes de beaux passages et une structure bien pensée qui font de ce récit une sorte de réflexion sur la vieillesse, mais cela s'est arrêté là pour moi.

Allez donc voir ailleurs si ce Siennois y est!
L'avis d'une autre membre du comité (avec les liens vers les chroniques des deux autres lectrices)

Éliane Serdan, La Fresque
Éditions Serge Safran, 157 pages, 12,50€

mardi 5 août 2014

La mort n'a pas d'amis (2013)

Chronique express!


Un policier qui se passe chez les surréalistes? La traumatisée de Nadja que je suis ne pouvait que tenter ce petit roman de Giles Schlesser, La mort n'a pas d'amis, dans lequel une série de crimes à la mise en scène étrange et, justement, surréaliste terrorise le Paris des années vingt. Malheureusement, j'ai trouvé que ce policier se contentait du minimum syndical, aussi bien du point de vue du style que (et surtout) de celui de l'enquête. Techniquement, le mystère est certes épais, mais il est traité trop superficiellement pour vraiment vous intriguer, et la résolution de l'intrigue se fait en deux temps trois mouvements (un reproche que je constate faire souvent à mes lectures du genre). Je n'ai en outre pas du tout ressenti de sympathie pour l'héroïne, une journaliste "garçonne" (encore une femme forte que je trouve parfaitement convenue dans son originalité même?) dont les articles censés captiver le public parisien m'ont d'ailleurs fait sourire tellement ils étaient simples et creux... Je vous renvoie néanmoins vers deux critiques bien plus positives, car je suppose que l'ambiance du Paris des années vingt a son attrait et saura satisfaire d'autres lecteurs. Et puis je dois dire que c'était drôle de croiser Breton et compagnie, pour lesquels mon estime n'a guère augmenté avec cette lecture, contrairement à ma sympathie: je serai peut-être désormais un peu moins traumatisée de Nadja.

Allez donc voir ailleurs si ces surréalistes y sont!

Giles Schlesser, La mort n'a pas d'amis
Éditions Parigramme, 240 pages, 9€

dimanche 3 août 2014

Chroniques birmanes (2007)

Chronique express!


Le plaisir continue avec Chroniques birmanes, récit du séjour d'un an que Guy Delisle a réalisé en Birmanie, où sa femme a travaillé pour Médecins sans frontières. Comme je l'ai déjà dit à propos de Pyongyangon y apprend moins de choses que dans Chroniques de Jérusalem, mais cette bande-dessinée est très drôle et m'a fait éclater de rire plusieurs fois. Encore une fois, notre père au foyer explore son nouvel environnement avec son petit pendant que sa femme est au travail. Il en profite pour nous décrire la vie des expatriés et ce qu'il a pu voir de celle des Birmans. Nous sommes en 2004, si je ne me trompe pas, et Aung San Suu Kyi vit enfermée dans sa maison, à deux pas de celle de notre dessinateur, dans cette ville parfaitement bien contrôlée par la junte militaire au pouvoir depuis des lustres. L'ambiance est nettement moins orwelienne qu'en Corée du Nord, mais on a tout de même froid dans le dos! C'est ce contraste entre la réalité décrite et le ton très positif (et, donc, drôle) du narrateur qui fait tout le charme de cette BD. À lire!



Guy Delisle, Chroniques birmanes
Éditions Delcourt, 262 pages, 16,95€

vendredi 1 août 2014

Gros-Oeuf et Petit-Oeuf (2006) + Les Griffes du Grogneur (2014)

Chronique express!

Une petite lecture de plus pour le challenge de Vert et une première expérience en numérique pour moi avec ces deux nouvelles de Timothée Rey, disponibles gratuitement chez l'éditeur Les Moutons électriques (pour ma part, je les ai lues sous Firefox grâce au module complémentaire ePub). L'auteur nous offre une plongée fort sympathique en territoire préhistorique avec N'a-Qu'un-Œil, chamane fort sagace qui ne se laisse pas mener par le bout du nez. Dans Gros-Oeuf et Petit-Oeuf, notre homme écoute un conte fort intéressant raconté au coin du feu, tandis qu'il mène l'enquête sur un double meurtre dans Les Griffes du grogneur. J'ai trouvé ces deux textes très réussis dans leur brièveté même et ils m'ont donné encore plus envie de lire Les Souffles ne laissent pas de traces du même auteur, dont Vert a dit beaucoup de bien. Vivement la sortie en poche!

