jeudi 27 février 2014

Les années (2008)


Annie Ernaux (qui m'avait déjà séduite avec La place et Une femme) réussit dans Les années un bel exploit: raconter l'histoire de la France de l'après-guerre à travers sa propre histoire, faire de sa biographie un récit universel. Cela peut paraître prétentieux, mais ce ne l'est pas: elle ne se prend jamais pour modèle. Elle raconte simplement les actions et les pensées de ce elle qu'elle a été et qui a partagé l'histoire de millions de ses concitoyens, à partir de son enfance et son adolescence en Normandie -- là où les adultes parlaient toujours de la guerre -- et jusqu'à sa vie d'étudiante "à la ville" et de prof. Ce passage de la province profonde à la ville a d'ailleurs son importance et me semble suivre de près le passage du monde "étroit" des années quarante à la société plus ouverte des années soixante, puis à celle complètement mondialisée des années quatre-vingt-dix et deux mille.

Ce livre m'a inspiré une grande tristesse, les événements abordés n'étant pas très gais: ce qui marque le plus un peuple, on le sait, ce sont ses guerres et ses désordres.

"Les guerres du monde suivaient leur cours. L'intérêt qu'on avait pour elles était inversement proportionnel à leur durée et leur éloignement, dépendait surtout de la présence ou non d'Occidentaux parmi les protagonistes. On n'aurait pu dire depuis combien d'années les Iraniens et les Irakiens s'entre-tuaient, les Russes tentaient de mater les Afghans. Encore moins les motifs, persuadés intimement qu'ils ne le savaient plus eux-mêmes et signant sans conviction des pétitions pour des conflits dont on avait oublié les causes."

J'ai aussi été marquée par la présence réelle, mais clandestine, de la sexualité dans le monde de son adolescence et par le quotidien des femmes avant la pilule et l'IVG. Époque à laquelle on devait suivre son cycle de près pour ne pas risquer de tomber enceinte et où on épousait parfois un homme non pas parce qu'on le souhaitait mais parce qu'on avait eu la malchance de tomber enceinte de lui.

Une belle leçon d'humanité au final, avec un ton très juste qui m'a confirmé que j'éprouve de l'estime pour la personne à même d'écrire ces mots. À mettre entre toutes les mains.

mardi 25 février 2014

Les Dinosaures (1994)

Chronique express!


Je l'ai enfin lu, ce petit Que sais-je? dont je rêvais depuis des lustres! Écrit par Eric Buffetaut, le grand spécialiste français des dinosaures, il est, comme tous ses congénères de chez PUF, extrêmement clair pour le grand public et précis dans son propos. C'est un vrai plaisir pour se rafraîchir la mémoire sur la variété de ces animaux disparus, leur place dans le vivant et la manière dont ils sont classés en groupes (théropodes, thyréophores, ornithopodes etc) et en sous-groupes, sur les premières découvertes et le grand mystère de leur disparition... Il faut juste garder à l'esprit que ce petit livre a été publié en 1994 et que les connaissances sur les dinosaures ont énormément évolué depuis 20 ans. Alors, les PUF, à quand une nouvelle édition? :)

dimanche 23 février 2014

UGC Culte: Sueurs froides (1958)

Chronique express!


Maintenant que j'ai vu deux films de lui (et un film sur lui! ^^), je comprends mieux pourquoi Hitchcock a autant marqué l'histoire du cinéma et est appelé le maître du suspense! Dans Sueurs froides (Vertigo de son titre original), un policier souffrant de vertige se voit confier par un ami la mission de pister l'épouse de celui-ci, qui semble être en train de perdre l'esprit. Elle erre dans la ville de San Francisco et ses alentours sur les traces de sa très belle ancêtre suicidée. En est-elle la réincarnation? Le croit-elle seulement? Est-elle folle? Ce film brillant et subtilement stressant joue avec les apparences et les faux-semblants et mériterait largement un deuxième visionnage pour en tenir tous les tenants et les aboutissants. J'ai été assez bluffée (et en plus, découvrir ce genre de film dans les conditions idéales du cinéma est un vrai plaisir). Bravo, maestro!

vendredi 21 février 2014

Germinie Lacerteux (1865)

On a tendance à l'oublier, mais avant d'être un prix littéraire très en vogue, les Goncourt étaient des gens. Des frères, plus précisément: Charles et Edmond. Si leur oeuvre n'est pas vraiment passée à la postérité, je me devais néanmoins de lire ce Germinie Lacerteux, un roman qui a eu une influence fondamentale sur le jeune Émile Zola.


