dimanche 23 septembre 2012

Mes Haines (1866)

Mes Haines est un recueil de critiques littéraires que Zola a publiées dans la presse en 1865 et 1866. C'était l'époque où il travaillait chez Hachette, collaborait avec plusieurs journaux et commençait doucement à publier ses propres textes (Les Contes à Ninon, La Confession de Claude, Les Mystères de Marseille).



Pas hyper évident de lire ces critiques 150 ans plus tard. La moitié des auteurs concernés ne sont pas vraiment passés à la postérité et je n'ai lu aucun de ces livres. Avant de m'intéresser à la vie de Zola, je ne savais d'ailleurs même pas que des Goncourt en chair et en os avaient existé avant que ne soit créé le concours littéraire du même nom...

Heureusement, Zola résume toujours l'intrigue et explique bien pourquoi il aime ou n'aime pas ces œuvres et on s'y retrouve assez bien.

Ce que je retiens le plus de ce livre, c'est la préface, que Zola a écrite pour l'édition en volume. Un beau coup de gueule commençant par les paragraphes suivants:

"La haine est sainte. Elle est l'indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise. Haïr c'est aimer, c'est sentir son âme chaude et généreuse, c'est vivre largement du mépris des choses honteuses et bêtes.
La haine soulage, la haine fait justice, la haine grandit.
Je me suis senti plus jeune et plus courageux après chacune de mes révoltes conte les platitudes de mon âge. J’ai fait de la haine et de la fierté mes deux hôtesses; je me suis plu à m’isoler, et, dans mon isolement, à haïr ce qui blessait le juste et le vrai. Si je vaux quelque chose aujourd'hui, c'est que je suis seul et que je hais."

Après la préface, se succèdent les textes suivants:

- L'abbé ***
- Proudhon et Courbet
- Le catholique hystérique (déjà lu dans un recueil de textes contre le romantisme; à éviter soigneusement si vous aimez Barbey d'Aurevilly vu que c'est lui, le catholique hystérique)
- La littérature et la gymnastique
- Germinie Latercieux par MM. Ed. et J. de Goncourt (à lire si vous aimez Zola car ce roman l'a beaucoup influencé)
- Gustave Doré (intéressant si on aime cet illustrateur ou si l'on connaît ses dessins)
- Les Chansons des rues et des bois (recueil de poésies de Hugo, que Zola critique comme toujours, mais assez gentiment)
- La Mère par M. Eug. Pelletan
- L'Égypte il y a trois mille ans (pas mal, ça fait rêver!)
- La géologie et l'histoire (intéressant en ce qu'elle nous resitue dans cette époque où certains scientifiques croyaient à une sorte de déterminisme physique; ici l'auteur trace un parallèle entre les caractéristiques géologiques de la France et le caractère des habitants)
- Un livre de vers et trois livres de prose
- Les Moralistes français (M. Prévost-Paradol) (vraiment super, donne envie de lire La Bruyère et La Rochefoucauld!)
- Le Supplice d'une femme et Les deux sœurs
- Erckmann-Chatrian
- M. H. Taine, artiste (pas tout suivi, mais au moins je connaissais Taine grâce à Vie et opinions philosophiques d'un chat)
- Histoire de Jules César (une critique intéressante dans la mesure où ce livre a été pensé par Napoléon III)

En bref, un livre pour ceux qui connaissent déjà Zola et veulent approfondir son œuvre non romanesque. Évitez de commencer par ici si vous n'avez jamais rien lu de lui. :)

jeudi 20 septembre 2012

Différences culturelles France/Irlande

Le grand choc culturel de mes vacances a été le suivant:

En Irlande, le Philadelphia n'est pas au chocolat Milka mais au chocolat Cadburry.


Je n'ai pas tellement aimé le Philadelphia au Milka --je pense qu'il vaut nettement mieux tartiner une tranche de pain de Philadelphia et y poser des carrés de chocolat--, mais je me devais d'en acheter une barquette au Cadburry pour établir une comparaison. Je vous tiendrai informés du gagnant.