mardi 29 juillet 2014

Le chat de Schrödinger (2013)

Le chat de Schrödinger de Philippe Forest est un livre hybride et inclassable oscillant entre l'essai vulgarisateur sur la physique quantique, le traité de philosophie et, dirait-on, l'autofiction (mais en fait non: il s'avère que l'auteur a perdu sa fille et que tous ses livres ne parlent que de cela...).
 

Notre narrateur distingue un jour une forme, peut-être un chat, au fond de son jardin. Et le voilà parti pour 320 pages de monologue sur ce qu'est la réalité, sur la superposition des états (être quelque chose et son opposé en même temps – théorie que l'expérience du célèbre chat de Schrödinger était censée illustrer tout en la ridiculisant), sur l'absence... Je me suis souvent perdue dans ses pensées purement théoriques, ne sachant pas du tout où l'auteur voulait aller, et j'en ai tiré l'impression que ce livre était assez vain.

Heureusement, il se lit (paradoxalement!) extrêmement bien car son auteur sait vraiment écrire. Et j'en retiendrai quelques passages touchants, voire poignants, sur les chats, l'absence et ce qui aurait pu être, ainsi qu' une série de fins possibles de sa relation avec ce mystérieux chat dont certaines m'ont donné des sueurs froides dans le RER qui me ramenait de Paris dans la nuit noire...

"Je dis que je l'ai aperçu. Mais, en vérité, quand on n'a pas encore fait connaissance avec eux et que la prudence les tient toujours un peu à l'écart des humains, on ne voit jamais les chats. Du moins pas distinctement. Du regard, on attrape seulement le mouvement qu'ils font quand ils fuient: la trace qu'ils semblent laisser dans l'air où ils passent en partant."

"Je n'ouvre jamais aucun carton. Si je le faisais, tout ce qu'ils contiennent se mettrait soudain à exister. Mais sous la forme effondrée d'un amas de déchets, pathétique, où je ne retrouverais rien de ce que j'aimais. Sinon la preuve terriblement tangible que tout cela n'est plus."

(Moi, Alys: tout ce que j'ignore délibérément, tout ce qui est caché-enterré-oublié chez moi, de peur que le fait de regarder toutes ces traces d'époques révolues ne me détruise...!)

"Il vient un moment dans la vie – et sans doute est-il différent pour chacun – où l'on se retrouve à la merci du plus petit des chagrins. N'importe quelle peine se met à valoir pour toutes les autres: celles que l'on a déjà connues comme celles dont on sait qu'elles finiront par venir. [...]
Quand arrive le plus grand malheur, on reste les yeux secs.
Parce que toute l'énergie du désespoir vous vient alors en aide et qu'elle vous rend fort comme vous ne l'avez jamais été. D'ailleurs, en de telles circonstances, il n'y a pas tellement le choix. Sauf à s'effondrer. Et l'on se surprend à penser que l'on est devenu indestructible. Mais, un jour, c'est la plus petite peine qui vous trouve infiniment vulnérable. Comme si le néant avait patiemment attendu que vous ayez baissé la garde pour vous toucher au point le plus faible. Lorsque vous ne vous y attendiez plus."

(Moi, Alys: story of my life.)

Si vous vous y frottez, je vous conseille de lire ce livre par petites doses; je pense que je l'ai trouvé vain, comme je le disais, car je l'ai lu presque d'une traite. Mais j'en retiendrai tout de même une expérience de lecture intéressante, et une fin très émotionnelle qui m'a touchée.

Allez donc voir ailleurs si ce chat y est!
Présentation de l'éditeur (pour lire la quatrième de couverture qui est irrésistible)

Philippe Forest, Le chat de Schrödinger
Éditions Gallimard, 336 pages, 19,90€

samedi 26 juillet 2014

Une si belle école (2010)

Chronique express!


