mercredi 11 mars 2020

Sorcières. La puissance invaincue des femmes (2018)

Impossible d'échapper à l'essai Sorcières. La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Depuis sa sortie en 2018, je le vois partout sur les réseaux sociaux et j'ai ainsi appris que l'autrice évoquait longuement le sujet de la non maternité choisie, ce qui m'a forcément attirée...


Pour tout dire, j'avais quelques inquiétudes à cause du sous-titre "la puissance invaincue des femmes". Je craignais d'y trouver une revendication d'unicité et de différence que je trouve dangereuse car peu rationnelle et proche des répartitions genrées traditionnelles. Quelque chose, pour vous donner une idée en forçant le trait, comme "les femmes sont magiques car plus proches de la nature que les hommes". De là à "les femmes sont incapables d'apprendre les mathématiques", il n'y a qu'un pas...

Heureusement, je n'ai rien trouvé de tout ceci, sauf à la toute fin, dont je vous reparlerai.

L'ouvrage se divise en quatre parties et part du phénomène des chasses aux sorcières du XIVe au XVIIe pour aborder quatre grands thèmes: l'indépendance féminine, la non maternité, le vieillissement et le sexisme de la société actuelle. Il est bien documenté que la chasse aux sorcières a surtout visé des femmes seules et/ou âgées qui vivaient sans homme, en dehors des schémas patriarcaux dominants. Mona Chollet trace le parallèle avec de grandes figures féministes du XXe, puis elle détaille les résistances face au désir et à la revendication de la non maternité par certaines et étudie le rejet des signes de l'âge chez la femme. 

La lecture est tout à fait passionnante et prenante. Mona Chollet écrit très clairement, avec un peu d'humour et de panache qui donnent du relief à ses propos. J'ai lu l'essai en quatre jours en décidant délibérément de lire seulement une partie par jour pour que les idées aient le temps de cheminer dans mon esprit; dans un autre contexte, par exemple en vacances, j'aurais pu le lire d'une traite. Le propos est à la fois glaçant, stimulant et libérateur.

Glaçant pour deux raisons. Tout d'abord la liste ahurissante de violences en tout genre faite aux femmes: de la torture des sorcières au fait de mettre la main dans le vagin des parturientes à l'hôpital sans leur demander leur avis et sans les prévenir, il y a de quoi se barricader chez soi; et ensuite la profondeur du clivage dans l'éducation et la perception des deux genres. Ce dernier point est pour moi d'autant plus glaçant que je vois clairement, au quotidien, combien l'éducation traditionnelle que j'ai reçue étant enfant m'a enfermée dans des schémas dont je peine à me libérer – à commencer par le fait de me poser en "soutien de quelqu'un d'autre" plutôt qu'en personne, professionnelle ou artiste à part entière.

Heureusement, au-delà de ce triste constat, j'ai aussi dit que le propos de Mona Chollet est stimulant et libérateur. Car, oui, lire cinquante pages sur la non maternité, écrites par une femme qui n'a pas d'enfant et ose le dire, ça fait du bien, même si je reste terrifiée de voir arriver la quarantaine à l'horizon en n'ayant toujours pas d'enfant, ni même la moindre envie d'en avoir (et donc de mourir seule sous le regard méprisant d'un professionnel de la santé qui estimera que j'aurai râté ma vie). Ça fait du bien de voir qu'on n'est pas seule, qu'une femme dont l'essai se vend à des dizaines de milliers d'exemplaires a été agressée, elle aussi, par des gens qui lui ont expliqué qu'elle n'a rien compris à la vie si elle n'est pas mère.

Ça fait du bien de voir qu'il y a des millers de femmes, partout dans le monde, qui vivent comme elles le veulent malgré les obstacles et malgré le fait qu'elles dérangent et qu'on les moque, qu'on les prend de haut constamment.

Ça fait du bien de voir qu'il y a des femmes qui ne se teignent pas les cheveux parce qu'elles ne ressentent pas le besoin de faire semblant d'être jeunes et fécondes pour toujours.

Ça fait du bien de se rappeler que, quand un homme cinquantenaire abandonne sa compagne de longue date pour une femme de trente ans plus jeune en laissant ses enfants sur les bras de leur mère, c'est lui qui ne se comporte pas dignement, pas elle qui est une vieille peau condamnée à rester seule.

Du côté des réserves: je dois tout de même dire que j'ai parfois ressenti une légère confusion entre "argument" et "exemple", ou une surestimation de la valeur d'un exemple en particulier. Ainsi, dans la première partie, un paragraphe aborde le parcours d'une féministe pour ensuite signaler que le taux de divorce a explosé aux États-Unis à la même période. Je n'ai pas noté le passage pour vous le montrer, mais il m'a semblé que le sous-entendu était qu'il y avait un lien direct entre les deux choses. Or, l'augmentation des divorces s'explique par des tas de raisons, pas seulement par les propos de cette femme-là en particulier.