L'autre comparaison intéressante, c'est que la grande majorité des station-service affichent les prix de l'essence en centimes. Le litre n'est donc pas à 1,699 euros, mais à 169,9 centimes. Fascinant, isn't it? Malheureusement, j'ai oublié de prendre les prix en photo et vous devrez me croire sur parole...

mercredi 19 septembre 2012

Abraham Lincoln, Chasseur de vampires

OUI!! Je l'ai fait!! J'ai acheté et lu l'improbabilissime biographie d'Abraham Lincoln récemment adaptée au cinéma!!


Il faut dire que je savais qu'une certaine Fée se l'était procurée et que Michel Dufranne en avait fait un de ses "derniers pour la route" dans une émission de Livrés à domicile; alors, quand je l'ai trouvé neuf à 5€ dans le rayon "Bonnes affaires" d'une librairie dublinoise, j'ai franchi le pas...

Et bien il faut dire que j'ai bien aimé. C'est vraiment une biographie et pas un roman, et, si on se laisse aller, c'est franchement amusant. On alterne entre les extraits du journal d'Abraham, des témoignages de tiers et le travail de recherche de l'auteur, avec quelques "images d'époque" représentant le futur Président sur le chemin de la vengeance anti-vampires. Le ton donne donc quelque chose comme: "Nous savons que les Lincoln s'étaient installés à tel endroit à tel moment, et qu'ils étaient mariés depuis x années au moment de la naissance d'Abraham, comme le confirme telle personne les ayant connus à l'époque, qui déclare que blablabla". Il y a aussi une théorie pas mal fichue sur la relation entre vampirisme et esclavage.

Bref, si vous acceptez de lire quelque chose de totalement loufoque, vous vous amuserez bien, vous apprendrez des choses fort intéressantes sur Lincoln (saviez-vous qu'il est issu d'une famille de fermiers pauvres vivant au milieu des bois et de la prairie?) et vous réviserez au passage l'histoire de la Guerre de sécession, ce qui ne fait pas de mal non plus! :)

mardi 18 septembre 2012

Top Ten Tuesday (12)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.


Le thème de cette semaine:
Les 10 personnages les plus énervants

1. Joséphine dans les bouquins "animaliers" de Katherine Pancol. Dommage, d'ailleurs, car ce personnage hautement complexé avait un potentiel d'évolution énorme, dans la mesure où on la rencontre au moment où elle met son mari, qui la trompe depuis des mois, dehors. Ce qui n'est pas rien. Malheureusement, Joséphine reste aussi effacée et victimée tout au long des 2000 pages des Crocodiles, des Tortues et des Écureuils, et les bras nous en tombent un peu.

2. La Reine Guenièvre dans Les Brouillards d'Avalon de Marion Zimmer Bradley. Bigote, immature, terrorisée par la moindre chose, hypocrite, manipulatrice (d'Arthur) et manipulée (par les prêtres). Pulsions d'étranglement incontrôlables en cours de lecture.

3. Lestat de Lioncourt dans les romans d'Anne Rice. Vulgaire (au sens de "manquant de finesse") et imbu de lui-même, tête à claques notoire, pleurnicheur (de larmes de sang) regrettant chacune de ses conneries seulement pour en faire une autre la seconde suivante. Dommage qu'il soit le narrateur et le héros de la grande majorité des Chroniques des vampires... Mais heureusement qu'Anne Rice compense avec ses autres personnages et son écriture que je trouve à tomber. :)

4. Marthe Rougon dans La Conquête de Plassans de Zola, à partir du moment où elle tombe sous la coupe de l'abbé Faujas et entre dans une crise mystique extatique la poussant à passer son temps à genoux à l'église.

5. Fat Charlie dans Anansi Boys de Neil Gaiman. Bon, j'ai déterminé que Neil Gaiman et moi ça ne marche pas, mais un protagoniste aussi mou, c'est juste insupportable!

6. La sœur et la mère d'Elizabeth dans Orgueil et préjugés....... Une mitrailleuse, vite........

Je m'arrête là. Il m'arrive souvent de ne pas aimer des personnages, mais il est quand même assez rare que j'ai ce type de pulsions meurtrières en lisant!

lundi 17 septembre 2012

Ivanhoé (1819)

Pendant mes vacances, j'ai relu Ivanhoé de Walter Scott.


