samedi 26 mars 2022

The Hidden Girl and Other Stories (2020)

Il y a quelques années (euh… cinq ans… Je n’en reviens pas que ça fasse si longtemps…), j’ai lu et apprécié The Paper Menagerie and Other Stories, un recueil de nouvelles de Ken Liu. Je me suis donc penchée avec grand intérêt sur The Hidden Girl and Other Stories, qui a l’air de correspondre vaguement au recueil français Jardins de poussière, paru en 2020 et encensé par plusieurs blogueurs.


Trois thèmes majeurs se dégagent de ce recueil: les relations parents-enfants, la transmission et la numérisation de la conscience. Voyons ça de plus près...

Ghost Days: une histoire de transmission entre la culture humaine et de nouveaux humains qui n’ont pas grand-chose en commun avec leurs ancêtres. Grâce à un objet issu de la culture chinoise, on recoupe trois époques différentes, deux sur Terre et une ailleurs.

Maxwell’s Demon: une histoire en pleine Deuxième Guerre mondiale, avec un lien entre des théories physiques et un élément fantastique chinois.

The Reborn: une histoire sur l’identité en mode enquête, voire thriller. On en tirerait facilement un film à gros budget…

Bon, ça ne démarrait pas fort pour moi avec ces trois textes: ils sont pertinents, oui, mais ne m’ont pas emballée.

Thoughts and Prayers: là, Ken Liu fait très fort, avec un texte coup de poing sur les trolls en ligne et le deuil familial. Marquant.

Byzanthine Empathy: là aussi, très bon texte percutant, qui donne à réfléchir sur l’évolution des secours humanitaires. J’ai trouvé ça excellent alors même que ça parle de cryptomonnaies, un sujet auquel je ne comprends rien.

The Gods Will not Be Chained: avec The Gods Will Not be Slain et The Gods Have Not Died in Vain, ce texte forme un triptyque sur Maddie, une jeune fille dont le père est mort et a été ressuscité de force sous forme de conscience numérique. C’est très humain, avec une belle mise en scène de l’amour familial, mais c’est aussi brillant dans l’exploration de la conscience numérique et… l’usage des émojis comme langage. 😃👀 Trop fort, ce Ken Liu. Il aurait toutefois mieux valu pour moi ne pas lire ces textes au moment où la Russie envahissait l’Ukraine et où on parlait de menace nucléaire, car la fiction résonnait un peu trop avec l’actualité.

Staying Behind: un texte post-Singularité, la Singularité étant l’apparition du premier homme à la conscience dématérialisée. La nouvelle explore plusieurs époques et suit plusieurs personnages et je me suis emmêlée les pinceaux dans qui était qui, donc je n’en ai pas bien profité.

Real Artists: une jeune femme passe l’entretien de sa vie pour travailler pour le studio cinématographique qui a créé les plus beaux films qu’elle a jamais vus. Sauf que le processus créatif n’est pas celui qu’elle croit. Bien qu’il m’ait plu sur le coup et qu’il soit probablement prophétique, ce texte ne m’a pas marquée.

Altogether Elsewhere, Vast Herds of Reindeer: un texte sur le départ, le post-humanisme et la transmission. Il est emblématique de ce recueil.

Memories of my Mother: un texte très humain sur une relation mère-fille très particulière. Je suis étonnée de ne pas avoir sangloté.

Dispatches from the Cradle: The Hermit–Forty-Eight Hours in the Sea of Massachusetts: Peu de souvenirs pour moi, si ce n’est que ça rentre dans la catégorie "évolution de l’humanité sur plusieurs siècles"... Et que Ken Liu a le chic pour les titres improbables!

Grey Rabbit, Crimson Mare, Coal Leopard: un interlude de fantasy fort plaisant!! Cette nouvelle m’a paru un peu moins maîtrisée que les autres, mais elle a un souffle épique franchement magique, prouvant ainsi, à l'instar de Watership Down, que le lapin est un animal à fort potentiel littéraire !! 🐰🐰🐰😍🐰🐰😍🐰😍🐰🐰😍🐰🐰🐰

A Chase Beyond the Storms: ce texte est extrait de The Veiled Throne, le troisième tome de la série (trilogie?) de la dynastie des Dents-de-Lion. J’ai eu du mal à raccrocher les wagons, évidemment, mais ça donne plutôt envie. Je crains toutefois que cette série ne soit assez exigeante…

The Hidden Girl: un nouveau texte plutôt de fantasy sur une fille enlevée (et cachée !) pour en faire une tueuse. Ça ne m’a pas marquée…

Seven Birthdays: j’avais déjà lu ce texte dans sa version française traduite par Pierre-Paul Durastanti (j'en ai dit deux mots ici) et je n’avais pas trop aimé. Je n’ai pas plus aimé cette fois-ci. En fait, je n’y comprends pas grand-chose…

The Message: une aventure père-fille sur une planète éloignée. J’ai compris le message avant les protagonistes, ce qui n’est pas bon signe, mais c’était pas mal du tout. Je pense qu’Arthur C. Clarke ne l’aurait pas renié.

Cutting: le recueil se clôt par un texte très court qui va à l’essentiel, et ce n’est probablement pas un hasard. Élaguer, élaguer, et ne garder que ce qui est chargé de sens…

Alors, cette deuxième rencontre avec Ken Liu est-elle une une réussite pour moi?

Oui. Ken Liu sait ce qu’il fait et a beaucoup de choses à dire. Il compte sur l’intelligence de son lecteur pour l’accompagner dans l’exploration des ramifications potentielles des techniques et des pratiques d’aujourd’hui. En revanche, je dois dire qu’il me manque un petit truc pour être transportée et adhérer à ses textes comme je le fais, disons, avec Tolkien, Zola ou Clarke. De l’humour, de la folie, je ne saurais le dire; quelque chose qui me fasse réagir avec mes émotions plutôt qu’avec mon cerveau. Pourtant, il y a de l’émotion dans ces textes. Mais peut-être manque-t-elle un peu de vie pour me faire réagir… Et les relations parents-enfants sont très présentes, ce qui n’est pas ma tasse de thé; dans The Message, j’ai carrément levé les yeux au ciel tellement j’ai trouvé culcul certaines réflexions du père pris de tendresse pour sa fille.

Enfin, ne laissez pas mes ronchonnements vous décourager: lisez Ken Liu, c’est très bien!

lundi 21 mars 2022

Le chien du forgeron (2021) 🐶

Cuchulainn est un héros de la mythologie celtique irlandaise. Dans le Chien du forgeron, Camille Leboulanger retrace son parcours grâce au récit d’un barde. On est probablement dans une taverne, le conteur demandant régulièrement qu’on lui remplisse son verre. Il n’y a plus qu’à se laisser porter par l’histoire…

Setanta est le fils du seigneur Sualtam et de Dechtire, la sœur du roi Conchobar. Il grandit dans la demeure de son père et sa mère lui transmet, en quelque sorte par anticipation, le récit de sa propre grandeur. Il deviendra un guerrier mythique. Lorsqu’il part enfin pour la cour du roi Conchobar, à l’adolescence, Setanta, pris d’une crise de rage meurtrière, tue le chien du forgeron Chulainn. Pour le punir, le roi le condamne à remplacer ledit chien pendant quelques jours. C’est ainsi que Setanta est surnommé Cuchulainn, le chien du forgeron…

Le ton de ce roman est super bien trouvé. Il y a un peu d’oralité, de manière à rappeler qu’il s’agit du récit d’un barde. Mais dans l’ensemble, c’est très élégant et précis dans ses descriptions, avec un joli ton à l’ancienne qui fait voyager dans le temps. On découvre une société celtique très intéressante, celle du premier âge du fer, avec sa structure sociale et ses mythes. On suit les aventures de Cuchulainn dans son pays natal, notamment avec la razzia des vaches de Cooley, et en Écosse, où il rend visite à la guerrière Scáthach. Comme dans les récits du roi Arthur, j’ai ressenti une certaine nostalgie mêlée d’angoisse, car bon, on comprend assez rapidement que tout ça ne peut pas bien se terminer…

Archétype du héros viril et du guerrier invincible, Cuchulainn est en effet porté par un égo démesuré – qui lui est, certes, insufflé par sa mère à l’origine, mais qui trouve un terreau très fertile dans son esprit d’enfant. Camille Leboulanger montre comment les évènements individuels et le système dans son ensemble poussent ce garçon dans une certaine direction et on voit en quelque sorte un monstre se construire sous nos yeux. Cela m’amène à la seule chose qui a un peu terni ma lecture, à savoir que cette virilité conquérante passe par le viol, et que quand j’ai compris que ça allait mal se passer pour les femmes, j’ai balisé un peu. Aucun viol n’est décrit et le récit est très pudique sur l’acte même, mais vous avez le temps de voir venir la catastrophe et d’en ressentir un certain malaise…

Sur ce point, et dans la figure d’Emer la blonde que j’ai tout de suite visualisée comme le personnage de Jodie Comer dans ce film, ce roman m’a beaucoup évoqué le Dernier duel de Ridley Scott. La volonté de montrer comment on en arrive à un certain point et de nommer un chat un chat est la même; le degré, en revanche, est différent, car le Dernier duel est autrement plus violent. Ici, je le répète, on ne voit aucun viol en direct.