Avec Une si belle école, Christian Signol a un peu écrit le livre qui a tout pour me déplaire: un peu simpliste, un peu "c'était mieux avant", un peu fémino-culcul, un peu facile à lire mais avec quelques envolées lyriques pour qu'on s'y croie, en bref un peu fadasse. En toute objectivité, je ne peux pas dire qu'il s'agisse d'un livre de qualité. Mais j'ai aimé. Et oui, on rencontre de ces contradictions dans la vie... Ici, une maîtresse d'école raconte son parcours dans de petites écoles rurales perchées du côté de l'Auvergne à partir du milieu des années cinquante, une époque à laquelle les parents gardaient parfois les enfants à la ferme pour les faire travailler au lieu de les envoyer à l'école (et c'est très bien que le livre commence par ce constat, car il tempère le côté "nostalgie de la France d'avant" en mettant l'accent sur le "côté sombre" de la vie à la campagne). C'est le monde des poésies apprises par cœur, des "leçons de choses" et des tableaux noirs, mais surtout des classes uniques qui réunissent des élèves d'âges différents. Tout ceci m'a beaucoup rappelé les débuts de Laura Ingalls dans l'enseignement décrits dans les tomes 6 et 7 de La petite maison dans la prairie. Vous voyez donc le genre. Mais j'ai été emportée et j'y ai vu un bel hommage aux enseignants et à leur amour du savoir, le tout dans ce cadre rural qui, s'il a quelque chose de parfaitement culcul, n'en reste pas moins tout à fait fascinant. Et qui arrive à vous mettre le cafard de quelque chose... que vous n'avez même pas connu.

Christian Signol, Une si belle école
Éditions Le Livre de Poche, 312 pages, 6,90€

jeudi 24 juillet 2014

Pyongyang (2003)

Chronique express!


Comme Chroniques de Jérusalem, Pyongyang est une bande-dessinée autobiographique dans laquelle le québécois Guy Delisle raconte son séjour dans un pays étranger, ici la Corée du Nord, où il a travaillé pendant deux mois. C'est un voyage vraiment unique: si on apprend moins de choses que dans Chroniques de Jérusalem, la rencontre avec ce pays complètement fermé est juste hallucinante. C'est Orwell... mais en vrai. Nous le savons certes tous, mais c'est bien différent de suivre le quotidien de quelqu'un qui est là-bas. Et qui ne peut pas sortir de son hôtel sans son guide et/ou son traducteur. Et pas prendre de photo. Et pas écouter de jazz. Et pas... Et pas... Bref, vous voyez le topo. Une BD très intéressante et pleine de bon sens (et de tolérance, il faut le dire) à mettre entre toutes les mains.



Allez donc voir ailleurs si cette BD y est!
Pyongyang sur le site de l'auteur (avec plein d'infos intéressantes)

Guy Delisle, Pyongyang
Éditions L'Association, 176 pages, 23,40€

mardi 22 juillet 2014

Le Frère du loup (1988)

Chronique express!


Le plaisir de lecture commencé dans Le Peuple des rennes a continué avec Le Frère du loup (Wolf's Brother), la suite des aventures de Tillu et Kerlew aux débuts de l'Âge du Bronze. La guérisseuse et son étrange enfant ont rejoint le peuple d'éleveurs de rennes dont fait partie Heckram. Mais leurs soucis demeurent, l'odieux chaman Carp les ayant retrouvés après leur fuite éperdue au début du premier tome. Alors que la tribu se met en route vers les pâturages d'été, les tensions augmentent et l'ambitieux et détestable Joboam tisse sa toile... J'ai adoré cette lecture malgré une frustration intense, les méchants semblant toujours l'emporter et mon temps de lecture étant très limité au moment où je le lisais. Je crevais vraiment d'envie de connaître le fin mot de l'histoire. C'est pour l'instant le coup de cœur de l'année et un ajout fort agréable aux deux challenges auxquels je participe (d'autant plus que ce tome-ci relève plus clairement que le premier du challenge SFFF au féminin). À découvrir!

  

dimanche 20 juillet 2014

UGC Culte: Les Dents de la mer (1975)

Chronique express!


