samedi 28 juillet 2012

Death in Holy Orders

"A large ginger cat was curled, plump as a cushion, on a low button-backed chair. At their entry he raised a ferocious head, gazed fixedly at them then, affronted, descended from the chair and lumbered out to the pantry. They heard the click of a cat-flap."

P. D. James
Death in Holy Orders
Héhéhé. Chat outré.

dimanche 22 juillet 2012

Paris (1897)

Après Lourdes et Rome, Paris forme le dernier volet des aventures de Pierre Froment, l'abbé qui a perdu la foi.

Nous le retrouvons cette fois-ci à Paris, comme le titre le laisse deviner. Grâce à sa bonté, il a acquis une réputation de saint homme, et il semble jouer son rôle de prêtre sans difficultés. En réalité, il souffre profondément de son manque de foi et de la comédie qu'il joue pour soutenir la foi des autres: "Il était la règle, il n'avait plus que le geste du prêtre, sans l'âme immortelle, tel qu'un sépulcre vide où ne restait pas même la cendre de l'espoir [...]". Sa vie sera cependant bouleversée par la rencontre de son frère Guillaume, qu'il ne fréquentait plus depuis des années et qui baigne dans le milieu anarchiste.

L'étrange créature londonienne fait ses débuts sur le blog!

Paris est légèrement différent des deux autres volets des Trois Villes, car il ne tourne pas autour de la religion (en tant que système de croyance ou que système politique). C'est, au contraire, le passage à autre chose: une nouvelle vie pour Pierre et un nouveau monde guidé par la science et par Paris, ville moderne, pour l'humanité. On sent venir les Quatre Évangiles (Fécondité, Travail, Vérité et Justice) (que j'espère recevoir bientôt en cadeau car ils n'existent que dans des éditions très chères) (message subliminal!).

On y retrouve en revanche un des thèmes les plus chers à Zola: l'inégalité sociale. Comme c'est souvent le cas, on passe des salons bourgeois tendus de velours et regorgeant de mets délicieux aux chambres nues et sordides, où l'ouvrier et sa famille meurent littéralement de faim dès que le père de famille ne peut plus travailler.

Ce thème en amène un autre, l'anarchie. Le sens d'injustice de la classe ouvrière, qui se sent bafouée et exploitée, est tel que certains se tournent vers l'anarchie pour tout faire sauter, pour faire crouler la vieille société pourrie et construire une société basée sur la justice et non pas sur la charité. Le principe de la charité chrétienne, symbolisé par l'abbé Rose, un prêtre généreux et naïf (mais presque héroïque dans sa naïveté, je dois dire que je l'aime beaucoup) en prend d'ailleurs dans la figure tout au long du roman.

Le milieu anarchiste est avant tout symbolisé par Salvat, un miséreux qui pose une bombe à l'entrée d'un hôtel particulier et qui finira guillotiné. Les réflexions sur le recours à la violence, que Zola condamne, sont d'ailleurs encore d'actualité à notre époque (même si je ne mettrais pas dans le même seau les anarchistes et Al-Qaïda), et Guillaume Froment, qui a mis au point un explosif extrêmement puissant, tient des réflexions rappelant (ou pré-annonçant) étonnamment la Guerre froide.

Il est vraiment dommage que les Trois Villes ne soient pas passées à la postérité, car ces trois romans sont vraiment à la hauteur des livres de Zola les plus connus. Ils sont d'ailleurs plus intéressants que certains tomes des Rougon-Macquart un peu plus faibles (comme Une Page d'amour par exemple). Pas qu'il existe des livres de Zola faibles, soyons clairs, vu que Zola est le meilleur, mais certains sont moins exceptionnels que d'autres. Les Trois Villes valent vraiment le détour si vous voulez découvrir un Zola un peu plus confidentiel que celui de Germinal et La Bête humaine.

Émile Zola, Paris
Éd. Folio Classique, 704 pages, 11,50€.

mardi 17 juillet 2012

Top Ten Tuesday (10)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.


Le thème de cette semaine:
Les 10 passages de livres que vous n'oublierez jamais

1/ La charge des Rohirrim lors de leur arrivée à Minas Tirith, dans les derniers paragraphe du cinquième chapitre de Le Retour du Roi de Tolkien. Un des moment les plus intenses de ma vie de lectrice! "Ride now, ride now! Ride to Gondor!"

2/ La mort de Bataille, le cheval de trait qui a passé sa vie au fond de la mine, lors de la catastrophe finale de Germinal de Zola.

3/ La description du devenir de tous les membres de la famille des Rougon-Macquart dans Le Docteur Pascal de Zola, quand Pascal montre l'arbre généalogique à sa nièce Clotilde. Il y avait des feux d'artifice dans mon crâne quand je l'ai lu.

4/ Le discours de Gmork, notre loup-garou préféré, lors de son face à face avec Atreiju dans L'Histoire sans fin de Michael Ende. Il y expose des idées très tristes et très bien trouvées (de la part de l'auteur) sur la séparation entre le monde des humains et le royaume de Fantasia et sur le devenir des créatures de Fantasia lorsqu'elle se jettent dans le Néant.

5/ Le texte To The Deamon de Clark Ashton Smith, un des plus beaux textes anglais que j'ai jamais lus. "Tell me many tales, O benign maleficient daemon..."

6/ La conclusion de Gatsby le magnifique de Fitzgerald, pour sa tristesse et sa justesse. "Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us."

7/ L'extrait des Nemedian Chronicles cité au début de la nouvelle The Phoenix on the Sword de Robert E. Howard, première apparition de Conan. "Know, O Prince, that between the years when the oceans drank Atlantis and the gleaming cities, and the rise of the Sons of Aryas, there was an Age undreamed of, when shining kingdoms lay spread across the world like blue mantles beneath the stars."