En bref, ce roman est une réussite sur tous les plans: style de l’écriture, aventure, contexte mythologique et historique qui envoie du rêve, propos antiviriliste. Je lirai d’autres romans de l’auteur sans aucune hésitation s’ils croisent mon chemin et je garderai un œil sur les éditions Argyll, qui ont fait un très bon choix!

Je vous laisse avec la version Manau de l'histoire... 😉

Allez donc voir ailleurs si ce chien y est! 🐶
L'avis de Lorhkan

mercredi 16 mars 2022

The Geek Feminist Revolution (2016)

J’ai rencontré Kameron Hurley avec The Stars Are Legion, un roman de space opera que j’ai adoré il y a quelques mois. Au même moment, on m’a aussi offert ce recueil, qui réunit des articles que l’autrice a publiés sur son blog et des textes écrits spécifiquement pour l’ouvrage. Contrairement à ce que le titre semble indiquer, elle n’y parle pas que de féminisme. Tour d’horizon.

Première partie: Level Up

Cette partie parle de l’écriture (de jeux, de romans et de marketing) et est assez générale.

Deuxième partie: Geek

Là, on entre dans le vif du sujet: dix à quinze textes abordant essentiellement la vision de la femme dans la SF et certains médias. Ça commence fort mal avec la première saison de True Detective, qui se fait étriller, et à juste titre – je n’en ai pas parlé dans ma chronique del’époque, et évidemment je le regrette, mais la vision de la femme est navrante dans cette saison. Toutefois, je ne suis pas d’accord avec Kameron Hurley, qui affirme que cette série est misogyne et ne remet pas en cause le comportement de ses personnages; je crois, moi, que Martin est montré pour le connard qu’il est.

Elle parle aussi de Die Hard (et j’espère retenir l’image de la pin up même si je n’ai jamais vu ce film!) et de Mad Max Fury Road (en bien!). J’ai oublié les détails des autres textes car ils ne sont pas centrés sur une œuvre en particulier.

Troisième partie: Let’s Get Personal

Cette partie me semble plus axée sur la manière de se positionner vis-à-vis de ses propres écrits et du public. Il y a par exemple un article sur le fait de répondre (ou pas) aux critiques en ligne. Elle parle aussi du fait qu’elle est grosse et du système de santé américain (un cauchemar dystopique!).

Quatrième partie: Revolution

Cette partie parle de racisme et de progrès face aux réactionnaires et se termine par "We Have Always Fought", un texte qui a gagné le Hugo du "Best Related Work" en 2014. C’est ce dernier texte qui justifie le lama en couverture. Je n’en pouvais plus de l’attendre, ce lama. 🙈

Tout ça est très intéressant et se lit tout seul, mais, globalement, j’ai été déçue et je n’en ai pas retenu grand-chose de marquant. Je vous explique pourquoi.

Sur le style: Kameron Hurley sait très bien construire ses billets, avec phrases accrocheuses et anecdotes personnelles. Ça m’a immédiatement gavée. J’ai eu l’impression qu’elle faisait du marketing sur moi, vous voyez ? Et la manière dont elle parle de ses lectures et de ses propres écrits me semble relever de la fausse modestie: une sorte de name-dropping personnel pour montrer qu’on est vraiment génial mais sans le dire parce qu’on est tellement génial qu’on ne se vante pas, hein.

Sur le contenu: je crois que ce recueil a déjà vieilli. Dans la postface, l’autrice qualifie son recueil de "fairly timely" (l’enfer à traduire: ça veut dire qu’il sort au bon moment, qu'il est dans l'air du temps) et explique qu’il a fallu travailler vite. Six ans plus tard, on a énormément parlé de féminisme et les choses me semblent déjà avoir évolué. En tout cas, moi, je n’ai pas appris grand-chose de nouveau en le lisant, à part le coup de la pin up et l’image de la fille dont on n’a pas peur en couverture de beaucoup de bit-lit (chose que j’avais déjà identifiée, mais sans mettre de mots précis dessus). J’ai tardé quatre ou cinq jours à écrire cette chronique et je n’ai AUCUN souvenir de la moitié des textes en lisant le sommaire… 🙄

Un exemple de cette temporalité: Kameron Hurley parle beaucoup du mouvement des Sad Puppies, ce qui est logique vu que c’était l’époque, mais maintenant, en 2022, qui s’occupe encore des Sad Puppies? J’ai l’impression que Internet et les réseaux sociaux ont accéléré la polémique: ça flambe pendant un temps, tout le monde tweete furieusement pour ou contre, et puis après on oublie parce qu’on tweete furieusement sur autre chose. Paradoxalement, je me suis plus sentie impliquée dans Ainsi soit-elle de Benoîte Groult, qui a été publié… il y a quarante-cinq ans.

J’ai aussi émis quelques réserves sur certaines questions, que je m’abstiens d’aborder ici car elles sont très explosives. Je suis ouverte à la conversation en privé si ça vous intéresse.

Au final, à qui est destiné ce recueil? Je ne sais pas trop. Mon côté négatif me pousse à croire que l’autrice s’adresse soit à des gens acquis à sa cause, anti-domination masculine notamment, voire militants, qui la conforteront dans ses positions et la féliciteront de s'exprimer, ou bien à des débutants complets, qui pourront, effectivement, en apprendre beaucoup sur une certaine image de la femme. Si on est entre les deux, comme je crois l’être, l’ensemble est terne et sent l'autosatisfaction. Si vous l’avez lu, je serais vraiment ravie de lire votre avis: n’hésitez pas à laisser un commentaire! 😊

vendredi 11 mars 2022

Factfulness (2018)

Hans Rosling était médecin, chercheur et conférencier. Selon la quatrième de couverture de cet ouvrage publié chez Flammarion, "avec plus de 35 millions de vues, ses conférences TED l’ont fait entrer dans le classement du magazine Time des 100 personnes les plus influentes du monde".

Dans Facfulness, Hans Rosling, assisté par Ola Rosling (son fils) et Anna Rosling Rönnlund (sa belle-fille), décrit dix instincts qui contrôlent nos pensées à notre insu, ont tendance à nous faire adopter une vision du monde déformée et nous empêchent de raisonner clairement ou de mettre à jour nos connaissances. Des biais, en gros.

Pour chacun de ces instincts, il se base sur une série de questions qu’il a posées à des tas de gens (14 000 au total, je crois) pour montrer à quel point les gens se trompent, puis il se base sur des faits, essentiellement des chiffres et des statistiques, pour expliquer comment les choses se passent réellement.

Exemple avec la première question:

Dans les pays à faible revenu, combien de petites filles finissent l’école primaire?
A. 20%
B. 40%
C. 60%

Je ne vous donne pas la bonne réponse, mais je peux vous dire que le pays qui a le mieux répondu est la Suède, avec………. 11% de bonnes réponses. La France et l’Espagne sont dernières, avec 4%.

Je ne sais plus ce que j’ai répondu à cette question en particulier, mais je sais que j’ai donné quatre bonnes réponses sur treize questions, dont trois bonnes sur les douze premières questions (la dernière est un peu à part, car tout le monde a juste à celle-là). Je fais donc moins bien que des chimpanzés qui répondraient au hasard et auraient, statistiquement, une chance sur trois de donner la bonne réponse. 🙈 Mais je fais mieux que de nombreux humains, ce qui a quelque chose de réconfortant.

