samedi 31 mai 2014

La Planète des singes: l'affrontement (2014) – La bande-annonce

Ça faisait longtemps qu'une bande-annonce ne m'avait pas saisie avec autant de force. Je suis totalement hypnotisée par ces deux minutes trente que je trouve juste sublimes. Elle en montre beaucoup, mais pas trop, et elle prend son temps intelligemment, ce qui est devenu une rareté dans le monde des bande-annonces inceptionnesques dont nous assomme Hollywood. Il s'en dégage beaucoup d'émotion et, malgré deux plans aux incrustations douteuses, elle promet une image de synthèse à la hauteur de ce que Weta Digital a fait de mieux. En plus, les célèbres chevaux noirs des singes font leur arrivée, et vous avouerez que ce détail a une importance primordiale dans la saga! ;)

Du coup, je fonde d'immenses espoirs sur ce film.... Et j'espère ne pas être cruellement déçue le 11 juillet prochain.


APE NOT KILL APE



Mise à jour du 31 mai, presque quinze jours après avoir préparé ce billet [et oui, je rédige mes billets environ deux semaines avant leur publication]: Entre-temps, une version abrégée de cette bande-annonce est sortie au cinéma. L'absence totale d'émotion réelle et la présence de répliques inoubliables du genre "Wait! I have an idea!" ont refroidi mon enthousiasme au maximum et maintenant, j'ai plutôt les boules.

mercredi 28 mai 2014

L'Invention de nos vies (2013)

Quelle lecture compliquée que cette Invention de nos vies de Karine Tuil. J'ai failli ne pas dépasser la première page, tant le style est haché et fatiguant. Mais, une fois décidé de lui donner sa chance, je n'ai plus réussi à lâcher ce roman, que j'ai lu relativement vite au regard de ses 500 pages.


L'histoire: Alors que Samir Tahar, brillant avocat français ayant fait carrière à New York, passe sur CNN, deux anciens camarades de fac, Samuel et Nina, tombent sur son interview à la télé. C'est le choc. En effet, à l'époque de la fac, Nina, une femme superbe, a ouvertement trompé Samuel avec Samir pendant plusieurs mois, et n'a fini par faire sa vie avec Samuel que parce que celui-ci s'est ouvert les veines en amphi "pour elle" -- c'est-à-dire qu'il lui a fait du chantage au suicide. Leur vie n'est pas rose, ils vivent dans une banlieue pourrie et n'ont que peu de moyens. Samir a, au contraire, réussi et même épousé une riche héritière. Leur stupéfaction augmente quand, en faisant des recherches sur Internet, ils découvrent que Samir, né en France de parents tunisiens et désormais surnommé Sam, se fait passer pour juif et a repris à son compte certains éléments de la vie de Samuel, enfant polonais adopté par des Français juifs et élevé dans le strict respect du judaïsme. Samuel, fou de rage et de frustration, incite Nina à reprendre contact avec Samir.

Vous l'aurez compris, le pitch de départ de ce livre est très spécial: le Juif prêt à tout pour garder sa petite amie, une fille à la beauté exceptionnelle qui reste en couple avec ce petit ami taré pour éviter qu'il ne se suicide pour de bon, l'Arabe qui se fait passer pour Juif... Nous avons affaire à trois personnages peu sympathiques et franchement névrosés, pour lesquels je ne ressentais dans un premier temps aucune empathie. Ajoutez un cela une rédaction très spéciale et pratiquement indescriptible (avec des phrases super longues et une utilisation massive des barres obliques pour séparer plusiers verbes), ainsi que des notes de bas de page irritantes sur tous les figurants de l'histoire (du type "Le chauffeur, Machin Bidule, était né à Paris et rêvait de devenir médecin"), et c'était bien parti pour ne pas marcher.

Mais ça a marché. Je n'ai pas adoré et je ne recommande pas particulièrement cette lecture, mais, une fois rentrée dedans, j'y suis restée. C'est étrange, c'est dur, c'est parfois très violent, on a envie d'étrangler la moitié des personnages, et les thèmes abordés, comme le bourgeois insensible qui met enceinte sa femme de ménage, ont été tellement traités qu'ils en sont parfois devenus des clichés; mais cette plongée dans ce monde bien moisi a su me séduire. J'en ressors encore plus pessimiste sur l'espèce humaine et encore plus effrayée par certains quartiers et certaines populations (ce qui n'était probablement pas l'objectif de l'auteur, mais le résultat est là...), mais contente de l'avoir lu. Une sensation très étrange.

En revanche, ce livre traite avant tout, et très clairement, de ce que signifient les mots ambition et réussir: qu'est-ce que la société nous demande, qu'est-ce que nous, nous voulons, qu'est-ce que nous sommes prêts à faire pour obtenir le respect et la considération des autres. Or, il ne m'a pas du tout amenée à me poser ces questions, donc je crois que son but n'a pas été atteint...

En bref, une lecture étrange, qui m'a surprise et déstabilisée et qui restera probablement assez unique. À lire si vous avez envie de quelque chose de différent, à oublier si les histoires de tournantes dans les caves humides et sombres de banlieues à détruire au plus vite heuh pardon pourries vous donnent des cauchemars, à essayer si vous êtes un lecteur joueur. Tout un programme.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Marilena, ex-camarade du comité de lecture de ma médiathèque
Entretien avec Karine Tuil dans l'émission Livrés à domicile (à la neuvième minute)

Karine Tuil, L'invention de nos vies
Éditions Grasset, 495 pages, 20,90€

dimanche 25 mai 2014

Le Palais de minuit (1994)

Chronique express!


Le Palais de minuit est le deuxième roman jeunesse de Carlos Ruiz Zafon, le très célèbre auteur de L'Ombre du vent. Je n'ai pas retrouvé ici le même enthousiasme que pour Le Prince de la brume, lu l'année dernière. Certes, l'ambiance mystérieuse que met en place cet écrivain est aussi efficace à Calcuta qu'ailleurs, mais les ficelles sont trop grosses pour un lecteur expérimenté et la rédaction est décidément trop simplette. Du coup, les aventures de ce groupe d'adolescents confrontés à une fantomatique locomotive en flammes m'ont intéressée, mais pas passionnée. Il s'agit plutôt d'un livre à offrir à de jeunes lecteurs ou à lire en VO pour pratiquer son espagnol... Pas une lecture inoubliable.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
La présentation de l'éditeur français, Robert Laffont

jeudi 22 mai 2014

UGC Culte: The Big Lebowski (1998)

Chronique express!