8/ La réponse de la Marquise de Mertueil à l'ultimatum du Vicomte de Valmont (lettre 153 des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos): "Hé bien ! la guerre."

9/ Les premiers paragraphes de la nouvelle The Outsider (Je suis d'ailleurs) de Lovecraft. "I remember not where I was born, save that the castle was infinitely old and infinitely horrible..."

10/ La vision d'Adso à la fin du Nom de la rose d'Umberto Eco, lorsque, en proie à une longue hallucination, il voit arriver Noé qui pagaye sur son arche. :D

lundi 9 juillet 2012

L'Espèce humaine (2)

J'avais gardé un souvenir plutôt nébuleux et mauvais de L’Espèce humaine de Robert Antelme, lu en Terminale en complément de Si c'est un homme de Primo Levi. Je l'ai relu un peu par scrupule, car je doute de plus en plus de mon jugement au fur et à mesure que je m'éloigne d'une lecture, et un peu par désarroi, car --tenez-vous bien--, mercredi soir dernier, JE N'AVAIS PLUS RIEN À LIRE EN FRANÇAIS. Du jamais vu.

En fait, c'est pas mal du tout, dans le genre récit perturbant et répugnant. Pendant la Deuxième guerre mondiale, Robert Antelme a été interné en Allemagne, au camp de Buchenwald puis à Gandersheim. Son récit est donc un récit de camp de concentration. S'il n'est pas à Auschwitz et n'a pas affaire au quotidien avec les fours crématoires, lui et ses compagnons sont néanmoins parqués dans des "logements" sordides, nourris de pain et de soupe et surveillés par les kapos et les SS. La faim s'installe peu à peu, jusqu'à ce que le fait de manger devienne leur seule et unique pensée. Vêtus de loques, ils travaillent à l'extérieur par -20°.


Comme Primo Levi, Antelme a opté pour une écriture très "détachée", très claire, sans florilèges et souvent au présent. J'oserai écrire que cela permet de bien "comprendre" ses pensées et son ressenti, bien que dire une chose pareille soit absurde et que l'auteur lui-même conclut son livre en soulignant l'indicibilité de son expérience.
"Quand le soldat dit cela à haute voix, il y en a qui essaient de lui raconter des choses. Le soldat, d'abord écoute, puis les types ne s'arrêtent plus: ils racontent, ils racontent, et bientôt le soldat n'écoute plus.
Certaines hochent la tête et sourient à peine en regardant le soldat, de sorte que le soldat pourrait croire qu'ils le méprisent un peu. C'est que l'ignorance du soldat apparaît, immense. Et au détenu sa propre expérience se révèle pour la première fois, comme détachée de lui, en bloc. Devant le soldat, il sent déjà surgir en lui, sous cette réserve, le sentiment qu'il est en proie désormais à une sorte de connaissance infinie, intransmissible.
D'autres encore disent avec le soldat et sur le même ton que lui: "Oui, c'est effroyable!" Ceux-ci sont bien plus humbles que ceux qui ne parlent pas. En reprenant l'expression du soldat, ils lui laissent penser qu'il n'y a pas place pour un autre jugement que celui qu'il porte; ils lui laissent croire que lui, soldat, qui vient d'arriver, qui est propre et fort, a bien saisi toute cette réalité, puisque eux-même, détenus, disent en même temps que lui, la même chose, sur le même ton; qu'ils l'approuvent en quelque sorte."
Le nombre de parallèles avec Si c'est un homme est en réalité assez hallucinant: stagnation du temps rythmé par les repas et les taches du jour, disparition totale du calendrier jusqu'aux derniers jours à Dachau (chez Levi, le calendrier réapparaît une fois qu'Auschwitz est évacué et que les malades sont laissés en arrière), étude des caractères et des réactions du côté des prisonniers et des bourreaux, lucidité et "acceptation" des prisonniers de leur condition (je n'entends pas par là qu'ils sont des moutons qui auraient dû réagir, mais qu'ils sont bien conscients du système d'idées qui sous-tend le système du camp), titres qui posent d'emblée la question de l'humanité. Il y aurait probablement de quoi écrire une thèse sur le sujet!

Robert Antelme et ses compagnons ont souffert pratiquement jusqu'au bout de la guerre, car leur camp a été évacué face à l'avancée des Alliés et qu'ils ont été transférés à Dachau dans des conditions particulièrement inhumaines. Ils n'ont été libérés que le 28 avril 1945. (Pour comparer, les Russes ont libéré Auschiwtz à la fin du mois de janvier de la même année.)

Robert Antelme pensait parfois au sourire de M... Je pense bien qu'il s'agit de Marguerite Duras, sa femme. Elle a d'ailleurs raconté l'attente du retour de son mari et l'angoisse de cette époque dans La Douleur.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
L'avant-propos de l'auteur sur le site de Gallimard
La critique du livre chez Art Souilleurs, avec une vidéo intéressante
Un extrait de l'émission "Un livre, un jour" (9 avril 1994) sur le site de l'INA
Le billet de Pierre Assouline sur la pièce de théâtre La Douleur de Marguerite Duras

Éd. Gallimard, collection Tel, 321 pages, 10,50€.