Les dix instincts passés en revue sont les suivants:

l’instinct du fossé
l’instinct négatif
l’instinct de la ligne droite
l’instinct de la peur
l’instinct de la taille
l’instinct de la généralisation
l’instinct de la destinée
l’instinct de la perspective unique
l’instinct du blâme
l’instinct de l’urgence

Le premier est mon préféré: c’est notre tendance à catégoriser le monde en deux entités distinctes séparées par un gouffre infranchissable. Les riches et les pauvres, par exemple. Ou "nous" et "eux". C’est une vision binaire du monde. C’est tout ce que je reproche à Twitter. 😈 Pour s’en détacher, Hans Rosling recommande de toujours s’interroger sur les extrêmes (n’y a-t-il pas des niveaux intermédiaires? Quels sont-ils?) et applique ses propres dires en répartissant les pays du monde en quatre catégories de revenu: moins de deux dollars par jour, moins de huit dollars par jour, moins de trente-deux dollars par jour et plus de trente-deux dollars par jour, le tout à parité de pouvoir d’achat. Voilà qui nuance tout de suite la notion de "riches et pauvres" que nous avons bien en tête. Et la nuance est encore plus marquée quand il compare certains pays des catégories 1 à 3 au passé de pays de la catégorie 4. Exemple fictif, car je n’ai malheureusement pas noté la référence exacte: tel pays de niveau 2, disons un pays d’Afrique sub-saharienne, en est au niveau où en était la Suède en 1960. Tout à coup, ça a l’air d’un pays vachement moins arriéré aux yeux de votre dévouée blogueuse traînant une vision calamiteuse de l’Afrique subsaharienne.

L’instinct négatif est bien connu: c’est notre tendance à donner la priorité aux nouvelles négatives et à penser que tout va mal (et, corollaire, à penser que c’était mieux avant, une tendance que j’adore regarder chez les autres, car je n’en suis pas du tout atteinte). Il permet à Hans Rosling de faire une distinction certes évidente quand on y pense, mais néanmoins cruciale, entre "mal" et "mieux". Les choses peuvent aller mieux tout en continuant d’aller très mal. C’est d’ailleurs ce qu’il répète sans cesse à propos de ses statistiques: OUI, il reste trop d’êtres humains qui vivent dans la misère (un milliard de personnes au niveau 1), et c’est une mauvaise chose. Mais OUI, en même temps, les êtres humains qui vivent dans la misère sont beaucoup moins nombreux qu’il y a cinquante ou cent ans, et ça c’est vachement mieux. Les stats de l’ONU sont édifiantes quant aux progrès de l’humanité, c’est stupéfiant combien le monde a changé radicalement depuis le XIXe siècle. Et j’ai été stupéfiée alors que je suis super optimiste sur ce point, étant convaincue depuis des lustres que l’humanité est engagée sur un chemin certes très et trop long, mais néanmoins tourné vers le progrès.

Je ne vais pas aborder les dix instincts un par un, mais c’est vraiment passionnant à lire, et ça donne à réfléchir sur soi. L’instinct de la ligne droite, par exemple, je n’avais aucune idée de ce que c’était et je l’ai suivi comme une débile plus d’une fois dans ma vie. Dans d’autres cas, ça m’a donné des outils pour mieux exprimer certaines choses que j’ai toujours eu du mal à formuler.

Ce livre donne aussi à réfléchir sur combien certaines des données que nous croyons détenir sont dépassées. Sous certains aspects, ma vision du monde date des années soixante-dix, c’est consternant. Tous les pays évoluent rapidement, mais ceux des niveaux de revenu 1 à 3 évoluent beaucoup plus rapidement que ceux du niveau 4 et ça fait longtemps qu’ils n’abritent plus une masse uniforme de miséreux. Cela m’a d’ailleurs donné la migraine quand j’ai pensé à tous ces gens qui font progresser tout à fait légitimement leur niveau de vie et se dirigent vers une société aussi consumériste que celle des pays de niveau 4 – et comme personne ne change de mode de vie nulle part, nous serons de plus en plus de milliards à adopter un mode de vie insoutenable, c’est génial! Bon, je sais maintenant que cette vision est un mélange d’instinct négatif, d’instinct de la ligne droite et d’instinct de la peur, mais quand même, l’augmentation de la population mondiale devrait tous nous inciter à changer radicalement de mode de vie et à foutre la pression aux gouvernements en ce sens. Soutenez Greenpeace. 💪

Pour la petite blague, Hans Rosling recense cinq risques qu’il faut vraiment prendre au sérieux, même sans instinct négatif, et il y a dans la liste… une pandémie mondiale. Le livre est paru en 2018. Lol.

Toutes ces données sont distillées avec beaucoup de clarté, des exemples issus de l’expérience de l’auteur et un peu d’humour. Je ne sais pas du tout comment écrit Hans Rosling en anglais avec l’aide de son fils et sa belle-fille, mais en tout cas la traduction française de Pierre Vesperini se lit toute seule et allie précision et nuances, à l’image du propos de l’ouvrage.

Bref. Soutenez Greenpeace, je le répète. Et lisez Factfulness si vous voulez adopter une vision du monde basée sur les faits plutôt que pour les instincts. 😉

dimanche 6 mars 2022

Kingdom of the Wicked (2020)

Bon.

Alors.

Kingdom of the Wicked de Kerri Maniscalco, c’est l’histoire d’une jeune femme qui travaille dans le restaurant de ses parents, à Palerme, avec sa sœur jumelle et sa grand-mère. Dans la famille, les femmes sont des sorcières, alors, dans la cuisine, Nonna, la matriarche, chuchote des sorts dans les plats pour les rendre encore plus savoureux. Mais un jour, Emilia, notre protagoniste, découvre le cadavre de sa jumelle, dont on a arraché le cœur. Ivre de vengeance, elle utilise la dague qu’elle a retrouvée sur le lieu du meurtre pour invoquer le démon qu’elle a surpris là et qu’elle soupçonne d’être le coupable.

Ce démon n’est autre que Colère, un des sept princes des enfers.

Colère est puissant. Colère est mystérieux. Colère est beau à tomber.

Colère débarque de l’enfer…

… torse nu.

Je répète: COLÈRE DÉBARQUE DE L’ENFER TORSE NU.

Emilia, notre protagoniste, peut donc immédiatement constater que Colère est aussi très musclé et qu’il a plein de tatouages sur ses muscles.


Vous l’avez peut-être compris, je me suis beaucoup marrée en lisant ce roman… Et j’en ai aussi pensé beaucoup de choses, en bien comme en mal.

En bien

Ça se lit tout seul, c’est prenant, on tourne les pages facilement. Ça coule tout seul. Ok, on peut argumenter que c’est facile à lire parce que c’est simplet, mais il faut aussi un minimum de compétences pour que le lecteur revienne de jour en jour.

L’univers présenté est plutôt prometteur. On est en Sicile à une époque imprécisée, mais pas très récente; la technologie moderne n’existe pas et Emilia est toujours en robe. À un moment donné, quelqu’un mentionne l’Inquisition, donc on pourrait miser sur le XVIe ou le XVIIe siècle. Palerme abrite douze familles de sorcières, qui n’ont que très peu de contacts entre elles et qui cachent leur existence à la population humaine, même si les sorcières peuvent épouser des hommes humains normaux. Je crois d’ailleurs que le père d’Emilia n’est pas issu d’une famille de sorcières. La grand-mère d’Emilia, que celle-ci appelle simplement Nonna (Mamie/Grand-mère), est en quelque sorte la garante des traditions, toujours à marmonner que les mauvais/méchants/damnés (i malvagi / the wicked… je vous raconte pas l’enfer pour traduire ce mot…) risquent de débarquer d’un moment à l’autre et qu’il faut faire bien attention à garder son amulette magique sur soi.

Le décor du restaurant est sympathique et permet de parler de bouffe, ce qui est toujours positif, et l’intrigue est grosso modo une enquête policière, avec Emilia qui essaye de comprendre qui a tué sa sœur et pourquoi, et qui se retrouve prise dans des relations très tendues entre les princes des enfers, qui sont nombreux à se balader à Palerme.