Voir Les Dents de la mer au cinéma est vraiment la manière idéale pour savourer le premier succès de Steven Spielberg, qui n'a pas vraiment vieilli malgré son grand âge (bientôt quarante ans!). Il faut dire que l'intérêt de ce film réside beaucoup dans sa musique (un air cultissime de John Williams) et dans l'approche invisible de ce redoutable monstre qu'est le grand requin blanc... et que ce type de chose uniquement suggérée garde généralement son efficacité au fil des années. S'il n'est pas terrifiant, il a sa bonne dose de tension et quelques scènes relativement gores qui ont dû traumatiser pas mal de gamins, et j'ai sursauté plusieurs fois (quant à ma voisine de ciné, je crois qu'elle a failli faire une attaque). J'y ai aussi vu les germes de personnages ou de situations qu'on retrouverait presque vingt ans plus tard dans Jurassic Park (au premier rang desquels l'adversaire colossal et terrifiant dont on ne sait pas grand-chose). Et surtout la confirmation d'une vérité trop souvent ignorée: pour faire un bon film ou un bon livre, il faut un bon méchant. Par exemple, justement, un requin gigantesque dont on ne sait rien et qui est, lui, parfaitement dans son élément quand on décide de le traquer dans l'océan.

"We're gonna need a bigger boat."

Avec tout ça, il est encore moins probable que je mette un jour les pieds dans l'eau, même si j'étais déjà sevrée de toute envie de plongée depuis des années par Lovecraft et Titanic. XD

jeudi 17 juillet 2014

La Servante (2014)

Une lecture en demi-teinte pour cette Servante d'Olivier Gay, la suite du Boucher lu il y a quelques mois. (Pour rappel, il s'agissait du retour d'un légendaire guerrier du passé, bien décidé à venger le meurtre de sa fille, dans un univers de fantasy médiévale.)


Si je l'ai lu avec autant de rapidité et d'intérêt que le premier tome, j'ai été plus agacée par certains clichés, notamment dans la relation entre Shani et Mahlin, les deux amoureux qui n'osent pas se le dire mais se tournent autour mais n'osent pas se le dire, et il m'a manqué un peu de souffle épique pour porter la fin, pourtant sanglante et violente à souhait. Heureusement que les personnages que j'aime, Rekk et Dareen, restent fidèles à eux-mêmes, par exemple dans cette réplique parfaitement jouissive: "Lorsqu'il y a peu d'ennemis, je les tue. Lorsqu'il y en a beaucoup... eh bien, je leur déclare la guerre."

Le petit humour cassant d'Olivier Gay, déjà relevé dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, est toujours le bienvenu. C'est vraiment agréable de lire de la fantasy qui ne se prend pas au sérieux (même si certaines répliques humoristiques m'ont aussi semblé relever du cliché...).

Au final, j'en retiendrai une lecture agréable mais pas hyper marquante, peut-être plutôt destinée à de jeunes lecteurs ou à une parenthèse légère entre deux lectures plus exigeantes (même si, je le répète, la fin est sanglante à souhait). À essayer néanmoins si, comme moi, vous avez un faible pour les guerriers qui foncent droit dans le tas et n'ont peur de rien.

Le coup de gueule contre l'éditeur, Midgard:
Je n'ai jamais lu un livre avec autant de fautes de français et je suis juste outrée. Ce tome n'a beau coûter que 15,50€, une somme qui doit désormais se considérer comme modeste pour un grand format, ce n'est pas POSSIBLE de laisser traîner des énormités telles que "L'expression de profond ennui qu'ils arboraient ne les empêchaient pas de surveiller les rues adjacentes" ou "Il lui semblait se souvenir que ce drapeau blanc avait une signification pour les peuples du sud, mais lequel?" Les petits post-it dépassant de la tranche de mon exemplaire marquent autant d'énormités... C'est moche!


Olivier Gay, La Servante
Éditions Midgard, 426 pages, 15,50€

lundi 14 juillet 2014

UGC Culte : Sur la route de Madison (1995)

Les belles découvertes continuent avec UGC Culte, qui me permet de combler quelques lacunes tout en passant de très bons moments au cinéma et en découvrant de vieux films dans les conditions idéales. Sur la route de Madison, film de Clint Eastwood, m'a semblé confirmer le statut de monstre sacré de ce célèbre réalisateur. Une note positive que j'ai trouvée la bienvenue après un Jersey Boys tout à fait raplapla.