À la fin, la quatrième partie m'a parfois perdue; l'autrice y fait le lien entre femmes et nature, femmes et écoféminisme, et j'ai lu quelques paragraphes sans en saisir le contenu. C'est là qu'on pourrait glisser vers ce que je craignais à cause du titre, une vision de la femme comme élément de la nature, une espèce de force primitive (là où l'homme serait l'esprit et la machine, je suppose). C'est un peu comme quand on dit que les femmes devraient plus s'engager en politique car elles sont plus douces que les hommes. Voyons Margaret Tatcher et Marine Le Pen. 😅

Malgré ces réserves, je recommande chaudement la lecture de cet ouvrage. On ne prendra jamais trop conscience de combien la société occidentale est profondément misogyne et repose sur l'asservissement de la femme. Et même si ça ne change pas le quotidien dans l'immédiat, identifier ces mécanismes est indispensable pour ensuite les faire bouger.

Allez donc voir ailleurs si ces sorcières y sont!

vendredi 6 mars 2020

La gamelle de février 2020

Après un bon démarrage en janvier, stagnation désolante de ma vie culturelle en février...

Sur petit écran

Frère des Ours de Robert Walker et d'Aaron Blaise (2003)


Ça faisait beaucoup trop longtemps. 💖 Ce dessin animé est adorable, touchant, drôle et injustement méconnu. Donnez-lui une chance s'il croise votre chemin.

Sur grand écran

Les traducteurs de Régis Roinsard (2020)


Un thriller prenant et plutôt ambitieux. Le film me semble détonner dans la production française: il s'agit d'un scénario original, il ne s'agit pas d'une histoire familiale ou pseudo-sociétale (vous savez, ces films qui partent d'un état de fait socio-économique réel, disons la pauvreté des personnes âgées, pour en faire des comédies simplistes et lourdement conventionnelles, voire conservatrices) et surtout il est multilingue. Les langues des neuf traducteurs sont bien présentes et jouent même un rôle important dans une scène très réussie exploitant l'espagnol et le mandarin. J'ai même été bluffée de voir une des personnages parler de sa déception de la maternité!! C'est dingue. (Note perso: je me suis tellement vue dans ce personnage...)
J'ai un peu mois aimé la fin, l'intrigue se complexifiant d'une manière qui ne m'a pas tout à fait convaincue, mais je recommande néanmoins. Vu deux fois pour relever, la deuxième fois, les indices que j'aurais manqués la première fois. ^^

Du côté des séries

J'ai commencé Picard, mais je ne suis pas enthousiaste pour l'instant; je trouve certaines ficelles trop énormes et il me semble qu'il y a trop de doubles jeux pour que ça tienne la route. Bilan dans deux mois.

Et le reste


J'ai lu le Cheval Magazine de février, un ancien numéro de Terra Eco pour me pencher sur la finance éthique (catastrophe: comme me l'avait dit une ancienne enseignante d'équitation, il n'existe que deux banques responsables en France et l'une des deux ne propose que des comptes épargne, pas de comptes courants... Huit ans que je dois relire ce numéro pour redécouvrir cette triste vérité...) et un vieux numéro de Fiction, celui du printemps 2014, que m'a donné une amie qui y avait réalisé une traduction (il s'agit de Lise Capitan, traductrice des Véritables chroniques martiennes de John Sladek). Après deux interviews très intéressantes, la première d'Ayerdal et de Norman Spinrad et la seconde de Justine Niogret et Jean-Philippe Jaworski, j'ai été plutôt déçue par le niveau des textes. Le seul qui pourrait me rester en tête est L'éternité dure longtemps de Sonia Quémener, une amusante histoire de fantômes confrontés à leur propre incorporalité. D'autres avaient des idées sympathiques, mais n'étaient pas assez aboutis pour me marquer; d'autres m'ont paru incompréhensibles ou largement facultatifs.

Et voilà. En mars, j'espère rattraper Birds of Prey, qui par miracle passe encore dans mon cinéma, voir Woman et peut-être donner une chance à 1917...

dimanche 1 mars 2020

Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (2007)

Chronique express!

Ne prenez pas peur face à cette couverture horrible... 😉

Bien que je n'aie lu aucun roman d'Haruki Murakami, j'ai eu envie de lire ce court ouvrage sur la course à pied et l'écriture à cause d'une vidéo de Samantha Bailly (à 4:08). L'auteur japonais y parle surtout de la course, une activité sportive pour lui indissociable de l'écriture. Quand il a décidé d'écrire un roman, Haruki Murakami a vendu son club de jazz et s'est consacré à l'écriture à temps plein. En parallèle, il a adopté une routine sportive stricte afin de conserver une forme physique suffisante pour écrire. Il court presque tous les jours, prend part à un marathon et un semi-marathon par an et a même participé à un ultra-marathon (une course de 100 km). Dans cet ouvrage rédigé en 2005, il prépare le marathon de New York.

