mardi 26 novembre 2019

His Majesty's Dragon (2006)

Réécrire l'affrontement entre l'Angleterre et la France à l'époque de Napoléon Ier avec des armées de l'Air composées de dragons? Mais quel coup de génie! 😍🐉

Le premier tome de la série Téméraire de Naomi Novik a totalement remporté mon adhésion. C'est tout simplement a-do-ra-ble. Peut-être un peu jeunesse, dans le sens qu'il y a quelque chose de simple et de très accessible, mais ça se lit très bien à l'âge adulte aussi.


En 1804, le capitaine William Laurence de la Marine britannique capture un navire français, au bord duquel il a la surprise de trouver un œuf de dragon. Encore plus surprenant: une fois né, le bébé dragon n'accorde pas la moindre attention au jeune homme qui lui a été destiné par tirage au sort, mais décide de discuter avec Laurence. Pour celui-ci, c'est la catastrophe: s'il devient capitaine de l'armée de l'Air, il mènera une vie isolée et difficile et sera lié à son dragon toute sa vie, sans possibilité de mener une vie sociale et familiale normale. Mais comment dire non à un dragon, d'autant plus quand votre patrie manque justement de dragons?

Une fois arrivés au Royaume-Uni, Laurence et son compagnon, qu'il a baptisé Temeraire (sans les accents dans la VO), commencent leur entraînement en Écosse, dans un camp dédié. Ils doivent apprendre les techniques de combat en groupe avec d'autres dragons, monter un équipage pour Téméraire (chaque dragon transporte plusieurs soldats qui ont des rôles différents) et retenir les nombreux codes à base de drapeaux utilisés pour communiquer entre dragons une fois en vol. En parallèle, Temeraire se révèle très différent de ses congénères, de par sa couleur noire mais aussi par son intelligence très vive. Par exemple, il a appris l'anglais et le français. 😍 Et pendant ce temps, Napoléon, sur le continent, rêve de conquérir l'Europe tout entière et d'envahir le Royaume-Uni...

Au-delà de l'idée amusante de réécrire l'histoire avec des dragons, j'ai trouvé que Naomi Novik a réussi à construire son roman de manière aussi simple que crédible. Tout est amené naturellement, comme si tout allait de soi, à commencer par la première réplique de Téméraire, qui est tellement inattendue qu'elle arrive à vous faire totalement oublier qu'il y a un dragon qui parle et qu'on ne sait pas comment il peut parler une langue humaine à peine sorti de son œuf.

Les personnages sont très réussis: il y a une belle galerie d'humains (dont deux ou trois femmes, l'armée de l'Air acceptant les femmes à une époque où elles n'ont pas leur place dans les autres corps militaires) mais aussi et surtout de dragons. Téméraire est, bien sûr, le plus travaillé, mais j'ai aussi beaucoup aimé le triste petit Levitas et la puissante Lily.

Enfin, l'imbrication avec l'histoire réelle est permanente. L'humanité emploie couramment les dragons, partout dans le monde, et les évènements historiques sont donc réécrits pour tenir compte de leur existence. C'est assez jubilatoire!

Seul problème: His Majesty's Dragon est le premier d'une série de neuf romans. C'est terrible, il va falloir que je les lise tous! 😜

Vous vous demandez pourquoi je parle d'un livre intitulé His Majesty's Dragon alors que la photo montre un livre intitulé Temeraire?
C'est parce que le titre du livre, d'abord paru aux États-Unis, a été modifié dans l'édition anglaise en ma possession et que je trouve ça stupide.

Pourquoi ce livre?
Parce que Vert en a dit du bien à maintes reprises et parce qu'une amie me l'a donné quand elle a fait de la place dans sa bibliothèque. Merci mon amie! 💖

jeudi 21 novembre 2019

Cartographie du merveilleux (2001)

Chronique express!


Cartographie du merveilleux est un guide de lecture sur la fantasy rédigé par André-François Ruaud et publié chez Folio SF. J'ai commencé à le lire il y a plus de deux ans, mais je l'ai malheureusement oublié dans un TGV (avec, comble de malheur, son compagnon Atlas des brumes et des ombres que j'avais ressorti de la bibliothèque et emmené avec moi en week-end 😭). J'ai eu la chance de retomber sur lui dans une bouquinerie lyonnaise (avec une couverture beaucoup moins kitsch 😝).

Comme souvent, ce genre de guide est extrêmement enthousiasmant et donne des idées de lecture à n'en plus finir. Il commence par une introduction assez longue sur l'historique du genre, puis résume cent romans classés par ordre alphabétique d'auteur. De quoi explorer toutes sortes de voyages littéraires, de l'aventure épique du Seigneur des Anneaux à la fantasy animalière de Watership Down en passant par des œuvres méconnues comme Moumine le troll de Tove Jansonn. Autre point fort: l'auteur cite une proportion relativement importante de femmes, généralement très peu représentées dans ce genre. Je n'ai pas compté, mais j'ai constaté avec plaisir qu'il ne se limitait pas à Le Guin et Zimmer Bradley (par contre, point de McCaffrey, ce qui me semble étonnant).

Un seul désaccord entre Ruaud et moi: il recommande L'Éveil de la Lune d'Elisabeth Hand, livre que j'ai trouvé bien médiocre quand je l'ai relu à l'âge adulte. 😉

samedi 16 novembre 2019

La Rabouilleuse (1842)

Après avoir lu Les Chouans l'année dernière, une des lectures les plus pénibles de ma vie, je pensais avec effroi qu'il me restait encore un livre de Balzac dans ma pile à lire: La Rabouilleuse. Heureusement, ce roman, que je n'ai attaqué que parce que je suis déterminée à vider ladite pile de ses plus anciens locataires d'ici la fin de l'année, m'a plutôt plu.