Inspiré de la vie réelle de Rose Malingre, la bonne des Goncourt, ce roman met en scène une femme à la vie... disons... difficile. Née en province, elle monte travailler à Paris à l'adolescence, est violée par un collègue et fait une fausse couche. Elle trouve ensuite du travail comme bonne chez une vieille Mademoiselle qui a eu un lot assez effarant de souffrances au cours de sa vie. Et là, tout pourrait bien se passer pour Germinie... Si elle ne devenait pas amie avec les mauvaises personnes... Et si elle ne tombait pas amoureuse du mauvais gars.... D'année en année, sa situation ne fait qu'empirer, les personnes qu'elle aime profitent d'elle et la poussent de plus en plus loin dans la déchéance, le sort s'acharne en lui tuant son bébé, les dettes s'accumulent et l'alcoolisme règne en maître...

À sa sortie, Germinie s'est fait lyncher par la critique, outrée par ce ramassis d'ordures. Seul un certain Émile Zola, journaliste au Salut public à Lyon, en a pris la défense. Il est vrai que ce n'est pas une lecture très réjouissante et que, même aujourd'hui, beaucoup seraient rebutés par cette impitoyable succession de malheurs et cette destruction totale d'un individu qui aurait pu, dans un autre contexte, être quelqu'un de tout à fait normal. À l'époque, en plus, il ne fallait surtout pas appeler les choses par leur nom, alors les Goncourt ont beaucoup choqué...

Pour ma part, j'ai adoré. C'est un peu Zola (ou plutôt la pauvre Gervaise!) avant l'heure. C'est moins bien et moins précisément construit que l'oeuvre de Zola, mais je comprends bien pourquoi le jeune Émile a déclaré "admirer [cette oeuvre] excessive et fiévreuse". C'est de la littérature putride qui n'a pas peur de regarder les choses en face et de les dénoncer... Et avec quel style! Les écrivains du XIXème sont vraiment les meilleurs. Ils semblent énoncer avec une clarté déconcertante des phrases riches, complexes, longues et précises qui nous portent sans la moindre difficulté jusqu'aux points qui les séparent les unes des autres, dans une rythmique et une poésie juste jouissives. Décidément, je pourrais lire du Goncourt, du Maupassant et du Balzac toute la journée sans jamais m'en lasser -- même si le meilleur, évidemment, c'est Zola!

"Quand, à ses heures découragées, elle retrouvait par le souvenir les amertumes de son passé, quand elle suivait depuis son enfance l'enchaînement de sa lamentable existence, cette file de douleurs qui avait suivi ses années et grandi avec elles, tout ce qui s'était succédé dans son existence comme une rencontre et un arrangement de misère, sans que jamais elle y eût vu apparaître la main de cette Providence dont on lui avait tant parlé, elle se disait qu'elle était de ces malheureuses vouées en naissant à une éternité de misère, de celles pour lesquelles le bonheur n'est pas fait et qui ne le connaissent qu'en l'enviant aux autres."

De la littérature putride, oui; mais surtout de la Littérature avec un grand L! ♥

mercredi 19 février 2014

La Princesse des glaces (2003)

Allez, les vacances sont finies et on reprend du service! Et avec sept livres lus durant cette semaine de farniente, j'ai de quoi bloguer! :D



On commence de suite avec une petite chronique rapide de La Princesse des glaces de Camilla Låckberg, auteure de polars dont j'entends le plus grand bien depuis quelque temps. Et suédoise de surcroît: quand le géant de l'ameublement suédois a changé du tout au tout votre vie professionnelle, il est de bon ton de s'intéresser à son pays d'origine. :)

Mais malgré cet a priori positif, j'ai été assez déçue par ce policier qui n'a pas su me captiver plus que ça. C'est surtout le style assez raplapla qui m'a déplu, puisque c'est le genre de bouquin où le lecteur n'a pas trop besoin de réfléchir à ce qu'il lit... Sauf dans le cas de l'utilisation ponctuelle d'expressions peu usitées qui m'ont semblé tomber comme autant de cheveux sur la soupe (ex.: "Il s'était préparé mentalement à l'idée de devoir boire un infâme café bouilli, et il perdit le menton pour la deuxième fois en très peu de temps en voyant l'appareil à café en acier inoxydable hyper moderne qui trônait sur le plan de travail"). Peut-être un problème de traduction lié à la présence d'expression suédoises sans équivalent direct en français?

