samedi 29 mars 2014

Le corps humain (2012)

Chronique express!


Paolo Giordano a fait ses débuts en littérature en 2008 avec La solitude des nombres premiers, lauréat du prix Strega. J'ai beaucoup aimé ce roman et j'ai donc acheté son deuxième livre sans hésitations lors de mon passage en Italie il y a quelques semaines. Je n'ai pas été tout à fait aussi happée par celui-ci, mais j'y ai retrouvé ce que j'avais "apprécié" dans le premier: en bref, les histoires de personnes brisées par la vie. Les soldats italiens envoyés en mission en Afghanistan de ce Corps humain sont tout aussi tragiques que les "nombres premiers" dont nous avons partagé les malheurs il y a quelques années, et je ne les ai moins aimés, sûrement, que parce que j'ai eu plus de mal à m'identifier à eux et à leur bout de désert pourri. Les thèmes sont les mêmes (la solitude et l'incommunicabilité de la souffrance) et me semblent traités avec la même justesse. Seul véritable bémol, la plume de l'auteur est un peu faible lors des événements violents qui constituent le point de non-retour de l'intrigue, ce qui est quand même dommage vu que le livre repose en grande partie sur ces quelques heures fatidiques. Malgré cela, Le corps humain reste une lecture édifiante... à réserver tout de même à ceux qui ont envie de voir le monde pour l'abomination qu'il est.

(Disponible en France chez Seuil.)

mardi 18 mars 2014

Scottish Ghost Stories (2009)

Chronique express!


Le verdict pour ce recueil de nouvelles de fantômes du XIXème est le même que pour tant d'autres recueils: c'est inégal. J'ai eu du mal à venir à bout de ces 600 et quelques pages écrites en tout petit. J'en retiendrai surtout The Haunted Major de Robert Marshall, une histoire de fantôme tournant autour du golf (!) très très amusante. Les quatre textes de Margaret Oliphant sont également bons, surtout parce que l'auteur manie bien sa plume, et Walter Scott s'en tire très bien. En revanche, grosse déception sur Robert Louis Stevenson et les autres écrivains représentés, qui ne sont probablement pas passés à la postérité pour une bonne raison. J'ai carrément sauté des textes dont la rédaction représentait l'accent écossais des personnages, un procédé que je ne supporte pas pendant plus d'une réplique en général et qui me fatigue énormément quand je lis en anglais. Bon, en même temps, pour quelque chose comme 3£ le volume, c'est plutôt gonflé de se plaindre qu'un livre des éditions Wordsworth est "trop gros"... ^^

Avec ce volume, j'ai enfin fini de lire les livres achetés à Londres il y a bientôt trois ans, ouf! :)

jeudi 13 mars 2014

L'Île d'Arturo (1957)

Chronique express!


Le jeune Arturo a passé toute sa vie sur l'île de Procida, dans le golfe de Naples. Sa mère est morte en le mettant au monde et son père passe le plus clair de son temps sur le continent, dans des voyages qu'Arturo imagine aventureux et merveilleux. Son enfance s'est donc déroulée dans une solitude presque complète, avec la chienne Immacolatella pour seule confidente. Mais l'adolescence et ses déboires arrivent à peu près au même moment que Nunziata, la jeune nouvelle épouse de son père... Roman psychologique (au bon sens du terme) et subtil, L'Île d'Arturo décrit le désarroi d'un adolescent confronté aux soucis de son âge sans personne pour le guider. On a rarement vu un ado plus borné que celui-ci, mais on ne peut s'empêcher de partager son ressenti et sa recherche permanente d'une forme de relation fusionnelle, d'amour "absolu" qui lui donnerait une place et une raison d'être. Au final, il ne se passe pas grand-chose au long de ces trois cent cinquante et quelques pages, mais elles constituent un beau moment de lecture qu'on n'est pas près d'oublier.

Prix Strega 1957.

mardi 11 mars 2014

La Planète des singes: les origines (2011)

Passons enfin au dernier volet (en date) de la grande saga de la Planète des singes, le film de Rupert Wyatt sorti il y a trois ans: Rise of the Planet of the Apes.


Attention spoiler! Je vais raconter l'intrigue en long, en large et en travers...

Un jeune scientifique de San Francisco, Will Rodman, a mis au point un rétrovirus améliorant les capacités cognitives des chimpanzés, le ALZ-112. Les résultats sont impressionnants et il espère en tirer un remède contre la maladie d'Alzheimer, dont est atteint son père. Malheureusement, le jour de la présentation officielle aux autorités de son laboratoire, la chimpanzé avec laquelle il travaille développe un comportement extrêmement agressif, à tel point qu'un agent de sécurité l'abat pour l'empêcher de ravager les locaux. Le laboratoire décide donc d'arrêter immédiatement les recherches sur le ALZ-112 et d'euthanasier tous les chimpanzés ayant servi à ces recherches.

En réalité, l'agressivité de la chimpanzé était dûe au fait qu'elle venait de mettre au monde un petit, caché dans sa cage. Le collègue chargé de piquer tous les singes du laboratoire refusant de tuer aussi le petit, Will Rodman rentre chez lui avec. Pendant trois ans, il va donc vivre avec son père et son chimpanzé, qu'il appelle César et qui fait preuve d'une intelligence vraiment hors du commun, le rétrovirus utilisé sur sa mère semblant s'être transmis à son organisme pendant la gestation. Face à la dégradation de l'état de son père, Will décide même d'utiliser le ALZ-112 sur lui et, miracle, le vieux monsieur retrouve toute sa tête. (En une nuit. Mais passons.)