Bon, j'ai dû lire les trois premiers chapitres deux fois, puis les survoler en prenant des notes, pour comprendre qui était qui dans les familles Rouget, Descoings et Bridau. On n'est quand même pas dans la complexité de l'arbre généalogique des Rougon-Macquart, mais ce n'est pas franchement limpide. Ça commençait mal. 😂😂 Mais une fois les personnages posés, je me suis plutôt passionnée pour cette histoire d'héritage, dans laquelle Agathe Bridau, née Rouget, revient à Issoudun pour empêcher son frère Jean-Jaques Rouget de laisser son héritage à une jeune fille que leur père a ramassée dans les champs et qui, après la mort de celui-ci, a réussi à prendre l'ascendant sur le fils (Jean-jaques, le frère d'Agathe, donc). Agathe est accompagnée de son fils, peintre de son état, et a terriblement besoin d'argent car son mari est mort et que son autre fils, un ancien soldat de Napoléon, a dilapidé les ressources de la famille. Mais la jeune fille qui vit avec Jean-Jaques (le frère d'Agathe, je vous le rappelle) ne compte pas renoncer à sa fortune aussi facilement, d'autant plus qu'elle est amoureuse d'un autre ancien soldat de Napoléon, un petit voyou qui fait les cent coups dans les rues d'Issoudun la nuit et qui compte lui aussi sur l'héritage.

Pour résumer: Jean-Jaques Rouget, 57 ans, est riche et amoureux fou d'une femme qui a trente ans de moins que lui. Celle-ci veut être sûre d'hériter à sa mort, tandis que sa sœur (du vieux Rouget, pas de la jeune fille, hein 😆) veut l'en empêcher. Le titre de la troisième partie résume l'enjeu du roman: "À qui la succession?" 😁

Ce livre est plutôt enlevé et amusant. Après le début difficile dont j'ai parlé, je me suis plutôt prise au jeu, espérant évidemment que les horribles profiteurs ne l'emporteraient pas. Le tout est plutôt noir et lucide quant à la nature humaine, mais non dénué d'humour. Le contexte politique est aussi très intéressant, avec une société assez nettement séparée entre tenants de la monarchie et bonapartistes qui espèrent que Napoléon reviendra un jour de Sainte-Hélène. Je suis toujours fascinée par ces sociétés passées beaucoup plus clivées que les livres d'histoire ne le laissent penser.

Mais pourquoi ce livre s'appelle-t-il donc La Rabouilleuse, me demandez-vous? C'est le surnom de Flore Brazier, la petite fille que le vieux père Rouget (le père de Jean-Jaques et d'Agathe) a ramassée dans un champ quand elle avait douze ans. Son travail consistait alors à rabouiller, c'est-à-dire à agiter l'eau des ruisseaux pour déloger les écrevisses et les pousser à se jeter dans un filet de pêche. Un élément assez étrange et perturbant de ce roman est que Balzac ne dit pas clairement si le vieux père Rouget (qui devait avoir 60 ou 70 ans quand il l'a rencontrée) a couché ou non avec cette enfant. Ils ont vécu sous le même toit pendant cinq ans et il y a de gros sous-entendus sur leurs relations, mais rien de définitif. On ne sait pas non plus si, après la mort du vieux père Rouget, Flore couche avec le fils Rouget (Jean-Jaques, le frère d'Agathe, rappellez-vous), mais je penche plutôt pour la négative car il est présenté comme étant totalement soumis à sa moindre volonté et fort peu séduisant.

Bref, encore une famille parfaitement saine et aimante et une intrigue super optimiste, décidément le XIXe était formidable. 😂

Livres de Balzac déjà chroniqués sur ce blog

lundi 11 novembre 2019

Strumpet City (1969)

Strumpet City de James Plunkett m'a été chaudement recommandé par un ami italien que j'ai connu à Dublin et qui est dingue de l'Irlande. J'ai d'ailleurs acheté ce roman à Dublin, en présence du copain en question, des années plus tard. Le livre a ensuite végété pendant quatre ans dans ma pile à lire. Je m'étais mis en tête que le vocabulaire était difficile et qu'il me fallait du temps pour le lire. Quand j'ai enfin franchi le pas, j'ai vite  compris que je tenais entre mes mains un livre d'exception...


Strumpet City présente effectivement un vocabulaire particulier. Il suit les parcours d'une petite dizaine de personnages dans la Dublin des années 1907 à 1914, une période de revendications sociales fortes de la part de la classe ouvrière. La plupart des personnages sont, justement, ouvriers et parlent un anglais populaire doublé d'expressions irlandaises. Je dois dire que je n'ai pas toujours tout compris, mais ce parler est un des grands atouts du livre: il donne vie à des personnages extrêmement réels.

La rédaction est aussi très belle, avec un style simple, vivant et tout en nuances que j'ai beaucoup apprécié et qui parvient à partager les pensées et les ressentis des personnages avec une justesse remarquable. Ce livre est incroyablement HUMAIN et certains passages m'ont bouleversée, notamment la fin de la deuxième partie, où se produit un accident grave.

L'intrigue se déroule presque exclusivement dans les quartiers ouvriers et pauvres de Dublin, non loin du port. Un paysages d'usines et de tenements, des immeubles où chaque famille occupait une chambre (et non un appartement). Au recensement de 1911, une maison de Henrietta Street abritait plus de 800 personnes... 😱 Le travail est précieux et précaire. La misère noire m'a bien sûr évoqué Germinal de Zola, d'autant plus que la lutte pour les droits sociaux tient une part prépondérante. Le syndicaliste James Larkin a mené un mouvement de revendication, notamment en faveur du droit à la représentativité, qui a débouché sur le lock-out de 1913-1914: des centaines d'employeurs ont suspendu leurs activités pour lutter contre le syndicalisme et des milliers d'ouvriers se se sont retrouvés sans revenus.
"The police followed but kept their distance. The procession was big, but orderly. There was no band and there were no speeches. [...] Fitz watched them too. [...] The flaming torches were telling the city that the people of his class would not be starved for ever."
Cette lutte sociale a aussi eu des liens avec le mouvement nationaliste et les revendications en faveur du Home Rule (une indépendance accrue par rapport au Royaume-Uni). Il est d'ailleurs intéressant de noter que le premier syndicat de Larkin était en fait un syndicat anglais, qui avait juste une branche en Irlande.

Un aperçu des personnages...

Rashers Tierney, le plus pauvre des pauvres. Il vit dans un sous-sol sur un lit de paille et de haillons et gagne sa vie en jouant de la flûte dans la rue. Il a un chien. Il est plein de répliques aussi drôles que dramatiques. C'est lui que j'ai le plus aimé et qui m'a le plus marquée.

Mary et Fitz, un jeune couple honnête et aimant, très travailleur. Mary quitte sa bonne position dans une maison aisée de Kingstown (l'actuelle Dun Laoghaire, pour ceux qui connaissent 😉) pour épouser l'homme qu'elle aime, qui participera avec un sens moral irréprochable au mouvement de protestation.