samedi 7 juillet 2012

L'Espèce humaine

Une vision intéressante de la figure de l'interprète au camp de concentration de Gandersheim, en Allemagne.
"Être interprète, c'était évidemment la planque, parce qu'on ne travaillait pas. Mais il y avait deux manières d'êtres interprète. Pour Lucien, ça consistait à traduire les ordres des SS et des kapos, mais en les prenant progressivement à son propre compte. Lucien n'était pas seulement celui qui répétait en langue française ce que les autres disaient en allemand; il était devenu avec habileté l'auxiliaire de langue française de ceux qui commandaient dans la langue allemande. Il ne fut que l'interprète des kapos et des SS, jamais celui des détenus. D'où les gamelles, le trafic, la fraternisation avec Fritz, l'estime du blockführer SS.
Gilbert, à l'usine comme à l'église, fut l'interprète des détenus, c'est-à-dire qu'il ne se servit de la langue allemande que pour tenter de neutraliser les SS, les kapos, les meister. Il fut assez habile d'ailleurs pour régler pas mal de conflits entre nous et les meister et assez courageux pour justifier ou excuser certains camarades devant les SS. Il remplissait son rôle de détenu politique, il prévenait, il couvrait les copains, il leur servait de rempart. Alors, être interprète n'était plus simplement une planque, c'était aussi un risque supplémentaire. Car en agissant ainsi, Gilbert était devenu l'ennemi des kapos."
Robert Antelme
L'Espèce humaine
(chronique à venir)

dimanche 24 juin 2012

Limonov

Limonov de Emmanuel Carrère est une biographie d'Édouard Limonov, un Russe dont je n'avais jamais entendu parler avant qu'on ne me présente ce bouquin en speed-booking il y a quelques mois (question de génération ou une autre de mes lacunes?). Limonov a à peu près tout fait dans sa vie -- enfin, tout fait dans un certain style et un certain domaine. S'il n'est pas du tout recommandable, je dois dire que j'ai adoré le détester et que je n'ai pas pu m'empêcher de l'admirer, car c'est vraiment quelqu'un de hors du commun...


Carrère a opté pour un style qui permet de dévorer le bouquin d'une bouchée (enfin, dans la mesure où 480 pages tiennent en une bouchée), avec humour, recul, ironie, références littéraires en tout genre et parallèles avec sa propre vie. On y croise Tintin, les trois mousquetaires, Jules Verne. Et des mots en russe partout.

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici les deux derniers paragraphes du prologue:

"Limonov, lui, a été voyou en Ukraine; idole de l’underground soviétique; clochard puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan; écrivain à la mode à Paris; soldat perdu dans les Balkans; et maintenant dans l’immense bordel de l’après-communisme, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud: je suspends sur ce point mon jugement. Mais ce que j’ai pensé, simplement après avoir trouvé drôle l’anecdote des lavabos à Saratov, c’est que sa vie romanesque et dangereuse racontait quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Quelque chose, oui, mais quoi? Je commence ce livre pour l’apprendre."

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
Interview de l'auteur à la Foire du Livre de Bruxelles dans l'émission Livrés à domiciles de la RTBF (à partir de la quinzième minute)
L'avis de Grominou

Éditions P.O.L, 20€, prix Renaudot

samedi 23 juin 2012

Bonjour, monsieur Zola

Biographie de Zola publiée en 1954, revue et augmentée en 1978. L'auteur est Armand Lanoux, un écrivain français qui n'est pas - je crois - passé à la postérité (je suis tombée sur ce bouquin tout à fait par hasard en brocante, je n'en avais jamais entendu parler auparavant), bien qu'il ait eu le Goncourt en 1969 pour Quand la mer se retire.


Stylistiquement, j'ai trouvé ce libre assez médiocre. Il a un parti pris rédactionnel assez bizarre, qui consiste à alterner entre les remarques ironiques, les structures qui se veulent (je crois) humoristiques, les passages lyriques et sentimentaux très naïfs et les dialogues imaginaires entre Zola et ses contemporains ou entre Zola... et Lanoux lui-même. Étrange. Parfois, je ne comprenais pas le moins du monde de quoi parlait un paragraphe entier, et qui étaient tous ces gens cités par leur nom sans qu'on nous dise qui ils sont. [Cet aspect en particulier pourrait cependant être lié à mes lacunes personnelles.]

En revanche, c'est une biographie bien documentée et assez complète (620 pages dans cette édition du Livre de Poche) et elle permet de bien faire le tour de la vie de Zola, de son enfance à Aix jusqu'à sa mort à Paris en 1902. Pas forcément révolutionnaire si on connaît déjà la vie de l'auteur, mais intéressante et instructive. Le découpage en sept parties et leurs titres sont particulièrement bien trouvés:
1. La fontaine sous les platanes
2. L'âge sans nom
3. Histoire naturelle et sociale d'un romancier maigre
4. Zola gras
5. La force de l'âge
6. L'affaire Zola
7. Le rendez-vous avec Lazare

Le livre est toujours disponible à la vente dans une édition de 1993, à 18,60€ chez Grasset (certainement à commander, ça m'étonnerait qu'on le trouve en librairie ^^), et Amazon le propose même au format électronique. Armand Lanoux l'a également adapté pour la télévision dans Zola ou la Conscience humaine, une série de quatre épisodes diffusée sur Antenne 2 en 1978 et concernant l'affaire Dreyfus (pas de DVD, par contre).

Pour le fun: vidéo d'un bout d'interview de l'auteur sur Antenne 2.

mardi 19 juin 2012

Top Ten Tuesday (9)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.


Le thème de cette semaine:
Les 10 livres que vous aimeriez lire cet été

En d'autres termes, la pile à lire des mois de juillet et d'août.

1/ Paris de Zola (juillet).

2/ J'accuse et autres textes de Zola (août).

3/ The Return of Sherlock Holmes d'Arthur Conan Doyle (juillet).

4/ The Reminiscences of Sherlock Holmes d'Arthur Conan Doyle (août).

5/ Les talons hauts rapprochent les filles du ciel d'Olivier Gay.

6/ Les Contes de la bécasse de Maupassant.

7/ La Zone du Dehors d'Alain Damasio.

8/ Cartas de un asesino insignificante de José Carlos Somoza (juillet).

9/ Blood and Gold d'Anne Rice (juillet) (si je lis Merrick en juin).

10/ Blackwood Farm d'Anne Rice (août) (si je lis Merrick et Blood and Gold en temps et en heure).