Malheureusement, à terme, son organisme apprend à lutter contre ce rétrovirus, qui n'a plus d'effet. Le père de Will sombre à nouveau, et, un jour fatidique, il s'attire les foudres du voisin dont il a ruiné la voiture. César intervient pour le défendre et blesse le voisin. Il est immédiatement "interné" par les autorités dans un refuge pour primates. Désespéré par le fait qu'on lui ait retiré son singe et que son père soit de nouveau malade, Will développe un nouveau rétrovirus, le ALZ-113, mais son père meurt après avoir accepté son sort et refusé ce nouveau traitement.

De son côté, César, d'abord traumatisé par son nouvel environnement, prend peu à peu le contrôle des singes du refuge et, après avoir trouvé le moyen d'en sortir et avoir volé du ALZ-113 dans la maison de Will, il asperge ses camarades de ce nouveau produit. Il se retrouve ainsi à la tête d'un assez grand nombre de singes ultra-intelligents.


D'une manière générale, les deux premiers tiers du film sont bien menés et proposent un bon équilibre entre l'aspect sentimental de la relation de Will avec son père et l'apprentissage de César, qui comprend peu à peu qu'il n'est pas vraiment l'égal des humains. Même lorsque les choses accélèrent et que César est prisonnier dans son refuge, le film reste bon (c'est même là que se trouvent les plans les plus spectaculaires). 

Malheureusement, dans le dernier tiers, les choses se dégradent. Car, à partir du moment où César et les autres prisonniers s'évadent du refuge pour primates, on tombe dans le film d'action de mauvaise qualité. Les incohérences se multiplient à un rythme vraiment déroutant: la circulation incompréhensible sur le pont de San Francisco, les singes intelligents qui se multiplient à la sortie du zoo (alors que les singes du zoo devraient être des singes tout à fait normaux), les orang-outans qui sont brusquement des dizaines sortis on ne sait d'où, des gorilles qui se baladent alors qu'il n'y a officiellement qu'un seul gorille dans la bande, des personnages dont la caméra tait la présence alors qu'ils étaient là deux secondes plus tôt... Bref. Une dégringolade navrante.

Ceci étant dit, passons à ce qui m'a vraiment marquée!

1. Les origines est le premier film dans lequel les singes sont réalisés en images de synthèse, ce qui le rend assez époustouflant. Weta Digital, la société qui a réalisé Avatar, et Andy Serkis, qui joue César, ont réussi un travail extrêmement détaillé et réaliste sur César. Les fourrures des singes sont à tomber, mais c'est surtout la variété et la profondeur des expressions du visage qui sont bluffantes. Comme quoi l'ère post-Avatar peut encore réserver de bonnes surprises. :) L'orang-outan du refuge a juste l'air VRAI!


2. Les humains sont présentés de manière plutôt négative car ils représentent nos grands travers: Will est un scientifique prêt à tout pour sauver son père (au mépris des règles de sécurité les plus basiques), le gardien du refuge est un petit merdeux qui s'amuse à faire peur aux singes pour se prouver qu'il est un homme, le patron de Will est complètement aveuglé par l'appât du gain... Seule la petite amie de Will, jouée par Freida Pinto, a vraiment la tête sur les épaules et le sens des réalités. Si on peut critiquer ces personnages comme simplistes, il me semble plutôt qu'ils jouent un rôle symbolique.


3. Les origines propose une explication très différente de celle de la saga d'origine à la prise de pouvoir des singes. Pour rappel, dans les films des années soixante et soixante-dix, nous avons affaire à une boucle temporelle: Zira et Cornélius s'échappent de la planète Terre dans un lointain avenir où celle-ci est dominée par les singes, débarquent au XXème siècle, se font abattre et laissent derrière eux leur petit César, qui, étant génétiquement un singe du futur, est plus intelligent que les singes esclaves du XXème et les aide à se libérer de leurs chaînes (acquises lorsqu'ils ont remplacé les chats et les chiens disparus comme animaux domestiques). On voit bien que c'est un serpent qui se mange la queue (ou un œuf à côté d'une poule): le futur influe le présent et s'auto-crée.

Ici, pas de voyage temporel. Il y a certes un petit clin d’œil à un vaisseau perdu dans l'espace, mais c'est tout. L'explication proposée au soulèvement des singes est purement scientifique (enfin, purement scientifique au sens où l'entend Hollywood, car je suis bien consciente que toute cette histoire de rétrovirus soignant Alzheimer en une nuit est totalement invraisemblable.....): ces singes ultra-intelligents sont le résultat d'expériences scientifiques, d'abord suite aux effets du ALZ-112 sur César dans le ventre de sa mère, ensuite grâce aux effets du ALZ-113 sur tous les singes du refuge.

4. [Un point évident mais qu'il me semble juste de rappeler.] Les temps changent et les peurs collectives aussi. Cette histoire de rétrovirus développé en laboratoire sans trop de règles de sécurité et provoquant finalement la destruction de l'espèce qu'il était censé soigner (puisque le ALZ-113, j'ai oublié de le préciser, rend les singes hyper malins mais tue les êtres humains) est au spectateur des années 2010 ce que le nucléaire était à celui des années soixante. Outre le fait qu'il exclue le voyage dans le temps comme cause du soulèvement des singes, il joue sur ce dont nous soupçonnons l'existence sans bien comprendre de quoi il s'agit. Même si, à mon avis, les gens étaient bien plus flippés par le nucléaire il y a quarante ans que nous ne le sommes maintenant par les scientifiques fous.