Le père O'Connor, qui essaye de se mettre au service des pauvres mais est tout de même dégoûté par leur pauvreté et très fermement anti-socialiste. Avec ce personnage, James Plunkett critique la position officielle de l'église catholique, qui a condamné le mouvement ouvrier. Mais O'Connor est aussi tragique, à sa manière.

Le père Giffley, un vieil alcoolique bougon, qui est du côté des ouvriers mais ne les aide pas concrètement. Tragique car il porte un certain espoir aux yeux du lecteur. Son entrevue avec Larkin est un terrible constat d'échec.

Yearling, un homme à l'humour mordant, membre du comité d'administration d'une grande entreprise du secteur du charbon. Sentant que le vent a tourné et que la masse ouvrière n'acceptera plus d'être exploitée, il ricane face au comportement de ses collègues et prête un peu d'aide à certains ouvriers. Mais il fuira surtout les difficultés en allant pêcher dans le Connemara.

Strumpet City est un grand roman. Je peux difficilement juger en matière de littérature irlandaise vu que je n'ai lu que quatre livres irlandais, mais c'est un Grand Livre qui devrait être connu en Europe. Il n'a malheureusement jamais été traduit en français. (Il n'a pas non plus été publié en Italie, mais le copain italien qui me l'a conseillé l'a traduit en italien par pur plaisir [c'est un dingue de l'Irlande, vous ai-je dit]. Bien que cette lutte soit vaine, j'essaye de le convaincre de chercher un éditeur. 😊)

Un mot sur le titre: "strumpet" signifie prostituée, donc on pourrait adapter Strumpet City par Putain de ville ou, mieux, Chienne de ville. Dublin n'est pas la jolie capitale du XXIe siècle que l'on connaît maintenant, mais un environnement dur où il faut se battre pour survivre. Même les policiers qui répriment les manifestants par la violence se sentent en danger en passant devant les immeubles délabrés où vit la classe ouvrière. Rashers, notamment, exprime ce rapport difficile à la ville.
"The lock-out was general throughout the city. [...] Gates closed, machinery came to a standstill. The city of Dublin was practically paralysed. It was reckoned that about twenty-four thousand men were involved. In a matter of days the streets filled with the hungry hordes Rashers had feared."
La conclusion du roman m'a paru un peu en-deça du reste de l'œuvre, comme si James Plunkett avait voulu mettre un point final à toutes ses intrigues quitte à aller vite, mais elle reste dure, pleine de désespoir et d'espoir à la fois. Et Rashers, putain, Rashers... 💔

mercredi 6 novembre 2019

Les Centaures (1904)

Publié en 1904, Les Centaures d'André Lichtenberger a été dépoussiéré par les éditions Callidor dans la collection "L'âge d'or de la fantasy"...


Situé dans une préhistoire mythologique, le roman met en scène des centaures (ahah, vous l'aviez deviné au titre, c'est ça? ^^), les rois parmi les animaux-rois, le peuple aux six membres, les plus forts de tous, qui règnent sur tous les autres animaux. Les eaux appartiennent aux tritons et les forêts appartiennent aux faunes, mais Klévorak, le roi des centaures, assure le bien de tous. Sous son règne, tous peuvent vivre en paix et les mangeurs de chair ne sauraient tuer: c'est uniquement lorsqu'un animal meurt de mort naturelle que son corps leur est donné en pâture.
"La voix de Klévorak troue le silence. Aux meurtriers il annonce la mort. Telle est la loi des centaures. Et la clameur de son peuple répète en tonnerre la formule inflexible qui imposa la paix sur la terre:
— Périssent ceux qui ont tué !"
Depuis des lustres, toutefois, les centaures reculent progressivement vers l'occident, fuyant face à l'arrivée du gel et de la pluie. Et, dans tous les endroits qu'ils quittent, ce nouveau climat menaçant s'accompagne de la seule espèce qui n'obéit pas à leur loi: les écorchés, ceux qui portent la fourrure des autres animaux.
"Avec lui nul traité n'est sûr. La parole qu'il jure aujourd'hui, l'Écorché demain la viole. Sa voracité est insatiable. Indistinctement, comme Krouon le sanglier, il se gorge de tous les fruits et de toutes les racines. Mais sa passion est le sang. Bien qu'il soit lâche, l'Écorché tue pour le plaisir de tuer. Il dévore les chairs palpitantes et, rassasié, tue encore."
Kadilka, la blanche et vierge fille de Klévorak, est la seule de son peuple à s'intéresser aux écorchés, ces animaux faibles et nus, certes, mais dotés de doigts agiles capables de créer des objets...

Le roman est découpé en cinq parties. À l'exception de deux combats, le premier contre des animaux tueurs et le deuxième contre un village humain, les trois premières parties ne comptent guère d'action. Mais elles sont néanmoins prenantes. Après quelques pages pour m'habituer au style quelque peu impérial, qui fait parfaitement sens dans un livre peuplé de créatures mythologiques, j'ai été complètement ferrée. Les deux dernières parties viennent clore le roman avec des scènes inoubliables: [divulgâcheur] la traversée de la mer à la nage par les centaures et les faunes, soutenus par les tritons, une lutte contre les éléments époustouflante portée par une volonté de vivre impressionnante, et l'affrontement final contre les écorchés, qui sortiront vainqueurs d'un bain de sang épique et déchirant [fin du divulgâcheur].

Les Centaures est rédigé au présent, un choix rare qui, loin d'être simpliste, lui confère un souffle épique et mythologique particulier. On se croirait vraiment dans un mythe grec ou une épopée nordique. C'est d'ailleurs pour vous donner une idée de ce souffle que j'ai cité les deux passages ci-dessus. Je trouve la chose assez indescriptible...

Sous certains aspects, le roman est daté: il en va ainsi de la description des mœurs amoureuses des centaures, qui sont juste du viol institutionnalisé (avec centauresses lascives qui se refusent à l'accouplement alors qu'elles ne désirent que ça, juste pour chauffer les mâles 😡), et de la prépondérance du groupe sur l'individu. Le but ultime, la seule priorité, est la survie de l'espèce. Toutefois, ce dernier aspect renforce le ton du roman, cette sensation de monde qui bascule et de fin d'une ère. Il y a quelque chose ici qui rappelle l'abandon de la Terre du Milieu aux hommes par les elfes qui en quittent les rivages, mais dans une vision beaucoup moins mélancolique et plus cruelle, impitoyable. L'autre référence qui m'est évidemment venue en tête, c'est La Guerre du feu, à cause des aurochs, des mammouths et des espaces vierges...

