Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski m’a été prêté il y a pas moins de trois ans. S’il est resté aussi longtemps dans ma pile à lire, c’est à cause de sa taille conséquente (982 pages dans cette édition Folio SF) et parce que j’avais lu qu’il s’agissait d’un roman au style assez recherché. Je voulais être sûre d’avoir le temps de le lire correctement, sans perdre le fil en avançant de quelques pages seulement par jour. Quand je l’ai enfin commencé, en vacances, je n’ai pas été déçue: je l’ai lu en une semaine avec un enthousiasme considérable et l’envie permanente de le retrouver!
L’intrigue est en effet extrêmement prenante. On suit Benvenuto Gesufal, un assassin missionné par son patron, le Podestat de la République de Ciudalia, pour tuer un rival politique. Ciudalia vient de gagner la guerre contre Ressine grâce à sa victoire sur les mers, mais la lutte continue en coulisses avec des intrigues politiques très fines. Tout le monde manipule tout le monde et cherche à tirer son épingle du jeu, le Podestat en tête… Quant à Benvenuto, cette mission va entraîner des ramifications fort complexes, d’abord à cause de la deuxième mission associée à celle que j’ai mentionnée et ensuite à cause des conséquences sur la ville de Ciudalia. L’assassin discret va devenir un homme public bien malgré lui et vivre des aventures absolument palpitantes pour le plus grand plaisir de son lecteur. Entre combats à l’épée, intrigues politiques, sorcellerie, trahisons, doubles jeux et missions secrètes, on ne s’ennuie pas une seconde! Le tout dans un univers extrêmement riche rappelant à la fois la Venise de la Renaissance et la Rome de Jules César.
Au-delà des évènements à proprement parler, ce roman est absolument addictif à cause de sa rédaction très particulière, avec un style extrêmement riche, à la fois érudit, parlé et vulgaire, un brin moyenâgeux et élégant. C’est très difficile de le décrire et je vais donc citer un passage trouvé quasiment au hasard: "N’empêche que dans l’immédiat, les élans compassionnels, ça relevait du luxe. Avant tout, il s’agissait de tirer ma jolie petite gueule de ce guêpier; et les consignes que j’avais reçues de mon patron me semblèrent soudain pleines de désinvolture, tandis que quinze moricauds bardés d’airain tournaient lentement leurs faciès de singe vers votre serviteur."
Dans mon enthousiasme, j’ai tout de même relevé quelques petites réserves, mais rien de très grave. J’y ai trouvé une certaine longueur, la partie à Ciudalia s’éternisant un peu; ça reste prenant mais j’ai resenti une certaine perplexité. Je pense aussi que l’auteur est allé un peu loin en mettant soudain en scène des elfes. J’ai trouvé que cet élément tellement cliché de la fantasy détonnait dans cet univers si soigné, où l’on sent que l’auteur a mis en place une histoire complexe (culturellement et politiquement). Par ailleurs, je n’ai pas du tout compris qui a commis certains meurtres à la fin; (divulgâcheur) certains membres des Mastiggia étaient morts avant que Benvenuto ne s’approche d’eux, mais qui les a refroidis?
Pour finir, je soulignerai ce qui me semble être le seul véritable problème de ce livre (les réserves que j’ai émises ci-dessus sont, justement, des réserves; elles ne ternissent pas l’ensemble): le sexisme virulent. Les femmes sont pratiquement absentes; Benvenuto les qualifie uniquement de gueuses, de pucelles ou de pestes (et aucun personnage masculin n'émet une opinion différente); elles n’ont pas d’éducation et pas de rôle politique; elles sont forcément la femme ou la fille d’un homme plus important qu’elles (et dont l’existence leur accorde leur seul intérêt); on peut leur dire en face "vous n'êtes qu'une femme"; et une scène de viol assez épouvantable passe comme une lettre à la poste, sans aucun recul de la part du narrateur ou de son auteur. Je vois d’ici qu’on me traitera de bien-pensante et qu’on me dira que l’auteur a imité le contexte historique qui l’a inspiré; mais quand on met en scène des elfes, franchement, on n’est pas dans l’historique mais dans l’imaginaire, et on n’est pas obligés de respecter le sexisme de la Rome antique ou de la Venise du XVe...
Au-delà des évènements à proprement parler, ce roman est absolument addictif à cause de sa rédaction très particulière, avec un style extrêmement riche, à la fois érudit, parlé et vulgaire, un brin moyenâgeux et élégant. C’est très difficile de le décrire et je vais donc citer un passage trouvé quasiment au hasard: "N’empêche que dans l’immédiat, les élans compassionnels, ça relevait du luxe. Avant tout, il s’agissait de tirer ma jolie petite gueule de ce guêpier; et les consignes que j’avais reçues de mon patron me semblèrent soudain pleines de désinvolture, tandis que quinze moricauds bardés d’airain tournaient lentement leurs faciès de singe vers votre serviteur."
Dans mon enthousiasme, j’ai tout de même relevé quelques petites réserves, mais rien de très grave. J’y ai trouvé une certaine longueur, la partie à Ciudalia s’éternisant un peu; ça reste prenant mais j’ai resenti une certaine perplexité. Je pense aussi que l’auteur est allé un peu loin en mettant soudain en scène des elfes. J’ai trouvé que cet élément tellement cliché de la fantasy détonnait dans cet univers si soigné, où l’on sent que l’auteur a mis en place une histoire complexe (culturellement et politiquement). Par ailleurs, je n’ai pas du tout compris qui a commis certains meurtres à la fin; (divulgâcheur) certains membres des Mastiggia étaient morts avant que Benvenuto ne s’approche d’eux, mais qui les a refroidis?
Pour finir, je soulignerai ce qui me semble être le seul véritable problème de ce livre (les réserves que j’ai émises ci-dessus sont, justement, des réserves; elles ne ternissent pas l’ensemble): le sexisme virulent. Les femmes sont pratiquement absentes; Benvenuto les qualifie uniquement de gueuses, de pucelles ou de pestes (et aucun personnage masculin n'émet une opinion différente); elles n’ont pas d’éducation et pas de rôle politique; elles sont forcément la femme ou la fille d’un homme plus important qu’elles (et dont l’existence leur accorde leur seul intérêt); on peut leur dire en face "vous n'êtes qu'une femme"; et une scène de viol assez épouvantable passe comme une lettre à la poste, sans aucun recul de la part du narrateur ou de son auteur. Je vois d’ici qu’on me traitera de bien-pensante et qu’on me dira que l’auteur a imité le contexte historique qui l’a inspiré; mais quand on met en scène des elfes, franchement, on n’est pas dans l’historique mais dans l’imaginaire, et on n’est pas obligés de respecter le sexisme de la Rome antique ou de la Venise du XVe...
À l’exception de ce dernier point, Gagner la guerre a été vraiment une lecture formidable, et j’ai sérieusement regretté d’avoir tardé trois ans à le lire. Je recommande!
Cette lecture marque ma première participation au challenge Pavé de l'été de Brize.
Allez donc voir ailleurs si cette guerre y est!



