5. Le film comporte plusieurs références sympathiques à ses prédécesseurs. J'en ai relevé certaines et Wikipédia m'en a révélées d'autres. La plus émouvante est bien sûr le fait que la mère de César est abattue par balle, comme Zira dans Les Évadés de la planète des singes.

6. La traduction française de ce titre est à mon avis une erreur. Étant donné que le titre anglais (Rise of the Planet of the Apes) respecte la structure de tous les films précédents (Beneath the Planet of the Apes, Battle for the Planet of the Apes etc.) et que cette structure a été respectée dans les titres français correspondants (Le Secret de la planète des singes, La Bataille de la planète des singes etc.), il fallait trouver une solution sur le même modèle, ne serait-ce qu'un banalissime "Les Origines de la planète des singes". Mais PAS "La Planète des singes" + "deux points" + "les origines", DAMNATION.

Conclusion
J'ai plus apprécié ce film en DVD qu'au cinéma, peut-être parce que j'en attendais trop à l'époque et que j'avais donc été déçue par sa relative absence de réflexion. Car il faut dire que ce n'est pas un film incitant tellement le spectateur à penser... Les éléments sont bien là, mais ils ne sont pas suffisamment exploités pour qu'on revienne à la réalité avec les cheveux dressés sur la tête. Il s'agit moins d'un film de divertissement pur comme celui de Tim Burton, mais on n'atteint pas non plus le niveau des vieux films d'un point de vue "intellectuel". En fait je crois que c'est un bon film des années 2010. Pas un chef d'oeuvre, mais néanmoins un film à voir parce qu'il a du bon, et même beaucoup de bon.

Conclusion générale et temporaire sur la saga
J'ai vraiment adoré cette plongée chez les singes, et c'est donc avec plaisir et presque soulagement que j'attends Dawn of the Planet of the Apes (en français La Planète des singes: l'affrontement, ppppfffffffff) (c'est la mode Twilight qui fait encore des dégâts ça?) cet été (et sa suite prévue pour 2016). D'autant plus que la bande-annonce est juste... à tomber.


I need to speak to Ceasar.

PUTAIN.

dimanche 9 mars 2014

UGC Culte: Le Guépard (1963)

Le Guépard est originellement un livre de Giuseppe Tommaso di Lampedusa que j'affectionne beaucoup. Il fait partie de ces lectures qui ont soudain pris tout leur sens et sont devenues inoubliables à cause de leurs tout derniers mots, comme Gatsby. On y suit les événements liés au débarquement de Garibaldi en Sicile en 1860 à travers les yeux d'un prince sicilien dont le blason familial porte, justement, un guépard.

Le film de Luchino Visconti en est une adaptation fidèle et superbe. Avec les paysages de la Sicile aride et miteuse sous les yeux, on n'est que plus époustouflé par ce monde à part, complètement hors du temps. Mais c'est surtout la prestation de Burt Lancaster, qui joue le Guépard, qui m'a bluffée. Cet acteur possède un charisme absolument incroyable et a parfaitement compris son personnage, un "roc" de stabilité qui n'est pourtant à sa place ni dans l'ancien monde qui s'écroule ni dans le nouveau qui se construit sous les Savoie. Un homme résigné et lucide, qui garde une force d'esprit exemplaire mais perd tous ses moyens face à l'âge qui avance.


La scène dans laquelle il refuse un poste au Sénat à Turin, et où il explique à l'envoyé du nouveau gouvernement pourquoi il ne peut quitter sa Sicile natale, est juste parfaite. À travers cette Sicile qui ne peut pas et ne veut pas changer et pour laquelle il est déjà bien trop tard, il parle aussi de l'Italie et, à mes yeux, de l'espèce humaine en général. "Nous étions les guépards, les lions. Ceux qui nous remplaceront seront les chacals, les hyènes. Et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre." Sérieux, mon cœur a loupé un battement.

Malgré des longueurs (plus de trois heures!) et un inévitable vieillissement, ce film est aussi très intéressant à voir pour son contenu politique (la manière dont le changement de régime s'est fait sans se faire et de manière parfois peu orthodoxe) et pour les autres acteurs. Sachez qu'il réunit en effet Claudia Cardinale, Alain Delon et Terence Hill! La crème des années soixante au sommet de sa jeunesse et de sa beauté. Claudia Cardinale, dans le rôle de la jeune et belle Angelica qui apporte sa fortune à la famille noble et pauvre de Tancredi, est simplement à tomber par terre. Elle dégage une sensualité assez déroutante. Alain Delon joue très bien le jeune malin qui a tout compris à la situation. J'ai été un peu déçue par son entrée en scène et sa célébrissime réplique "Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change", mais il s'est bien rattrapé au cours du film et a trouvé le bon ton pour la scène du bal. Terence Hill a un rôle secondaire, mais c'est toujours sympathique de le voir jeune avec ses yeux bleus pétillants.