UGC Culte continue malgré ma faible fréquentation des salles obscures et en avril, c'était The Big Lebowski. Je dois dire que ce film très drôle et décalé m'a sensiblement réconciliée avec les frères Cohen, dont je n'avais aucunement compris les quelques films que j'avais vus. Jeff Bridges plane totalement et Julianne Moore fait du grand n'importe quoi et c'est assez jouissif. Ajoutez à cela une belle brochette d'acteurs et vous avez une belle découverte. Comme quoi on peut construire un film de deux heures sur un tapis sur lequel un petit malfrat a fait pipi et sur une erreur sur la personne, notre paresseux et fauché héros Jeffrey Lebowski ayant le malheur (ou la chance) d'avoir un homonyme millionnaire.

lundi 19 mai 2014

Pourquoi lire les classiques (1991)

Chronique express!


Pourquoi lire les classique de Italo Calvino est un recueil au titre trompeur. En effet, point ici d'essai en faveur des classiques de la littérature: il s'agit en fait d'un recueil d'articles publiés par Calvino sur différentes œuvres ou écrivains. Et Calvino et moi, nous ne lisons pas du tout les mêmes livres. Du coup, j'ai traîné ce recueil comme un gros boulet pendant un mois et demi, sans tout capter à ses idées sur plein de gens que je n'ai jamais lus, comme Montale ou Borges, ou lus et pas compris/aimés, comme Stendhal ou Hemingway. J'ai trouvé en outre le style un peu pompeux: ça sent un peu le critique littéraire qui s'y croit. J'en retiendrai donc seulement la partie sur Candide, qui m'a donné bien envie re(re)lire ce roman, ainsi que la jolie intro sur ce qu'est que le classique, qui adopte un ton tout à fait différent, beaucoup plus personnel et simple, et qui touchera forcément tout lecteur digne de ce nom.

"Si l'étincelle ne jaillit pas, rien à faire : on ne lit pas les classiques par devoir ou par respect, mais seulement par amour."

vendredi 16 mai 2014

Le Lièvre de Vatanen (1975)

Chronique express!


Le Lièvre de Vatanen de Arto Paasilina, grand classique de la littérature finlandaise, me semble être un des rares bouquins du Nord à s'être imposé à l'étranger avant le succès de Millenium. On y suit les aventures quelque peu décalées et déroutantes de Vatanen, un Finlandais excédé par sa femme qui laisse tout derrière lui pour s'enfoncer dans la forêt avec un lièvre blessé et qui va passer de péripétie improbable en péripétie loufoque. J'ai bien aimé ce livre léger, qui critique ouvertement un certain type de société "propre sur elle", mais je n'ai pas tout capté et j'ai trouvé dommage que les péripéties s'enchaînent aussi rapidement et comme si de rien n'était: à la longue, c'est un peu lassant et pas aussi drôle que ça aurait pu l'être avec un traitement plus fin.

Je conseille néanmoins de le lire car c'est une lecture originale et amusante. Pour ma part, elle m'a aussi permis de mieux (rétro)éclairer ma lecture de Les Tribulations d'un lapin en Laponie, livre-hommage lu il y a (déjà!!!) deux ans dans le cadre du comité de lecture de la médiathèque. Et le coffret en (fausse, j'espère!) peau de lièvre de cette édition Folio prêtée par une collègue m'a bien éclatée au bureau. :)

mardi 13 mai 2014

La Méthode du crocodile (2012)

Chronique express!


La Méthode du crocodile de Maurizio de Giovanni est un policier de qualité relative, mais efficace. Le genre de bouquin dont les défauts vous crèvent les yeux mais que vous lisez quand même avec enthousiasme pour la simple et bonne raison que vous voulez vraiment savoir qui est le coupable. Voilà. Ici, un vieil anonyme fraîchement débarqué à Naples suit de près de jeunes adolescents et les étudie attentivement avant de les abattre d'une balle dans la nuque. Sur le lieu du crime, il ne laisse que les mouchoirs qu'il a utilisés pour essuyer ses larmes. Un flic sicilien, mis au placard à Naples car accusé (à tort) d'avoir fricoté avec la mafia sur son île natale, se retrouve par hasard mêlé à l'enquête. Le fait que le lecteur suive tour à tour les futures victimes, le tueur et le policier compense les faibles qualités stylistiques de l'ensemble et j'ai dévoré. J'en retiendrai également que ce livre italien m'a été prêté dans son édition italienne par une Allemande avec laquelle je prends des cours d'espagnol et qui étudie également le japonais... Chapeau. ^^

Disponible en France chez Fleuve Noir dans une traduction de Jean-Luc de Fromont.

samedi 10 mai 2014

Buvard (2014)

Chronique express!


Buvard de Julia Kerninon est un très beau roman. J'en retiendrai avant tout la plume vraiment brillante de l'auteure, qui a su ciseler chaque phrase avec une grande précision et beaucoup de poésie. Mais l'histoire est également prenante: un jeune homme, Lou, interview pendant neuf semaines une célèbre écrivain vivant à la campagne en Angleterre, qui lui raconte peu à peu son enfance et son parcours très particulier en littérature. Ce n'est pas gai et l'on aborde un milieu social très défavorisé et violent (dont certaines répliques rappellent celles de la famille d'Eddy dans En finir avec Eddy Bellegueule...), mais c'est beau. Je garderai désormais un oeil sur la carrière de Julia Kerninon...

"J'ai appris ça en vieillissant, Lou – que j'aimais les paysages et qu'il n'y a pas de douleurs insupportables, simplement des moyens de plus en plus terribles et épuisants d'y faire face."

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Corinne, ex-camarade du comité de lecture de ma médiathèque
Entretien avec Julia Kerninon dans l'émission Livrés à domicile (à la septième minute)

Julia Kerninon, Buvard
Éditions Rouergue, 192 pages, 18,80€

mercredi 7 mai 2014

The Wolves of Midwinter (2013)

Voilà une bonne surprise d'autant plus appréciée que j'ai reçu ce livre-ci en cadeau à Noël et que je n'avais pas envie d'en dire du mal: The Wolves of Midwinter est bien meilleur que Le Don du loup, le premier tome de l'incursion d'Anne Rice dans le monde des loups-garou.