Cette lecture est indéniablement prenante. Je m'intéressais plutôt à l'écriture, qui est nettement minoritaire, mais au final je me suis retrouvée dans les passages sur la course. Pas que je coure, entendons-nous – au contraire, j'ai haï cette discipline de toutes mes forces quand j'ai été contrainte de la pratiquer à l'école – mais je suppose que le dépassement de soi parle à tous. Le fait de préparer une performance en se donnant des objectifs et en s'entraînant est tout à fait transposable à l'équitation, par exemple. (Mais quelle idée de courir un ultra-marathon, j'ai eu mal pour lui tellement l'effort est démesuré pour les muscles. 😱) Haruki Murakami aborde aussi le vieillissement de son corps et la baisse de ses capacités, qu'il lui a tout simplement fallu accepter. En revanche, je n'ai pas aimé le style, qui m'a paru froid et presque mécanique et m'a empêchée de vraiment plonger dans ma lecture.

Éditions 10/18. Traduit du japonais par Hélène Morita.

mardi 25 février 2020

Beggars in Spain (1993)

Commencer Beggars in Spain de Nancy Kress, c'est un peu comme plonger dans Bienvenue à Gattaca: un couple décide quelles modifications génétiques apporter à son futur enfant. Certaines concernent son aspect physique, mais le père, Roger Camden, veut surtout que son enfant n'ait pas besoin de dormir. La technique est encore expérimentale, mais qu'importe... Cet homme richissime n'a pas l'habitude qu'on lui dise non. L'enfant ne dormira pas.

Puis un coup de théâtre secoue les parents: par le plus grand des hasards, ils auront des jumeaux. Un ovule a été fertilisé naturellement, sans modification génétique. Ainsi naissent Leisha, qui ne dort pas, est extrêmement belle et possède une intelligence hors du commun, et Alice, qui est... normale.

Ne prenez pas peur en voyant cette couverture hideuse...

Tout au long de la première partie de ce roman, intitulée "Leisha" et d'abord parue sous la forme d'une novella qui a remporté – à juste titre – le Hugo et le Nebula, Nancy Kress raconte l'enfance, l'adolescence et les premières années d'adulte de Leisha dans un monde où les Non Dormeurs (les Sleepless en VO) sont de plus en plus nombreux, mais toujours très peu nombreux – de l'ordre de quelques milliers de personnes dans le monde.

C'est tout simplement brillant. L'histoire est juste sur le plan humain: la vision qu'a Leisha du monde quand elle est enfant, sa compréhension vague des horribles préférences de ses parents par rapport à leurs deux filles, sa rencontre avec d'autres Non Dormeurs et son entrée dans la vie active dans une société qui les craint, les jalouse et les rejette sont poignants d'humanité et riches de nuances émotionnelles. En parallèle, l'intégration (ou plutôt la non intégration) de ces personnes est étudiée avec une lucidité horrifiante. Entre les rumeurs, les mots désagréables, les actes de loi à la con, les États-Unis perdent complètement la tête – et, par conséquent, les Non Dormeurs doivent prendre des décisions difficiles. Comment vivre dans une société qui vous déteste parce que vous êtes plus intelligent, que vous pouvez travailler plusieurs heures de plus par jour et que, par-dessus le marché, votre modification génétique vous a doté d'une vie exceptionnellement longue?

Cette première partie est disponible en France aux éditions ActuSF, dans la traduction de Claire Michel et sous le titre L'une rêve, l'autre pas. Lisez ce livre!

Mon édition Eos est celle du roman que Nancy Kress a écrit dans un deuxième temps. Il comprend trois parties supplémentaires. La deuxième partie, "Sanctuary", se passe en 2051 et tourne autour d'une enquête et d'un procès, eux-mêmes liés à des recherches scientifiques qui permettraient de transformer les Dormeurs en Non Dormeurs. La troisième partie, "Dreamers", commence en 2075 et raconte [divulgâcheur] la création d'une deuxième génération d'humains génétiquement modifiés, les Supers, par les Non Dormeurs dans l'idée de se protéger, un jour, des attaques des Dormeurs [fin du divulgâcheur]. La troisième partie, "Beggars", nous emmène en 2091 [divulgâcheur] pour assister à l'étape ultime du délire d'isolation de Jennifer Sharifi, qui déclare l'indépendance de Sanctuary, la station orbitale où vivent 95% des Non Dormeurs, par rapport aux États-Unis [fin du divulgâcheur].

Si ces trois parties étaient également très riches, je n'ai pas retrouvé l'enthousiasme ressenti à la lecture de la première. Le fait que le point de vue de Leisha, qui était unique au début, ne soit plus qu'un point de vue parmi d'autres, chaque chapitre consacrant quelques pages à plusieurs personnages, m'a clairement fait perdre la proximité émotionnelle que j'avais ressentie. L'effet de découverte est également passé: la présence des Non Dormeurs n'est plus une nouveauté et, même si les choses ne se passent pas bien et que certains passages font froid dans le dos, l'intrigue n'est plus aussi renversante.