En mal

Beiiiin… Comme, je le crains, souvent en young adult, c’est brouillon (sérieux, ils foutent quoi, les éditeurs?). Il y a pas mal de choses confuses, notamment sur les capacités de Colère dans notre monde: un coup, il est prisonnier du cercle d’invocation pour trois jours, un coup pour toujours; un coup, il faut qu’il passe un pacte de sang avec Emilia pour la retrouver, mais un coup, il la retrouve quand même; à un moment, elle l’a lié à lui par erreur en se trompant dans sa formule latine et c’est comme s’ils étaient mariés, mais au final, il l’emmène en enfer pour qu’elle épouse son frère Fierté.

Il y a aussi d’autres trucs qui ne se contredisent pas à proprement parler mais ne collent pas bien les uns aux autres: Nonna qui disparait complètement de l’intrigue après avoir été très présente au début, puis redébarque ultrapuissante pendant trois pages avant de disparaître de nouveau; l’amulette d’Emilia qui réapparaît dans une caverne sans qu’Emilia ne se demande 1/ qui la lui a volée et pourquoi et 2/ qui l’a mise là et pourquoi; Antonio qui disparaît brutalement à la fin; le peuple des métamorphes qui tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe, tout comme la découverte du fait que la jumelle tuée avait passé un pacte avec Avarice.

Bon, heureusement que ça se lisait tout seul, quoi.

Kerry Maniscalco a publié un deuxième tome, Kingdom of the Cursed, et a annoncé un troisième et dernier tome, Kingdom of the Feared, et je ne les lirai pas. 😛

Et concernant ce que vous attendez tous depuis que je vous ai dit que Colère débarque de l’enfer torse nu? (Je répète: COLÈRE DÉBARQUE DE L’ENFER TORSE NU!)

Concernant l’attirance magnétique entre Emilia et son prince des enfers?

Heiiiin?

Et bien ça marche pas mal, si on adhère à ce genre de schéma, et j’ai attendu LE BISOU en frétillant d’impatience. Si j’imagine Tom Hiddleston en mode Loki dans Thor 2 un prince des enfers super beau gosse avec des muscles saillants juste comme il faut qui débarque torse nu, j’ai tendance à penser que je ne résisterais pas longtemps. ^^ Ce que j’ai trouvé nul, c’est le fait qu’il la bombarde de robes cintrées et luxueuses, c’est à la fois ridicule et navrant et ça fait tellement "ado à tendance goth qui rêve de porter des corsets". En revanche, j'ai été surprise qu’ils soient ennemis à la fin de ce roman, alors que je pensais qu’ils finiraient ensemble, bien entendu.

J’ai lu des critiques de la suite et, apparemment, il y a encore plus de robes dans le deuxième tome, mais il faudra attendre le troisième pour qu’Emilia et Colère couchent ensemble; dans le deuxième, ça chauffe, ça chauffe, mais ça s’arrête avant l’action.

Dommage. Je ne serai pas là pour voir si Colère tient les promesses de ses jolis muscles…

Pourquoi ce livre, vous demandez-vous?
Parce que mon mec se laisse influencer par les algorithmes d’Amazon, à mon humble avis. 😈

mardi 1 mars 2022

La gamelle de février 2022

Comme toujours, retours sur les activités culturelles du mois écoulé!

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

White Snake de Ji Zhao et Amp Wong (2021)


Un petit dessin animé chinois fort sympathique et joli visuellement, avec une femme-serpent qui a perdu la mémoire, un jeune chasseur de serpents au grand cœur et un méchant général qui tue des serpents pour absorber leur essence vitale et atteindre l’immortalité. Sans oublier une épingle à cheveux magique en jade et un petit chien dodu et très poilu servant d’élément comique. J’ai passé un très bon moment, même si le film n’est pas marquant. Les humains-serpents étaient classes et l’univers changeait un peu de ce que j’ai l’habitude de voir, ce qui est toujours bénéfique. J’ai même trouvé le traitement des femmes et des hommes très égalitaire. Mention spéciale à l’agaçante vendeuse d’artefacts magiques à deux visages: visage de femme d’un côté, tête de renard de l’autre. Un personnage aussi original qu’insaisissable. 👀

Mort sur le Nil de Kenneth Branagh (2022)
Un film sympathique mais pas bien convaincant non plus. J’ai trouvé tout trop lisse, trop propre et trop fond-de-teinté – et pourtant, Agatha Christie n’est pas connue pour la cradeur de ses ambiances! J’ai du mal à voir Poirot en Kenneth Branagh: même s’ils montrent ses petites manies, il ne ressemble pas du tout à un "funny little man", même de loin. J’ai donc préféré la version avec David Suchet, mais ce serait bien que je lise le livre un jour, même si je connais la chute. Reste que Gal Gadot est stupéfiante. J’espère qu’elle réussira à se bâtir une carrière tournant moins autour de sa beauté et de son physique car elle a vraiment quelque chose.

Kill Bill Vol. 1 de Quentin Tarantino (2003)
J’ai vu les deux Kill Bill à l’époque de leur sortie, mais je n’en gardais que peu de souvenirs et j’ai adoré redécouvrir le premier volume sur grand écran. Ce n’est pas vraiment mon genre de film, mais il est rempli de moments culte ("Wiggle your big toe" 😉) et fonctionne très bien dans sa grandiloquence. Sur un plan moins cinématographique, j’ai adoré le traitement des personnages féminins. Il y a une histoire de viol au début, mais qui n’est pas la raison d’être de la vengeance du personnage, et UN plan cul sur les fesses d’Uma Thurman quand elle sort de l’avion au Japon. Mais c’est tout ce qu’on pourrait critiquer. Le reste du temps, les femmes se battent comme n'importe qui d’autre. Lors du premier combat, les deux femmes sont en jean et en baskets. Il n’y a pas de pose lascive ou de plan nichon. Michael Bay devrait regarder Kill Bill. 😜

Du côté des séries

The Witcher – saison 2 (2021)
Portée par un enthousiasme délirant, j’ai rejoint Geralt, Ciri et Yennefer, sans oublier notre Jaskier adoré, pour une deuxième saison très fidèle à la première, dans le sens que c’est toujours aussi nul sur le plan technique et aussi accrocheur dans l’ensemble. J’ai l’impression qu’on a eu moins de créatures cette fois-ci et je n’ai pas énormément apprécié certaines parties avec Yennefer, mais bordel qu’est-ce que j’adore ces personnages et cet univers. Chaque nouvelle rencontre m’enthousiasme, et même deux personnages sur lesquels je ne misais pas un rond dans la première saison, à savoir Fringilla et Cahir, ont pris de l’épaisseur et m’ont totalement convaincue (note pour plus tard: éviter d’inviter Fringilla à dîner 👀). Les elfes passent sur le devant de la scène, menés par une Francesca que j’adore et que j’espère voir se relever avec une détermination décuplée après le malheur qui s’est abattu sur elle. Il me semble qu’il y a pas mal de points en suspens, dont certains qui n’ont pas été réabordés du tout (par exemple, je pense que le massacre perpétré par Stregobor dans la première saison ressortira à un moment donné, et j’attends des explications concernant Vilgefortz!!!). Vivement la saison 3, je trépigne d’impatience et j’ai envie de chaaaaanteeer!

Et le reste


J’ai lu deux anciens hors-séries des Cahiers de l’âne qui étaient disponibles gratuitement à Equita Lyon: le numéro 4 sur la santé (2013) et le numéro 5 sur l’attelage (2014). C’était passionnant. J’adore les ânes. Je veux trop avoir un âne. Vive les ânes. Il faut que je trouve un moyen de mettre des ânes dans ma vie.

En fin de mois, j’ai lu mon Cheval Mag habituel.

Et vous, chers lecteurs?
De belles découvertes en de mois de février?

jeudi 24 février 2022

Vert-de-Lierre (2019)

Un écrivain de polars en manque d’inspiration retourne dans la maison de sa grand-mère décédée afin d’y faire du tri. Dans le petit village où rien n’a changé, il retrouve des souvenirs d’enfance et se souvient notamment d’une légende locale, celle du Vert-de-Lierre, un être végétal qui volerait l’essence vitale de ses victimes. Il décide de visiter le château où serait née la légende et est témoin d’une apparition mystérieuse. Une Anglaise dissimulé par une voilette s’est installée au village et attise les commérages…

Vert-de-Lierre de Louise Le Bars a d’abord été publié en auto-édition. La version que j’ai lue est celle publiée ensuite par la maison Noir d’absinthe, avec une couverture (superbe) de Marcela Bolivar et un blurp en quatrième de couverture proposé par rien moins qu’Amélie Nothomb!