On y retrouve Reuben, notre jeune journaliste néo-garou, et ses compagnons, mais cette histoire tient plus de l'histoire de fantômes et la sauce prend assez bien. Les questionnements sur le bien et le mal sont toujours là, mais ils reprennent une dimension plus cohérente et ne sont plus insupportables de naïveté. Reuben ne fond plus en larmes toutes les dix pages, ou alors il a une bonne raison de le faire. Et, d'une manière générale, le texte m'a captivée et je l'ai lu avec plaisir.

Attention, ce n'est quand même pas du grand Anne Rice "à l'ancienne": certains retournements de situation sentent un peu trop le "deux ex machina" et tombent comme un cheveu sur la soupe (cheveu nécessaire, certes, mais quand même cheveu), et la plume que j'ai tant aimée n'est pas de retour... D'ailleurs, peut-être que ce n'est qu'en comparaison du Don du Loup que j'ai trouvé ce livre plaisant.... Mais le résultat a été là. Je vous conseille en outre de le lire, contraîrement à moi, à la période concernée, c'est-à-dire aux alentours de Noël, puisque tout tourne autour de la préparation d'une fête de Noël inoubliable à Nideck Point...

"He didn't believe in hell. Atually, he had always found talk of hell highly offensive. He'd always sensed that those who did believe in hell had little or no empathy for those they assumed to be suffering there. Indeed, quite the opposite. Hellfire believers seem to delight in the idea that most of the human race would end up in just such a horrible place."

Cette lecture constitue également ma première participation au challenge SFFF au féminin de Tigger Lilly. Victoire! \o/


dimanche 4 mai 2014

Une histoire de femmes des cavernes

Le temps file, les journées et les semaines s'enchaînent et mon rythme de lecture n'est décidément plus ce qu'il était, sans même parler de ma présence plus que discrète sur la blogosphère. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, je me suis inscrite récemment à deux challenges.

Il y a d'abord le challenge SFFF au féminin, organisé par Tigger Lilly et ouvert depuis le 8 mars dernier. Un an pour découvrir ou redécouvrir les écrivaines qui font dans la SF, la fantasy et le fantastique, des genres généralement considérés comme typiquement masculins. J'ai le plaisir d'annoncer que je lis enfin un livre rentrant dans ce challenge, The Wolves of Midwinter de Anne Rice, et qu'en plus ce roman se révèle pour l'instant bien plus satisfaisant que son triste prédécesseur, Le Don du loup. Plus d'infos la semaine prochaine.


Il y a ensuite un défi plus historique (enfin, préhistorique! ^^), le challenge Rupestre fiction de Vert. Sont valables toutes les histoires se passant avant l'invention de l'écriture et lues entre le 1er mai et le 31 août. J'ai hâte d'attaquer ce challenge, vu que La Guerre du feu m'a donné très envie de découvrir le roman préhistorique.


Évidemment, comme je manque de temps, je suis très ouverte aux suggestions de romans préhistoriques présentant des éléments de fantastique ou de science-fiction (voire de fantasy, mais cela me paraît plus improbable) et ayant été écrits par des femmes. Tout un programme. :)

jeudi 1 mai 2014

Le dernier Lapon (2012)

Chronique express!



Voilà un voyage plus que dépaysant dans le Grand Nord de l'Europe, plus précisément la partie norvégienne de la Laponie, où l'élevage de rennes fait encore vivre une partie de la population samie et où, au plus fort de l'hiver, la nuit règne en maître pendant quarante jours d'affilée. C'est justement la veille de la première réapparition du soleil (27 minutes d'ensoleillement!) que commence notre roman, dans le village de Kautokeino, en Norvège. Klemet et Nina, deux membres de la police des rennes généralement chargés de régler les différends entre éleveurs, vont enquêter sur le vol d'un précieux tambour sami, revenu de l'étranger et dérobé avant même d'être exposé dans son territoire d'origine. Puis un éleveur est retrouvé poignardé et les oreilles coupées... Comme un renne dont on voudrait empêcher l'identification.

Une super lecture, certes glaciale (lire des phrases du type "la température était clémente ce jour-là, il ne faisait que moins dix-sept degrés" a quelque chose de déroutant!) mais prenante et instructive, qui nous emmène à la découverte du dernier peuple autochtone d'Europe, les Lapons. C'est vraiment un autre monde qui s'ouvre à nous et c'est un plaisir de le découvrir. Je n'y ai vu qu'un défaut: les révélations s'enchaînent un peu rapidement à la fin et perdent, du coup, en réalisme. Mais c'est le seul bémol d'un polar que j'ai trouvé très bon, et qui, en outre, nous offre une vision assez dérangeante de la société scandinave, que nos médias continuent  imperturbablement à prendre pour modèle. À lire.

Allez donc voir ailleurs si ce Lapon y est!
L'avis de Deedoux, médiathécaire avisée qui m'a présenté ce roman
Une interview de l'auteur sur YouTube
L'avis (rapide!) de Michel Dufranne dans le Livrés à domicile du 23 septembre 2013 (à la 33ème minute)

lundi 28 avril 2014

L'Héritage (2011)

Je crois que Christopher Paolini et ses livres souffrent du même problème que Titanic et d'autres grands succès: face au succès démesuré qu'ils rencontrent, les personnes qui ne les aiment pas (ou pas trop) sont dégoûtées et s'acharnent à les critiquer, à tel point qu'après un certain temps, et auprès d'une certaine population, il devient à la mode de ne pas aimer tel ou tel truc. C'est en tout cas ce que j'ai pensé en lisant L'Héritage qui, s'il n'est certes pas un chef d'oeuvre, n'en est pas moins un livre valable qui ne mérite pas les critiques virulentes que j'avais lues sur Paolini à une certaine époque. Certes, on sent l'influence de la Guerre des étoiles et de Tolkien et ce n'est pas de la grande littérature... Mais ça marche!

La semaine dernière, entre mon travail en freelance qui m'a emmenée dans l'espace et mon travail salarié à base de meubles suédois, j'ai surtout pensé à Eragon et ses amis en me demandant comment ils allaient enfin affronter l'horrible Galbatorix. Comment Nasuada, un de mes personnages préférés, allait [spoiler] résister à la torture. Est-ce que j'avais bien deviné pour qui allait éclore le dernier œuf de dragon. Si Thorn et Murtagh allaient survivre. Si on allait savoir qui est vraiment Angela... Bref, vous voyez, cette espèce de primauté que prend le monde du livre sur le monde réel, et qui n'est jamais aussi forte que lorsqu'on lit de la littérature de l'imaginaire.