Je tiens toutefois à écrire un mot sur Miri, un personnage très particulier, riche de nuances à sa manière. [Divulgâcheur] Il est difficile de s'identifier à elle, sa façon de raisonner n'étant pas réellement humaine à cause des modifications génétiques dont elle a fait l'objet (c'est une Super); et pourtant, sa profonde humanité, sa manière de sentir des notions éthiques essentielles, m'ont touchée [fin du divulgâcheur].

Vous vous demandez pourquoi ce roman s'appelle Beggars in Spain en version originale? Cela fait référence à la métaphore qu'emploie un Non Dormeur. Être un Non Dormeur dans une société de Dormeurs, c'est comme être entouré de mendiants dans un pays pauvre tel que l'Espagne (euh, sur ce point je me suis demandé si Nancy Kress savait où était l'Espagne ou s'il fallait par là comprendre que le personnage est un gros beauf... ^^). Et que font des mendiants quand ils voient tout ce que vous avez alors qu'ils n'ont rien...?

Si cette vision de la mendicité me semble plutôt tenir de la délinquence, elle permet d'utiliser le mot "beggars" de multiples façons tout au long du roman: avec compassion pour Leisha, un personnage très moral et juste, avec un mépris ahurissant par Jennifer Sharifi, et enfin avec humilité par Miri.

En bref: bien que les trois parties suivantes ne soient pas aussi exceptionnelles que la première, qui est vraiment brillante, je recommande cette lecture, qui est extrêmement riche de thèmes sociaux.

En revanche, j'ai survolé, sur Wikipedia, le résumé des deux romans qui sont venus compléter celui-ci de manière à former une trilogie Beggars et je ne les lirai pas: l'intrigue semble retorse et confuse et je ne suis pas pressée de voir les modifications génétiques aller encore plus loin. [Divulgâcheur] Dans le deuxième roman, l'être humain devient même une créature photosynthétique. Heuh? [Fin du divulgâcheur]

Allez donc voir ailleurs si d'autres dorment!

jeudi 20 février 2020

La Joie de vivre (1884)

Autant le onzième tome des Rougon-Macquart, Au Bonheur des Dames, est un des romans les plus lumineux d'Émile Zola, autant le douzième, La Joie de vivre, est probablement le plus sombre, le plus lugubre, le plus étouffant et le plus désespéré. J'en gardais un souvenir horrifié. Qu'en a-t-il été à la relecture?

Eh bien, je ne peux que confirmer mon ressenti: j'ai été horrifiée cette fois-ci aussi.


L'intrigue
Pauline Quenu, la fille du couple de charcutiers du Ventre de Paris, est recueillie par de distants cousins à la mort de ses parents. Les Chanteau vivent à Bonneville, un petit village de pêcheurs en Normandie. Le père est tourmenté par une goutte douloureuse. La mère fonde de grands espoirs sur son fils. La bonne, Véronique, grommelle dans sa cuisine.
Pauline, âgée de 10 ans, se lie d'amitié avec le fils, Lazare, âgé de 19 ans. Ils font de longues promenades au bord de la mer et se baignent ensemble en bons camarades. Puis Lazare, raisonné par sa cousine, accepte de partir étudier à Paris. Au fil des années, leurs rapports évoluent, jusqu'à ce qu'il soit question de les marier.
Mais Pauline a hérité d'une grosse fortune, des titres soigneusement rangés dans le secrétaire de sa tante. Cet argent ne peut passer inaperçu. Voulant aider sa famille, elle finance des projets désastreux de son cousin et accepte peu à peu d'entretenir le foyer tout entier. En outre, une amie de la famille, Louise, passe ses vacances à Bonneville et ne laisse pas Lazare indifférent.
Vous le voyez venir, le désastre?

Un sort funeste et sordide
La Joie de vivre est lourd pour des tas de raisons. Tout le monde semble condamné. Les petits et grands emprunts d'argent se multiplient, le pactole de Pauline diminue. La maladie de M. Chanteau progresse inexorablement jusqu'à faire de lui un infirme. L'adoration de Mme Chanteau pour son fils et son désir d'argent se retournent contre sa propre honnêteté et contre sa nièce, qu'elle dépouille sans scrupules, voire en trouvant cela bien normal, voire enfin en lui en voulant de la dépouiller (!). Lazare se jette tête baissée dans des projets successifs voués au désastre. Le chien de la famille vieillit. La bonne ne fait que marmonner et, après deux ou trois chapitres où elle passe du côté de Pauline, elle retombe dans la mauvaise foi.
Deux évènements particulièrement horribles m'avaient marquée: le décès de Mme Chanteau, en proie au délire et à la paranoïa, et l'accouchement de Louise, un martyre intolérable. Cette fois-ci, j'ai aussi noté l'emprunt de Mme Chanteau, qui vient prendre l'argent de Pauline sous les yeux de celle-ci alors que la jeune fille est gravement malade, la peur de la mort de Lazare (ahah), qui ne se remet pas de la mort de sa mère, et la tentative de viol de celui-ci sur Pauline.
Il n'y a pas une goutte d'espoir dans ce roman. Le chien meurt, Pauline se fait dépouiller et sacrifie son bonheur en faveur d'un pauvre mec, l'accouchement épouvantable donne un enfant chétif, les mariés se détestent, le père souffre le martyre, les villageois restent pauvres, ignorants, vulgaires et profiteurs malgré les efforts de Pauline, la chatte de la maison met bas régulièrement des chatons qu'on noie aussitôt. Les deux seules éclaircies, le revirement de la bonne en faveur de Pauline et les efforts du médecin du village, ne produisent aucun résultat. Même un roman plein d'horreurs comme Germinal met en scène quelques personnages plus positifs. Ici, il n'y a pas de bouée de sauvetage et [divulgâcheur] l'annonce d'un suicide à moins d'une page de la fin [fin du divulgâcheur] vous laisse complètement sous le choc.