Pourquoi ce livre?
Parce les couvertures des livres des éditions Callidor sont trop belles, que la maison n'a publié (sauf erreur de ma part) que deux auteurs francophones, André Lichtenberger et Nathalie Henneberg, et que l'éditeur m'a donné plus envie de lire ce roman-ci quand je l'ai interrogé aux Rencontres de l'imaginaire de Sèvres l'année dernière. Il est toutefois fort probable que j'achète le livre de Nathalie Henneberg cette année. 😀

vendredi 1 novembre 2019

La gamelle d'octobre 2019

Octobre a été un mois bien rempli sous bien des aspects, mais j'ai peu de choses à vous raconter du point de vue culturel...

Sur petit écran

Transformers 2: Revenge of the Fallen de Michael Bay (2009)


Énième visionnage du deuxième opus de ma franchise préférée (parce que mon copain l'a mis sur la télé) (mais pourquoi regarder à la télé, avec des coupures pubs, un film que tu as en DVD? Je me le demande). J'ai ri et j'ai bavé sur les robots. Cette fois, la réplique qui m'a marquée est celle de StarScream qui dit à Megatron: "Not to call you a coward, master... But sometimes... cowards do survive." 😂 Je vous ai parlé de ce film plus longuement ici.

J'ai aussi regardé d'un œil distrait des morceaux des trois Hobbit. Ce n'est pas très stimulant mais ça donne quand même envie de remettre le nez dans Tolkien...

Sur grand écran

Ad Astra de James Gray (2019)


Très beau film spatial... que je n'ai pas très bien suivi. C'est un peu spécial et, malgré des similitudes (notamment dans la thématique du gars qui part de plus en plus loin dans l'inconnu), beaucoup moins "accrocheur" que Lost City of Z. La mise en scène est tout aussi soignée, Brad Pitt est excellent et j'ai apprécié l'aspect contemplateur – mais l'arrivée d'informations au compte-gouttes ne m'a pas convaincue et je n'ai pas du tout compris le désespoir [divulgâcheur] du père, qui refuse de quitter sa station pour ne pas avouer son échec; l'absence de preuves n'étant pas une preuve d'absence, la galaxie pourrait contenir des milliers de planètes peuplées d'êtres vivants intelligents sans qu'on ne puisse les détecter à distance (des planètes peuplées de chevaux parlants, par exemple) [fin du divulgâcheur]. L'aspect voyage initiatique pour se retrouver m'a rappelé Gravity, dans lequel la protagoniste redevient elle-même au sortir de ses épreuves.

Downton Abbey de Michael Engler (2019)


Un deuxième visionnage aussi plaisant et émouvant que le premier.💖💖

Du côté des podcasts

Voilà une bonne nouvelle: l'habitude d'écouter des podcasts en faisant la vaisselle est bien implantée! J'ai avancé Simple & Cité de Florie Teller et écouté une bonne partie de la saison 2 de Procrastination. Une corvée de ménage m'a aussi permis d'écouter le premier épisode de La compagnie des auteurs sur Émile Zola.

Et le reste



J'ai lu Translittérature, la revue de l'Association des traducteurs littéraires de France; le numéro d'automne était un peu moins passionnant que d'habitude mais toujours très qualitatif. J'ai profité d'une visite à l'exposition Tolkien de la BNF pour découvrir le magazine gratuit Chroniques, très qualitatif lui aussi. Et puis j'ai lu mon Cheval Magazine, comme d'habitude.

Au moment où ce billet passera en ligne,
je serai à Lyon à l'occasion d'Equita.
Bonne lecture et bon festival à tous ceux qui sont à Nantes! 💕

dimanche 27 octobre 2019

Memoirs of a Geisha (1997)

Chronique express! 


Sayuri, une vielle dame japonaise vivant aux États-Unis, raconte son parcours de geisha dans la Kyoto des années trente, quarante et cinquante. Née dans une famille pauvre dans un village de pêcheurs, la petite Chiyo est vendue par son père à une maison de geishas, tandis que sa sœur, moins jolie, est "orientée" vers la prostitution. Chiyo tente bien de fuguer, mais elle échoue et voit son destin compromis; sa maîtresse ne souhaite pas investir le coût de la formation d'une geisha en faveur d'une jeune fille susceptible de prendre la fuite et la relègue donc au rôle de servante. C'est l'intérêt d'une geisha très célèbre, Mameha, qui permet à la jeune fille de reprendre sa formation, de "percer" à Gion, le quartier des geishas, sous le nom de Sayuri et de vivre son destin marqué par une figure masculine assez discrète, "le président".

Une immersion très intéressante dans la formation et la vie d'une geisha. Sous certains aspects, le Japon me laisse très perplexe – il en va ainsi du "masque" blanc du visage des geishas, que je trouve fort peu séduisant –  et je pense que ce qui m'a fait accrocher à ce livre (la langue recherchée dans sa simplicité, le souci du détail) relève plutôt de la vision occidentale du Japon que de Japon à proprement parler. Quoi qu'il en soit, j'ai beaucoup apprécié cette lecture; Arthur Golden a su me tenir en haleine alors même qu'il ne s'y passe pas grand-chose et il a le mérite de parler (bien que sans aucune revendication) d'exploitation de la femme, de l'enfance et de la pauvreté. Un petit bémol sur la fin, malheureusement ([divulgâcheur] je n'ai pas trop aimé que Sayuri fasse (excusez-moi) un tel coup de pute à Nobu pourvu d'avoir une chance de finir avec le président, il ne méritait vraiment pas ça [fin du divulgâcheur]), mais je recommande néanmoins. Je ne suis pas sûre de faire l'effort de revoir le film un jour, toutefois; le fait que les rôles des geishas japonaises aient été attribués à des actrices chinoises me laisse très perplexe...

mardi 22 octobre 2019

Marcovaldo ovvero Le stagioni in città (1963)

Chronique express!