Ce roman reprend pas mal de codes du roman fantastique et gothique, comme le fait qu’une partie du récit est constituée des écrits de certains personnages, essentiellement le roman écrit par Rose, la jeune femme qui partage la maison de la mystérieuse Anglaise. On a aussi la grande maison de campagne entourée de son jardin luxuriant, où l’on se balade la nuit au clair de lune…

Étant friande ce genre d’histoire, je suis rentrée dedans sans aucune difficulté, d’autant que Louise le Bars écrit bien, avec une plume élégante, riche et facile à lire à la fois. Le style n’est pas parfait (si tant est que la perfection existe, merci de ne pas m’étrangler dans les commentaires 😉) et sa richesse même laisse deviner le jeune auteur un peu naïf face au brillant de certains termes, mais ça reste agréable à lire et ça colle bien à l’ambiance un peu surannée de l’histoire, très tournée vers le passé. La progression est un peu scolaire, mais tout ça marche bien; on n’a pas un chef d’œuvre, mais pour un premier roman, c’est pas mal du tout.

Ce qui m’a moins plu, c’est l’impression que tout ceci m’aurait plus parlé il y a quinze ans, voire vingt, quand je rêvais moi aussi de jeunes filles mystérieuses entrevues dans un jardin ou fuyant dans la forêt, et une certaine lassitude, de ma part, envers un élément que je commence à considérer comme un poncif ([divulgâcheur] la protagoniste du roman de Rose a été accusée de sorcellerie et internée en asile psychiatrique; loin de moi de contester les persécutions dont ont été victimes les femmes en raison de leur sexe, hein, mais bon, c’est comme quand le méchant est un nazi, ça ne me fait pas crier à l’originalité et à l’engagement politique [fin du divulgâcheur]).

S’est ajoutée à cela une tristesse diffuse en constatant que ce qui me parlait, ou plutôt me définissait, à un certain âge s’est totalement dissous dans le découragement et l’indifférence; j’ai tellement VOULU être le genre de personne qui écrit ce genre de bouquin, ou son équivalent dans un univers de fantasy, et maintenant il n’en reste rien dans ma vie. Aux alentours de la trentaine, j’en ressentais au moins le manque, j’éprouvais de la frustration et de la jalousie. Ce n’était pas agréable, hein, mais c’était quelque chose. Maintenant, il n'y a même plus ça. Il n’y a rien. Alors certes, je souffre moins, car passer ses journées avec la frustration et la jalousie n’a rien d’agréable. Mais c’est l’encéphalogramme et le cardiogramme plats. Je n’ai plus de rêves et je n’ai plus d’imagination. Je n’ai rien du tout.

Mise à jour: j'ai rédigé le présent billet à chaud, le jour après avoir fini de lire ce roman, et j'ai sorti le dernier paragraphe en toute honnêteté. Normalement, j'efface ce genre de chose lors de la relecture. Là, exceptionnellement, je laisse, car je pense que ce serait bien que je me souvienne d'avoir pensé ça sur le coup. Si jamais vous vous êtes inquiétés, rassurez-vous: je ne pense pas du tout, à temps plein, que "je n'ai rien du tout" dans ma vie. Il n'y a pas d'écriture, certes, mais il y a d'autres choses. Je ne peux toutefois m'empêcher de regretter d'être devenue l'adulte que je suis, et je constate quotidiennement que je trahis la fille que j'étais à quinze ans...

samedi 19 février 2022

Le Serveur de Brick Lane (2021)

Chronique express!

Kamil, serveur dans le restaurant Tandoori Knights de Brick Lane à Londres, est un ancien policier indien venu décompresser en Angleterre après une affaire qui a mal tourné. Par malheur, lors d'une soirée huppée à laquelle il participe en sa qualité de serveur, un cadavre fait son apparition dans la piscine. Le mort n'est autre que l'hôte de la soirée, un millionnaire indien proche des propriétaires du Tandoori Knights, qui ont accueilli Kamil les bras ouverts. Kamil reprend donc son ancienne casquette d'enquêteur...

Ce roman policier d'Ajay Chowdhury, auteur indien vivant à Londres, se lit avec grand plaisir. L'action se sépare entre le présent de l'enquête londonienne et le passé de l'affaire qui a fait plonger Kamil en Inde, et, bien sûr, les deux intrigues vont se rejoindre. Une structure un peu scolaire, mais qui fonctionne bien et donne envie de tourner les pages. Le fait que l'histoire se passe dans la communauté indienne de Londres apporte un changement agréable et – très important – donne envie de manger indien, d'autant que la moitié des personnages travaille dans un restaurant! Ohlàlà! 🤤 Et on ajoute à cela une petite touche d'humour très bienvenue. Je ne peux pas juger la plume de l'auteur, mais la traductrice française, Lise Garond, offre un texte clair et agréable à lire, qui se lit tout simplement tout seul.

"Tout a changé à Brick Lane. [...] Il faut faire attention aux avis des gens sur Trip Advisor et Instagram. Du grand délire. Click-click devant leurs assiettes toute la soirée. Et vas-y que je te twitte, et vas-y que je te schnapse. Bien manger, être bien servi, ça ne suffit plus. Maintenant il faut aussi une jolie présentation, tu comprends, pour que les gens puissent prendre leurs petites photos. Mais tu m'expliques comment on fait pour rendre un chapati photogénique?"

😂😂😂😂😂😂

Pourquoi ce livre?
Parce qu'il a été traduit par Lise Garond, justement, consœur que je connais dans la vraie vie et qui a un gros cerveau.

lundi 14 février 2022

Dictionnaire insolite des pays baltes (2018)

Chronique express!

De "Ačiū" (prononcé "atchou" 😉) à "Zappa, Frank", le Petit dictionnaire insolite des pays baltes de Marielle Vitureau, publié par Cosmopole, permet de découvrir trois petits pays que les Occidentaux connaissent mal, voire confondent carrément: l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Ils font partie du continent européen et de l’Union européenne et ils partagent un passé commun et de nombreux traits culturels, mais ils sont aussi très différents les uns des autres. Leur histoire s’est écrite de concert avec celle de la Pologne et celle de la Russie, la puissante voisine qui occupe, encore aujourd’hui, une place centrale dans l’actualité politique. (En ce début 2022, je pense d'ailleurs que leur actualité doit se composer à 100% de la Russie... 🙄)

Marielle Vitureau décrit tout cela avec clarté et précision à la fois, et surtout avec beaucoup de nuances; rien n’est simplifié ou stéréotypé, y compris dans l’héritage très lourd des souffrances de la Deuxième Guerre mondiale et de l’annexion à l’URSS (ou plutôt les annexions à l’URSS: 1941 et 1944). Rien d’étonnant quand on la connaît: Marielle est quelqu’un de super positif et lucide à la fois et surtout de très respectueux, et, moi qui la connais comme consœur, je me fais la réflexion que je devrais aussi la découvrir comme journaliste. Et si les autres tomes sont de la même qualité, cette collection de Cosmopole vaut clairement le détour pour découvrir un pays autrement qu’avec un guide touristique.

mercredi 9 février 2022

Soroé, reine des Atlantes (1905)

Après les Centaures d'André Lichtenberger et les Dieux Verts de Nathalie Henneberg, place à une nouvelle publication des éditions Callidor: Soroé, reine des Atlantes de Pierre-Barthélémy Gheusi et Charles Lomon. Initialement paru en 1905, ce roman est proposé ici dans la version remaniée en 1941 par Pierre-Barthélémy Gheusi, avec, en bonus, la fin originale publiée en 1905, un chapitre supprimé en 1941 et une postface de Brian Stableford destinée à la sortie du roman en anglais chez Black Coat Press en 2015.