La principale force de Paolini, à mon avis, consiste à créer des personnages et des situations amusants. Je pense surtout à Angela, qui m'a fait éclater de rire, et aux chats-garou qui demandent un poulet, une dinde ou tout autre oiseau par jour et par chat-garou en échange de leur alliance avec l'armée des Varden. Mais aussi aux réflexions de Saphira ("Do you want me to eat him?"). Cela ne fait pas de L'Héritage un livre comique, loin de là, mais ça donne au tout un ton léger et sympathique, sans prétentions.

J'ai aussi beaucoup aimé le personnage de Roran Stronghammer, qui m'a un peu rappelé Druss la Légende (mais en moins bien parce que Druss c'est le meilleur guerrier EVER), et le roi des nains. Je suis moins fan de Arya et Eragon, mais Arya a au moins le mérite d'être un personnage féminin rationnel et une très bonne guerrière, tandis qu'Eragon évolue en bien. Il reste un peu idéaliste pour mes goûts, mais il est plus à la hauteur de sa tâche.

Enfin, j'ai apprécié la fin, [spoiler] la destruction finale de Galbatorix, qui est certes vaincu par Eragon mais surtout par les dragons, et la mort de Shruikan. Murtagh méritait quant à lui un traitement moins archétypal: ce jeune homme geignard aurait pu être un personnage ambigu et flippant super intéressant. Je l'aime quand même beaucoup parce qu'il semble relativement sombre par rapport à Eragon, et puis parce que j'aime toujours les gens torturés.

Je dirai aussi, malheureusement, que L'Héritage sent le remplissage par moments, avec des péripéties qui s'ajoutent aux péripéties quand on voudrait surtout avancer, et, inversement, qu'il pêche par sa rapidité sur la fin, qui semble du coup bâclée. Et le fait qu'Eragon soit transi d'amour pour Arya m'a arraché quelque soupirs excédés. Mais, si on garde à l'esprit qu'il s'agit de littérature jeunesse, ce livre et le cycle qu'il conclut ont vraiment du bon. J'aurais adoré les lire quand j'étais au collège, juste après avoir vu Coeur de dragon au cinéma... Vu comment j'ai aimé Eragon à 19 ans, je crois que ma vie en aurait été bouleversée si je l'avais lu à 13 ou 14...

Dix ans plus tard, maintenant que j'en ai 28, ce n'est, évidemment, pas pareil, mais on peut rajeunir dans sa tête le temps d'une lecture et apprécier un livre jeunesse si seulement on le veut bien. Je ne recommande pas la lecture du cycle de l'Héritage avec ferveur et ce n'est pas une lecture indispensable comme peut l'être Le Seigneur des Anneaux; mais si vous pensez qu'il fait pour vous, n'hésitez pas!

(Et si vous le lisez en anglais, vous verrez que Knopf fait du bon travail: beau papier épais, belle couverture rigide, belle illustration... On en a pour ses 20€ le tome!)


vendredi 25 avril 2014

Histoire des dinosaures (2012)

Chronique express!


Enfiiiin, un livre de vulgarisation scientifique sur les dinosaures POUR LES ADULTES! C'est juste merveilleux. Ca se lit tout seul, c'est clair, c'est complet, ça vous emmène aux quatre coins du monde et du Trias au Crétacé, ça vous fait redécouvrir les dinos les plus connus et vous en fait rencontrer pleins de nouveaux et il y a même un petit peu d'humour de temps en temps. Et en plus, Ronan Allain est un vrai pro du Muséum d'histoire naturelle de Paris... Une petite baignoire de bonheur dans laquelle j'ai barboté avec enthousiasme. Youpi.

mardi 22 avril 2014

Les larmes de la girafe (2000)

Chronique express!


C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Precious Ramotswe, fondatrice et directrice de the No. 1 Ladies' Detective Agency, dans ce deuxième tome de la série d'Alexander McCall Smith. Ce personnage est vraiment rafraîchissant, et ce malgré l'aridité et les températures du Botswana! :) Il ne faut probablement pas enchaîner les tomes de cette série trop rapidement afin de ne pas tourner en rond, les enquêtes n'étant pas, comme je l'ai déjà dit, particulièrement complexes, mais au rythme d'une ou deux fois par an, c'est parfait. L'auteur croque ses personnages avec une tendresse et un humour vraiment craquants. Je lui reprocherai d'user de stéréotypes de genre un peu datés, mais cela colle somme toute assez bien avec la vision du monde de Precious. Au menu de ce deuxième épisode: une cliente américaine qui voudrait enfin apprendre la vérité sur le sort de son fils disparu dix ans plus tôt, un client botswanien qui s'interroge sur les finances de sa femme et [spoiler] un futur mari qui n'en revient pas que Precious ait accepté de l'épouser. En bref, un bon moment en toute simplicité que je conseille chaleureusement.

samedi 19 avril 2014

Un printemps à Tchernobyl (2012)

Chronique express!


Belle BD conseillée par une médiathécaire fort avisée, Un printemps à Tchernobyl est le récit du séjour que l'auteur, Emmanuel Lepage, a effectué à Tchernobyl en 2008 avec d'autres artistes. Une plongée déroutante dans un monde gris et sinistre où la couleur retrouve peu à peu sa place... Et où l'on passe de la peur et de la répulsion de la catastrophe à une sorte de joie très humaine provoquée par la vie qui continue malgré tout. Le dessin arrive vraiment à vous faire passer d'une ambiance à une autre, de paysages post-apo dans la plus pure règle de l'art (Tigger Lilly, je crois d'ailleurs que tu apprécierais!) à des moments apaisants et touchants. Je me suis sentie un meilleur être humain en lisant cette BD, d'autant plus que Lepage, comme Guy Delisle dans Chroniques de Jérusalem, nous fournit de nombreuses informations en toute simplicité. Instructif, esthétique, humain et modeste: que demander de plus?

Allez donc voir ailleurs si cette BD y est!
L'avis de Deedoux, médiathécaire avisée

Emmanuel Lepage, Un printemps à Tchernobyl
Éditions Futuropolis, 24,50€

mercredi 16 avril 2014

Anima (2012)

Chronique express!