L'histoire est plutôt pas mal: un cadavre fait son apparition dans une baignoire gelée; des secrets bien gardés remontent à la surface dans un paisible village où il ne se passe jamais rien mais où, en réalité, tout le monde a de lourds comptes à régler avec tout le monde; la police piétine; et une héroïne civile, amie d'enfance du cadavre, se mêle de ce qui ne la regarde pas et mène sa propre enquête. La fan d'Arabesque que je suis aurait vraiment dû y trouver son compte, mais le problème du style, couplé à des personnages hyper caricaturaux, ne m'a permis d'y voir qu'une lecture de plage (au sens propre et figuré!), rapidement lue et rapidement laissée de côté.

samedi 8 février 2014

Départ, vacances, retour bientôt

Chers lecteurs,

Je m'absente quelques jours pour partir en vacances dans une île au large du Sahara. Au programme: lire plein de livres, regarder plein de films, parler espagnol avec des gens et observer des paysages volcaniques. Je retrouverai vos blogs avec enthousiasme à mon retour (et, je l'espère, avec une meilleure organisation, car ces derniers temps ma présence chez vous se fait bien rare).

Je vous aime.

À plus,

Alys

vendredi 7 février 2014

La Ragazza (1960)

Chronique express!


La ragazza di Bube de Carlo Cassola, prix Strega en 1960: une belle plongée dans l'Italie du lendemain de la guerre, lorsque communistes et ex-partisans contrôlent la situation et que les ex-fascites ont tout intérêt à se faire oublier. Mara, seize ans, vit à Monteguidi, petit village tranquille du sud de la Toscane, et pense surtout à s'acheter de jolies choses et de se trouver un petit copain. Débarque ensuite Bube, qui était au maquis avec feu le frère de Mara. Les deux jeunes tombent amoureux et se fiancent. Mais Bube a la gâchette et le poing faciles et il est obligé de prendre la fuite après avoir abattu un homme dans une altercation entre ex-partisans, un prêtre qui ne veut pas les laisser rentrer dans son église et la police qui intervient. Mara reste dans l'incertitude quant à son sort, mais décide d'attendre son retour... Avec une langue populaire et simple, mais néanmoins soignée, et une histoire très triste qui souligne les dégâts que continuent de faire les guerres et les dictatures bien après leur fin officielle, ce livre est une lecture obligatoire pour qui s'intéresse à la littérature et/ou à l'histoire italiennes. En France, il faudra cependant le trouver d'occasion, Seuil ne semblant pas l'avoir réédité après la traduction de 1962... :( Par ailleurs, Luigi Comencini l'a adapté au cinéma en 1962 avec Claudia Cardinale dans le rôle de Mara: une autre piste à explorer.

lundi 3 février 2014

Le peigne de Cléopâtre (2007)

De retour au comité de lecture de ma médiathèque, c'est avec plaisir que j'ai constaté que la dernière traduction française de Maria Ernestam faisait partie de la sélection de novembre. Il y a deux ans, j'avais en effet adoré Les oreilles de Buster, une sorte de conte macabre très original et jouissif. Le peigne de Cléopâtre est une histoire tout aussi improbable, mais peut-être moins croustillante et surtout plus triste.


Trois amis suédois âgés d'une quarantaine d'années, Mari, Anna et Fredrik, décident de monter leur propre société pour reprendre un peu en main leur situation professionnelle guère satisfaisante. Pour tout vous dire, Mari vient de se faire licencier par le patron qui profite d'elle depuis des années et elle a réagi en lui plantant une fourchette dans la main. Hihihi! Les répliques de ce passage ont quelque chose d'un peu convenu, mais c'est une telle satisfaction de voir ce petit connard se retrouver avec une fourchette dans la main qu'on les accepte facilement.

Cette nouvelle société, Le peigne de Cléopâtre, aura pour mission de résoudre les problèmes des gens en mobilisant les compétences diverses et variées des trois associés. Un vaste programme. Formation professionnelle, décoration d'intérieur, comptabilité, gastronomie: les trois amis touchent un peu à tout. Et puis un jour, la voisine d'Anna, une dame âgée, les supplie de tuer son mari, qui la tyrannise depuis des dizaines d'années et qui lui fait plus de mal que jamais maintenant qu'il est à la retraite.

Et là, c'est le drame... Comment lui expliquer qu'ils ne sont pas tueurs à gages? Comment refuser la belle somme qu'elle leur promet et dont ils ont bien besoin? Et surtout, comment ne pas lui venir en aide en entendant son histoire? Et quand le mari meurt effectivement et que la dame vient leur exprimer sa reconnaissance, la vie des trois associés part quelque peu en vrille...