Un roman zolien
Quelques thèmes récurrents dans l'œuvre de Zola sont présents. Il aborde l'éducation des femmes, notamment en opposant le savoir de Pauline et de Louise. Pauline a étudié les livres de médecine de son cousin et est donc informée en matière de sexualité; elle regarde la chose avec franchise et simplicité. Au contraire, Louise ne possède que des bribes de savoir pervers récoltées dans un pensionnat; par conséquent, elle n'a aucune information scientifique mais est totalement obsédée par le sexe, qui régit sa vie de femme et la pousse à minauder comme une idiote. Elle est formatée pour se jeter dans les bras d'un homme. Au début du livre, la scène des premières règles de Pauline est saisissante; encore totalement ignorante du fonctionnement de son corps, maintenue dans cette ignorance par sa tante qui estime que cette stratégie est la meilleure éducation pour une femme, la pauvre ado croit qu'elle va mourir.

La parentalité et la fertilité sont aussi évoquées, mais d'une manière très négative, ce qui est rare chez Zola, plutôt enclin à les exalter. (Lui-même a eu des enfants tard, hors mariage.) Pour Lazare, la paternité est un échec: son bébé ne lui procure pas de joie, mais l'horrifie au contraire, car ce petit être continuera de vivre quand lui-même sera mort! Pour Louise, c'est le martyre de l'accouchement suivi d'un mariage malheureux; l'arrivée de l'enfant ne semble pas avoir amélioré son quotidien. Pour Pauline, c'est la frustration et la tristesse de la stérilité, de son corps fécond qu'elle contemple avec désespoir le soir du mariage de son cousin, dans une scène assez crue. On peut franchement dire que Pauline, avec sa volonté héroïque de faire le bonheur des autres et sa patience infinie, était "faite pour être mère". Et elle ne le sera pas. Elle élèvera l'enfant d'une autre et entretiendra cette nouvelle famille avec son argent. HORRIBLE, vous ai-je dit.

De manière plus générale, ce roman aborde, comme tous les livres de Zola, la malhonnêteté sous toutes ses nuances, avec la manière sordide dont M. et Mme Chanteau exploitent Pauline. La tante lui vole son argent, l'oncle ferme les yeux et est bien content de se défouler sur elle quand il souffre de la goutte.

En bref
Ne vous fiez pas au titre! Ne lisez pas La Joie de vivre en vous attendant à quelque chose de joyeux. Ce huis-clos étouffant est tout particulièrement horrible, même dans la production de Zola – l'auteur ayant lui-même perdu sa mère dans des conditions pénibles, le roman semble très personnel. Entendons-nous: comme d'habitude, la prose de Zola est exceptionnelle et le roman se lit tout seul. C'est un excellent livre. Mais putain qu'est-ce qu'on en sort plombé.

Allez donc voir ailleurs si cette dépression y est!

samedi 15 février 2020

La Fée Carabine (1987)

Chronique express!


"C'était l'hiver sur Belleville et il y avait cinq personnages. Six, en comptant la plaque de verglas."

Quelle verve, quel humour! Quel génie, ce Daniel Pennac! La Fée Carabine est aussi joyeusement foufou, irrésistiblement blasé et délicieusement inventif que Au Bonheur des ogres et je l'ai relu avec un immense plaisir – d'autant plus que j'avais oublié l'intrigue, à part que tout commence avec un meurtre qui "fit une jolie fleur dans le ciel d'hiver" (comprendre: la tête de la victime a éclaté sous l'impact de la balle 😂).

Il est extrêmement difficile de rendre honneur à ce style si particulier, très familier et coloré, et à ces personnages hors du commun: Benjamin Malaussène, toujours bouc émissaire de profession (mais pour une maison d'édition cette fois), ses nombreux demi-sœurs et demi-frères plus originaux les uns que les autres, les flics improbables comme l'inspecteur Van Thian (alias la veuve Hô 😂) et Pastor aux méthodes d'interrogation infaillibles. C'est vraiment un joyeux bordel qui, par-dessus le marché, n'est pas sans consistance morale, car Pennac parle aussi de rapports humains et de quelques horreurs, à savoir les violences policières et l'exploitation des personnes âgées.