J'aime beaucoup ce roman de chevalerie, même si l'intrigue est relativement invraisemblable (comme toujours chez les Romantiques?) et que les dialogues sont un peu pénibles à lire en VO, car tous les personnages parlent en thou et en art au lieu qu'en you et en are (d'ailleurs, si quelqu'un l'a lu en français, je serai curieuse de savoir comment le/la traducteur/trice a rendu ce côté désuet!). Les nombreuses aventures et les personnages vraiment inoubliables (Wamba!! le Chevalier Noir!! et surtout Rebecca!!) compensent largement ces petits bémol et c'est vraiment un bon moment de lecture.

En revanche, je voulais parler ici d'un point bien particulier, qui m'intéresse beaucoup dans ce roman: environ un tiers du livre aborde ou repose sur l'opposition entre Saxons et Normands, du point de vue social ou linguistique.

L'intrigue se passe en 1194, soit un peu plus d'un siècle après que Guillaume le Conquérant ait conquis l'Angleterre en 1066. Les Normands ont occupé tous les postes de pouvoir. Les nobles anglo-saxons, vaincus, sont désormais les vassaux des Normands. Les Normands parlent "français" (entendre: le français parlé à l'époque en Normandie), les autres parlent le old English (qui n'a franchement rien à voir avec l'anglais actuel), une langue germanique. À la longue, le mélange de ces deux langues donnera le middle English, qui évoluera à son tour jusqu'à donner l'anglais moderne.

L'exemple le plus connu de la coexistence de ces deux langues, comme le souligne le fou Wamba dans les premières pages, et comme votre dévouée blogueuse l'avait appris dans son cours d'Histoire de la langue anglaise, est l'existence de deux mots pour désigner un certain animal (tant qu'il est vivant) puis la viande qui en est tirée (une fois qu'il est mort): ainsi, le cochon est un swine, mais sa viande est du pork; et le bœuf est un ox jusqu'à ce qu'il devienne du beef. Tout simplement parce que les Saxons élevaient les animaux, mais les Normands riches les mangeaient.

Exemple de l'opposition sociale entre Saxons et Normands dans le récit: Cédric le Saxon est brouillé avec son fils Ivanhoé, entre autres, parce que celui-ci a décidé de partir aux Croisades à la suite du roi Richard Cœur de Lion (un Plantagenêt et le fils d'Aliénor d'Aquitaine). Or, les Croisades, c'est un truc de chevalier normand, et, aux yeux de Cédric, il n'y a aucune raison pour qu'un jeune noble saxon y participe...

Il semblerait que Walter Scott a forcé le trait et que les tensions étaient largement apaisées à cette époque, mais je trouve néanmoins cet aspect linguistico-politique très intéressant. Il est amusant de penser que les conquérants normands de l'Angleterre se sont tellement bien "fondus dans la masse" que plus personne ne se souvient de cet élément quand on pense à l'identité anglaise actuelle. En revanche, c'est à la même époque que l'Angleterre (enfin, les nobles Normands vivant en Angleterre) a commencé à envahir l'Irlande, et là-bas le "mélange" entre conquérants et vaincus n'a jamais eu lieu, la société étant restée très nettement découpée entre Irlandais parlant le gaélique et occupants anglais.

Voilà, vous savez tout de mes indispensables pensées de linguiste sur le sujet. :)

dimanche 16 septembre 2012

Rentrée

Rentrée (de vacances), dépitée par la rentrée (professionnelle) qui s'annonce demain. Heureusement, j'ai de quoi me consoler.

Quelques bouquins en anglais pour cet automne...


....un marque-pages magnétique qui semble avoir été pensé exprès pour moi...


...et un coffret de six documentaires de Discovery Channel réalisés en 1996: "When dinosaurs ruled". L'image de synthèse a horriblement vieilli, mais le premier documentaire (sur le Tyrannosaure) était très intéressant. J'espère que la suite de la série sera à la hauteur.

mercredi 5 septembre 2012

Sepúlveda

Comme je le disais il y a une quinzaine de jours, j'adore Luis Sepúlveda et ses merveilleux livres. J'ai donc été tout particulièrement ravie de découvrir que Terra Eco, le magazine du développement durable, lui consacrait sa rubrique Portrait à l'occasion de la sortie française de son dernier livre, Dernières nouvelles du Sud.