Un dernier mot sur la scène du bal, qui a une importance primordiale. Elle est certes un peu longue (30 ou 40 minutes, je pense), mais elle est juste superbe. Les robes sont absolument spectaculaires. Je crois que même Scarlett O'Hara (que l'UGC nous propose de retrouver la semaine prochaine) peut aller se rhabiller face à tant de faste!! Et l'évolution massive des rapports entre personnages qui se produit au cours de cette soirée est très bien amenée. Je pense surtout à la pauvre Concetta qui dit à Tancredi qu'il n'aurait pas dit cela, autrefois...

Enfin, la scène de conclusion, si elle n'est pas celle que j'attendais vu que la dernière scène du livre n'a pas été portée à l'écran, est toutefois parfaitement adaptée au ton du film. Si vous ajoutez à cela une restauration très bien réalisée, vous comprendrez que mon enthousiasme cultesque n'en est que redoublé et que je bénis jusqu'à la septième génération la personne qui a eu l'excellente idée de cette initiative à l'UGC!

vendredi 7 mars 2014

Le Lecteur de cadavres (2011)

Chronique express!


Voici le butin d'une semaine de vacances passée à Fuerteventura: un seul et unique livre en espagnol, acheté dans une librairie allemande dont le personnel parlait espagnol moins bien que moi... LOL! =D J'espérais tenir quelque chose d'unique, l'intrigue étant assez originale, mais malheureusement ce bouquin historique s'est révélé très insuffisant de ce point de vue à cause, paradoxalement, de ses excès: trop de malheurs qui s'abattent sur le héros, trop de rebondissements, trop de réactions bêtes... À vouloir trop faire dans le roman d'aventures, Antonio Garrido m'a rapidement fatiguée. Pourtant, le résumé, comme je l'ai dit, était séduisant: l'histoire de Ci Song, un chinois du XIIIème siècle surnommé le lecteur de cadavres car il excellait dans l'étude des dépouilles. Véritable médecin légiste avant l'heure, il a mis en place toute une méthode d'étude pour relever le plus d'indices possibles pour résoudre les morts violentes. Dommage qu'il faille suivre tous ses malheurs et supporter son caractère à la fois naïf et impétueux, et surtout insupportable, pendant plus de cinq cent pages... Car l'étude des corps et la reconstruction de la Chine de 1206, elles, sont plutôt réussies, et avec une meilleure structure ce livre aurait été génial.

Si cette chronique mitigée vous a quand même donné envie de le lire, sachez qu'il arrive bientôt en librairie en français, aux éditions Grasset.

Allez donc voir ailleurs si ce livre y est!
Une interview de l'auteur (en espagnol)

mercredi 5 mars 2014

UGC Culte: La Belle et la Bête (1946)

Chronique express!


Encore une belle découverte dans le cadre de l'UGC Culte: La Belle et la Bête de Cocteau, avec Jean Marais dans le rôle de la Bête et Josette Day dans le rôle de la Belle. Si certaines répliques et certains regards langoureux ont décidément vieilli, c'est un beau film à l'univers très particulier et fascinant, qui exploite à fond le noir à blanc. Cocteau n'a peut-être pas eu le choix sur ce point, vue la rareté des films en couleur pendant les années quarante, mais jamais je n'avais trouvé que le noir et blanc constituait un *plus* technique dans un vieux film! Les costumes sont superbes et participent vraiment à l'atmosphère générale, à mi-chemin entre merveilleux et fantastique. L'étrange est très bien amené et souligne bien le côté à la fois attirant et perturbant de ce qu'on ne comprend pas... À voir si on s'intéresse un tant soit peu au cinéma (ou à Anne Rice, qui ne cache pas que ce film a eu une influence déterminante sur son oeuvre! ^^).


lundi 3 mars 2014

Langue de chats (2012)

Chronique express!


Les éditions Parangon proposent dans ce Langue de chats un recueil de textes concernant le bel animal mystérieux et fascinant qu'est le chat. Un cadeau de Noël absolument merveilleux que j'ai vraiment savouré. Apollinaire, Marcel Aymé, Baudelaire, Colette, Gautier, Maupassant, Zola et d'autres encore: côté auteurs, il n'y a que du lourd! Les extraits se répartissent entre Chats littéraires, Chats familiers, Chats diaboliques et d'autres. La célèbre nouvelle de Poe, Le Chat noir, est présente dans son intégralité (et elle passe toujours aussi bien à la quatrième ou cinquième lecture, ce qui prouve bien à quel point elle est de qualité!), tout comme plusieurs fables de La Fontaine (autre belle redécouverte pleine d'humour et de bon sens). Et tous ces chats sont absolument merveilleux, drôles et inquiétants, et toujours dignes et parfaitement en-sor-ce-lants. Un must-have pour tout amateur de félins.

Textes réunis par Florence Tréabol.
Éditions Parangon, 312 pages, 9,50€

Parenthèse sur les éditions Parangon
J'ai déjà lu un livre de cet éditeur, Les Mystères de Marseille de Zola. Leurs livres sont très agréables à prendre en main: le papier est épais et la reliure est suffisamment souple pour ne porter aucune trace de la première lecture. En plus, le prix est très raisonnable. Par contre, leur site ne met en avant que des livres politiques et/ou économiques militants (du genre La France sous sarkophage ^^) et il est difficile d'avoir un aperçu de leurs autres publications, ce qui ne me permet pas de me prononcer sur la qualité de leur ligne éditoriale...

samedi 1 mars 2014

La Chute de cheval (1998)

Après avoir lu L'écuyer mirobolant, j'étais bien décidée à explorer la bibliographie de Jérôme Garcin, écrivain et cavalier. Malheureusement, cette Chute de cheval m'a légèrement déçue.