Voilà un livre tout à fait hors du commun. Anima de Wajdi Mouawad est en effet l'histoire d'un homme qui essaye de retrouver le meurtrier de sa femme, mais racontée... par les animaux que l'homme rencontre sur son chemin. Chaque chapitre a pour titre le nom latin de l'espèce concernée. Parfois, l'animal ne s'exprime que pendant quelques lignes. Parfois, il a des choses à dire pendant plusieurs pages. Étonnant, non? Le procédé marche bien et on est tout de suite happé par le récit. Complètement sous le choc, Wahhch Debch part de Montréal, voyage dans une réserve indienne canadienne puis aux États-Unis et rencontre d'autres histoires de souffrance. La violence du meurtre de sa femme a réveillé en lui des souvenirs très anciens et, bientôt, c'est sur les traces de son passé qu'il marche. Attention, ce livre, s'il est très bon, est aussi extrêmement dur et sordide: la manière dont la femme de Wahhch a été violée est particulièrement atroce et certains passages sont presque insoutenables. En bref, il s'agit une fois de plus d'un livre à réserver aux lecteurs aguerris, maix ceux-ci ne le regretteront pas!

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Deedoux, la médiathécaire qui m'a présenté ce livre

Wajdi Mouawad, Anima
Éditions Léméa/Actes Sud, 352 pages, 23€

dimanche 13 avril 2014

Beatriz et les corps célestes (1998)

Chronique express!


Lucía Etxebarria met en scène dans son deuxième roman une jeune Espagnole, Beatriz, partie en exil à Edimbourg. Issue d'une famille plutôt dysfonctionnelle, elle a fui une mère dépressive, un père absent et les déboires sentimentaux de son dernier été passé à Madrid. Elle s'est installée avec Cat, une Écossaise, et vit désormais officiellement son homosexualité. Mais les souvenirs de sa meilleure amie Monica la hantent toujours et elle décide de revenir à Madrid, où elle se souvient des dernières semaines passées ensemble.

Moins percutant que Amour, Prozac et autres curiosités, ce Beatriz pèche un peu par sa longueur et surtout par son personnage principal. Beatriz a certes traversé des périodes difficiles, mais sa volonté farouche de rester malheureuse est vite irritante. Du coup, le propos de l'auteur et sa critique d'une certaine société bourgeoise, qui n'offre pas d'avenir à ses filles en dehors du rôle de femme et mère modèle, perd de sa force. Il reste de beaux passages sur la solitude et tout le mal que peut faire l'amour, un sentiment qui crée bien souvent bien plus de problèmes que de bonheur, mais ils ne suffisent pas à en faire une lecture inoubliable. Pour découvrir cette écrivain, mieux vaut passer par Prozac.

lundi 7 avril 2014

Danse avec les loups (1988)

Chronique express!


Petite déception pour cette relecture... Danse avec les loups de Michael Blake est un livre aussi fascinant de par son propos (la Frontière, les grandes plaines de l'Ouest des États-Unis, les Comanches tellement plus sensés que les Blancs, les galopades à bride abattue...) que creux de par sa rédaction. Un peu comme L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, en fait. On frise la littérature de gare, avec des phrases tellement simples qu'un analphabète s'y retrouverait et des procédés de "dynamisation" transparents et répétitifs. L'histoire d'amour est terriblement plate et prévisible. La fin est carrément bâclée. Et pourtant... On ne peut qu'aimer cette société guerrière pleine de dignité et de bon sens, envier la simplicité de leur style de vie auquel il ne manque rien. On s'attache aux Comanches et à leurs noms fascinants, à Cisco et à Deux Chaussettes, autant de symboles d'un monde en passe de disparaître. Un livre qui serre le coeur et qui donne envie de revoir le film, qui en est une adaptation fidélissime.

Sur le même sujet
Mon avis sur Enterre mon coeur à Wounded Knee de Dee Brown
Mon avis sur Bison de Patrick Grainville, lu dans le cadre du comité de lecture de ma médiathèque

vendredi 4 avril 2014

Le Dragon Griaule (1984-2012)

Chronique express!


C'est la chronique de Tigger Lilly qui a attiré mon attention sur ce recueil de nouvelles de fantasy d'un écrivain dont je n'avais jamais entendu parler, Lucius Shepard. Le concept étant hautement original (siècle après siècle, un gigantesque dragon pétrifié continue d'exercer son influence malfaisante sur les habitants des alentours), j'étais très intéressée. Et je dois dire que je n'ai pas été déçue, même si je ne suis pas tout à fait aussi enthousiaste que Lilly. C'est un livre qui change vraiment de l'ordinaire et qui lance un défi à son lecteur en l'obligeant à s'accrocher et à réfléchir, ce qui est toujours appréciable! Mais il m'a manqué un petit quelque chose, probablement un fil conducteur, pour apprécier pleinement ces six nouvelles. Je les ai toutes appréciées individuellement, mais j'ai eu du mal à faire le lien entre elles (la fin de La Maison du menteur, notamment, m'a frustrée: [spoiler] merde, Griaule a visiblement réussi à procréer, un nouveau dragon se balade, et on s'arrête là et on n'en reparle pas dans les autres textes?!?). Peut-être est-ce dû au fait que ces textes ont été écrits sur un laps de temps très large et que le format du recueil laisse présager d'une unité que l'auteur n'a peut-être jamais recherchée... Sinon, la présence de personnages féminins pertinents et crédibles fait du bien, tout comme celle d'un dragon vraiment redoutable à la personnalité marquée, pas juste posé là pour faire joli.

(Je tiens à préciser que je ne surfe pas sur l'actualité et que je n'ai pas lu Le Dragon Griaule parce que Lucius Shepard est mort il y a deux semaines... J'avais acheté le livre en janvier et je l'ai entamé quelques jours avant sa mort! C'est donc pure coïncidence...)

mardi 1 avril 2014

En finir avec Eddy Bellegueule (2014)

Premier roman d'Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule est le récit autobiographique de l'enfance de l'auteur. Né dans une famille particulièrement pauvre dans un village picard défavorisé et coupé du monde, Eddy a très vite senti qu'il n'était pas un garçon "satisfaisant" dans ce milieu fortement machiste. Il avait la voix trop aiguë, ne jouait pas au football et n'était tout simplement pas assez "dur". Il s'est donc retrouvé exposé aux moqueries et aux violences psychologiques et physiques des membres de sa famille et de ses camarades de classe, avant même de prendre conscience que son intérêt sexuel était tourné vers les hommes plutôt que les femmes.