Vous le voyez, l'intrigue est quelque peu originale et barrée. Mais il me semble y avoir moins d'humour que dans Buster et, surtout, c'est avant tout l'histoire très triste de plein de gens totalement traumatisés par leur passé, notamment leur enfance. Maria Ernestam parle avec justesse de la manière dont les parents peuvent détruire en profondeur les enfants dont ils ont la charge, soit en étant carrément cruels, soir par leur simple indifférence. Mari, Anna et Fredrik restent encore complètement obsédés, à l'âge adulte, par des épisodes de leur enfance qui n'ont rien perdu de leur douleur et de leur humiliation avec les années.

J'ai aussi trouvé intéressant de voyager un peu en Suède, et de (re)découvrir ce pays tellement encensé par les médias sous un point de vue plus réaliste (même si les défaillances du système social suédois sont abordées plus en profondeur dans Buster). Apparemment, il y a tout autant de psychopathes en tout genre là-bas qu'ici...

Le bémol, c'est que l'intrigue s'éparpille un peu, et que les nombreux sujets abordés sont traités de manière un peu superficielle. Le livre aurait gagné à mettre en scène quelques événements de moins en les creusant plus. Malgré cela, je dois dire que Maria Ernestam m'a bien eue et que, si j'ai vu venir certaines choses, je m'en suis prises d'autres dans la gueule au tout dernier moment.

Pour conclure, la citation qui fait du bien...

– Avant l'arrivée de la police et de l'ambulance, je me tenais à côté du lit et je regardais mon défunt mari. Il avait l'air paisible, et je me suis dit que j'avais dû l'aimer un peu. Au tout début. Mais j'étais incapable de m'en souvenir. Je ne ressentais... plus rien. Je ne pouvais penser à rien d'autre qu'à ce qu'il m'a fait subir, et je me suis rendu compte que l'imparfait était un temps merveilleux pour parler d'un époux comme le mien.

samedi 1 février 2014

Nicolas Eymerich, inquisiteur (1994)

Chronique express!


Les enquêtes d'un inquisiteur espagnol intolérant, méprisant et désagréable, bien décidé à démasquer tous les hérétiques susceptibles de se cacher à la cour du roi à Saragosse... Voilà qui a le mérite d'être original. Et quand, sachant que l'intrigue se passe en Espagne en 1352, vous découvrez que le premier chapitre se passe au Texas à notre époque et que le deuxième concerne la déposition d'un membre de l'équipage d'un vaisseau spatial sur lequel se sont déroulés d'étranges événements en 2194, il y a de quoi être surpris!! C'est que ce Nicolas Eymerich, inquisiteur, comme toute la série qui le suit, voit son intrigue se développer sur trois époques en parallèle, de manière intimement liée. Valerio Evangelisti y propose une théorie pseudoscientifique très intéressante, bien que pas toujours très claire, pour expliquer la transmission de pensées et le voyage dans le temps. Il crée ainsi un livre tout à fait hors du commun, très amusant et intéressant. Dommage que l'écriture assez simple ne soit pas à la hauteur et que certains passages soient traités trop rapidement, sinon, je crois qu'on tenait un truc tout à fait énorme! Vivement que je me procure la suite...

jeudi 30 janvier 2014

Snif snif Cavanna

C'est avec grande tristesse que je viens de découvrir que François Cavanna est mort hier... C'est un très grand homme qui s'en est allé et un écrivain hors pair... ♥

Espérons que la couverture médiatique de son décès amènera de nouveaux lecteurs vers ses ouvrages et en fera réfléchir certains... En cette triste époque où je vois les affiches de la Manif pour tous envahir les murs de ma ville et où les cons semblent, plus que jamais, très bien vivre leur connerie, nous avons désespérément besoin de gens comme lui...

lundi 27 janvier 2014

UGC Culte: Les Incorruptibles (1987)

Chronique express!


The Untouchables de Brian de Palma raconte l'histoire de quatre flics bien décidés à faire tomber Al Capone, maître incontesté de Chicago en ce début des années trente. C'est un beau film qui sait donner de la profondeur à ses personnages et vous les rendre attachants en deux temps trois mouvements. Avec, il faut le souligner, une réalisation soignée et de beaux plans filmés par le dessus qui valent le détour.


Kevin Costner et Sean Connery au sommet de leur forme, c'est juste génial; et j'ai beaucoup apprécié les deux autres acteurs principaux, Andy Garcia et Charles Martin Smith. Par contre, Robert De Niro, que j'avais réévalué après Taxi Driver, m'a à nouveau semblé surjouer et adopter une attitude insupportable. Qui va bien à son personnage, certes...


Je terminerai en citant l'utilisation très judicieuse de la musique d'Ennio Morricone, qui est utilisée à petites doses et voit donc énormément augmenter son impact...