Avant tout pour un problème stylistique: Jérôme Garcin en fait un peu trop. Il rallonge ses phrases à l'infini et antépose bien trop souvent ses adjectifs à ses substantifs. Un processus joli mais lassant quand on commence à se dire que l'écrivain aime un peu trop se regarder écrire (de même que certains aiment s'écouter parler). S'agissant d'un premier roman, on peut cependant mettre ce défaut sur le compte de l'inexpérience.

Ensuite parce que je me suis sentie un peu éloignée de cette équitations d'écuyers et d'hommes. Certes, il parle aussi des boxes à faire, du crottin sur les bottes, de la sueur et du sable, mais, d'une manière générale, il navigue dans des sphères équestres autrement plus nobles que les miennes... Son milieu social assez huppé a renforcé ce décalage, tout comme l'absence presque totale de figures féminines (je crois qu'il cite une fois sa fille et consacre un paragraphe à sa femme; quant à ses chevaux, je crois qu'il ne cite que des mâles). Quand vous montez surtout des juments dans un club où la dirigeante, cinq des six enseignants et 80% des adhérents sont des femmes, l'univers de Jérôme Garcin paraît assez éloigné.

Mais attention! Je suis très contente d'avoir lu ce livre. Il ne m'a pas autant plu que L'écuyer mirobolant, mais il m'a touchée. Déjà parce que je m'abreuve de chevaux du matin au soir depuis que je remonte et que je ressens le besoin permanent de lire, voir, parler et penser cheval. Quand je l'ai fini, je l'ai refermé à regret, attristée de ne pas pouvoir passer plus de temps avec ces chevaux superbes. J'ai aimé y rencontrer Jean-Louis Gouraud, dont je lis avec intérêt la rubrique dans Cheval Mag (et qui sera de passage au Salon du livre de Paris le mois prochain). J'ai aimé voir que Jérôme Garcin est revenu à l'équitation après vingt ans d'arrêt (vingt ans!!) -- arrêt motivé par le fait que son père est mort en tombant de cheval (d'où le titre) -- et que les chevaux ont pris une place prépondérante dans sa vie, qu'il a d'ailleurs construite avec une femme ayant elle aussi retrouvé sa passion après une longue séparation. "On ne renonce jamais aux chevaux, vous savez": la phrase emblématique de Danse avec lui aurait bien sa place ici.

J'ai aussi aimé qu'il souligne les petites choses qui font le bonheur des cavaliers: caresser le nez tout doux, partir en balade avec un ami, poser les jambes sur les quartiers de selle en fin de séance... Enfin, le livre se conclut par une "Hypothèse d'hippothèque", petite bibliographie d'ouvrages sur les chevaux comprenant aussi bien des traités de haute école que le très populaire Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Un bon point de départ, je pense, pour qui souhaite faire des lectures de qualité sur le sujet. Pour ma part, je pense que ma prochaine lecture équestre sera Corpus Equi, dont j'attends avec impatience la sortie en poche, mais je garde cette Hypothèse sous la main pour plus tard avec grand intérêt.

jeudi 27 février 2014

Les années (2008)


Annie Ernaux (qui m'avait déjà séduite avec La place et Une femme) réussit dans Les années un bel exploit: raconter l'histoire de la France de l'après-guerre à travers sa propre histoire, faire de sa biographie un récit universel. Cela peut paraître prétentieux, mais ce ne l'est pas: elle ne se prend jamais pour modèle. Elle raconte simplement les actions et les pensées de ce elle qu'elle a été et qui a partagé l'histoire de millions de ses concitoyens, à partir de son enfance et son adolescence en Normandie -- là où les adultes parlaient toujours de la guerre -- et jusqu'à sa vie d'étudiante "à la ville" et de prof. Ce passage de la province profonde à la ville a d'ailleurs son importance et me semble suivre de près le passage du monde "étroit" des années quarante à la société plus ouverte des années soixante, puis à celle complètement mondialisée des années quatre-vingt-dix et deux mille.

Ce livre m'a inspiré une grande tristesse, les événements abordés n'étant pas très gais: ce qui marque le plus un peuple, on le sait, ce sont ses guerres et ses désordres.

"Les guerres du monde suivaient leur cours. L'intérêt qu'on avait pour elles était inversement proportionnel à leur durée et leur éloignement, dépendait surtout de la présence ou non d'Occidentaux parmi les protagonistes. On n'aurait pu dire depuis combien d'années les Iraniens et les Irakiens s'entre-tuaient, les Russes tentaient de mater les Afghans. Encore moins les motifs, persuadés intimement qu'ils ne le savaient plus eux-mêmes et signant sans conviction des pétitions pour des conflits dont on avait oublié les causes."

J'ai aussi été marquée par la présence réelle, mais clandestine, de la sexualité dans le monde de son adolescence et par le quotidien des femmes avant la pilule et l'IVG. Époque à laquelle on devait suivre son cycle de près pour ne pas risquer de tomber enceinte et où on épousait parfois un homme non pas parce qu'on le souhaitait mais parce qu'on avait eu la malchance de tomber enceinte de lui.

Une belle leçon d'humanité au final, avec un ton très juste qui m'a confirmé que j'éprouve de l'estime pour la personne à même d'écrire ces mots. À mettre entre toutes les mains.

mardi 25 février 2014

Les Dinosaures (1994)

Chronique express!