Lors d'un week-end à Vérone il y a quelques semaines, un ami m'a offert ce recueil d'Italo Calvino mettant en scène Marcovaldo, un ouvrier pauvre, père de famille nombreuse, qui vit de petites aventures au contact de la nature, discrète mais néanmoins présente en ville. Chaque texte aborde une saison et le cycle se répète cinq fois (sur cinq ans, donc).

Le ton est résolument tragicomique. Dans la postface, on apprend même que Calvino parlait "d'éducation au pessimisme"! 😂 En effet, tout tourne toujours mal pour ce pauvre Marcovaldo. Dans le premier texte, par exemple, son immense joie de pouvoir offrir un bon repas à ses enfants grâce à l'apparition de champignons à côté de son arrêt de bus se solde par une intoxication alimentaire. 😂 Parfois, la chute est plus symbolique et touche justement au tragicomique. Calvino parle de la société italienne au lendemain de la guerre; des textes comme Luna e gnac, sur la pollution lumineuse, ou Marcovaldo al supermarket sont d'une actualité folle, ce dernier présentant la course éperdue de Marcovaldo, sa femme et ses nombreux enfants dans un supermarché: ils ne peuvent rien se payer, mais ils fantasment de remplir leur chariot comme les autres clients... 😭 Je retiendrai aussi un passage poignant sur un lapin de laboratoire et un texte sur des chats très déterminés.

Il faut que je laisse décanter cette lecture pour savoir si j'en retiendrai plutôt l'aspect comique ou tragique, mais il est certain que j'ai adoré et que je recommande chaudement. Après une expérience difficile avec Pourquoi lire les classiques, je me dis maintenant qu'il faut que je lise d'autres romans de Calvino! En France, le recueil existe chez Folio sous le titre Marcovaldo ou Les saison en ville dans la traduction de Martin Rueff.

jeudi 17 octobre 2019

The Legend of Sleepy Hollow and Other Tales (1819-1820)

Nous connaissons tous le film Sleepy Hollow de Tim Burton. J'avais 14 ans quand il est sorti et il a largement façonné mes goûts et mon imaginaire. Enthousiaste, j'ai aussitôt lu la nouvelle de Washington Irving qui l'a inspiré, La Légende du Val dormant, mais j'ai été assez déçue, le texte et le film n'ayant pas grand-chose en commun. Je voulais toutefois la relire en anglais depuis de nombreuses années et je suis enfin passée à l'action, trois ans après avoir acheté cette jolie édition économique de Collins.



Pour la petite histoire, ce recueil devrait plutôt s'appeler The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent. Je suppose que Collins a voulu capitaliser sur la célébrité de Sleepy Hollow. 😉

Le recueil contient 34 textes, principalement de courtes descriptions de la vie en Angleterre, et forme une sorte de carnet de voyage. Il y a aussi quelques nouvelles. Par manque de temps, d'énergie et (soyons honnêtes) de choses à dire sur certains d'entre eux, je ne vais pas les chroniquer un par un.

Dans la préface, Washington Irving remercie Walter Scott, qui a largement contribué à la publication du recueil en Angleterre. Le XIXe, mes enfants, était vraiment un siècle de géants. 😉

Dans The Voyage, il décrit la traversée de l'Atlantique en bateau et son arrivée en Angleterre. Le ton est donné, la langue est belle et recherchée, mais avec cette limpidité du XIXe que j'adore. J'ai tout de suite adhéré.

Tout au long du recueil, de très nombreux textes recensent ses expériences en Angleterre et décrivent le quotidien des habitants: Rural Life in England, The Country Church, A Sunday in London, The Boar Head's Tavern, Eastcheap (un texte sur Shakespeare auquel je n'ai rien capté), Rural Funerals, Westminster Abbey, London Antiques, Little Britain, Stratford-on-Avon (autre texte sur Shakespeare auquel je n'ai rien capté) et John Bull.

Vers la moitié du recueil, une série de cinq textes (Christmas, The Stage Coach, Christmas Eve, Christmas Day et The Christmas Dinner) décrivent les célébrations de Noël dans un manoir anglais dirigé par un vieux monsieur très à l'ancienne. C'est charmant et amusant. Ce recueil pourrait donc aussi bien se lire à Noël qu'à Halloween, en fait. ^^

Deux textes, Traits of Indian Character et Philip of Pokanonet, abordent avec une modernité étonnante le génocide des Amérindiens, dont Irving prend la défense.

La fiction est également présente. Rip Van Winkle, un des textes les plus célèbres d'Irving, nous ramène aux États-Unis auprès d'un vieux monsieur qui s'endort vingt ans dans la montagne et ne reconnaît plus son pays, devenu indépendant pendant son sommeil. The Spectre Bridegroom parle avec humour d'une légende allemande sur un fiancé décédé le jour même où il devait rencontrer sa future épouse. La célèbre Legend of Sleepy Hollow raconte comment Ichabod Crane, un maître d'école quelque peu tyrannique, essaye de séduire la belle et riche Katrina Von Tassel dans une petite ville isolée de l'État de New York peuplée de colons hollandais. Les noms des personnages et la légende du cavalier sans tête sont à peu près les seuls points communs entre ce texte et le film. 😜

Quelques textes indépendants parsèment aussi le recueil: Roscoe parle d'un auteur de Liverpool, The Wife raconte une histoire conjugale, English Writers on America décrit comment les écrivains anglais comprennent les Américains totalement de travers, The Broken Heart parle des chagrins d'amour irréparables, The Pride of the Village parle de l'enterrement d'une jeune fille. The Widow and her Son, le texte qui m'a le plus marquée, décrit un enterrement auquel n'assiste qu'une vieille et pauvre femme tout en noir; je ne sais plus si j'en ai pleuré mais il m'a brisé le cœur.

Apparemment, ce recueil a constitué l'un des premiers succès de la littérature américaine en-dehors des États-Unis et a contribué à "légitimiser" les auteurs américains, au même titre que l’œuvre de James Fennimore Cooper. Son succès est mérité. J'ai adoré le style élégant et recherché, qui correspond bien à ce que j'aime dans le XIXe. Comme je le disais à propos d'Edgar Allan Poe, il y a quelque chose de très européen ici – mais sans citations latines et sans le côté ampoulé. 😀 La lecture de ce type de texte en version originale reste toutefois assez exigeante, il faut être assez à l'aise avec l'anglais pour se lancer dans ces 400 pages.