Constater la cruauté et la bêtise profonde de cette homophobie assumée est tout à fait révoltant, mais, plus encore que cela, c'est le milieu dans son ensemble qui m'a sidérée. Ce livre est une vraie plongée dans un monde que l'on voudrait croire disparu, anéanti par l'école obligatoire et le progrès, tellement il aurait sa place dans Germinal (livre qui a tout de même, rappelons-le, presque cent trente ans)... Le langage et l'attitude des habitants du village sont juste à des années-lumières de ce que la plupart des gens vivent au quotidien et je me suis soudain sentie terriblement privilégiée. Dans ce livre, "faire des études" signifie "passer le bac" et le seul avenir possible consiste à perdre la santé à l'usine du coin ou à faire enfant sur enfant dans un logement miteux...

Comme je le disais dans mon dernier billet à propos du Corps humain, ce livre est une lecture édifiante à réserver à certains lecteurs – ou plutôt, si cela était possible, à rendre obligatoire, car ceux qui ont justement le plus besoin de le lire sont précisément ceux qui ne le liront jamais, soit parce qu'ils en ont rien à cirer de ces histoires de pédé, soit peut-être parce qu'ils ne savent pas lire. Édouard Louis a réussi un coup de maître avec ce premier roman, qui est très bien écrit en ce qui concerne le récit lui-même et tout à fait déroutant lorsqu'il reproduit les déclarations des personnages, et qui m'a rappelé furieusement Un héros de Félicité Herzog tant il s'en dégage la même souffrance. À lire.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avis de Sophie, la médiathécaire animant le comité de lecture dont je fais partie, sur le blog de la médiathèque
L'avis de Corinne, membre du comité, sur le blog de la médiathèque
L'avis de Séverine, autre membre du comité (qui m'a super gentiment prêté son exemplaire! merci!!!), sur son propre blog

Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule
Éditions Seuil, 219 pages, 17€

samedi 29 mars 2014

Le corps humain (2012)

Chronique express!


Paolo Giordano a fait ses débuts en littérature en 2008 avec La solitude des nombres premiers, lauréat du prix Strega. J'ai beaucoup aimé ce roman et j'ai donc acheté son deuxième livre sans hésitations lors de mon passage en Italie il y a quelques semaines. Je n'ai pas été tout à fait aussi happée par celui-ci, mais j'y ai retrouvé ce que j'avais "apprécié" dans le premier: en bref, les histoires de personnes brisées par la vie. Les soldats italiens envoyés en mission en Afghanistan de ce Corps humain sont tout aussi tragiques que les "nombres premiers" dont nous avons partagé les malheurs il y a quelques années, et je ne les ai moins aimés, sûrement, que parce que j'ai eu plus de mal à m'identifier à eux et à leur bout de désert pourri. Les thèmes sont les mêmes (la solitude et l'incommunicabilité de la souffrance) et me semblent traités avec la même justesse. Seul véritable bémol, la plume de l'auteur est un peu faible lors des événements violents qui constituent le point de non-retour de l'intrigue, ce qui est quand même dommage vu que le livre repose en grande partie sur ces quelques heures fatidiques. Malgré cela, Le corps humain reste une lecture édifiante... à réserver tout de même à ceux qui ont envie de voir le monde pour l'abomination qu'il est.

(Disponible en France chez Seuil.)

mardi 18 mars 2014

Scottish Ghost Stories (2009)

Chronique express!


Le verdict pour ce recueil de nouvelles de fantômes du XIXème est le même que pour tant d'autres recueils: c'est inégal. J'ai eu du mal à venir à bout de ces 600 et quelques pages écrites en tout petit. J'en retiendrai surtout The Haunted Major de Robert Marshall, une histoire de fantôme tournant autour du golf (!) très très amusante. Les quatre textes de Margaret Oliphant sont également bons, surtout parce que l'auteur manie bien sa plume, et Walter Scott s'en tire très bien. En revanche, grosse déception sur Robert Louis Stevenson et les autres écrivains représentés, qui ne sont probablement pas passés à la postérité pour une bonne raison. J'ai carrément sauté des textes dont la rédaction représentait l'accent écossais des personnages, un procédé que je ne supporte pas pendant plus d'une réplique en général et qui me fatigue énormément quand je lis en anglais. Bon, en même temps, pour quelque chose comme 3£ le volume, c'est plutôt gonflé de se plaindre qu'un livre des éditions Wordsworth est "trop gros"... ^^

Avec ce volume, j'ai enfin fini de lire les livres achetés à Londres il y a bientôt trois ans, ouf! :)

jeudi 13 mars 2014

L'Île d'Arturo (1957)

Chronique express!


Le jeune Arturo a passé toute sa vie sur l'île de Procida, dans le golfe de Naples. Sa mère est morte en le mettant au monde et son père passe le plus clair de son temps sur le continent, dans des voyages qu'Arturo imagine aventureux et merveilleux. Son enfance s'est donc déroulée dans une solitude presque complète, avec la chienne Immacolatella pour seule confidente. Mais l'adolescence et ses déboires arrivent à peu près au même moment que Nunziata, la jeune nouvelle épouse de son père... Roman psychologique (au bon sens du terme) et subtil, L'Île d'Arturo décrit le désarroi d'un adolescent confronté aux soucis de son âge sans personne pour le guider. On a rarement vu un ado plus borné que celui-ci, mais on ne peut s'empêcher de partager son ressenti et sa recherche permanente d'une forme de relation fusionnelle, d'amour "absolu" qui lui donnerait une place et une raison d'être. Au final, il ne se passe pas grand-chose au long de ces trois cent cinquante et quelques pages, mais elles constituent un beau moment de lecture qu'on n'est pas près d'oublier.

Prix Strega 1957.

mardi 11 mars 2014

La Planète des singes: les origines (2011)

Passons enfin au dernier volet (en date) de la grande saga de la Planète des singes, le film de Rupert Wyatt sorti il y a trois ans: Rise of the Planet of the Apes.


Attention spoiler! Je vais raconter l'intrigue en long, en large et en travers...