Je l'ai enfin lu, ce petit Que sais-je? dont je rêvais depuis des lustres! Écrit par Eric Buffetaut, le grand spécialiste français des dinosaures, il est, comme tous ses congénères de chez PUF, extrêmement clair pour le grand public et précis dans son propos. C'est un vrai plaisir pour se rafraîchir la mémoire sur la variété de ces animaux disparus, leur place dans le vivant et la manière dont ils sont classés en groupes (théropodes, thyréophores, ornithopodes etc) et en sous-groupes, sur les premières découvertes et le grand mystère de leur disparition... Il faut juste garder à l'esprit que ce petit livre a été publié en 1994 et que les connaissances sur les dinosaures ont énormément évolué depuis 20 ans. Alors, les PUF, à quand une nouvelle édition? :)

dimanche 23 février 2014

UGC Culte: Sueurs froides (1958)

Chronique express!


Maintenant que j'ai vu deux films de lui (et un film sur lui! ^^), je comprends mieux pourquoi Hitchcock a autant marqué l'histoire du cinéma et est appelé le maître du suspense! Dans Sueurs froides (Vertigo de son titre original), un policier souffrant de vertige se voit confier par un ami la mission de pister l'épouse de celui-ci, qui semble être en train de perdre l'esprit. Elle erre dans la ville de San Francisco et ses alentours sur les traces de sa très belle ancêtre suicidée. En est-elle la réincarnation? Le croit-elle seulement? Est-elle folle? Ce film brillant et subtilement stressant joue avec les apparences et les faux-semblants et mériterait largement un deuxième visionnage pour en tenir tous les tenants et les aboutissants. J'ai été assez bluffée (et en plus, découvrir ce genre de film dans les conditions idéales du cinéma est un vrai plaisir). Bravo, maestro!

vendredi 21 février 2014

Germinie Lacerteux (1865)

On a tendance à l'oublier, mais avant d'être un prix littéraire très en vogue, les Goncourt étaient des gens. Des frères, plus précisément: Charles et Edmond. Si leur oeuvre n'est pas vraiment passée à la postérité, je me devais néanmoins de lire ce Germinie Lacerteux, un roman qui a eu une influence fondamentale sur le jeune Émile Zola.


Inspiré de la vie réelle de Rose Malingre, la bonne des Goncourt, ce roman met en scène une femme à la vie... disons... difficile. Née en province, elle monte travailler à Paris à l'adolescence, est violée par un collègue et fait une fausse couche. Elle trouve ensuite du travail comme bonne chez une vieille Mademoiselle qui a eu un lot assez effarant de souffrances au cours de sa vie. Et là, tout pourrait bien se passer pour Germinie... Si elle ne devenait pas amie avec les mauvaises personnes... Et si elle ne tombait pas amoureuse du mauvais gars.... D'année en année, sa situation ne fait qu'empirer, les personnes qu'elle aime profitent d'elle et la poussent de plus en plus loin dans la déchéance, le sort s'acharne en lui tuant son bébé, les dettes s'accumulent et l'alcoolisme règne en maître...

À sa sortie, Germinie s'est fait lyncher par la critique, outrée par ce ramassis d'ordures. Seul un certain Émile Zola, journaliste au Salut public à Lyon, en a pris la défense. Il est vrai que ce n'est pas une lecture très réjouissante et que, même aujourd'hui, beaucoup seraient rebutés par cette impitoyable succession de malheurs et cette destruction totale d'un individu qui aurait pu, dans un autre contexte, être quelqu'un de tout à fait normal. À l'époque, en plus, il ne fallait surtout pas appeler les choses par leur nom, alors les Goncourt ont beaucoup choqué...

Pour ma part, j'ai adoré. C'est un peu Zola (ou plutôt la pauvre Gervaise!) avant l'heure. C'est moins bien et moins précisément construit que l'oeuvre de Zola, mais je comprends bien pourquoi le jeune Émile a déclaré "admirer [cette oeuvre] excessive et fiévreuse". C'est de la littérature putride qui n'a pas peur de regarder les choses en face et de les dénoncer... Et avec quel style! Les écrivains du XIXème sont vraiment les meilleurs. Ils semblent énoncer avec une clarté déconcertante des phrases riches, complexes, longues et précises qui nous portent sans la moindre difficulté jusqu'aux points qui les séparent les unes des autres, dans une rythmique et une poésie juste jouissives. Décidément, je pourrais lire du Goncourt, du Maupassant et du Balzac toute la journée sans jamais m'en lasser -- même si le meilleur, évidemment, c'est Zola!

"Quand, à ses heures découragées, elle retrouvait par le souvenir les amertumes de son passé, quand elle suivait depuis son enfance l'enchaînement de sa lamentable existence, cette file de douleurs qui avait suivi ses années et grandi avec elles, tout ce qui s'était succédé dans son existence comme une rencontre et un arrangement de misère, sans que jamais elle y eût vu apparaître la main de cette Providence dont on lui avait tant parlé, elle se disait qu'elle était de ces malheureuses vouées en naissant à une éternité de misère, de celles pour lesquelles le bonheur n'est pas fait et qui ne le connaissent qu'en l'enviant aux autres."