Un film à découvrir, même pour ceux qui n'aiment pas particulièrement les histoires de gangsters!

samedi 25 janvier 2014

Le Don du loup (2012)

Reuben Golding, journaliste âgé de 23 ans, visite une superbe vieille maison californienne en bord de mer en compagnie de la propriétaire, Marchent Nideck. Complètement subjugué par la maison, Reuben, qui devait seulement écrire un article sur cette maison afin d'en faciliter la vente, décide de l'acheter lui-même. Comme prévu, il reste dîner et dormir sur place... et couche avec Marchent, une femme plus âgée fascinée par ce jeune homme rêveur un peu poète.

Au cours de la nuit, deux individus entrent dans la maison, tuent Marchent à coups de couteaux et blessent Reuben. Mais quelque chose, peut-être un gros chien, les tue à son tour et mord Reuben, qui ne comprend pas bien ce qu'il se passe vu qu'il est en train de se vider de son sang par terre, dans le noir.

Le journaliste se réveille ensuite à l'hôpital, où il découvre: 1/ que Marchent, durant sa dernière heure de vie, lui a légué la maison et tout ce qu'elle contient; 2/ que ses blessures guérissent incroyablement rapidement; 3/ que ses analyses de sang sont très bizarres et perturbent tout le corps médical; et 4/ qu'il entend incroyablement bien tout ce qu'il se passe dans l'hôpital.


Vous l'aurez compris, Anne Rice s'attaque ici au personnage du loup-garou. Mais, malheureusement, elle le fait sans réelle originalité et sans (me semble-t-il) apporter quelque chose de nouveau au mythe, et en accordant, en plus, ce Don du Loup à un personnage principal particulièrement fade. D'ailleurs, les seuls personnages intéressants du livre entrent en scène 70 pages avant la fin, ce qui nous oblige à passer 330 pages seuls avec Reuben, ses pulsions de loup et son besoin incontrôlable de découper les criminels en morceaux...

Déjà, le coup de Marchent qui lègue sa maison à un parfait inconnu, j'ai trouvé ça gros. Mais le loup-garou qui sent la cruauté humaine comme une odeur et sauve les pauvres victimes, ça m'a carrément gavée. Et la rapidité avec laquelle les deux personnages féminins (Marchent et Laura) tombent dans les bras de Reuben m'a consternée: si j'apprécie en temps normal qu'Anne Rice accorde une véritable vie sexuelle à ses personnages féminins, j'ai trouvé ici les scènes de sexe amenées maladroitement, avec un manque de scénario digne des films X, et en même temps bien trop chastes, puisqu'elles ne sont aucunement décrites après le baiser de début. Une alliance étrange entre les actions de ces gens qui couchent ensemble à chaque chapitre et un récit qui ne veut pas décrire l'acte sexuel.

En outre, tout le monde sanglote sans qu'on ne comprenne bien pourquoi, l'intrigue n'avance pas (même s'il y a beaucoup d'action vu que Reuben décapite des méchants toutes les nuits), les personnages secondaires ne sont pas très crédibles et les questionnements moraux du héros ne sont qu'un pâle reflet simplifié à l'extrême des dilemmes de Louis dans Entretien. D'ailleurs, exactement comme Louis, Reuben a un frère prêtre.

En revanche, je dois dire que le premier chapitre a quelque chose de très savoureux, la maison où se passe l'intrigue correspondant parfaitement à mes fantasmes immobiliers: architecture ancienne, air abandonné, personnalité marquée, vieux meubles patinés, bibliothèque débordant de manuscrits et de livres en tout genre, trésors archéologiques accumulés au fil des années... Le rêve! ♥

Mais où est passée la plume riche et "luxuriante" d'Anne Rice? Où est passée la sensualité langoureuse qui se dégageait discrètement de ses personnages? Où sont passées la diversité, la profondeur et la subtilité de leurs émotions? Où est passé tout ce qui fait que depuis quatorze ans que j'ai lu Entretien, je guette encore Louis et Armand dans Paris...? Même Lestat, que je n'aime guère, était un personnage intéressant et bien construit. À côté, Reuben n'est qu'insupportable et fade... :(

jeudi 23 janvier 2014

UGC Culte: Chantons sous la pluie (1952)

Chronique express (et trèèès en retard)!