Rien de très original, étant donné que je procède souvent par mois (un Zola, un livre en espagnol, un Rice par mois...). Comme toujours, qu'est-ce qui cloche dans cette liste? Il n'y a pas d'italien....... Mais maintenant qu'elle est sur le blog, il est assez probable que j'en vienne à bout efficacement! :)

lundi 18 juin 2012

Rome (1896)

Le mois dernier, nous avons accompagné l'abbé Pierre Froment à Lourdes. Nous le retrouvons maintenant à Rome, où il se rend dans l'espoir d'obtenir une audience avec le pape Léon XIII et de défendre son livre, La Rome nouvelle, qui risque d'être mis à l'Index. Logé chez le cardinal Boccanera, qui refuse formellement de lui apporter son aide, l'abbé Froment va s'adresser pendant trois mois à de nombreux prêtres, confesseurs et cardinaux, qui lui feront faire le tour des réseaux d'influence du Vatican.

L'identification de Zola à son personnage principal est particulièrement flagrante dans ce roman, puisque Zola aussi s'est rendu à Rome après que Lourdes ait été mis à l'Index en 1895. (Il n'a par contre pas été reçu au Vatican.)


Rome est le plus gros livre de Zola que j'aie jamais lu, puisqu'il atteint les 840 pages en poche, et il déborde de thèmes intéressants.

C'est avant tout "le défile des évêques" et l'exploration du Vatican et de la Rome religieuse, le monde noir, tout un système destiné à préserver le dogme et le pouvoir temporel des papes. Zola trace un parallèle saisissant entre l'envie de domination d'Auguste et des empereurs romains et celle des papes.

"Seul, Auguste avait réalisé l'empire du monde, à la fois empereur et grand pontife, maître des corps et des âmes. De là, l'éternel rêve des papes, désespérés de ne détenir que le spirituel, s'obstinant à ne rien céder du temporel, dans l'espoir séculaire, jamais abandonné, que le rêve, se réalisant encore, fera du Vatican un autre Palatin, d'où ils régneront, en despotes absolus, sur les nations conquises." (chap. V)

C'est un monde ancien et immobile, où les éléments romantiques et historiques traditionnels sont encore bien présents, comme le poison des Borgias...

Peu à peu, l'abbé Froment découvre aussi le monde blanc, la nouvelle bourgeoisie liée à l'unité italienne accomplie dans les années 1860. Les Savoie sont devenus rois d'Italie, Rome est devenue leur capitale (une appropriation à laquelle le pape a répondu en s'enfermant au Vatican, dont il n'est pas sorti depuis 18 ans) et l'ancienne aristocratie romaine a perdu de sa richesse et de son influence. L'abbé rencontre un héros de l'unité italienne et constate que le monde noir et le monde blanc, de plus en plus et malgré l'intransigeance du pape, forment un monde gris duquel naîtra l'Italie de demain (raison pour laquelle cette chronique sera aussi rangée dans la catégorie "Livres d'Italie" de ce blog).

Un livre de Zola ne serait pas un livre de Zola sans de longues descriptions des lieux où se passe l'intrigue. Cette Rome en plein changement, où s'affrontent non seulement les mondes noir et blanc mais aussi l'industrie du Nord et la paresse du Sud qui veut jouir de tout tout de suite (Zola ne fait pas dans la dentelle en ce qui concerne le grand cliché des Méridionaux fainéants), n'a pas connu l'augmentation de population et le décollage économique prévus: des quartiers neufs entiers, construits pour faire face à l'afflux de population, sont tombés aux mains des miséreux. Ces sortes de bidonvilles permettent à Zola de revenir sur un de ses thèmes préférés, l'opposition entre richesse et misère. L'abbé Froment retrouve à Rome les mêmes conditions de vie répugnantes et inacceptables qu'il avait vues à Paris (attention, le livre démarre avec des passages assez durs...).

Bref, encore un Zola assez classique, dans le sens qu'il ne rompt pas avec le reste de l’œuvre du monsieur. On aime ou on aime pas. Je préciserai cependant que j'y ai trouvé une intensité dramatique particulièrement efficace, notamment en ce qui concerne le cheminement d'un petit panier de figues à cause duquel j'ai beaucoup retenu mon souffle...

Émile Zola, Rome.
Éd. Folio classique, 975 pages, 12€.

mercredi 13 juin 2012

The Tower of the Elephant (1933)

"His gods were simple and understandable; Crom was their chief, and he lived on a great mountain, whence he sent forth dooms and death. It was useless to call on Crom, because he was a gloomy, savage god, and he hated weaklings. But he gave a man courage at birth, and the will and might to kill his enemies, which, in the Cimmerian's mind, was all any god should be expected to do."

Robert E. Howard
The Tower of the Elephant

mardi 12 juin 2012

The Complete Chronicles of Conan

La splendide édition des Complete Chronicles of Conan de Robert Ervin Howard, publiée par Orion Books en 2006, regroupe l'intégrale des textes écrits par Howard au sujet de Conan le Cimmérien: 17 nouvelles publiées dans Weird Tales entre 1932 et 1936, quatre nouvelles publiées à titre posthume, quatre nouvelles inachevées, une nouvelle ne mettant pas en scène Conan directement, un essai et un poème. Les illustrations (très jolies mais peu nombreuses) sont de Les Edwards.


J'ai récemment dit à des amies que Conan représentait pour moi une lecture "légère", comme peut l'être L'Acro du shopping pour certain(e)s. Il faut en effet reconnaître que les scénarios ne brillent pas par leur diversité: d'une manière générale, Conan entre en scène, Conan décapite le méchant, Conan sauve la fille entièrement à demi-nue qui se pâme d'émotion dans ses bras, Conan s'en va.