Une couverture superbe de Valérian Rambaud 😍

Dans un passé lointain, Argall et Maghée quittent leurs terres du nord pour se mettre en quête d'Atlantis, la patrie d'origine de Dahéla, mère de Maghée et mère adoptive d'Argall. Lorsqu'il abordent enfin sur l'île mythique, ils sont confrontés à une situation politique tendue. La reine immortelle, Yerra, est alliée à Nohor, le sinistre prêtre des dieux de l'Or et du Fer, assoiffés de sang. Face à eux, Ruslem, prêtre des anciens dieux de Lumière, sent son pouvoir décroître de jour en jour. Lorqu'Argall sauve Yerra et Soroé, la petite-fille de Ruslem, des griffes d'une créature effrayante, il entre sans en avoir pleinement conscience dans une prophétie ancestrale sur l'avenir même d'Atlantis. La rivalité entre Yerra et Soroé, toutes deux prétendantes au trône d'Atlantis et au cœur d'Argall, ne sera pas sans effusions de sang.

Que dire? Soroé avait tout pour me plaire, et il n'a pas manqué d'y parvenir. Ton épique, Antiquité fantasmée pleine de temples et de bijoux, personnages sans peurs ni reproches, intrigues de cour, batailles monumentales... Tout y est. J'ai un peu eu l'impression de regarder un péplum des années cinquante, notamment à cause de la figure de la jeune fille virginale qu'est Soroé – quel cliché ridicule, franchement, mais qu'est-ce que j'aime ces clichés totalement dépassés. 🤩

Ce roman a bien quelques faiblesses, notamment une fin un peu hâtive. Il m'a semblé extrêmement dommage que Gheusi ait supprimé le chapitre proposé en bonus, car il est super inportant pour comprendre [divulgâcheur] ce que Yerra fait d'Argall après l'avoir envoûté [fin du divulgâcheur]. En son absence, je me suis demandée si j'avais raté une information quelque part. 

Outre le ton épique et le décor antique, je retiens une très belle bataille entre les forces d'Iztemph, un général expérimenté fidèle à Soroé, et Illaz, le meneur qui change plusieurs fois de camp et combat ce jour-là pour Yerra. Le souffle épique est bien présent, le terrain choisi se prête bien à la bataille, avec quelques reliefs ou points stratégiques à saisir ou défendre (un pont, par exemple), et la stratégie d'Iztemph est intéressante... Puis la situation se retourne totalement, sans que l'on sache pourquoi, et le fait d'être dans l'ignorance, comme les personnages, rend le tout encore plus prenant. J'ai lu ce roman peu de temps après la Débâcle de Zola et j'y ai retrouvé un certain souffle guerrier, bien que très différent.

Prochaine étape: mettre la main sur les Aventures de Setnê de Rosny aîné, qui a aussi l'air totalement fait pour moi! 🤩🤩

vendredi 4 février 2022

La gamelle de janvier 2022

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé.

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Belle de Momoru Hosoda (2021)
Influencée par un certain podcast, j’ai décidé d’aller voir ce dessin animé que je n’avais pas du tout repéré. Je suis contente de l’avoir fait, car cela me change des grosses productions que je vois habituellement et que j’ai bien aimé le rendu de la Bête. En revanche, je n’ai pas du tout accroché les dessins de l’univers virtuel, ni l’univers virtuel de manière générale, et j’ai trouvé les réactions des personnages déroutantes ou exaspérantes… Du coup, je suis sortie de ma séance mitigée. En revanche, tout comme le réalisateur m’avait épatée en mettant en scène une mère célibataire vivant des allocations dans les Enfants-loups, Ame et Yuki, j’ai été épatée de le voir aborder une thématique délicate ([divulgâcheur] un père violent envers ses enfants [fin du divulgâcheur]) qui n’apparaîtra probablement jamais avec autant de netteté chez Disney!

Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki (2001)
Une déception pour ce film à la très bonne réputation. J’ai apprécié de nombreux éléments visuels et j’ai été suffisamment émue pour verser une larmouille à la fin, mais globalement le côté farfelu ne m’a pas séduite. Il faut aussi préciser que je l’ai vu un jour de grande fatigue et que je me suis endormie quinze-vingt minutes vers le début, quand Chihiro arrive dans le bâtiment des bains, et que j’ai donc eu du mal à suivre l’intrigue…

Aline de Valérie Lemercier (2021)


Un film fort sympathique sur Céline Dion la chanteuse Aline Dieu et son rapport avec son mari. J’ai adoré les chaaaansssooooons et le fait que ladite relation soit montrée sous un jour positif, avec deux personnes qui se sont aimées jusqu’au bout. On est loin d’une certaine représentation que j’en avais, avec le manageur un chouïa pervers sur les bords qui "s’approprie" sa star ultrajeune (même si, indéniablement, la différence d’âge était importante). Il y a aussi pas mal d’humour (lors d’une série de spectacles suivant la naissance de ses jumeaux, la chanteuse, qui allaite encore, se plaint d’avoir "du lait qui coule dans les paillettes" 😂). Seuls problèmes: je ne comprends rien quand les Québécois parlent 🤣 et je m’interroge sur la décision de nommer la chanteuse "Aline Dieu" alors que c’est assumé que le personnage est Céline Dion. 🤔

Matrix Résurrections de Lana Wachowsky (2021)
Un reboot sympathique et très méta, qui me semble s’être fait avec la sincérité qui a quelque peu manqué à Star Wars. Ce film est tellement rempli de références à Matrix que même moi, qui ne connais réellement que le premier (j’ai vu le deuxième une seule fois, lors de sa sortie au cinéma, et je n’ai jamais vu le troisième), j’en ai relevé plein. 😉 Et le spectateur non spécialiste est plutôt bien accompagné pour recoller les morceaux avec la trilogie initiale. J’ai apprécié de nombreux éléments (le côté méta, donc, l’humour, l’alchimie de malades entre Keanu Reeves et Carrie-Ann Moss, le fait qu’un logiciel puisse se projeter dans le monde réel et que certaines machines soient passées du côté humain, la classe intergalactique de tous les personnages) et d’autres moins (le fait que les méchants tirent toujours à côté, par exemple, et un plan d'action qui tombe un peu du ciel) (en même temps, il y a de longs plans sur les mots "deus machina" dans une scène, alors…) Tout ça ne révolutionne rien mais c’est sympathique. Et il y a un chat. Donc…

Du côté des séries

Je poursuis avec hystérie enthousiasme la saison 2 de The Witcher. 😍

Et le reste


J'ai lu mon Cheval Magazine habituel et un vieux hors-série de Pour la science sur les trous noirs, la matière noire et l'énergie sombre. Pointu, mais émerveillant.

dimanche 30 janvier 2022

Vampires Never Get Old. Tales With Fresh Bite (2021)

Les vampires ne vieillissent jamais. Mais est-ce qu'ils peuvent survivre au young adult et au wokisme? 🙈

Bon, blagues et provoc' gratuite à part, ce recueil de nouvelles de la maison britannique Titan Books – liée de près à Forbiden Planet, chaîne de magasins pop culturelle 😉 – dirigé par Zoraida Córdova et Natalie C. Parker donne la parole à une dizaine d'autrices et d'auteurs young adult, dont les editrixes en personne, pour proposer un nouveau point de vue sur la figure centenaire du vampire. En effet, les vampires sont majoritairement "des hommes, blancs, cisgenres, hétéros et valides" (je traduis) et nos editrixes avaient envie de changement.

En dépit de quelques bons éléments, le résultat n'est pas bien marquant. Bien que les editrixes semblent croire que les textes réinventent le genre, j'y ai surtout vu du young adult simplet, à commencer par la rédaction: je crois que toutes les nouvelles sont à la première personne et au présent, ce qui a probablement vocation à rapprocher le narrateur du lecteur mais me semble surtout désespérément digne d'un roman pour CE1. Il y a aussi cette manie du young adult (peut-être issue des cours d'écriture créative?) de "montrer sans dire" (le célèbre "show, don't tell") en détaillant, à chaque putain de réplique, ce qu'un personnage fait: il hausse les épaules, il rejette une mèche de cheveux en arrière, il relève les yeux, il regarde son interlocuteur, etc. etc. Je ne supporte plus ce procédé car les romans que je traduis en sont blindés et que ça rend vite un traducteur zinzin de traduire du vent ou dix mille fois la même chose...

Point de vue histoires, on est dans un contexte résolument moderne, même si les thèmes du deuil et du choix restent intemporels. Je ne cite que les textes dont j'ai retenu un minimum quelque chose. Les autres sont déjà oubliés...