De la littérature putride, oui; mais surtout de la Littérature avec un grand L! ♥

mercredi 19 février 2014

La Princesse des glaces (2003)

Allez, les vacances sont finies et on reprend du service! Et avec sept livres lus durant cette semaine de farniente, j'ai de quoi bloguer! :D



On commence de suite avec une petite chronique rapide de La Princesse des glaces de Camilla Låckberg, auteure de polars dont j'entends le plus grand bien depuis quelque temps. Et suédoise de surcroît: quand le géant de l'ameublement suédois a changé du tout au tout votre vie professionnelle, il est de bon ton de s'intéresser à son pays d'origine. :)

Mais malgré cet a priori positif, j'ai été assez déçue par ce policier qui n'a pas su me captiver plus que ça. C'est surtout le style assez raplapla qui m'a déplu, puisque c'est le genre de bouquin où le lecteur n'a pas trop besoin de réfléchir à ce qu'il lit... Sauf dans le cas de l'utilisation ponctuelle d'expressions peu usitées qui m'ont semblé tomber comme autant de cheveux sur la soupe (ex.: "Il s'était préparé mentalement à l'idée de devoir boire un infâme café bouilli, et il perdit le menton pour la deuxième fois en très peu de temps en voyant l'appareil à café en acier inoxydable hyper moderne qui trônait sur le plan de travail"). Peut-être un problème de traduction lié à la présence d'expression suédoises sans équivalent direct en français?

L'histoire est plutôt pas mal: un cadavre fait son apparition dans une baignoire gelée; des secrets bien gardés remontent à la surface dans un paisible village où il ne se passe jamais rien mais où, en réalité, tout le monde a de lourds comptes à régler avec tout le monde; la police piétine; et une héroïne civile, amie d'enfance du cadavre, se mêle de ce qui ne la regarde pas et mène sa propre enquête. La fan d'Arabesque que je suis aurait vraiment dû y trouver son compte, mais le problème du style, couplé à des personnages hyper caricaturaux, ne m'a permis d'y voir qu'une lecture de plage (au sens propre et figuré!), rapidement lue et rapidement laissée de côté.

samedi 8 février 2014

Départ, vacances, retour bientôt

Chers lecteurs,

Je m'absente quelques jours pour partir en vacances dans une île au large du Sahara. Au programme: lire plein de livres, regarder plein de films, parler espagnol avec des gens et observer des paysages volcaniques. Je retrouverai vos blogs avec enthousiasme à mon retour (et, je l'espère, avec une meilleure organisation, car ces derniers temps ma présence chez vous se fait bien rare).

Je vous aime.

À plus,

Alys

vendredi 7 février 2014

La Ragazza (1960)

Chronique express!


La ragazza di Bube de Carlo Cassola, prix Strega en 1960: une belle plongée dans l'Italie du lendemain de la guerre, lorsque communistes et ex-partisans contrôlent la situation et que les ex-fascites ont tout intérêt à se faire oublier. Mara, seize ans, vit à Monteguidi, petit village tranquille du sud de la Toscane, et pense surtout à s'acheter de jolies choses et de se trouver un petit copain. Débarque ensuite Bube, qui était au maquis avec feu le frère de Mara. Les deux jeunes tombent amoureux et se fiancent. Mais Bube a la gâchette et le poing faciles et il est obligé de prendre la fuite après avoir abattu un homme dans une altercation entre ex-partisans, un prêtre qui ne veut pas les laisser rentrer dans son église et la police qui intervient. Mara reste dans l'incertitude quant à son sort, mais décide d'attendre son retour... Avec une langue populaire et simple, mais néanmoins soignée, et une histoire très triste qui souligne les dégâts que continuent de faire les guerres et les dictatures bien après leur fin officielle, ce livre est une lecture obligatoire pour qui s'intéresse à la littérature et/ou à l'histoire italiennes. En France, il faudra cependant le trouver d'occasion, Seuil ne semblant pas l'avoir réédité après la traduction de 1962... :( Par ailleurs, Luigi Comencini l'a adapté au cinéma en 1962 avec Claudia Cardinale dans le rôle de Mara: une autre piste à explorer.

lundi 3 février 2014

Le peigne de Cléopâtre (2007)

De retour au comité de lecture de ma médiathèque, c'est avec plaisir que j'ai constaté que la dernière traduction française de Maria Ernestam faisait partie de la sélection de novembre. Il y a deux ans, j'avais en effet adoré Les oreilles de Buster, une sorte de conte macabre très original et jouissif. Le peigne de Cléopâtre est une histoire tout aussi improbable, mais peut-être moins croustillante et surtout plus triste.


Trois amis suédois âgés d'une quarantaine d'années, Mari, Anna et Fredrik, décident de monter leur propre société pour reprendre un peu en main leur situation professionnelle guère satisfaisante. Pour tout vous dire, Mari vient de se faire licencier par le patron qui profite d'elle depuis des années et elle a réagi en lui plantant une fourchette dans la main. Hihihi! Les répliques de ce passage ont quelque chose d'un peu convenu, mais c'est une telle satisfaction de voir ce petit connard se retrouver avec une fourchette dans la main qu'on les accepte facilement.

Cette nouvelle société, Le peigne de Cléopâtre, aura pour mission de résoudre les problèmes des gens en mobilisant les compétences diverses et variées des trois associés. Un vaste programme. Formation professionnelle, décoration d'intérieur, comptabilité, gastronomie: les trois amis touchent un peu à tout. Et puis un jour, la voisine d'Anna, une dame âgée, les supplie de tuer son mari, qui la tyrannise depuis des dizaines d'années et qui lui fait plus de mal que jamais maintenant qu'il est à la retraite.