Je vous laisse avec un extrait touchant de Rural Funerals:
"The sorrow for the dead is the only sorrow from which we refuse to be divorced. Every other wound we seek to heal - every other affliction to forget; but this wound we consider it a duty to keep open - this affliction we cherish and brood over in solitude. Where is the mother who would willingly forget the infant that perished like a blossom from her arms, though every recollection is a pang? Where is the child that would willingly forget the most tender of parents, though to remember be but to lament? Who, even in the hour of agony, would forget the friend over whom he mourns? [...] No, the love which survives the tomb is one of the noblest attributes of the soul. If it has its woes, it has likewise its delights; and when the overwhelming burst of grief is calmed into the gentle tear of recollection, when the sudden anguish and the convulsive agony over the present ruins of all that we most loved are softened away in pensive meditation on all that it was in the days of its loveliness - who would root out such a sorrow from the heart?"

samedi 12 octobre 2019

Au Bonheur des Dames (1883)

La relecture commune des Rougon-Macquart avec Tigger Lilly se poursuit avec Au Bonheur des Dames, ce onzième roman qui est parmi mes préférés de toute ma vie, un coup de foudre de mes années lycée. 💖


L'intrigue
Après la mort de ses parents, Denise débarque à Paris avec ses deux petits frères et deux sous en poche et vient frapper à la porte de son oncle Baudu, qui tient un petit commerce familial. Les affaires ayant ralenti à cause de l'ouverture du Bonheur des Dames, un grand magasin situé de l'autre côté de la rue qui leur vole des clientes, l'oncle ne peut lui offrir de travail. Heureusement, Denise est aussitôt embauchée, justement, au Bonheur des Dames, où elle découvre le commerce moderne: employés exploités et mis en concurrence entre eux, rôle primordial de la réclame, recours aux bas prix et aux grandes quantités... Le tout dans une ambiance de travail détestable. Les autres vendeuses lui font un bien mauvais accueil et Denise parvient à peine à gagner sa vie. Mais le patron du magasin, Octave Mouret, ne la laisse pas indifférente...

Une romance à la Zola
OUI, Au Bonheur des Dames est (entre autres) un histoire d'amour. Le fil rouge, ce pour quoi on se passionne, c'est la relation entre Denise et Octave: d'abord de rares contacts sans conséquences, puis une relation plus saine entre adultes, puis l'adoration maladive d'Octave qui est fou de Denise. C'est l'histoire de Cendrillon, en quelque sorte: la fille pauvre, mais courageuse, bonne et juste, triomphe de femmes plus belles et aguerries et des hommes qui la haïssent et se retrouve au bras de l'homme riche, qu'elle a réussi à faire évoluer sur certains points (ici, les droits sociaux des employés). C'est pour cela que j'ai autant aimé ce livre quand j'étais au lycée et qu'il me fait encore autant rêver: pour une fois, le personnage positif du roman a une fin heureuse. Ses efforts sont récompensés et le bien l'emporte.

Un protagoniste d'envergure: le magasin
Au-delà de Denise, le Bonheur des Dames est un personnage à part entière: comme les Halles dans Le Ventre de Paris, les plantes dans La Faute de l'abbé Mouret et l'alambic dans L'Assommoir (et comme, plus tard, la mine dans Germinal et la Lison dans La Bête humaine), le magasin est animé d'une vie propre, c'est une machine géante et animée qui souffle, qui agit, qui se démène et qui écrase le monde autour d'elle. Avec ses milliers d'employés, ses dizaines de rayons, ses réclames, son service d'envoi, ses voitures, ses courriers, ses millions de produits et ses centaines de milliers de francs de recettes, il n'a pas une seconde de répit et n'accorde ni pitié ni repos aux êtres humains.

Première victime: le personnel
Travailler au Bonheur n'est pas chose aisée. La paie fixe est maigre et il faut vendre beaucoup pour toucher un intéressement sur les ventes effectuées. Les journées de travail durent 13 heures. La cantine laisse à désirer, l'investissement de la direction en nourriture étant dérisoire. Il n'y a aucune protection sociale en cas de blessure ou même de grossesse. On peut travailler à temps plein au Bonheur des Dames et crever de faim. Dès que l'activité ralentit, à la morte saison, les directeurs licencient des dizaines de personnes au moindre prétexte. Passez à la caisse!

La mort du petit commerce
On a tendance à penser que les multinationales détruisent les boutiques de quartier, mais en réalité le phénomène de la destruction du petit commerce n'est pas nouveau. Zola nous le montre à l'œuvre ici avec ce Bonheur dont l'ascension s'accompagne d'innombrables faillites. Chaque ouverture de rayon provoque le déclin puis la fermeture d'un commerce local: ainsi, la maison bien établie de l'oncle Baudu ne peut tenir la concurrence sur les tissus; le père Bourras, vendeur de parapluies, perd sa clientèle; la ganterie de la rue d'à côté est en difficulté; et ainsi de suite, à l'infini, parce que ce grand magasin est affamé de croissance. Il y a même un cortège funèbre très symbolique, où le cadavre qu'on enterre n'est pas seulement humain.
Ça vous parle? Vous pensez à Amazon qui vend tout, des livres à la vaisselle? Oui. Les choses ont été exacerbées et élargies par la mondialisation et le numérique, mais elles ne sont pas apparues en ce début de XIXe siècle.

La naissance du marketing moderne
La stratégie de vente d'Octave est exactement celle de la société consumériste: vendre beaucoup pour vendre peu cher et vice versa. La cliente doit constamment trouver de nouvelles choses à acheter et avoir l'impression de faire une affaire. Pour cela, Octave utilise son génie de l'achalandage, mais introduit aussi des nouveautés: voitures de livraison aux couleurs de la maison pour porter la réclame dans les rues, investissements massifs dans la publicité, possibilité de retourner les articles achetés (une nouveauté à l'époque, une évidence pour nous), présence d'un espace repas, vente de produits à perte pour attirer la foule. Il offre même des ballons aux enfants!!! Comme moi, vous avez tendance à penser que c'est Ingvar Kamprad qui a inventé le magasin labyrinthique où il faut forcément voir 35 canapés pour arriver aux cuisines? Que nenni! Octave Mouret organise ses rayons de manière à ce que la cliente soit obligée de faire des kilomètres et donc de découvrir beaucoup plus de marchandises... 😱 Je le dis à chaque fois, mais l'œuvre de Zola est d'une modernité déroutante. Il vivait dans le même monde que nous, le monde moderne né de la révolution industrielle. Ce qu'il n'a pas vu venir (et comment l'aurait-il pu, d'ailleurs?), c'est la mondialisation (et encore, la chose est vaguement abordée dans Germinal avec les mineurs belges venus remplacer les Français grévistes...), la dégradation de l'environnement, l'évolution des armements jusqu'à l'arme atomique... Mais sinon, la France du Second Empire est très, très semblable à celle du XXIe siècle.