Le seul texte un peu inquiétant est The Boys from Blood River de Rebecca Roanhorse, avec son juke box qui diffuse une chanson que personne ne connaît. Sinon, j'ai apprécié Seven Nights for Dying de Tessa Gratton, dans lequel la narratrice a, justement, sept nuit pour décider si elle veut devenir une vampire ou non – un délai de réflexion que j'ai trouvé intéressant pour une décision qui vous engage pour... bein pour toujours, en fait, et qui est souvent bâclée ou subie. A Guidebook for the Newly Sired Desi Vampire de Samira Ahmed se passe en Inde ou est lié de très près à la culture indienne, ce qui change agréablement du monde anglo-saxon, même si je n'ai saisi aucune des références culturelles. Mirrors, Windows & Selfies de Mark Oshiro n'est pas marquant dans son récit, mais a quelque chose d'amusant pour moi car il se compose.... de billets de blog. 😉

Enfin, In Kind de Kayla Whaley m'a fait réfléchir à la valeur que j'accorde à la vie des personnes lourdement handicappées: dans ce texte, la narratrice est en fauteuil roulant et la vampire qui l'a transformée lui a en fait sauvé la vie, son propre père l'ayant étouffée avec un oreiller. Aux yeux de la société, cet homme n'est pas un meurtrier; les médias parlent de "mercy killing", c'est-à-dire de "mort miséricordieuse". Sous-entendu, la jeune femme avait une vie pourrie et il lui a pratiquement rendu un service en la tuant. J'ai passivement adopté ce point de vue jusqu'à ce que je comprenne que la narratrice – qui est la principale intéressée, vu que c'est de sa mort et de sa vie dont on parle – n'était pas du tout du même avis. Son handicap faisait partie d'elle et elle voulait vivre. Voilà qui fait réfléchir...

Et voilà. Un recueil très oubliable pour moi, malgré les points positifs que j'ai abordés ici. C'est un peu la plaie de certains bouquins de young adult: même quand ça part d'une démarche louable et que ça parle de thèmes pertinents, c'est plat...

mardi 25 janvier 2022

La Débâcle (1892)

Après quatre ans de lectures enthousiastes, ma relecture des Rougon-Macquart en compagnie de Tigger Lilly approche de sa fin. La Débâcle, paru en 1892, est en effet le dix-neuvième et avant-dernier tome de la saga. Il ne nous reste maintenant qu'à relire le Docteur Pascal et la grande épopée sera terminée...

Pour cette étape militaire, nous étions de nouveau accompagnées de notre Baroona (inter)national.

L'intrigue
En août 1870, Jean Macquart, que nous avons connu dans la Terre, a repris du service et est caporal dans le 106e régiment de ligne de l'armée française. Son escouade réunit cinq ou six membres, dont Maurice Levasseur. Au début, les relations entre les deux hommes sont tendues: le deuxième, plus instruit, méprise fortement le premier, qu'il considère comme un rustre. Au fur et à mesure que les marches insensées de l'armée française se succèdent, toutefois, une amitié solide va se forger entre eux et les aider à surmonter les difficultés grandissantes, jusqu'à l'affrontement terrible contre les Prussiens à Sedan.

Un roman militaire
La Débâcle est le roman de guerre de Zola. Commençant en août 1870, il tourne essentiellement autour des journées précédant la bataille de Sedan, puis autour de cette bataille en particulier. Tout est raconté avec beaucoup de minutie: organisation de l'armée française, quotidien des soldats, mouvements de troupes, ordres des généraux ou de Paris, positions des Français et des Prussiens... Zola a bien fait ses devoirs, comme d'habitude. Pour ma part, j'ai vite décidé qu'il était inutile que j'essaye de comprendre avec précision qui était où (et encore, mon édition du Livre de Poche comprend deux cartes de Sedan et des environs!) et j'ai simplement suivi les aventures de nos personnages, dont ressortent deux éléments majeurs: la désorganisation de l'armée française et la supériorité technique, organisationnelle et stratégique de l'armée prussienne.

Des va-et-vient insensés
En juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse (je vous invite à lire la page Wikipédia sur le pourquoi du comment: ça me semble particulièrement insensé) et nos personnages zoliens partent à la guerre avec le sourire, convaincus qu'ils vont botter le cul des Prussiens rapidement et proprement. Hélas pour eux, les défaites se succèdent et Jean et Maurice sont pris dans des mouvements de troupes insensés: pendant plusieurs chapitres successifs, ils avancent puis reculent, puis changent de direction, puis font du surplace, au gré des ordres contradictoires venus d'en haut. Un temps, l'armée semble se replier sur Paris pour la défendre, puis il faut aller à la rencontre de l'ennemi, puis on ne sait plus, puis on réavance, puis on ne sait plus, etc. On partage totalement le désarroi des soldats, qui sentent bien que l'armée manque d'un commandement net. Bien sûr, ces mouvements de troupes chaotiques entraînent d'énormes problèmes logistiques, les convois de nourriture se retrouvant au mauvais endroit. Et comme disait Napoléon (le premier!), "une armée marche à son estomac"...

Un Empereur perdu
Après jenesaisplusquelle défaite, Napoléon III a perdu le commandement direct de l'armée, qui a été confié en partie à l'Impératrice régente et en partie à jenesaisplus quel général. Là aussi, désaccords sur la stratégie à suivre, ordres insensés, tout ça. Ce qui est intéressant, c'est que Napoléon III, présent aux côtés de ses troupes dans l'Est de la France, fait furieusement pitié. Dans les romans précédents, c'était une figure floue, toute-puissante et assise sur un tas d'or aux Tuileries dans la Curée ou un chef de gouvernement planant un peu dans Son Excellence Eugène Rougon, avec, dans tous les cas, un contrôle rigoureux de l'opposition. Donc, bon, pas le genre de dirigeant pour qui vous avez envie de verser une larme. Là, le pauvre homme est au bout de sa vie. Il sait qu'il ne sert à rien, vu qu'il a perdu tout pouvoir exécutif, et il sait même que la défaite face aux Prussiens est inévitable. Il traîne sa carcasse d'homme malade de maison en maison et ne peut rien faire, jusqu'au moment où, dans un sursaut, il décide de hisser le drapeau blanc sur Sedan, mettant ainsi fin au massacre. Et encore, même là, il est obligé d'attendre la signature d'un général! 

Ah ! ce misérable empereur, à cette heure sans trône et sans commandement, pareil à un enfant perdu dans son empire, qu’on emportait comme un inutile paquet, parmi les bagages des troupes, condamné à traîner avec lui l’ironie de sa maison de gala, ses cent-gardes, ses voitures, ses chevaux, ses cuisiniers, ses fourgons, toute la pompe de son manteau de cour, semé d’abeilles, balayant le sang et la boue des grandes routes de la défaite !

La débâcle du Second Empire
Comme son nom l'indique, la Débâcle parle de la grande défaitede l'armée française à Sedan – éreintée par des jours de marche et plusieurs défaites, elle met le cap sur Sedan et les Prussiens parviennent à encercler la ville –, mais aussi de la chute du Second Empire au sens large. La saga des Rougon-Macquart est étroitement liée au Second Empire et  se termine avec lui. Le Docteur Pascal, dans mon souvenir, fait plus office d'épilogue et de bilan. Zola voit dans cette défaite militaire la chute d'un monde pourri de l'intérieur par l'excès d'argent, entre autres, et considère la guerre comme un gros coup de balai qui remet les compteurs à zéro; la chose est exprimée par Maurice à la fin du roman et est confirmée par un article publié par Zola dans le Figaro à propos de Sedan, repris dans mon édition du Livre de Poche. La guerre comme mal nécessaire et cyclique permettant aux sociétés d'avancer, ce n'est pas du tout mon point de vue sur la question, mais ça a quelque chose de dantesque sous la plume de Zola...