Mais cette remarque était bien réductrice, car les textes de Conan vont en réalité beaucoup plus loin que cela: c'est de la fantasy de type sword & sorcery au sommet de son art, avec un héros charismatique et un monde entier qui se dévoile peu à peu devant nos yeux. Conan nous emmène toujours dans des contrées exotiques et mystérieuses, pleines de jungles inexplorées, de villes oubliées, de déserts infinis, de peuplades primitives, d'êtres redoutables, de dieux assoiffés de sang, de temples en ruines et de joyaux maudits. De Poitan à Zamboula, de Kush à Zingara, du royaume d'Aquilonia aux territoires sauvages des Pictes, il traverse l'Âge hyborien l'épée au poing, affronte toute sorte d'adversaires et vit toute sorte d'aventures. Conan a été voleur, corsaire, mercenaire, général et enfin roi...

"Hither came Conan, the Cimmerian, black-haired, sullen-eyed, sword in hand, a thief, a reaver, a slayer, with gigantic melancholies and gigantic mirth, to tread the jeweled thrones of the Earth under his sandalled feet." (The Phoenix on the Sword)

Howard a créé bien d'autres personnages (je vous ai déjà parlé très brièvement de Solomon Kane ici), mais c'est Conan qui a le plus marqué les esprits et qui était le préféré des lecteurs de Weird Tales. Rappelons au passage que Weird Tales était l'un des nombreux pulp qui ont vu le jour aux États-Unis pendant les années vingt. Imprimés sur du papier de mauvaise qualité, ces magazines étaient vendus pour quelques dizaines de centimes et regroupaient des nouvelles de fantasy et/ou de science-fiction. Weird Tales a notamment publié Lovecraft et Clark Ashton Smith, mes deux autres auteurs préférés... ♥

En plus de son imagination débordante, j'admire beaucoup Howard pour sa plume, que je trouve très bonne d'une manière générale et absolument exceptionnelle lorsqu'il s'agit de rédiger des vers. Cet extrait de The Pool of the Black One reste une des plus belles choses que j'ai jamais lues en anglais:

"Into the west, unknown of man,
Ships have sailed since the world began.
Read, if you dare, what Skelos wrote,
With dead hands fumbling his silken coat;
And follow the ships through the wind-blown track--
Follow the ships that come not back."

Il est étonnant de penser que Howard n'a pratiquement jamais quitté son Texas natal mais a néanmoins su donner vie à un monde aussi varié et complet. Qui sait jusqu'où il nous aurait emmenés s'il ne s'était pas tiré une balle dans la tête en 1936, à l'âge de trente ans...? (L'année suivante, Lovecraft décédait à son tour, et je ne peux m'empêcher de penser que leurs morts respectives ont marqué la fin d'une époque; si Clark Ashton Smith n'est mort qu'en 1961, il a pratiquement cessé d'écrire après la mort de ses deux correspondants, et l'âge d'or de Weird Tales était révolu.)

Attention! Mieux vaut prendre la version à couverture rigide (hardback),
sinon la reliure résiste mal à la lecture des 925 pages
(ici, après deux lectures de la première moitié et une lecture complète).

Le personnage de Conan a été largement popularisé par les comics de Marvel et les films des années quatre-vingt et de nombreux écrivains (dont Robert Jordan, célébrissime auteur de La Roue du Temps) ont ressuscité le personnage dans des pastiches. Mais Howard vaut vraiment le détour (à quand une édition intégrale en français?). Parole de Lovecraft: "His loss at the age of thirty is a tragedy of the first magnitude, and a blow from which fantasy fiction will not soon recover."

(Il faut dire que Lovecraft ne savait pas que, l'année suivante, un professeur d'Oxford allait publier un court roman intitulé... The Hobbit.)

dimanche 10 juin 2012

La Putain respectueuse / Morts sans sépulture

Jusqu'ici, ma seule rencontre avec Jean-Paul Sartre avait été très décevante. Les Mots n'est en effet pas du tout un livre sur les livres, comme le laisse entendre l'extrait proposé en quatrième de couverture de l'édition de poche de Folio. C'est donc uniquement parce que j'ai trouvé La Putain respectueuse à 25 centimes en brocante que je l'ai acheté.

Cette très vieille édition du Livre de Poche (mon exemplaire a été imprimé en 1970) regroupe deux pièces de théâtre: La Putain respectueuse et Morts sans sépulture. J'ai beaucoup beaucoup aimé ces deux récits, qui m'ont fortement rappelé Antigone de Anouilh (jusqu'ici, la seule pièce de théâtre m'ayant jamais marquée).

La Putain respectueuse (1946)

Lizzie, une prostituée, reçoit la visite de quelques agents de police bien décidés à lui faire signer un témoignage accusant un Noir de l'avoir agressée dans le train. Mais Lizzie veut s'en tenir à la vérité: c'est un Blanc qui l'a attaquée, et deux Noirs présents dans son compartiment l'ont défendue. L'un a été tué et l'autre a pris la fuite. Dans une société où le nègre ne vaut rien et où le Blanc ne peut jamais avoir tort, Lizzie pourra-t-elle résister aux pressions exercées par la police et les autorités?

"Quand des blancs qui ne se connaissent pas se mettent à parler entre eux, il y a un nègre qui va mourir."

Morts sans sépulture (1941)

Enfermés dans un grenier, des résistants attendent d'être interrogés par des miliciens. Ils savent qu'ils seront maltraités et torturés et qu'on essaiera de leur faire avouer où se cache leur chef. Chacun d'entre eux s'interroge sur sa capacité à affronter la douleur et se demande s'il "avalera le morceau" et devra ensuite vivre avec la honte de sa lâcheté. Un par un, ils sont emmenés à l'étage d'en-dessous.