Dans le prolongement de Pot-Bouille
Malgré un ton radicalement différent, Au Bonheur des Dames est bien la suite de Pot-Bouille. Avant tout parce qu'on retrouve Octave Mouret, personnage central du dixième opus. Je crois que c'est la seule fois qu'un personnage majeur apparaît dans deux romans de suite. Le jeune homme, veuf depuis la mort de Mme Hédouin qui lui a laissé son magasin, continue d'exploiter la femme: dans Pot-Bouille, il cherchait à faire fortune à Paris; ici, il fait fortune en vendant des tas de choses à ses clientes, qu'il connaît parfaitement et qu'il compte bien dépouiller. Par ailleurs, l'adultère, thème essentiel de Pot-Bouille, et les relations illicites en général sont de nouveau tolérées par la société policée dans laquelle Octave évolue, comme le montrent les passages savoureux sur M. de Boves, inspecteur des Haras, qui prétend visiter des écuries alors qu'il retrouve sa maîtresse, et la relation d'Octave même avec Henriette, la maîtresse à laquelle il doit sa rencontre avec un important investisseur. Et Zola montre de nouveau que ces relations illicites sont le fruit de la société: dans Pot-Bouille, la femme bourgeoise tombait dans l'adultère par ennui et ignorance; ici, les vendeuses du Bonheur des Dames ont toutes un amant (ou plusieurs) pour survivre, leur revenu ne leur permettant pas de vivre dignement.

En bref
Un chef d'œuvre. Un roman social sur le monde du travail et l'économie d'hier qui nous parle en fait de notre monde à nous, 136 ans plus tard, et une histoire d'amour comme un rayon de soleil. C'est, je crois, la quatrième fois que je le lis et une chose est sûre: il y en aura une cinquième.

Allez donc voir ailleurs si ce Bonheur y est!
L'avis de Tigger Lilly

lundi 7 octobre 2019

Les BD du troisième trimestre 2019

Un récap trimestriel très long grâce aux vacances estivales qui m'ont permis de lire beaucoup de bandes dessinées. Préparez un thé ou un café et c'est parti!

Le trauma, quelle chose étrange de Steve Haines et Sophie Standing (2016)


Une excellente bande dessinée de vulgarisation sur le psychotrauma et, notamment, la dissociation qu'il peut provoquer (une sorte de perte de contact avec son propre corps qui peut se manifester de différentes façons, comme l'impression d'être en dehors de soi ou la perte de sensibilité dans une partie du corps). Le mécanisme du cerveau face à une situation d'insécurité est également expliqué. C'est très clair et intéressant et l'ouvrage présente de nombreuses références bibliographiques pour qui voudrait aller plus loin. Il faudrait que je lise les deux autres BD des mêmes auteurs, qui parlent de l'anxiété et de la douleur.
Traductrice: Fanny Soubiran
Éditeur: Ça et là (que je connaissais déjà grâce à Émile Zola à l'usage des personnes pressées)

Conan le Cimmérien. La reine de la côte Noire de Jean-David Morvan et Pierre Alary (2018)


Premier volume de la collection Conan de Glénat, cette bande dessinée est l'adaptation d'une nouvelle de Robert E. Howard mettant en scène une pirate qui écume les mers au large de la côte Noire et qui "embauche" Conan après avoir massacré l'équipage du navire sur lequel il voyageait. C'est du Howard tout craché: des combats, une jeune femme fort peu vêtue, des ruines perdues, des créatures démoniaques et mystérieuses, un décor exotique... L'univers de Conan me fait vraiment rêver. La bande dessinée est suivie de deux courts textes de Patrice Louinet, le grand spécialiste français de Howard, qui remet bien le personnage dans son contexte littéraire, en dehors de l'image véhiculée par les films plus tardifs.
Éditeur: Glénat

Mots roses au clair de lune de Maliki (2009) (Maliki, tome 3)


Décidément, j'adore Maliki. J'adore le  dessin, les histoires et la présence de ses deux chats rigolos et mignons. À  noter que cet album propose un beau voyage dans le temps avec un strip sur MSN, ce qui permet de relativiser l'étalage de soi que permet actuellement Facebook.
Éditeur: Ankama

Le vieil homme et son chat n'ont plus peur des chiens (2015) et Le vieil homme et son chat se font les griffes (2016) de Nekomaki


Un joli manga sur un vieux monsieur japonais qui vit seul avec son gros chat dans une île peuplée "de pépés, de mémés et de chats". C'est adorable et les dessins respirent la sérénité. Un petit regret toutefois: les strips manquent légèrement de sel, on arrive parfois à la dernière case sans en tirer grand-chose.
Éditeur: Casterman

Conan le Cimmérien. Le Colosse noir de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat (2018)


Deuxième tome de la collection Conan de Glénat, qui fait appel à des auteurs différents à chaque numéro. Je me souvenais assez bien de la nouvelle de Howard, dans laquelle Conan prend la direction d'une armée... et à la fin de laquelle la princesse se jette, nue, dans ses bras. Lol. C'est un peu brut de décoffrage mais c'est joliment dessiné. La grande bataille entre armées est toutefois confuse, j'ai eu du mal à suivre qui combattait qui.

Conan le Cimmérien. Au-delà de la rivière Noire de Mathieu Gabella et Anthony Jean (2018)


Le troisième tome de la collection est lui aussi une réussite. Point de jeune femme dénudée ou de désert exotique ici, mais une épaisse forêt peuplée de colons et de barbares qui essayent de lutter contre l'ennemi venu s'installer sur leurs terres. Mais il y a un sorcier. Et du sang. Et du muscle. Et une postface intéressante de Patrice Louinet.