Un jeune scientifique de San Francisco, Will Rodman, a mis au point un rétrovirus améliorant les capacités cognitives des chimpanzés, le ALZ-112. Les résultats sont impressionnants et il espère en tirer un remède contre la maladie d'Alzheimer, dont est atteint son père. Malheureusement, le jour de la présentation officielle aux autorités de son laboratoire, la chimpanzé avec laquelle il travaille développe un comportement extrêmement agressif, à tel point qu'un agent de sécurité l'abat pour l'empêcher de ravager les locaux. Le laboratoire décide donc d'arrêter immédiatement les recherches sur le ALZ-112 et d'euthanasier tous les chimpanzés ayant servi à ces recherches.

En réalité, l'agressivité de la chimpanzé était dûe au fait qu'elle venait de mettre au monde un petit, caché dans sa cage. Le collègue chargé de piquer tous les singes du laboratoire refusant de tuer aussi le petit, Will Rodman rentre chez lui avec. Pendant trois ans, il va donc vivre avec son père et son chimpanzé, qu'il appelle César et qui fait preuve d'une intelligence vraiment hors du commun, le rétrovirus utilisé sur sa mère semblant s'être transmis à son organisme pendant la gestation. Face à la dégradation de l'état de son père, Will décide même d'utiliser le ALZ-112 sur lui et, miracle, le vieux monsieur retrouve toute sa tête. (En une nuit. Mais passons.)


Malheureusement, à terme, son organisme apprend à lutter contre ce rétrovirus, qui n'a plus d'effet. Le père de Will sombre à nouveau, et, un jour fatidique, il s'attire les foudres du voisin dont il a ruiné la voiture. César intervient pour le défendre et blesse le voisin. Il est immédiatement "interné" par les autorités dans un refuge pour primates. Désespéré par le fait qu'on lui ait retiré son singe et que son père soit de nouveau malade, Will développe un nouveau rétrovirus, le ALZ-113, mais son père meurt après avoir accepté son sort et refusé ce nouveau traitement.

De son côté, César, d'abord traumatisé par son nouvel environnement, prend peu à peu le contrôle des singes du refuge et, après avoir trouvé le moyen d'en sortir et avoir volé du ALZ-113 dans la maison de Will, il asperge ses camarades de ce nouveau produit. Il se retrouve ainsi à la tête d'un assez grand nombre de singes ultra-intelligents.


D'une manière générale, les deux premiers tiers du film sont bien menés et proposent un bon équilibre entre l'aspect sentimental de la relation de Will avec son père et l'apprentissage de César, qui comprend peu à peu qu'il n'est pas vraiment l'égal des humains. Même lorsque les choses accélèrent et que César est prisonnier dans son refuge, le film reste bon (c'est même là que se trouvent les plans les plus spectaculaires). 

Malheureusement, dans le dernier tiers, les choses se dégradent. Car, à partir du moment où César et les autres prisonniers s'évadent du refuge pour primates, on tombe dans le film d'action de mauvaise qualité. Les incohérences se multiplient à un rythme vraiment déroutant: la circulation incompréhensible sur le pont de San Francisco, les singes intelligents qui se multiplient à la sortie du zoo (alors que les singes du zoo devraient être des singes tout à fait normaux), les orang-outans qui sont brusquement des dizaines sortis on ne sait d'où, des gorilles qui se baladent alors qu'il n'y a officiellement qu'un seul gorille dans la bande, des personnages dont la caméra tait la présence alors qu'ils étaient là deux secondes plus tôt... Bref. Une dégringolade navrante.

Ceci étant dit, passons à ce qui m'a vraiment marquée!

1. Les origines est le premier film dans lequel les singes sont réalisés en images de synthèse, ce qui le rend assez époustouflant. Weta Digital, la société qui a réalisé Avatar, et Andy Serkis, qui joue César, ont réussi un travail extrêmement détaillé et réaliste sur César. Les fourrures des singes sont à tomber, mais c'est surtout la variété et la profondeur des expressions du visage qui sont bluffantes. Comme quoi l'ère post-Avatar peut encore réserver de bonnes surprises. :) L'orang-outan du refuge a juste l'air VRAI!


2. Les humains sont présentés de manière plutôt négative car ils représentent nos grands travers: Will est un scientifique prêt à tout pour sauver son père (au mépris des règles de sécurité les plus basiques), le gardien du refuge est un petit merdeux qui s'amuse à faire peur aux singes pour se prouver qu'il est un homme, le patron de Will est complètement aveuglé par l'appât du gain... Seule la petite amie de Will, jouée par Freida Pinto, a vraiment la tête sur les épaules et le sens des réalités. Si on peut critiquer ces personnages comme simplistes, il me semble plutôt qu'ils jouent un rôle symbolique.


3. Les origines propose une explication très différente de celle de la saga d'origine à la prise de pouvoir des singes. Pour rappel, dans les films des années soixante et soixante-dix, nous avons affaire à une boucle temporelle: Zira et Cornélius s'échappent de la planète Terre dans un lointain avenir où celle-ci est dominée par les singes, débarquent au XXème siècle, se font abattre et laissent derrière eux leur petit César, qui, étant génétiquement un singe du futur, est plus intelligent que les singes esclaves du XXème et les aide à se libérer de leurs chaînes (acquises lorsqu'ils ont remplacé les chats et les chiens disparus comme animaux domestiques). On voit bien que c'est un serpent qui se mange la queue (ou un œuf à côté d'une poule): le futur influe le présent et s'auto-crée.

Ici, pas de voyage temporel. Il y a certes un petit clin d’œil à un vaisseau perdu dans l'espace, mais c'est tout. L'explication proposée au soulèvement des singes est purement scientifique (enfin, purement scientifique au sens où l'entend Hollywood, car je suis bien consciente que toute cette histoire de rétrovirus soignant Alzheimer en une nuit est totalement invraisemblable.....): ces singes ultra-intelligents sont le résultat d'expériences scientifiques, d'abord suite aux effets du ALZ-112 sur César dans le ventre de sa mère, ensuite grâce aux effets du ALZ-113 sur tous les singes du refuge.