Des personnages humains
En parallèle des faits militaires et du contexte politique, Zola met en scène de nombreux personnages, et la Débâcle est avant tout leur roman. Jean et Maurice, en leur qualité de soldats, portent la plupart des chapitres et permettent au lecteur de voir la guerre de l'intérieur. Mais on s'attache aussi à d'autres soldats, comme Honoré, qui porte la cicatrice d'un amour déçu, Prosper, qui prend grand soin de son cheval Zéphyr, ou Bouroche, le médecin qui soigne et ampute dans Sedan assiégé. Et on rencontre plusieurs civils: Henriette, la sœur de Maurice, Weiss, son époux qui fera une fin épique face aux Prussiens (à croire que le personnage a en fait été écrit par David Gemmel, grand spécialiste des combats désespérés!), les Delaherche qui mettent une touche de normalité bourgeoise et de vaudeville dans tout ça... De "petites gens" qui permettent de voir la guerre d'un autre point de vue et d'en mesurer toute la portée, au-delà des champs de bataille et des morts.

La guerre et ses conséquences
Le roman ne s'arrête pas avec la défaite de Sedan, puisque toute la troisième partie raconte l'après-Sedan: traitement inhumain des prisonniers français, occupation allemande, organisation des civils pour reprendre leur vie comme faire se peut, poursuite du combat ailleurs en France... Le constat, pour moi, est complètement déprimant: la violence appelle la violence et la guerre appelle la guerre, dans une succession insensée où les responsables politiques ne répondent pas réellement de leurs actes puisqu'ils ne sont pas sur le terrain en train de mourir. C'est d'autant plus consternant dans le cas des conflits franco-allemands, car, contrairement à Zola, le lecteur du XXIe siècle connaît les évènements de 1914 et 1940. Quant aux deux derniers chapitres, ils [divulgâcheur] tracent un portrait désolant de la Commune, comme une parenthèse insensée et sanglante, qui m'a confortée dans mon rejet des révolutions. Mais Paris qui brûle, holàlà, c'est un des panoramas les plus incroyables que Zola ait jamais peints! [fin du divulgâcheur]

Bref, un roman dur et cruel, plein de sang et de clairons, mais aussi de sentiments forts entre humains noyés dans la guerre. Et comme d'habitude, ça se lit tout seul parce que Zola écrivait comme un dieu. Un indispensable de plus!

Allez donc voir ailleurs si cette débâcle y est!
L'avis de Baroona
L'avis de Tigger Lilly

jeudi 20 janvier 2022

Bilan 2021 – Lectures

Après le bilan cinématographique, retour sur les lectures de 2021. Et par chance, c'est nettement plus reluisant!

Niveau chiffres, la tendance à la baisse se poursuit, comme les trois dernières années, avec 58 lectures. C'est moins que les 62 de 2020 et encore moins que les années précédentes. Mais vu que je n'ai pratiquement pas lu en novembre et en décembre, je craignais pire et j'ai l'impression d'avoir bien géré. 😃

Le comptage de fin d'année a également fait ressortir un fait qui m'étonne moi-même: sans le faire exprès et sans en avoir la moindre idée, j'ai, certainement pour la première fois de ma vie, lu plus de femmes que d'hommes. Et on peut même dire beaucoup plus: 34 livres écrits par des femmes, contre seulement 24 écrits par des hommes! Je suis stupéfaite!

Les géants

Deux romans dépassent largement les autres, à tel point que je suis incapable de les départager: Rebecca de Daphne du Maurier (chronique) et Watership Down de Richard Adams (chronique). J'ai tendance à penser que Rebecca est encore supérieur car plus élégamment écrit, mais Watership Down réussit l'exploit de faire parler des lapins, alors, vraiment, je ne me sens pas en mesure de décider.

Je tiens également à citer We Have Always Lived in the Castle de Shirley Jackson, une histoire d'enfermement sur soi doublée de pensée magique. Chronique.

Les séries

Cette année aura été marquée par quelques séries de qualité.

J'ai conclu la Passe-Miroir de Christelle Dabos avec la Mémoire de Babel (chronique) et la Tempête des échos (chronique). Hélas, la deuxième moitié de la saga m'a beaucoup moins plus que la première, mais ça reste une série intelligente et bourrée d'inventivité que je recommande.

J'ai lu la trilogie d'une nuit d'hiver de Katherine Arden. Un délice. Merci à l'amie qui m'a offert le premier tome. Avec le recul, je trouve aussi amusant d'avoir lu ces romans d'inspiration russe l'année où j'ai repris le russe, même si les deux choses n'ont aucun rapport. Chroniques ici, ici et ici.

J'ai découvert avec grand plaisir la détective Bruna Husky de Rosa Montero, ce qui m'a également permis de lire un peu en espagnol. J'ai hâte de continuer! Chroniques ici et ici.

Les tant attendues

En 2021, j'ai enfin lu Daphnee du Maurier, Shirley Jackson, Sylvie Lainé et Becky Chambers, que je voulais lire depuis des lustres. Yeah!

Les inattendues

J'ai aussi lu une autrice que j'ai découverte récemment, Benoîte Groult, et une autrice que je ne voulais pas lire mais qui a su me captiver, Kameron Hurley.

Le pavé

J'ai terminé l'intégrale des nouvelles d'Arthur C. Clarke, qui m'a demandé plusieurs mois de labeur. Un grand écrivain et un grand visionnaire. 😍 Chronique.

La relecture au long cours

Lentement mais sûrement, j'ai continue à relire les Rougon-Macquart d'Émile Zola avec Tigger Lilly et Baroona. Un plaisir constant, Zola étant l'immense écrivain qu'on connaît.

Du côté des revues

Depuis quelques années, j'ai pour ambition de lire une revue par mois en plus de Cheval Magazine. Objectif atteint en 2021 avec 16 revues. J'en ai tiré une nouvelle bonne résolution que j'espère transformer en habitude: lire Le Monde diplomatique deux fois par an. J'ai aussi lu de nombreux Livres Hebdo, mais plutôt en diagonale.

Du côté des BD

En volume, j'ai lu 21 bandes dessinées ou comics cette année. C'est beaucoup moins que les années précédentes, certainement parce que les intégrales de Hellblazer sont de gros pavés demandant beaucoup de temps. J'ai aussi lu une soixantaine d'épisodes de X-Men en fin d'année. Chaque épisode faisant seulement vingt-deux pages, j'ai du mal à compter ça comme "une vraie BD", mais, cumulés, ça fait tout de même un sacré volume.

Et la pile à lire dans tout ça?

Pioupioupioupiou! Après des années de baisse, la pile à lire s'est réveillée et a craché du feu, passant de dix à pas moins de 31 volumes. En pourcentage, ça fait +210%, si je ne trompe pas – le calcul me semble tellement simple que je crains d'être à côté de la plaque. Pioupioupioupiou! 🤣

samedi 15 janvier 2022

Bilan 2021 – Cinéma

Comme toujours, on commence la nouvelle année en se penchant sur l'année écoulée, et on commence par le cinéma!


Après le bilan très modeste de 2020, le bilan de 2021 est... euh... navrant? Déjà, les cinémas ont été fermés pendant cinq mois. Ensuite, j'ai mis un mois à y aller après la réouverture, probablement parce que c'était une période chargée professionnellement, mais je ne me souviens plus vraiment. Durant l'été, je suis partie un mois loin des salles. En fin d'année, je suis tombée dans un trou noir professionnel; je regrette d'ailleurs la période où j'étais seulement "chargée".

Résultat: seize séances cette année. C'est-à-dire rien qui justifie un abonnement illimité.

En plus, on ne peut pas dire que tout ça soit super marquant. Seuls cinq films sortis cette année me semblent réellement dignes d'intérêt: Nomadland, Shang-Chi et la légende des dix anneaux, Dune, le Dernier duel et les Éternels. Et encore, aucun de ces films n'est un coup de cœur majeur. Nomadland m'a quand même un peu ennuyée, Shang-Chi est très sympa sur le coup mais pas marquant, Dune est réalisé avec maestria mais ne m'a pas touchée, le Dernier duel est un film important mais épouvantable à endurer et pas convaincant sur tous les plans, et les Éternels est super mais pas franchement bouleversant non plus...

Voilà.

Au final, ce que j'ai préféré au cinéma cette année, comme l'année dernière, c'est de revoir les vieux films. Si Starship Troopers ne m'a pas séduite, j'ai en revanche adoré voir Basic Instinct et Moulin Rouge sur grand écran. ❤❤ Pour 2022, je guette donc les séances UGC Culte et UGC Memories avec beaucoup plus d'attention que les sorties... 😜