L'article n'est pas long (un recto-verso), mais c'est une bonne manière de découvrir cet auteur si vous ne connaissez pas son histoire mouvementée. Et puis, ce sera une bonne occasion de mélanger littérature et modernité en lisant un magazine vraiment fantastique, plein d'optimisme et d'énergie pour construire un monde de demain un peu moins navrant que celui d'aujourd'hui. :)

mardi 4 septembre 2012

Michael Clarke Duncan

Je n'ai pas l'habitude de m'apitoyer sur le décès des stars de cinéma, mais la mort de Michael Clarke Duncan m'attriste vraiment beaucoup. D'une part parce que je ressentais une réelle sympathie pour lui, même si cela est absurde, dans la mesure où un acteur n'est pas son personnage... Et d'autre part parce qu'il me semble que cet acteur vraiment excellent n'a pas eu le succès qu'il méritait auprès du grand public. À part ce rôle vraiment magnifique dans La Ligne verte, je ne l'ai vu au cinéma que dans un rôle assez oubliable dans Daredevil et dans une petite apparition dans Sin City. Moi, si j'avais été réalisatrice, je lui aurais donné le premier rôle dans tous mes films...


**Soupir.**

Laissons-le avec les paroles de son personnage, une des citations qui m'ont le plus marquée dans La Ligne verte: "John Coffey. (...) Coffey like the drink, only not spelled the same way."

samedi 25 août 2012

Robert des noms propres (2002)

"Au cours de théâtre, le professeur décida que Plectrude et un de ses camarades joueraient une scène de La Cantatrice chauve. Ce texte intrigua si profondément la jeune fille qu'elle se procura les oeuvres complètes d'Ionesco. Ce fut une révélation: elle connut enfin cette fièvre qui pousse à lire des nuits entières.
Elle avait souvent essayé de lire, mais les livres lui tombaient des mains. Sans doute chaque être a-t-il, dans l'univers de l'écrit, une oeuvre qui le transformera en lecteur, à supposer que le destin favorise leur rencontre. Ce que Platon dit de la moitié amoureuse, cet autre qui circule quelque part et qu'il convient de trouver, sauf à demeurer incomplet jusqu'au jour du trépas, est encore plus vrai pour les livres."

Amélie Nothomb
Robert des noms propres

vendredi 24 août 2012

Les Quarante-Cinq

Enfin, pratiquement deux ans après avoir lu La Reine Margot, j'ai fini la trilogie d'Alexandre Dumas sur les Valois (ou plutôt, disons-le, sur le déclin des Valois).

Les Quarante-Cinq m'a encore plus plu que La Reine Margot et La Dame de Monsoreau. On y voit peut-être mieux que d'habitude où l'auteur veut aller et il ramène sur le devant de la scène des personnages des deux autres livres, ce qui lui permet de le poser -- pendant les trois quarts du livre -- comme une véritable conclusion.

Dommage, en revanche, que tant d'intrigues s'ouvrent à nous dans les dernières pages et surtout que Dumas (et Maquet, n'oublions pas Maquet!!) n'ai(en)t jamais écrit la suite: je brûle d'envie de retrouver Henri III et surtout son bouffon Chicot, qui est le personnage de Dumas que je trouve le plus drôle. GGGRRRRAAA. Il faut en rester là.

Dommage aussi que ce livre n'existe pas en poche (éditeurs, qu'attendez-vous?)


Alexandre Dumas, Les Quarante-Cinq
Éd. Robert Laffont, collection Bouquins, épuisé (environ 25€ auparavant)
1020 pages (contient aussi les adaptations théâtrales des deux premiers tomes, le roman lui-même ne fait que 650 pages)
Disponible chez Omnibus dans une édition à 27,40€ contenant aussi La Dame de Monsoreau

samedi 18 août 2012

Des écrivains chez les écrivains

Il y a une chose qui me fait toujours chaud au cœur lorsque je lis un livre: découvrir une référence ou un clin d’œil à un autre écrivain que je connais et apprécie.

Par exemple, retrouver chez Carlos Ruiz Zafón, l'auteur espagnol de L'Ombre du vent, le nom d'Emilio Salgari, un écrivain italien qui n'est guère connu en France, a éclairé une de mes journées d'avril 2011.