Chantons sous la pluie, c'est vraiment le film dont tout le monde connaît l'air. C'est donc avec grand intérêt que je suis allée le voir au cinéma il y a déjà un mois. Et comme ça fait un mois, mon souvenir n'est pas très frais... Mais j'ai bien aimé. C'est merveilleusement désuet et ça met bêtement de bonne humeur: après la séance, l'Homme et moi avons chantonné béatement dans le cinéma en attendant d'aller voir Albator. Il y a un peu de longueurs dans les morceaux de danse, probablement dues au fait que le public actuel n'est pas aussi réceptif à la chose que celui des années cinquante, et, à part la chanson-titre, les mélodies, si elles sont sympathiques, ne sont pas semblé particulièrement inoubliables (certains morceaux de Drôle de frimousse m'ont semblé plus accrocheurs). À part ces petits bémols, c'est un film sympa sur le passage du muet au parlant pendant les années trente, avec de belles mises en abyme du cinéma et de la réalisation de films (et même des comédies musicales avec un des morceaux de fin qui parle de Broadway). Et Gene Kelly est juste trop classe avec ses pantalons larges, ses gilets hauts et ses superbes chaussures bicolores... :) :) :)


mardi 21 janvier 2014

Boh (1976)

Chronique express!


Après Nouvelles romaines, Boh confirme que mon affinité avec Moravia n'est pas limitée à un seul livre, Le Mépris. Dans ce recueil de trente nouvelles, l'écrivain italien brosse le portrait de trente femmes résolues, parfois pétries de contradictions mais toujours lucides (si si, je vous jure que c'est possible). Trente femmes qui agissent et interagissent avec les hommes dans un univers bien convenu, dans lequel elles peuvent tirer leur épingle du jeu si elles s'en donnent les moyens. Moravia leur donne la parole dans un style limpide et très posé, sans avoir peur d'aborder les relations sexuelles de front: nos trente narratrices savent ce qu'elles ont à dire et le disent clairement. Dans certaines nouvelles se fait également sentir l'influence de la psychanalyse, mais le thème n'est pas central ici. Il s'agit avant tout de se pencher sur des comportements parfois incompréhensibles et de voir les relations humaines pour ce qu'elles sont. Et parfois, on ne peut que conclure par un "Boh", expression italienne correspondant à "je n'en sais rien"...

dimanche 19 janvier 2014

I am Pusheen the cat (2013)

Chronique express!


(C'est la crise du logement et les peluches errent de la chambre au salon à la recherche d'un endroit où vivre... Ce dragon s'est installé aux côtés de l'imprimante.)

Décidément le monde est VRAIMENT dominé par les chats! Voilà que Pusheen rejoint Garfield et Simon's Cat pour former un trio de chats dessinés simplement mais de manière tellement expressive. C'est vraiment bluffant de voir comment les expressions quotidiennes des vrais chats prennent vie avec quelques simples traits sur le papier. Pusheen est beaucoup moins diabolique que ses deux compagnons, mais elle n'en est pas moins drôle et elle est peut-être encore plus adorable. À découvrir si, comme moi, vous n'aviez pas vraiment réalisé jusque là qu'il y avait un nouveau chat en ville (plus de trois millions de fans sur Facebook, s'il vous plaît!)...





Hihihi! Un dinochat! :)

Allez voir ailleurs si ce chat y est!

vendredi 17 janvier 2014

Belle et sombre (1993)

Chronique express!


Difficile de parler de ce Bella y oscura! Techniquement, c'est le récit d'une petite fille revenue de l'orphelinat pour vivre avec sa famille dans un quartier un peu perdu d'une ville sans nom. Sa grand-mère doña Barbara, sa tante Amanda et son cousin Chico cohabitent tant bien que mal avec l'oncle Segundo dans l'attente du retour du père de la petite, Maximo. Airelai, une naine qui réalise des spectacles de magie avec Segundo, vit également avec eux. Mais ce livre est bien plus que cela: on y parle de solitude, de la naïveté de l'enfance, de la force de la haine et de l'attente éternelle que semble parfois être la vie. Il a lancé un beau défi à mes compétences linguistiques et je suis très satisfaite de m'en être sortie. C'était une belle lecture qui a gardé sa part de mystère, toute l'intrigue n'étant pas dévoilée: en quelque sorte un livre à l'image de son titre.

L'info indispensable: Les livres de Rosa Montero, disponibles en France chez Métailié, ont été traduits par Myriam Chirousse... Une écrivain française que je viens tout juste de rencontrer avec La Paupière du jour, lu dans le cadre du comité de lecture de ma médiathèque. Lien à venir...

mercredi 15 janvier 2014

Versilia Rock City (2008/2012)

Voilà un bouquin complètement barré!

Fabio Genovesi, originaire de Forte dei Marmi, nous entraîne en Versilie, une étroite bande de côté coincée entre la Méditerranée et les Alpes Apuanes, dans le Nord de la Toscane. Le genre d'endroit où la population explose à l'approche de l'été, lorsque toute la Toscane et de nombreux vacanciers du Nord s'y installent pour profiter de la plage

Mistou et son gros nez présentent...