Avec une Meryl Streep au sommet de sa forme, comme toujours, ce film est une belle histoire d'amour passionnel comme je ne les aime pas, mais qui sait aller au-delà et proposer un début de réflexion sur d'autres thèmes: ce que nous voulons faire de notre vie, la perception et le rôle de la femme dans le milieu rural, l'héritage de nos parents, le désir féminin. Ce dernier thème est d'ailleurs présenté à la fois avec réalisme et pudeur et c'est suffisamment rare pour être souligné.


Francesca, une émigrée italienne vivant dans une ferme perdue dans l'Iowa, rencontre un photographe de passage dans le county de Madison pour réaliser un reportage sur les ponts couverts. Pendant les quelques jours d'absence de son mari et de ses deux enfants, elle va vivre l'amour fou et absolu et passer des heures inoubliables avec ce Robert Kincaid qui a voyagé partout dans le monde. À sa mort, elle laisse le récit de cette parenthèse passionnelle à ses enfants, qui vont découvrir des faits dont ils ne soupçonnaient pas l'existence et revoir l'image qu'ils avaient de leur mère, et par là de toute leur vie.

Sur la route de Madison prend son temps pour poser ses personnages et montrer comment naît la relation entre eux et je pense que c'est ce qui lui donne sa force. Cela lui permet de montrer quelque chose de très subtil et de souligner les réactions que cette histoire a sur les deux enfants, âgés d'une quarantaine d'années, qui découvrent soudain que leur femme a aimé un autre homme. Le questionnement sur ce que les parents laissent de vrai à leurs enfants est vraiment intéressant.

Ces quatre jours en dehors du temps m'ont semblé ressembler au pont couvert que Robert est venu photographier: ils vont d'une rive à l'autre, mais ils sont entièrement coupés du monde et personne ne peut voir ce qu'il s'y passe.

La réalisation est plutôt irréprochable (j'ai juste été gênée par l'abondance de passages larmoyants au piano), mais ce sont surtout les deux acteurs principaux qui sont exceptionnels. Je crois qu'il est inutile de s'attarder sur Meryl Streep, qui est de toute façon toujours exceptionnelle, et je soulignerai donc seulement le côté force tranquille de Clint Eastwood, qui est vraiment très bon. Et très classe même en bretelles, avouons-le.


Une des scènes finales, sous la pluie devant l'épicerie du coin, est sublime et pleine de tension et de tristesse. Je dois avouer que je me suis mise à pleurer à ce moment-là et que j'ai continué jusqu'au générique de fin. C'est devenu assez rare que je pleure sérieusement face à de nouveaux films (récemment, seuls Le Monde de Charlie, Jappeloup et Gatsby m'ont arraché une petite larme), mais ces quelques instants où tout se joue m'ont vraiment touchée.

Un film à voir, lecteurs adorés.


"The old dreams were good dreams.
They didn't work out, but I'm glad I had them."

vendredi 11 juillet 2014

Autoportraits en noir et blanc (2001)

Chronique express!


Le premier roman de Fabrice Humbert confirme à mes yeux le talent de cet écrivain français que j'admire beaucoup. Autoportraits en noir et blanc est un livre beaucoup moins glaçant que Avant la chute et La Fortune de Sila, mais il n'en reste pas moins dur et saisissant et surtout superbement écrit. Je vous le répète, ce mec est le Zola du XXIème siècle. Si vous n'avez pas envie de voir le monde pour ce qu'il est, passez votre chemin. Si vous osez, en revanche, venez rencontrer Rodrigue, modeste dessinateur qui s'engage dans la Légion étrangère sur les traces de son père meurtrier, et découvrez son "destin" atypique, à la fois hors du commun et si banalement triste. Fabrice Humbert et ses mots poignants laisseront peut-être une trace indélébile dans votre parcours de lecteur...

"Avoir un destin à la naissance et la misère à l'arrivée, c'était finalement trop gênant. La lumière semblait trop crue. Mieux valait rester dans l'ombre et passer sans le savoir à côté de sa vie."

Fabrice Humbert, Autoportraits en noir et blanc
Éditions Le Livre de Poche, 216 pages, 6,10€