Si la stérilité affectivo-intellectuelle qui caractérise ma triste existence depuis plusieurs années a réduit en poussière mes modestes ambitions écrituresques, je crois que j'aime, le temps d'un paragraphe, voir que mes écrivains préférés et moi, à défaut de faire le même travail, sommes au moins tous lecteurs.

Quelle n'a donc pas été mon émotion, hier soir, en lisant le prologue de Hotline de Luis Sepúlveda et en y trouvant un bel hommage à Alexandre Dumas ainsi que la phrase suivante: "... y en Chile, país lampedusiano, todo cambió para que todo siguiera igual", soit "...et au Chili, pays lampedusien, tout a changé pour que tout reste pareil" [traduction improvisée par moi-même. Il serait intéressant de voir ce qu'a choisi Jeanne Peyras, qui a réalisé la traduction française de ce livre pour les éditions Métailié], un renvoi à la "morale" triste et désabusée du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, un grand classique de la littérature italienne.

Merci, monsieur Sepúlveda (pour ce passage mais aussi pour vos merveilleux livres, bien sûr).

mercredi 15 août 2012

Blackwood Farm

"But you love books, then," Aunt Queen was saying. I had to listen.
"Oh, yes," Lestat said. "Sometimes they're the only thing that keeps me alive."
"What a thing to say at your age," she laughed.
"No, but one can feel desperate at any age, don't you think? The young are eternally desperate," he said frankly. "And books, they offer one hope–that a whole universe might open up from between the covers, and falling into that new universe, one is saved."

Anne Rice
Blackwood Farm
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vendredi 10 août 2012

Top Ten Tuesday (11)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.


Ouais, bon, je sais, on n'est pas mardi. Passons.

Le thème de cette semaine:
Les 10 meilleures trilogies

Prémisse: J'entends par trilogie une série de trois livres qui se suivent et développent une même histoire, mais dont chaque tome peut, si on souhaite le lire seul, plus ou moins se suffire à lui-même. Le Seigneur des Anneaux, qui est un livre en trois tomes, ne participe donc pas.

1/ Lives of the Mayfair Witches d'Anne Rice: The Witching Hour, Lasher et Taltos (La saga des sorcières en français --quel triste titre--, soit Le Lien maléfique, L'heure des sorcières et Taltos). Parce que The Witching Hour est le livre le plus ambitieux d'Anne Rice et même un des livres les plus ambitieux que j'ai jamais lus en général, et parce que les Mayfair et le mystérieux Lasher m'ont sérieusement perturbée et effrayée. C'était la première fois que je comprenais que Pocket classe les livres de cette écrivain dans la collection Terreur.


À droite, Harry Potter et la Coupe de feu en russe.
(Non, je ne suis malheureusement pas capable de le lire.)

2/ Entretien avec un vampire, Lestat le vampire et La Reine des Damnées d'Anne Rice. En fait, ce n'est pas vraiment une trilogie, d'une part car Anne Rice n'a pas du tout écrit le premier en ayant les deux autres en tête et d'autre part parce qu'ils sont suivis par neuf tomes supplémentaires. Mais il s'agit des trois livres à lire si on veut découvrir ses vampires.

3/ Les Trois mousquetaires, Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne d'Alexandre Dumas. Il faut aller jusqu'au bout une fois qu'on a commencé!

4/ Les Trois Villes de Zola: Lourdes, Rome et Paris. Parce que Zola quoi. Mes avis ici, ici et ici.

Œil de dinosaure anonyme et queue d'Allosaure en poste devant Zola.

5/ Les trois premiers livres de Marion Zimmer Bradley sur Avalon: The Mists of Avalon (1979), The Forest House (aussi publié sous le titre The Forests of Avalon) (1993) et Lady of Avalon (1999). Parce que le premier reprend la légende arthurienne du point de vue des femmes et fait des efforts de vraisemblance historique grandement appréciables et parce que le deuxième est une ré-écriture de l'opéra Norma de Bellini, ce qui est un exercice intéressant.

 Petit Pachyrhinosaurus deviendra-t-il magicien?