De passage dans la région, c'est justement parce que l'auteur est du coin que j'ai choisi ce livre. Et je n'ai pas été déçue! C'est l'histoire totalement déjantée de quatre personnages...

- Mario. Jeune homme d'une trentaine d'années, il était DJ en boîte pendant les années quatre-vingt-dix et a même enregistré quelques singles. Trois ans avant le début des événements, il s'est soudain enfermé dans sa chambre. Il a mis du carton sur les fenêtres et n'a plus jamais mis les pieds dehors. C'est sa mère qui lui apporte à manger dans la chambre. Son seul contact avec l'extérieur: ses ordinateurs qui téléchargent en continu.

- Nello, l'oncle de Mario. Il vit dans un abri dans le jardin et y travaille actuellement à la construction d'un navire avec lequel il compte devenir pirate. C'est le punk de la ville. À cause des drogues, il n'a aucun souvenir de sa vie entre ses vingt-cinq et ses quarante-cinq ans.

- Roberta. Avocate brillante, femme cultivée, elle mène une vie bien réglée. Mais un jour, elle rencontre Nello, son amour de jeunesse, à la Poste. Et là, quelque chose se détraque dans sa tête...

- Renato. Ami d'enfance de Mario, il a quitté la ville de Forte dei Marmi pour monter à Milan. Officiellement, il y est chauffeur pour les nombreuses mannequins de passage dans cette capitale de la mode. En réalité, il organise des voyages pour ceux qui ne peuvent pas se payer de voyages. C'est-à-dire qu'il les rencontre pendant le temps qu'est censé durer leur voyage, leur décrit le pays qu'ils sont censés visiter, les aide à ne pas se faire remarquer pendant cette période... Une fois le temps écoulé, le "vacancier" reprend sa vie normale en se vantant de sa superbe vacance au soleil, alors qu'il est juste resté planqué chez lui, les volets tirés.

Avec une brochette pareille, vous vous doutez bien que le livre est très spécial. Et je me suis éclatée comme jamais à suivre des péripéties complètement improbables. C'est vraiment dynamique, acide, drôle, malin. J'ai éclaté de rire sur certains passages. Quelque part, je crois que ce livre est aussi très italien: je me demande ce que pourrait donner une éventuelle traduction! J'ai aussi apprécié la vision fort peu romantique de cette Versilie hivernale et abandonnée, prête à ramper aux pieds des Milanais dès que l'été revient. (Moi, je n'ai pas vécu ça comme ça quand j'y étais, mais peut-être qu'il y a plus de Milanais arrogants à Forte que dans la ville où j'habitais.) Mais c'est surtout le style qui vaut le détour. Il faudra absolument que je relise cet auteur... Et je vous fais signe à la seconde où un éditeur français le fait traduire!

[J'indique deux dates pour ce livre, une première version publiée en 2008 ayant été remaniée et ré-éditée en 2012. C'est cette deuxième version que je commente ici.]

lundi 13 janvier 2014

La Cousine Bette (1846)

La Cousine Bette d'Honoré de Balzac repose sur un parti pris intéressant: la Bette dont on parle n'est pas la victime, mais bien le bourreau de l'histoire. Il est assez rare que l'on s'intéresse aux parcours des méchants et il me semble donc important de le souligner...

Bette, une vieille fille laide, déteste sa cousine Adeline et, par extension, toute sa famille. Quand la fille de celle-ci, Hortense, lui "vole" son amoureux (je vous jure que c'est vrai, Hortense, très sympathique elle aussi, "pique" l'homme de sa tante!), Bette décide de ruiner la famille. Elle fait donc alliance avec Madame Marneffe, une très belle jeune femme qui va séduire le mari d'Adeline et en devenir la maîtresse officielle et très coûteuse.


Intrigues et complots de plus en plus complexes remplissent ce roman dans lequel je me suis parfois un peu perdue, beaucoup de choses étant avouées à demi-mot d'une manière qui était peut-être limpide pour le lecteur de l'époque de Louis-Philippe Ier mais qui ne l'était pas toujours pour moi. Le livre faisant presque 500 pages, je pense donc qu'il vaut mieux ne pas commencer par là pour rencontrer Balzac... Il n'en reste pas moins un livre très intéressant, qui rappelle furieusement Les liaisons dangereuses du point de vue de la noirceur des machinations de l'héroïne (d'ailleurs, Balzac établit lui-même le parallèle entre Bette et Madame de Merteuil), et je l'ai lu avec plaisir. Les personnages m'ont même manqué quand je suis arrivée au bout...