Je vous laisse sur un passage qui m'a fait éclater de rire..
"[Il] appuie sur la détente de son arme, et la tête [de l'homme] explose. Encore un mec transformé en fleur. [...] Il ne reste plus qu'une mâchoire sur les épaules [...], une mâchoire inférieure qui n'en revient pas d'avoir échappé au massacre, si j'en juge par son air d'intense stupéfaction." 😂😂😂

lundi 10 février 2020

The Dream-Quest of Vellitt Boe (2016)

Après avoir relu The Dream-Quest of Unknown Kaddath, un texte de Lovecraft que j'ai trouvé aussi confus à la deuxième lecture qu'à la première, j'ai enchaîné avec The Dream-Quest of Vellitt Boe de Kij Johnson, un court roman qui, comme son titre l'indique, fait référence à l'œuvre du célèbre écrivain de Providence.


Dans les contrées du rêve, une élève de l'université des Femmes d'Ulthar s'est enfuie avec son amant, un homme provenant du monde de l'éveil. Une de ses enseignantes, Vellit Boe, resort ses affaires de voyages, rangées depuis vingt ans, pour partir à sa recherche. La première étape consiste à marcher jusqu'à Hatheg-Kla, où se trouve le portail que la jeune femme a probablement utilisé pour quitter le monde du rêve. Bien sûr, les choses ne sont pas aussi simples, et Bellitt devra traverser bien des contrées dans l'espoir de rejoindre le monde où s'est enfuie son élève.

Avant tout, une remarque essentielle: ce texte est immensément plus clair que celui de Lovecraft. C'est tout à fait merveilleux. J'ai compris ce que je lisais. 😍

Dans l'ensemble, j'ai beaucoup apprécié cette lecture sympathique, portée par une plume simple et précise. La protagoniste représente un peu la force tranquille; déterminée et réfléchie, elle garde la tête sur les épaules et agit posément, sans pour autant être dénuée d'une humanité touchante. Son voyage dans les contrées du rêve est aussi très plaisant. Champignons géants, dieux déments, goules gourmandes, créatures dérangeantes, noms exotiques à tomber par terre: l'héritage de Lovecraft est bien là, mais présenté de manière bien plus fraîche et facile à appréhender que dans Kaddath. C'est peut-être là que le bât blesse, d'ailleurs: le roman est un peu trop normal, un peu trop facile à lire, pour cet univers immensément riche et tortueux. J'aurais tendance à dire qu'il est l'équivalent d'un roman de plage en littérature blanche. Ce qui ne m'a pas empêchée d'apprécier le voyage, précisons-le, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé la fin.

Kij Johnson a délibérément mis en scène une femme et profite de Randolph Carter, le protagoniste de Kaddath, pour critiquer l'absence de femmes dans l'œuvre de Lovecraft. Le procédé est rafraîchissant, mais je suis toujours perplexe face à ces messages politiques qui reprennent les éléments d'un univers ultrasexiste. Car si Vellitt Boe est une femme et qu'elle fait preuve d'une belle indépendance, les contrées du rêves restent un monde masculin, où les femmes n'ont pas forcément droit à une éducation, ne sont pas prises au sérieux et n'ont aucun poste important. Pourquoi ne pas féminiser et rendre équitable tout l'univers?

Mise à part cette réserve, qui reste secondaire, je vous recommande The Dream-Quest of Vellitt Boe, qui constitue une belle aventure dans un univers fantastique aux possibilités infinies. Et puis Vellitt voyage une bonne partie du temps en compagnie d'un chat noir qui, s'il n'a pas de rôle prépondérant, n'en reste pas moins un chat noir. 😍

Allez donc voir ailleurs si cette quête y est!

mercredi 5 février 2020

La gamelle de janvier 2020

Qui dit début d'année dit nouvel élan. Côté lectures, j'ai tâché de donner la priorité à des relectures qui bloquaient certains ouvrages dans ma PAL (exemple: relire Métronome en vue de lire Métronome 2). Côté films, je suis pleine d'enthousiasme pour aller au cinéma plus souvent, si tant est que la programmation s'y prête. En espérant que cela dure...

Sur petit écran

La reine des neiges 2 de Jennifer Lee et Chris Buck (2019)
Troisième visionnage toujours aussi plaisant, même si les faiblesses de l'intrigue ressortent de plus en plus au fur et à mesure.

Sur grand écran

Matrix de Lana et Lilly Wachowski (1999)


Ce film est tellement brillant et visionnaire que j'en suis bluffée à chaque fois. La mise en scène est complètement maîtrisée et superbe (même les décors sales et en ruines sont beaux!), le montage est jouissif tellement il est par-fait, les acteurs sont habités par leurs rôles, le propos est intemporel, l'imagerie est innovante. J'ai l'impression que c'est avec ce film que le cinéma est entré dans le XXIe siècle. Et, comme The Crow et Underworld, c'est un film qui donne une envie incontrôlable d'acheter des habits noirs, noirs, noirs. ❤

Star Wars. L'Ascension de Skywalker de J. J. Abrams (2019)