6/ La trilogie de Fondation d'Isaac Asimov: Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation. Là aussi, ce n'est pas tout à fait une trilogie, car ce sont techniquement des recueils de nouvelles. Mais ça doit faire 50 ans que tout le monde l'a oublié, alors ça compte aussi. Mon avis ici.

Tigger Lilly, tu me pardonneras cette blagounette,
mais un dragon qui vit du côté de chez Asimov,
c'est un peu un Dragon Galactique, héhéhé.

Le thème de la semaine prochaine: Les 10 auteurs qui vous ont fait aimer la lecture. Je ne me souviens pas d'une époque à laquelle je n'aurais pas aimé lire, donc je passe mon tour, mais ça en inspirera sûrement beaucoup! :)

jeudi 9 août 2012

Les oreilles de Buster

Les oreilles de Buster de Maria Ernestam faisait partie de la première sélection proposée au comité de lecture de ma médiathèque.

Aussi étonnant que cela puisse paraître,
il y a des roses dans mon salon.

Ce livre est le journal intime d'Eva, une femme âgée de 56 ans qui mène une existence plutôt calme dans la campagne suédoise. Après que sa petite-fille lui ait offert un cahier, elle commence à écrire. Les souvenirs se précipitent et font revivre son enfance et son adolescence sous le joug d'une mère particulièrement odieuse. Le ton est donné dès la première ligne: "J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution."

(Cette introduction m'a furieusement rappelé Happy birthday grand-mère de Valérie Saubade.) (Merci DI de m'avoir revendu le bouquin d'ailleurs!)

La force de ce livre tient dans l'alternance entre des passages platoniques et sentimentaux sur les roses qu'Eva cultive dans son jardin et les passages complètement cruels et glauques. J'ai ricané de plaisir tout du long, avec une jouissance particulière lors de l'entrée en scène de Buster (et de ses oreilles, héhéhéhé). Un vrai coup de cœur qui donne envie de creuser dans la littérature suédoise contemporaine.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
La chronique d'une lectrice du comité sur le blog de ma médiathèque

Maria Ernestam, Les oreilles de Buster
Traduit du suédois par Esther Sermage
Éd. Gaïa, 409 pages, 24€.

samedi 28 juillet 2012

Death in Holy Orders

"A large ginger cat was curled, plump as a cushion, on a low button-backed chair. At their entry he raised a ferocious head, gazed fixedly at them then, affronted, descended from the chair and lumbered out to the pantry. They heard the click of a cat-flap."

P. D. James
Death in Holy Orders
Héhéhé. Chat outré.

dimanche 22 juillet 2012

Paris (1897)

Après Lourdes et Rome, Paris forme le dernier volet des aventures de Pierre Froment, l'abbé qui a perdu la foi.

Nous le retrouvons cette fois-ci à Paris, comme le titre le laisse deviner. Grâce à sa bonté, il a acquis une réputation de saint homme, et il semble jouer son rôle de prêtre sans difficultés. En réalité, il souffre profondément de son manque de foi et de la comédie qu'il joue pour soutenir la foi des autres: "Il était la règle, il n'avait plus que le geste du prêtre, sans l'âme immortelle, tel qu'un sépulcre vide où ne restait pas même la cendre de l'espoir [...]". Sa vie sera cependant bouleversée par la rencontre de son frère Guillaume, qu'il ne fréquentait plus depuis des années et qui baigne dans le milieu anarchiste.

L'étrange créature londonienne fait ses débuts sur le blog!

Paris est légèrement différent des deux autres volets des Trois Villes, car il ne tourne pas autour de la religion (en tant que système de croyance ou que système politique). C'est, au contraire, le passage à autre chose: une nouvelle vie pour Pierre et un nouveau monde guidé par la science et par Paris, ville moderne, pour l'humanité. On sent venir les Quatre Évangiles (Fécondité, Travail, Vérité et Justice) (que j'espère recevoir bientôt en cadeau car ils n'existent que dans des éditions très chères) (message subliminal!).

On y retrouve en revanche un des thèmes les plus chers à Zola: l'inégalité sociale. Comme c'est souvent le cas, on passe des salons bourgeois tendus de velours et regorgeant de mets délicieux aux chambres nues et sordides, où l'ouvrier et sa famille meurent littéralement de faim dès que le père de famille ne peut plus travailler.