4. [Un point évident mais qu'il me semble juste de rappeler.] Les temps changent et les peurs collectives aussi. Cette histoire de rétrovirus développé en laboratoire sans trop de règles de sécurité et provoquant finalement la destruction de l'espèce qu'il était censé soigner (puisque le ALZ-113, j'ai oublié de le préciser, rend les singes hyper malins mais tue les êtres humains) est au spectateur des années 2010 ce que le nucléaire était à celui des années soixante. Outre le fait qu'il exclue le voyage dans le temps comme cause du soulèvement des singes, il joue sur ce dont nous soupçonnons l'existence sans bien comprendre de quoi il s'agit. Même si, à mon avis, les gens étaient bien plus flippés par le nucléaire il y a quarante ans que nous ne le sommes maintenant par les scientifiques fous.

5. Le film comporte plusieurs références sympathiques à ses prédécesseurs. J'en ai relevé certaines et Wikipédia m'en a révélées d'autres. La plus émouvante est bien sûr le fait que la mère de César est abattue par balle, comme Zira dans Les Évadés de la planète des singes.

6. La traduction française de ce titre est à mon avis une erreur. Étant donné que le titre anglais (Rise of the Planet of the Apes) respecte la structure de tous les films précédents (Beneath the Planet of the Apes, Battle for the Planet of the Apes etc.) et que cette structure a été respectée dans les titres français correspondants (Le Secret de la planète des singes, La Bataille de la planète des singes etc.), il fallait trouver une solution sur le même modèle, ne serait-ce qu'un banalissime "Les Origines de la planète des singes". Mais PAS "La Planète des singes" + "deux points" + "les origines", DAMNATION.

Conclusion
J'ai plus apprécié ce film en DVD qu'au cinéma, peut-être parce que j'en attendais trop à l'époque et que j'avais donc été déçue par sa relative absence de réflexion. Car il faut dire que ce n'est pas un film incitant tellement le spectateur à penser... Les éléments sont bien là, mais ils ne sont pas suffisamment exploités pour qu'on revienne à la réalité avec les cheveux dressés sur la tête. Il s'agit moins d'un film de divertissement pur comme celui de Tim Burton, mais on n'atteint pas non plus le niveau des vieux films d'un point de vue "intellectuel". En fait je crois que c'est un bon film des années 2010. Pas un chef d'oeuvre, mais néanmoins un film à voir parce qu'il a du bon, et même beaucoup de bon.

Conclusion générale et temporaire sur la saga
J'ai vraiment adoré cette plongée chez les singes, et c'est donc avec plaisir et presque soulagement que j'attends Dawn of the Planet of the Apes (en français La Planète des singes: l'affrontement, ppppfffffffff) (c'est la mode Twilight qui fait encore des dégâts ça?) cet été (et sa suite prévue pour 2016). D'autant plus que la bande-annonce est juste... à tomber.


I need to speak to Ceasar.

PUTAIN.

dimanche 9 mars 2014

UGC Culte: Le Guépard (1963)

Le Guépard est originellement un livre de Giuseppe Tommaso di Lampedusa que j'affectionne beaucoup. Il fait partie de ces lectures qui ont soudain pris tout leur sens et sont devenues inoubliables à cause de leurs tout derniers mots, comme Gatsby. On y suit les événements liés au débarquement de Garibaldi en Sicile en 1860 à travers les yeux d'un prince sicilien dont le blason familial porte, justement, un guépard.

Le film de Luchino Visconti en est une adaptation fidèle et superbe. Avec les paysages de la Sicile aride et miteuse sous les yeux, on n'est que plus époustouflé par ce monde à part, complètement hors du temps. Mais c'est surtout la prestation de Burt Lancaster, qui joue le Guépard, qui m'a bluffée. Cet acteur possède un charisme absolument incroyable et a parfaitement compris son personnage, un "roc" de stabilité qui n'est pourtant à sa place ni dans l'ancien monde qui s'écroule ni dans le nouveau qui se construit sous les Savoie. Un homme résigné et lucide, qui garde une force d'esprit exemplaire mais perd tous ses moyens face à l'âge qui avance.


La scène dans laquelle il refuse un poste au Sénat à Turin, et où il explique à l'envoyé du nouveau gouvernement pourquoi il ne peut quitter sa Sicile natale, est juste parfaite. À travers cette Sicile qui ne peut pas et ne veut pas changer et pour laquelle il est déjà bien trop tard, il parle aussi de l'Italie et, à mes yeux, de l'espèce humaine en général. "Nous étions les guépards, les lions. Ceux qui nous remplaceront seront les chacals, les hyènes. Et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre." Sérieux, mon cœur a loupé un battement.

Malgré des longueurs (plus de trois heures!) et un inévitable vieillissement, ce film est aussi très intéressant à voir pour son contenu politique (la manière dont le changement de régime s'est fait sans se faire et de manière parfois peu orthodoxe) et pour les autres acteurs. Sachez qu'il réunit en effet Claudia Cardinale, Alain Delon et Terence Hill! La crème des années soixante au sommet de sa jeunesse et de sa beauté. Claudia Cardinale, dans le rôle de la jeune et belle Angelica qui apporte sa fortune à la famille noble et pauvre de Tancredi, est simplement à tomber par terre. Elle dégage une sensualité assez déroutante. Alain Delon joue très bien le jeune malin qui a tout compris à la situation. J'ai été un peu déçue par son entrée en scène et sa célébrissime réplique "Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change", mais il s'est bien rattrapé au cours du film et a trouvé le bon ton pour la scène du bal. Terence Hill a un rôle secondaire, mais c'est toujours sympathique de le voir jeune avec ses yeux bleus pétillants.


Un dernier mot sur la scène du bal, qui a une importance primordiale. Elle est certes un peu longue (30 ou 40 minutes, je pense), mais elle est juste superbe. Les robes sont absolument spectaculaires. Je crois que même Scarlett O'Hara (que l'UGC nous propose de retrouver la semaine prochaine) peut aller se rhabiller face à tant de faste!! Et l'évolution massive des rapports entre personnages qui se produit au cours de cette soirée est très bien amenée. Je pense surtout à la pauvre Concetta qui dit à Tancredi qu'il n'aurait pas dit cela, autrefois...

Enfin, la scène de conclusion, si elle n'est pas celle que j'attendais vu que la dernière scène du livre n'a pas été portée à l'écran, est toutefois parfaitement adaptée au ton du film. Si vous ajoutez à cela une restauration très bien réalisée, vous comprendrez que mon enthousiasme cultesque n'en est que redoublé et que je bénis jusqu'à la septième génération la personne qui a eu l'excellente idée de cette initiative à l'UGC!