Tout le monde a détesté mais j'ai passé un bon moment devant le dernier opus de La Guerre des étoiles en date. C'est un peu comme David Gemmell: l'histoire est toujours la même mais elle prend sur moi, d'autant plus que j'aime énormément le duo Rey-Kylo Ren. J'ai eu une frayeur à la fin: j'ai cru qu'on allait nous sortir trois couples à la Jane Austen à la fin (divulgâcheur: le blanc avec la blanche, le noir avec la noire, le Jedi avec la Jedi) mais heureusement on nous a épargné ça, il n'y a eu qu'un bisou. 😜

Les vétos de Julie Manoukian (2018)


Un film TF1 pétri de bons sentiments et extrêmement prévisible: au contact de la France rurale de son enfance, la protagoniste abandonne sa carapace de Parisienne et redécouvre la vraie vie et les vraies valeurs. Le scénario cumule les facilités (en suivant un renard, elle retrouve un endroit où elle jouait enfant, ce qui ravive des souvenirs oubliés) et les énormités (son oncle part en retraite à l'autre bout du monde en lui laissant son poste de vétérinaire rural sur les bras, elle rentre par effraction chez un client pour approcher un chien dépressif), la vision de ces campagnards rustres et alcoliques mais au grand cœur est à la fois naïve et insultante, le message est "travail-famille-campagne" (surtout "famille", la protagoniste glaciale fondant progressivement d'amour pour une petite fille et trouvant bien sûr l'amour au sein de sa clinique vétérinaire). Et pourtant, j'ai passé un bon moment, probablement parce que j'ai profondément envie de cette vision de la campagne et que j'ai adoré les consultations des vétérinaires, de la cliente hypocondriaque convaincue que son chien est en danger à la mise bas d'une vache qui m'a semblé très réaliste en ce qu'on sentait à quel point extraire un veau est une tâche épuisante. Et puis il y a plein d'animaux, mon principal argument pour voir ce film: deux rats, deux lapins, de nombreux chiens, deux chats, de nombreuses vaches, un perroquet, un renard, un poney, des escargots. 💖

Les filles du docteur March de Greta Gerwig (2019)


Une adaptation sympathique, mais relativement oubliable, du classique de Louisa May Alcott. Avec quelques partis pris qui ne m'ont pas plu (des ralentis inutiles, des personnes qui s'adressent directement à la caméra, une narration non chronologique), le film m'a semblé tenté des choses pour dépasser le simple stade de film historique à tendance amoureuse, mais sans succès phénoménal. En revanche, j'ai adoré la manière dont sont saisies les quatre sœurs et j'ai découvert avec un immense plaisir que Laura Dern joue la mère et que Meryl Streep joue la tante. L'amour et la complicité des membres de la famille sont idéalisés, mais j'ai pleuré tout du long tellement j'aurais aimé connaître quelque chose de ce genre dans ma vie.

Du côté des séries

J'ai fini The Witcher, que j'ai adoré. Autant je suis tout à fait consciente que la série a des problèmes sur le plan des effets spéciaux et de la forme (un épisode 2 incompréhensible, un parti pris temporel d'une extrême opacité), autant j'ai été séduite par les personnages, l'univers, les enjeux et la décision de ne jamais réunir les trois personnages principaux. J'ai l'impression que rien ne sera noir ou blanc dans cette série, mais d'un gris bien merdique et désabusé. En attendant la saison 2, je chante "Toss a Coin to Your Witcher" (quand je ne chante pas "Into the Unknown" ou "Show Yourself" – l'hiver a été riche en tubes!).

Du côté des podcasts

Je continue d'écouter Les Bulles nomades, La compagnie des auteurs, La méthode scientifique, A Taste of Russian, Procrastination et Passion médiévistes, une excellente émission qui donne la parole à de jeunes chercheurs en histoire médiévale.

Et le reste

J'ai lu le numéro de décembre de Mad Movies. Cette revue est tellement intelligente qu'elle m'a donné envie de regarder des films d'horreur ou de frayeur qui ne m'intéressaient pas du tout. Même les films pornographiques japonais du roman porno semblent remarquables. 😁 C'est fou.

Pas de Cheval Magazine ce mois-ci: le numéro de février est arrivé dans ma boîte aux lettres le 31 janvier, ce qui faisait un peu court pour le lire en janvier. ^^

Et vous, chers lecteurs?
De belles découvertes pour bien commencer l'année 2020?

vendredi 31 janvier 2020

The Dream-Quest of Unknown Kaddath (1927)

Chronique express!


Il y a de nombreuses années, j'ai lu The Dream-Quest of Unknown Kaddath de H. P. Lovecraft et je n'ai rien compris. Cette année, je l'ai relue afin de lire enfin The Dream-Quest of Vellitt Boe de Kij Johnson. Et devinez quoi? Je n'ai de nouveau rien compris. 😂

L'histoire est celle du voyage de Randolph Carter, un rêveur cherchant Kaddath afin d'y trouver des dieux, qu'il espère convaincre de le laisser voir de plus près une ville éclatante qu'il a aperçue à l'horizon. Son périple dans les contrées du rêve le mène dans de nombreux lieux aux noms alambiqués, où il rencontre toutes sortes de peuples mystérieux et devine toutes sortes de savoirs interdits, de terres désolées, de magies impures et de secrets terrifiants. Les péripéties s'enchaînent sans grandes explications, exactement comme dans un rêve.