Conan le Cimmérien. La fille du géant du gel de Robin Recht (2018)


Premier raté de la collection Conan de Glénat. Je n'ai aucun souvenir de la nouvelle de Howard dont cette bande dessinée est tirée, mais ça m'étonnerait fortement qu'une déesse se masturbe dans la neige pendant que Conan combat des spectres... Le contenu érotique est très marqué et je n'ai pas aimé les grandes planches représentant les combats, qui sont très flous. Une grosse déception, donc.
Mise à jour: J'ai relu la nouvelle en question, qui est très bien, et je confirme que la déesse ne se masturbe pas dans la neige. 😦

Conan le Cimmérien. La Citadelle écarlate de Luc Brunschwig et Étienne Le Roux (2019)


Le cinquième tome de la collection rattrape assez bien le quatrième. Je n'ai pas trop aimé le dessin, mais il a le mérite d'être clair. La Citadelle écarlate est une histoire que j'affectionne puisque Conan y traverse un souterrain peuplé de créatures abominables. En outre, je la trouve assez représentative de l'œuvre d'Howard sur ce personnage.

Conan le Cimmérien. Chimères de fer dans la clarté lunaire de Virginie Augustin (2019)


Le sixième tome est très bien. Le dessin ne m'a pas toujours plu, mais il donne une ambiance très adaptée au récit. Il y a dix ans, j'avais tellement aimé cette nouvelle que je trouve délicieusement inquiétante que j'avais commencé à la pasticher tout à fait sciemment: à l'époque, j'écrivais encore et je m'étais fait super plaisir à écrire un court texte sur le même ton. À noter qu'il y a ici une jeune fille fort peu vêtue, mais plutôt débrouillarde. 😏

Chasseuse de nazis de Minaverry (2009) (Dora, tome 1)


En 1960, Dora, une jeune Juive franco-marocaine, travaille comme archiviste en Allemagne, ce qui lui donne accès à des documents sensibles sur les activités nazies. Plus tard, elle a l'occasion de partir en Argentine à la recherche de Mengele, le médecin d'Auschwitz. Autant cette bande dessinée fournit quelques informations pertinentes sur les camps de concentration (du genre: Auschwitz employait 3 000 militaires en 1943), autant elle m'a laissée de marbre: je n'ai pas aimé le dessin, j'ai eu du mal à identifier les visages des personnages masculins (ce qui est très problématique quand la protagoniste fait de l'espionnage) et je n'ai pas du tout adhéré à son ambiance anarcho-communiste (avec un passage à Bobigny, auprès d'un groupe communiste soutenant l'indépendance de l'Algérie, et des références au péronisme en Argentine) (j'ai dû aller vérifier dans l'encyclopédie qui était Perón tellement je ne connais rien à l'histoire sud-américaine, c'est une catastrophe). Mon copain m'a demandé de la lire pour avoir mon avis et je ne lui ai pas recommandé de la proposer à ses clients. 😕
Éditeur: L'Agrume

Chatons contre dinosaures de Davy Mourier, Stan Silas et Valérie Sierro (2019)


Ça, c'est vraiment du lourd! Vous avez du mal à y croire? C'est pourtant vrai. Cette bande dessinée existe! 😆
Plus improbable encore: l'action est située à Saint Malo! 😂
Éva reçoit trois adorables chatons en cadeau pour ses dix ans. Le lendemain, elle découvre avec horreur que son père a disparu et que Saint Malo a été évacuée par l'armée. En effet, les habitants se transforment... en dinosaures! 😁😍😱 Quand sa propre mère, métamorphosée en tyrannosaure, l'attaque, elle a la surprise d'être sauvée par ses chatons, qui sont en fait... des ninchats!!!! 😂😂 Tous ces mystérieux évènements s'avèreront liés au travail classé secret de son père et à la présence à Saint Malo d'un extraterrestre. Et ils se résoudront, entre autres, grâce à un cartable d'école qui se transforme en avion. 💖💖💖 Une bande dessinée clairement destinée à un jeune public, mais qui vaut le détour si vous voulez découvrir quelque chose de très spécial avec des jeux de mots rigolos. Genre ninchat, quoi.
Éditeur: Jungle

Ar-Men. L'enfer des enfers d'Emmanuel Lepage (2017)


Une bande dessinée superbe qui nous emmène au cœur d'Ar-Men, un phare situé à dix kilomètres des côtes bretonnes – autant dire "sur une autre planète" quand il a été décidé de le construire, pendant les années 1860. Les travaux, achevés en 1881, n'ont pas duré quinze ans par hasard. La narration alterne entre différentes époques et personnages. Un beau sans faute pour Lepage que je connaissais déjà grâce à Un printemps à Tchernobyl. D'autres avis: Baroona, Lorhkan.
Éditeur: Futuropolis.

Guerilla Green. Guide de survie végétale en milieu urbain d'Ophélie Damblé et de Cookie Kalkair (2019)



Une bande dessinée militante sur la végétalisation "sauvage" des espaces urbains, c'est-à-dire la plantation délibérée de végétaux dans des espaces publics de la part de personnes soucieuses rendre les villes plus autonomes en nourriture et de retisser des liens sociaux distendus. C'est très intéressant et plein d'informations et de conseils pour faire quelque chose, nous aussi, et l'autrice, également youtubeuse, propose des renvois vers ses vidéos pour en savoir plus. Toutefois, je n'ai pas aimé le ton très anti-système et parfois un peu cassant (par exemple, je ne suis pas convaincue que qualifier les gens de "mollusques zombifiés" soit un bon moyen de les faire réagir). Il faut maintenant que je trouve un petit bout de terre inutilisé dans ma ville pour y planter de la menthe, une plante pratiquement indestructible qui poussera très bien sans personne pour l'aider...
Éditeur: Steinkis

Nos compagnons de Jirô Taniguchi (2019) 


Recueil de cinq bandes mangas sur les animaux de compagnie (toutefois, le sens de lecture est celui utilisé en Occident). La première est tellement triste que les suivantes paraissent fades à côté, mais elles sont toutes de belles histoires entre humains et animaux. Le dessin en noir et blanc est à la fois épuré et détaillé, c'est assez intéressant même s'il n'est pas totalement à mon goût. Je recommande.
Éditeur: Casterman

Et voilà. Merci d'avoir lu jusqu'ici. 😃
En espérant vous avoir donné envie d'en lire certaines. 😉