Cette pièce est celle qui m'a le plus rappelé Antigone, puisqu'elle aborde les mêmes sujets: peur et acceptation de la mort, envie de vivre, fossé entre ceux qui vont vivre et ceux qui vont mourir, place de l'orgueil dans l'héroïsme. Jusqu'où est-on prêt à aller pour une cause ou pour tenir tête à son bourreau? Le sacrifice a-t-il réellement un sens? Une réflexion que j'ai trouvée particulièrement intéressante après l'"hommage" que j'ai rendu hier à mes héros avoir regardé Mémoires de nos pères.

samedi 9 juin 2012

À propos des héros

"Maybe there's no such thing as heroes. Maybe there are just people like my dad. I finally came to understand why they were so uncomfortable being called heroes. Heroes are something we create, something we need. It's a way for us to understand what's almost incomprehensible, how people could sacrifice so much for us..."

Ces mots forment la conclusion du film Mémoires de nos pères de Clint Eastwood. J'ai été très émue par la manière posée et pudique dont ce film traite de la guerre, de la manière dont les survivants gèrent le regard des civils et de bien d'autres thèmes. Mais cette remarque finale m'a notamment ramenée à une réflexion sur les héros que j'ai entamée (dans ma tête) lorsque j'ai vu Les trois royaumes au cinéma il y a trois ans. Moi qui ne crois en rien, ni au divin ni à une quelconque forme de sacré (la patrie, la famille...), qui ai toujours été complètement insensible à l'héroïsation des militaires dans le monde réel et qui méprise même un peu les gens qui chantent l'hymne national de leur pays les larmes aux yeux, je m'attache depuis toujours avec fanatisme et un véritable amour à des héros issus de mondes imaginaires...

Mes héros s'appellent Aragorn, Druss, Spirit, Atreju, Draco. Mes héros sauvent le monde et défendent des forteresses. Mes héros vont jusqu'au bout pour retrouver leur liberté perdue ou sauver ceux qu'ils aiment. Mes héros font face, même quand ils n'ont aucune chance, parce qu'ils savent que c'est la seule chose à faire. Mes héros se font couper en morceaux sur place plutôt que de céder un pouce de terrain.

Mes héros s'appellent Optimus Prime.

Mes héros vont jusqu'au bout même quand la police leur demande poliment de ne pas s'occuper de l'enquête en cours. Mes héros entreprennent des taches impossibles pour respecter leurs promesses. Mes héros ne connaissent pas la peur. Ou bien mes héros connaissent la peur et même la terreur, mais ils la regardent en face et ne prennent pas la fuite.

Mes héros s'appellent Jessica Fletcher, Zorbas, Guillaume de Baskerville et Daniel Jackson.

Mes héros s'appellent Conan et Diego Alatriste y Tenorio.

Mes héros s'appellent Buffy Summers.

Et c'est grâce à eux que, pendant quelques minutes ou quelques heures, j'ai envie de faire face, j'ai envie d'être plus forte. Et je me demande, comme Kiss, ce que serait un monde sans héros...

vendredi 8 juin 2012

Les liaisons dangereuses (1988)

Étant une inconditionnelle des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos (certainement le livre que j'ai lu le plus de fois dans ma vie), il était temps que je me penche sur l'adaptation réalisée en 1988 par Stephen Frears, avec Glenn Close dans le rôle de la marquise de Merteuil, John Malkovich dans le rôle de Valmont, Michelle Pfeiffer dans le rôle de la présidente de Tourvel, Uma Thurman dans le rôle de Cécile de Volanges et Keanu Reeves dans le rôle du chevalier Danceny.

C'est vraiment une très bonne adaptation, hyper fidèle à l'original (scénario et esprit, ce qui est plutôt rare dans les adaptations américaines d’œuvres européennes -- voir la récente adaptation des Trois Mousquetaires, que j'ai adorée de par sa nature de nanar assumé mais qui est, comme me l'a fait remarquer une amie, "loin de Dumas").

Mise en scène savante, avec des décors somptueux et soignés et un usage des miroirs qu'il faudrait étudier plus à fond tellement cet objet est omniprésent. Tension dramatique montante très réussie, à tel point que j'ai retenu mon souffle à la fin alors que je connais l'histoire par cœur. Acteurs excellents, touchants ou flippants selon leurs rôles respectifs. Michelle Pfeiffer joue divinement bien la jeune femme spontanée, Glenn Close joue exceptionnellement bien le serpent et John Malkovich joue effrayablement bien le prédateur.

Valmont et Merteuil.

C'est là que se situe selon moi le seul point faible du film: Valmont et Merteuil sont trop flippants. Comment peuvent-ils tromper leur monde en ayant l'air aussi méchants? Si le lecteur (et donc le spectateur) sait d'emblée ce qu'ils manigancent et n'est donc pas trompé, ils doivent tromper du matin au soir tout leur entourage en apparaissant gentils et inoffensifs. Or, ici, ce n'est pas du tout le cas, ils regardent tout le monde avec des regards de tueurs... Et je trouve qu'ils manquent un peu de séduction. Le livre ne fournit aucune description des personnages, mais j'ai toujours accordé une grande beauté physique, que je n'ai pas retrouvée ici, à ces deux-là.

Valmont, Cécile et la présidente de Tourvel
pendant de super vacances à la campagne.

 
Danceny, transi d'amour...

Cette critique est néanmoins secondaire et Madame de Mertueil n'en reste pas moins un de mes Génies du Mal préférés. Glenn Close est totalement à la hauteur du rôle, et le plan sur son visage lorsqu'elle s'exprime "War!" est inoubliable ("Hé bien ! la guerre." écrit-elle au crayon sur une lettre de Valmont).

Noter que ce film a aussi le mérite de garder le double aspect épistolaire de l'original: comme nous l'avait fait remarquer ma prof de français de l'époque (personnage fort peu pédagogue mais qui a assuré le seul véritable encadrement littéraire dont j'ai bénéficié au cours de ma vie, que je regrette désormais avec amertume), les lettres ne forment pas seulement le support de l'intrigue, elles en sont le moteur. Sans billets entre les personnages, point d'avancement dans l'histoire, point de déplacements, point d'interventions maternelles, point de ruptures. Stephen Frears a tellement bien compris l'importance des lettres que le titre du film apparaît dans un billet ouvert par une main de femme...