Ce thème en amène un autre, l'anarchie. Le sens d'injustice de la classe ouvrière, qui se sent bafouée et exploitée, est tel que certains se tournent vers l'anarchie pour tout faire sauter, pour faire crouler la vieille société pourrie et construire une société basée sur la justice et non pas sur la charité. Le principe de la charité chrétienne, symbolisé par l'abbé Rose, un prêtre généreux et naïf (mais presque héroïque dans sa naïveté, je dois dire que je l'aime beaucoup) en prend d'ailleurs dans la figure tout au long du roman.

Le milieu anarchiste est avant tout symbolisé par Salvat, un miséreux qui pose une bombe à l'entrée d'un hôtel particulier et qui finira guillotiné. Les réflexions sur le recours à la violence, que Zola condamne, sont d'ailleurs encore d'actualité à notre époque (même si je ne mettrais pas dans le même seau les anarchistes et Al-Qaïda), et Guillaume Froment, qui a mis au point un explosif extrêmement puissant, tient des réflexions rappelant (ou pré-annonçant) étonnamment la Guerre froide.

Il est vraiment dommage que les Trois Villes ne soient pas passées à la postérité, car ces trois romans sont vraiment à la hauteur des livres de Zola les plus connus. Ils sont d'ailleurs plus intéressants que certains tomes des Rougon-Macquart un peu plus faibles (comme Une Page d'amour par exemple). Pas qu'il existe des livres de Zola faibles, soyons clairs, vu que Zola est le meilleur, mais certains sont moins exceptionnels que d'autres. Les Trois Villes valent vraiment le détour si vous voulez découvrir un Zola un peu plus confidentiel que celui de Germinal et La Bête humaine.

Émile Zola, Paris
Éd. Folio Classique, 704 pages, 11,50€.

mardi 17 juillet 2012

Top Ten Tuesday (10)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.


Le thème de cette semaine:
Les 10 passages de livres que vous n'oublierez jamais

1/ La charge des Rohirrim lors de leur arrivée à Minas Tirith, dans les derniers paragraphe du cinquième chapitre de Le Retour du Roi de Tolkien. Un des moment les plus intenses de ma vie de lectrice! "Ride now, ride now! Ride to Gondor!"

2/ La mort de Bataille, le cheval de trait qui a passé sa vie au fond de la mine, lors de la catastrophe finale de Germinal de Zola.

3/ La description du devenir de tous les membres de la famille des Rougon-Macquart dans Le Docteur Pascal de Zola, quand Pascal montre l'arbre généalogique à sa nièce Clotilde. Il y avait des feux d'artifice dans mon crâne quand je l'ai lu.

4/ Le discours de Gmork, notre loup-garou préféré, lors de son face à face avec Atreiju dans L'Histoire sans fin de Michael Ende. Il y expose des idées très tristes et très bien trouvées (de la part de l'auteur) sur la séparation entre le monde des humains et le royaume de Fantasia et sur le devenir des créatures de Fantasia lorsqu'elle se jettent dans le Néant.

5/ Le texte To The Deamon de Clark Ashton Smith, un des plus beaux textes anglais que j'ai jamais lus. "Tell me many tales, O benign maleficient daemon..."

6/ La conclusion de Gatsby le magnifique de Fitzgerald, pour sa tristesse et sa justesse. "Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us."

7/ L'extrait des Nemedian Chronicles cité au début de la nouvelle The Phoenix on the Sword de Robert E. Howard, première apparition de Conan. "Know, O Prince, that between the years when the oceans drank Atlantis and the gleaming cities, and the rise of the Sons of Aryas, there was an Age undreamed of, when shining kingdoms lay spread across the world like blue mantles beneath the stars."

8/ La réponse de la Marquise de Mertueil à l'ultimatum du Vicomte de Valmont (lettre 153 des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos): "Hé bien ! la guerre."

9/ Les premiers paragraphes de la nouvelle The Outsider (Je suis d'ailleurs) de Lovecraft. "I remember not where I was born, save that the castle was infinitely old and infinitely horrible..."

10/ La vision d'Adso à la fin du Nom de la rose d'Umberto Eco, lorsque, en proie à une longue hallucination, il voit arriver Noé qui pagaye sur son arche. :D