C'est l'histoire de Vassia, fille d'un seigneur du Nord de la Rus' et d'une femme mystérieuse, à la beauté d'un autre monde. Elle grandit en écoutant les contes de sa vieille nourrice, Dounia. Sauf que Vassia ne se contente pas d'écouter les histoires; elle voit les vieux gardiens du foyer, les personnages magiques qui se cachent dans la maison, l'écurie, les bois et les étangs. Elle aperçoit aussi, un jour, un homme borgne sous un chêne qui n'existe pas...
Dans ce premier tome, Katherine Arden s'inspire de contes traditionnels pour raconter une jolie histoire située dans la campagne russe des années 1300 et quelques, d'après mes calculs. La quatrième de couverture insiste sur l'arrivée du christianisme dans les campagnes et l'éradication des croyances populaires via la figure de la belle-mère de Vassia, mais le roman ne parle pas tant de ça – ou plutôt, il y a certes une érosion des croyances païennes et une figure de prêtre extrémiste (personnage que j'ai eu envie d'étrangler, évidemment), mais ce n'est pas une opposition primaire et simpliste. Vassia, d'ailleurs, a beau être la seule à voir les créatures traditionnelles, elle se considère comme chrétienne. Les autres villageois se tournent de plus en plus vers le monothéisme sous l'influence du prêtre, mais il faut dire qu'ils ne voient aucun esprit, eux...
L'histoire se déroule doucement, au rythme des saisons et surtout des hivers terribles. L'autrice montre une belle ambiance familiale, malgré la figure négative de la belle-mère (mais elle aussi suffisamment fine pour qu'on n'ait pas affaire à une simple bigote horripilante), tout en ne cachant pas la dureté de la vie, notamment pour les femmes. Leur voie est toute tracée: c'est soit le mariage, soit le couvent. Pendant ce temps-là, les esprits de la maison faiblissent et une ombre rôde et s'agite dans les bois...
J'ai dévoré ce roman avec grand plaisir. Il n'est pas parfait – j'ai trouvé que certaines fins de chapitre ou de paragraphe tombaient un peu à plat et la résolution est un chouïa facile, bien que tragique –, mais je le trouve remarquable pour un premier roman et j'ai adoré plonger dans cet univers empli de magie cachée, où les forces maléfiques sont réellement maléfiques et où même les forces plutôt bénéfiques sont ambiguës et dangereuses. La rédaction est simple et limpide, avec une jolie poésie qui va très bien aux paysages gelés. Félicitations au traducteur, Jacques Collin – car j'ai lu la version française et je n'ai donc pas vraiment lu la prose de Katherine Arden, mais celle de Jacques Collin. Je précise au passage que la couverture est d'Aurélien Police.
Enfin, un argument de taille en faveur de ce roman: il y a plein de chevaux!! Des chevaux avec des noms et des caractères bien différents! Yeah!
Vivement la suite! 🤩
Allez donc voir ailleurs si cet ours y est!
L'avis de Baroona
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