Noter aussi qu'il est amusant de regarder le film en version originale anglaise lorsqu'on connaît bien le livre en français, car cela permet de découvrir la traduction anglaise de certains passages du livre. Ainsi, le célébrissime "Ce n'est pas ma faute" est devenu "It is beyond my control"... que je trouve peut-être encore plus mesquin que l'original, si cela est possible.

Noter enfin que Stephen Frears apporte la même réponse que moi (et Merteuil!) à la question centrale des Liaisons dangereuses: Valmont est-il oui ou non amoureux de la présidente de Tourvel? À vous de vous faire votre opinion sur le sujet...

mardi 5 juin 2012

Mon grain de sable (1946)

Un petit mot rapide sur Mon grain de sable (Il mio granello di sabbia) de Luciano Bolis, un livre italien très court (90 pages à peine dans l'édition Einaudi que j'ai entre les mains).

J'ai quelques retenues du point de vue stylistique, car je n'ai pas trop apprécié comment écrit cette personne (il fait preuve d'un détachement étrange et même d'un vague humour déplacé). Mais c'est une lecture assez saisissante, puisqu'il s'agit du récit autobiographique de son arrestation par les brigades fascistes à Gênes (ma ville!) en février 1945. Luciano Bolis faisait partie de la Résistance -- il était partisan -- et il a été torturé afin d'en soutirer des informations. Pourvu de ne pas céder à la douleur et de ne pas trahir ses compagnons, il s'est ouvert les poignets et la gorge tout seul à la lame de rasoir, en rouvrant les plaies à la main quand le sang ne coulait plus et que la lame était perdue quelque part dans sa gorge. Âmes sensibles s'abstenir: ce passage est franchement perturbant! Mais on ne peut qu'admirer la volonté et le courage de cet homme.

Suite à un double miracle (il n'est pas mort malgré ses blessures et les partisans ont pu le faire évader de son hôpital), il s'en est sorti et a vécu jusqu'en 1993. Il a d'ailleurs épousé l'infirmière grâce à laquelle il a pu reprendre contact avec les partisans malgré la surveillance des chemises noires, qui étaient bien décidées à le faire parler dès qu'il serait suffisamment guéri.

D'une manière plus générale, ce récit fait aussi réfléchir sur les plus bas instincts humains, à qui le régime fasciste (et tous les régimes reposant sur la force brute et la terreur) avait donné carte blanche...

Mon grain de sable est disponible en France chez 10/18, dans la traduction de Monique Baccelli.

jeudi 31 mai 2012

Lourdes (1894)

Après avoir bouclé la saga des Rougon-Macquart, Zola s'est attaqué aux Trois Villes: Lourdes, Rome, Paris. Malgré son succès initial, cette série n'est pas autant passée à la postérité que les aventures de la famille dysfonctionnelle dont nous avons tous lu au moins un tome -- d'ailleurs cette trilogie n'est disponible en poche que chez Folio --, mais mon parcours zolien sera exhaustif ou ne sera pas, et j'ai donc lu Lourdes comme Zola du mois de mai. (À chaque mois son Zola.)

L'histoire: Pierre Froment, un jeune prêtre ayant perdu la foi, accompagne une amie malade en pèlerinage à Lourdes.

Le livre est divisé en cinq parties, une pour chacun des jours que Pierre consacrera au pèlerinage, et commence et se termine dans le train réservé aux grands malades et aux infirmes. Comme toujours, Zola s'est documenté à fond sur son sujet et c'est l'occasion de visiter Lourdes, d'en apprendre plus sur Bernadette et de découvrir comment le grand pèlerinage du mois d'août est géré (accueil des malades, stratégies commerciales de la ville, étude des cas de guérison). Mais c'est surtout une étude du désarroi qui traverse l'esprit d'un prêtre qui ne croit plus en son dieu et qui observe en silence une sorte de mouvement collectif exalté dont il ne peut faire partie. Bernadette lui apparaît comme une hystérique hallucinée et la foi brûlante des cadavres ambulants qui envahissent la ville est la consolation des désespérés, qui ont absolument besoin de croire qu'ils seront guéris tôt ou tard (si la Vierge les laisse repartir sans les sauver cette année, c'est qu'elle les sauvera une autre fois). Le fossé infranchissable entre la foi et la non-foi est aussi abordé.

Lourdes est un Zola assez classique. Je m'attendais à ce que ce livre traite de la foi aveugle et extatique qui fait tomber les foules à genoux, les yeux brillants (une manifestation qui est longuement traitée dans La Conquête de Plassans après que l'abbé Faujas ait pris l'ascendant sur Marthe Mouret [la maman d'Octave, patron du Bonheur des Dames, soit dit en passant]), et j'avais bien deviné.

Par ailleurs, l'action est très limitée, l'essentiel du livre étant composé de descriptions (des maladies, des plaies et des malformations, de la ville, du comportement de la foule, de la vie de Bernadette). Le thème de la fécondité est très présent (ce qui m'a surprise, car Zola avait déjà eu ses enfants au moment de l'écriture de Lourdes et j'aurais donc pensé qu'il serait moins obsédé par la notion de paternité). On aime ou on aime pas. Moi, j'ai évidemment barboté dans mon petit nuage intellectuel et stylistique personnel de pur bonheur pendant tout le livre, qui a (encore!) renforcé l'adoration que je porte à cet auteur. Mention spéciale à la description de la douleur (morale) de Mme Vincent: je n'ai pas fait la maline en lisant les passages la concernant, d'autant plus qu'on se doute de suite qu'elle a peu de chances d'obtenir ce qu'elle demande à la Vierge.