Honoré de Balzac, La Cousine Bette
Éditions Folio, 6,20€, 512 pages

samedi 11 janvier 2014

À feu et à sang (La Guerre des clans, tome 2) (2003)

Un an après avoir lu le premier tome, j'ai enfin retrouvé les chats sauvages de Erin Hunter! Et c'est un vrai plaisir que de replonger dans les aventures de Fireheart, notre chaton domestique devenu guerrier du Clan du Tonnerre. Il m'a fallu un peu d'ajustement en début de lecture pour me souvenir de certains événements, mais l'intrigue est quand même reprise un minimum (probablement pour ne pas trop compliquer la vie des jeunes lecteurs à qui la série est destinée) et on s'y retrouve.


(Attention, je lis ces livres en anglais et utilise donc les noms d'origine!)

Les temps restent troublés pour les Clans: RiverClan, plus affaibli que jamais, est revenu dans son territoire, mais ShadowClan et WindClan semblent bien décidés à s'allier pour les chasser à nouveau et récupérer leur rivière et ses poissons. BlueStar, la chef de ThunderClan, essaye de garder la paix. Mais ne devrait-elle pas se méfier de son propre adjoint, Tigerclaw? En effet, Fireheart, notre personnage principal, connaît de bien dérangeantes vérités à son sujet... Et où passe donc ses journées Greystripe, le jeune chat devenu guerrier en même temps que lui?

Il faut dire que, la société des chats sauvages n'étant plus une nouveauté dans ce tome, on sent plus qu'il s'agit de littérature jeunesse. Il y a pas mal de répétitions, avec des expressions qui reviennent tout le temps et des idées reformulées à peu de pages d'intervalle pour être sûrs que le lecteur comprenne bien ce qu'il se passe. Et l'intrigue n'avance pas réellement. Il y a pas mal d'action, mais l'intrigue "de fond" reste la même. Certains soupçons posés dans le premier restent précisément à l'état de soupçon et c'est un peu frustrant.

Malgré cela, je me suis beaucoup amusée avec ce deuxième tome et je compte absolument me procurer le troisième. D'autant plus que j'apprécie vraiment cette société ou chattes et chats sont parfaitement égaux! :) Je pense que j'aurais juste adoré lire cette série quand j'étais enfant... Pas étonnant qu'elle ait tellement marché qu'il y a désormais une vingtaine de livres! :)

jeudi 9 janvier 2014

Bilan 2013 - Cinéma

Côté ciné, 2013 est passé en un éclair. J'ai laissé passer de nombreuses séances par flemme ou excès de travail et je n'ai pas eu l'impression d'en profiter autant que ces dernières années – une impression couplée à la sensation navrante qu'aucun film ne se détachait du lot. Mais je réalise en triant mes tickets qu'il y avait en réalité du bon... Rien de vraiment révolutionnaire, mais une belle proportion de films qui valaient la peine.

Le coup de cœur: Le Monde de Charlie. Film qui m'a beaucoup parlé et que j'ai revu en DVD avec grand plaisir il y a quelques mois. Un film d'ados (pour adultes?) que j'ai trouvé juste et touchant. Il récolte également la palme du film musical de l'année, puisque la musique y tient un rôle important et qu'il m'a fait écouter Heroes de David Bowie en boucle pendant des jours.


Les films que j'ai vus deux fois: Hitchcock, Jurassic Park (hyyyyyyyyyystérie) et Pacific Rim.

Les films bons et flippants: Prisoners et Zulu.



Les films superbes qui m'ont séduite: Cloud Atlas et Oblivion.

Le film qui m'a fait vibrer: Jappeloup.


Les films d'action bien foutus: Gangster Squad, Crazy Joe et No Pain No Gain.


Les films à mention spéciale: Amour (sorti en 2012 mais rattrapé en janvier aux Incontournables de l'UGC), Blancanieves, Lincoln, Mud, Gatsby le Magnifique.

Le film de la Petite séance de l'UGC: La Dernière licorne. Mon dessin animé chouchou sur grand écran pour la première fois...


Les films Culte dont j'ai déjà parlé: La Dolce Vita, Drôle de frimousse, Taxi Driver, Certains l'aiment chaud, du Kubrick, Sept ans de réflexion et enfin Chantons sous la pluie (non chroniqué par manque de temps, mais je le ferai peut-être bientôt... un jour....).

Et les autres: Alceste à bicyclette, Sept psychopathes, Flight, Spring Breakers, Warm Bodies, Les Amants passagers, Quartet, Sous surveillance, Song for Marion, Pop Redemption, Percy Jackson et la mer des monstres, Ma vie avec Liberace, Blue Jasmine, Le Majordome, L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet, Thor 2, La Reine des neiges et Neuf mois ferme.