Et là, c'est le drame... Comment lui expliquer qu'ils ne sont pas tueurs à gages? Comment refuser la belle somme qu'elle leur promet et dont ils ont bien besoin? Et surtout, comment ne pas lui venir en aide en entendant son histoire? Et quand le mari meurt effectivement et que la dame vient leur exprimer sa reconnaissance, la vie des trois associés part quelque peu en vrille...

Vous le voyez, l'intrigue est quelque peu originale et barrée. Mais il me semble y avoir moins d'humour que dans Buster et, surtout, c'est avant tout l'histoire très triste de plein de gens totalement traumatisés par leur passé, notamment leur enfance. Maria Ernestam parle avec justesse de la manière dont les parents peuvent détruire en profondeur les enfants dont ils ont la charge, soit en étant carrément cruels, soir par leur simple indifférence. Mari, Anna et Fredrik restent encore complètement obsédés, à l'âge adulte, par des épisodes de leur enfance qui n'ont rien perdu de leur douleur et de leur humiliation avec les années.

J'ai aussi trouvé intéressant de voyager un peu en Suède, et de (re)découvrir ce pays tellement encensé par les médias sous un point de vue plus réaliste (même si les défaillances du système social suédois sont abordées plus en profondeur dans Buster). Apparemment, il y a tout autant de psychopathes en tout genre là-bas qu'ici...

Le bémol, c'est que l'intrigue s'éparpille un peu, et que les nombreux sujets abordés sont traités de manière un peu superficielle. Le livre aurait gagné à mettre en scène quelques événements de moins en les creusant plus. Malgré cela, je dois dire que Maria Ernestam m'a bien eue et que, si j'ai vu venir certaines choses, je m'en suis prises d'autres dans la gueule au tout dernier moment.

Pour conclure, la citation qui fait du bien...

– Avant l'arrivée de la police et de l'ambulance, je me tenais à côté du lit et je regardais mon défunt mari. Il avait l'air paisible, et je me suis dit que j'avais dû l'aimer un peu. Au tout début. Mais j'étais incapable de m'en souvenir. Je ne ressentais... plus rien. Je ne pouvais penser à rien d'autre qu'à ce qu'il m'a fait subir, et je me suis rendu compte que l'imparfait était un temps merveilleux pour parler d'un époux comme le mien.

samedi 1 février 2014

Nicolas Eymerich, inquisiteur (1994)

Chronique express!


Les enquêtes d'un inquisiteur espagnol intolérant, méprisant et désagréable, bien décidé à démasquer tous les hérétiques susceptibles de se cacher à la cour du roi à Saragosse... Voilà qui a le mérite d'être original. Et quand, sachant que l'intrigue se passe en Espagne en 1352, vous découvrez que le premier chapitre se passe au Texas à notre époque et que le deuxième concerne la déposition d'un membre de l'équipage d'un vaisseau spatial sur lequel se sont déroulés d'étranges événements en 2194, il y a de quoi être surpris!! C'est que ce Nicolas Eymerich, inquisiteur, comme toute la série qui le suit, voit son intrigue se développer sur trois époques en parallèle, de manière intimement liée. Valerio Evangelisti y propose une théorie pseudoscientifique très intéressante, bien que pas toujours très claire, pour expliquer la transmission de pensées et le voyage dans le temps. Il crée ainsi un livre tout à fait hors du commun, très amusant et intéressant. Dommage que l'écriture assez simple ne soit pas à la hauteur et que certains passages soient traités trop rapidement, sinon, je crois qu'on tenait un truc tout à fait énorme! Vivement que je me procure la suite...

jeudi 30 janvier 2014

Snif snif Cavanna

C'est avec grande tristesse que je viens de découvrir que François Cavanna est mort hier... C'est un très grand homme qui s'en est allé et un écrivain hors pair... ♥

Espérons que la couverture médiatique de son décès amènera de nouveaux lecteurs vers ses ouvrages et en fera réfléchir certains... En cette triste époque où je vois les affiches de la Manif pour tous envahir les murs de ma ville et où les cons semblent, plus que jamais, très bien vivre leur connerie, nous avons désespérément besoin de gens comme lui...

lundi 27 janvier 2014

UGC Culte: Les Incorruptibles (1987)

Chronique express!


The Untouchables de Brian de Palma raconte l'histoire de quatre flics bien décidés à faire tomber Al Capone, maître incontesté de Chicago en ce début des années trente. C'est un beau film qui sait donner de la profondeur à ses personnages et vous les rendre attachants en deux temps trois mouvements. Avec, il faut le souligner, une réalisation soignée et de beaux plans filmés par le dessus qui valent le détour.


Kevin Costner et Sean Connery au sommet de leur forme, c'est juste génial; et j'ai beaucoup apprécié les deux autres acteurs principaux, Andy Garcia et Charles Martin Smith. Par contre, Robert De Niro, que j'avais réévalué après Taxi Driver, m'a à nouveau semblé surjouer et adopter une attitude insupportable. Qui va bien à son personnage, certes...


Je terminerai en citant l'utilisation très judicieuse de la musique d'Ennio Morricone, qui est utilisée à petites doses et voit donc énormément augmenter son impact...

Un film à découvrir, même pour ceux qui n'aiment pas particulièrement les histoires de gangsters!