Lourdes a été mis à l'Index par l'Église catholique trois mois après sa publication. J'imagine l'enthousiasme qui a régné au Vatican quand il s'est avéré que la suite des aventures de Pierre Froment s'appelait... Rome. ^^ (Mon Zola du mois de juin, soit également dit en passant.)

Émile Zola, Lourdes.
Éd. Folio classique, 640 pages, 11,50€.

samedi 26 mai 2012

Tamango

"Le capitaine, pour ratifier le traité, frappa dans la main du Noir plus qu'à moitié ivre, et aussitôt les esclaves furent remis aux matelots français, qui se hâtèrent de leur ôter leurs fourches de bois pour leur donner des carcans et des menottes en fer; ce qui montre bien la supériorité de la civilisation européenne."

Prosper Mérimée
Tamango

C'est bien la première fois que Mérimée réussit à me faire rire. :)

lundi 21 mai 2012

Considérations bouquinesques florentines

À chaque fois que je rentre à Florence, je suis étonnée de constater avec quelle facilité on trouve des livres en langue étrangère dans cette ville. N'importe quelle librairie propose au moins un petit rayon en anglais, français, espagnol et allemand. Et les rayons en italien proposent bien plus de livres traduits du français qu'il ne sort de livres italiens en France... De quoi contredire le cliché selon lequel les Italiens ne connaissent pas d'autre langue que la leur et ne sont pas ouverts sur le monde.

Maintenant que The Book Depository livre gratuitement dans le monde entier et que je hante Gibert à la recherche de livres d'occasion dans mes langues de lecture, il n'est plus tellement intéressant pour moi d'acheter mes livres dans les libraires florentines; mais je vais toujours y flâner quelques temps pour voir ce qu'il se trame dans le monde de l'édition italienne.

 Ha! Il est là-bas aussi, lui.

 Ha! Lui aussi... En masse, qui plus est.

La suite de L'Ombre du Vent et du Jeu de l'ange est déjà sortie.

Noter la catégorie dans laquelle est classée cette Fille de papier.

Surprise surprise! Je ne m'y attendais pas du tout à celui-là. C'est cool.

mercredi 9 mai 2012

La Liseuse

Cette toute première lecture effectuée pour le comité de lecture nouveau-né de ma médiathèque adorée a été un vrai succès! La Liseuse de Paul Fournel est un petit voyage rafraîchissant dans le monde très germano-pratin de l'édition. Le narrateur, un éditeur "à l'ancienne", décrit son travail de manière désenchantée et pourtant avec beaucoup d'optimisme. Lorsqu'une jeune stagiaire lui amène la tablette électronique fournie par la maison pour qu'il lise les manuscrits qui lui incombent pendant le week-end sans s'encombrer d'un gros sac bien lourd, il rencontre un nouveau monde: d'une part, l'univers de la liseuse, qu'il explore avec perplexité; et d'autre part, l'univers des stagiaires de la maison d'édition, qui débordent d'idées neuves et à qui il décide de faire confiance.

L'adjectif qui me vient en tête à propos de ce livre est adorable. C'est touchant, c'est émouvant, c'est réconfortant aussi, c'est frais, c'est optimiste, c'est amusant!

Si vous voulez en savoir plus: l'avis de Cachou et celui de Pierre Assouline (remarquez combien il est classe de citer ce dernier monsieur comme si je le connaissais, alors que je n'ai aucunement cet honneur, étant donné que j'ai loupé son passage à la Société française des traducteurs). J'ajouterai le lien vers mon avis sur le blog de ma médiathèque chérie lorsqu'il sera en ligne.

La Liseuse de Paul Fournel, éditions P.O.L., 16€.

Mise à jour du 10 mai: Ma critique sur le blog de la médiathèque.

mardi 8 mai 2012

Top Ten Tuesday (8)

Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français par Iani.


Le thème de cette semaine:
Vos 10 couples préférés dans la littérature

Classement effectué en fonction de l'efficacité de ma mémoire défaillante.

1. Miette et Sylvère dans La Fortune des Rougon de Zola (premier tome des Rougon-Macquart). Deux enfants qui tombent amoureux l'un de l'autre en regardant leurs reflets dans l'eau du puis pris dans le mur séparant leurs deux propriétés.

2. Octave Mouret et Denise Baudu dans Au Bonheur des Dames de Zola.

3. Faramir et Eowyn dans Le Retour du Roi de Tolkien. Le fait que ce couple ait été totalement délaissé au profit d'une absurde prise de tête entre Aragorn et Arwen (au sujet de laquelle Tolkien se retourne certainement dans sa tombe) est un des éléments qui me désolent dans la trilogie de Peter Jackson.

4. Antigone et Hémon dans Antigone de Jean Anouilh. Pour leur amour innocent et complètement lucide et adulte à la fois.

5. Le Comte d'Athol et Véra dans la nouvelle Véra de Villiers de l'Isle-Adam. L'amour plus fort que la mort, toussa...

6. Pétrone et Eunice dans Quo Vadis? de Henryk Sienkiewicz. Le courtisan cynique et l'esclave amoureuse.

7. Armand et Daniel Molloy dans La Reine des Damnés d'Anne Rice. Parce que mon cœur a loupé un battement à chaque fois que j'ai lu ce livre, lorsque Daniel se retrouve soudain dans la voiture d'Armand, qui l'a pourchassé d'un coin de la planète à l'autre.

8. Pandora et Marius dans différents livres d'Anne Rice. Parce que c'est le couple balaise et bagarreur et qu'il évolue sous l'Empire romain, une époque que j'aime beaucoup.

9. Madame de Merteuil et le Vicomte de Valmont dans Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. "Dans le temps où nous nous aimions, car je crois que c'était de l'amour, j'étais heureuse; et vous, Vicomte?..." (Lettre 131).

10. Marius et Armand dans différents livres d'Anne Rice. Je triche un peu en citant deux fois ces personnages... mais je les aime à la folie, comme pratiquement tous les vampires de cette grande écrivain!