Ce texte d'une centaine de pages est un peu un condensé de Lovecraft. Lovecraft puissance dix, si je puis dire. Et c'est tellement Lovecraft que ça en perd toute saveur. Je n'ai ressenti aucune horreur face aux créatures douteuses, je n'ai pas rêvé devant les étendues infinies pleines de mystères. Dans l'ensemble, j'ai eu un mal fou à suivre l'enchaînement des faits: pourquoi Carter décide d'aller à tel endroit, comment il sait qu'il doit trouver telle statue. Oh, il y a bien des chats à Ulthar et des références à d'autres travaux de Lovecraft, comme une goule nommée Pickman – mais pas de quoi soulever l'enthousiasme. Je ne conseille pas du tout de lire ce texte pour découvrir l'auteur...

Allez donc voir ailleurs si cette quête y aboutit!
L'avis de Vert

dimanche 26 janvier 2020

Métronome: l'histoire de France au rythme du métro parisien (2009)

Dégommage de PAL oblige, je vais lire cette année les livres reçus ou achetés en 2017, dont Métronome 2 de Lorànt Deutsch. Ayant totalement oublié le contenu du premier ouvrage, j'ai décidé de commencer par le début en me replongeant dans Métronome: l'histoire de France au rythme du métro parisien, que j'ai beaucoup apprécié lors de ma lecture fin 2010 (je suis même allée visiter le musée Carnavalet suite à cette lecture).


Vingt chapitres, vingt stations de métro, vint siècles d'histoire de Paris et de France. L'idée de base de ce livre est extrêmement sympathique. Chaque station de métro retenue donne lieu à l'exploration d'un quartier et au récit d'un certain nombre d'évènements historiques. Paradoxalement, le voyage commence station Cité alors que l'auteur nous explique d'emblée que la ville du peuple gaulois des Pariisi n'a pas été retrouvée dans l'île de la Cité, mais plutôt du côté de Nanterre. C'est après la victoire romaine que la nouvelle Lutèce, une ville gallo-romaine, est reconstruite sur l'île de la Cité.

Parfois, Lorànt Deutsch part d'un bâtiment, par exemple les restes d'une abbaye, pour décrire une période historique. Parfois, il fait une véritable balade dans les rues, en suggérant de s'arrêter au numéro X ou Y de telle rue pour apercevoir les restes d'un mur ou retrouver une maison ancienne. C'est absolument passionant, d'autant plus que sa célébrité lui a permis d'accéder à des vestiges situés dans des propriétés privées. Métronome illustré, qui propose des photos, doit fournir un complément extrêmement intéressant à l'ouvrage principal.

Le ton est résolument dynamique et prenant, un peu comme si l'auteur était un guide racontant les hauts faits des rois du passé; on est clairement dans la vulgarisation destinée au grand public et l'ouvrage se lit tout seul (même les péripéties extrêmement complexes des successions mérovingiennes sont prenantes – j'ai tout oublié aussitôt, mais j'ai aimé les lire!). J'ai relevé quelques maladresses de style qui m'ont déplu, mais qui ont ceci de rassurant qu'elles peuvent nous laisser supposer que Lorànt Deutsch a vraiment écrit son livre lui-même, sans en confier la rédaction à un professionnel de l'écriture.

Ma seule réserve est que tout ceci est un peu trop gentillet. Je ne peux pas dire que j'aie ressenti le besoin incontrôlable de me ruer sur Métronome 2. Je le lirai, bien sûr, et j'espère en tirer le même plaisir que dans ce cas-ci, mais on n'est tout de même pas sur une lecture inoubliable...

Concernant les critiques faites à Lorànt Deutsch, accusé de réécrire l'histoire en soutenant l'Église et la royauté (voir cet article du Monde): on sent en effet une certaine nostalgie d'un monde révolu, mais cela ne rend pas l'auteur naïf pour autant. Il y a aussi des critiques de l'Église et des liens Église-pouvoir. J'ai noté quelques passages que je pourrai vous indiquer en commentaire si cela vous intéresse. Je comprends mieux la critique liée à la non citation des sources; même si on n'est pas ici sur un ouvrage universitaire, une bibliographie de référence aurait été la bienvenue et aurait permis d'inciter le public à aller plus loin.

Une chose à savoir: l'ouvrage ne se veut pas exhaustif et chaque siècle est raconté via certains évènements, pas tous. Ainsi, la victoire de Charles Martel à Poitiers, que j'attendais de lire avec intérêt à cause des critiques avancées (voir cet article du Huffington Post), n'est pas mentionnée; la polémique en question est liée à l'ouvrage Hexagone. Zut. Je resterai sur ma faim, puisque je ne pense pas me pencher sur ce livre quand j'aurai lu Métronome 2.

En bref: un ouvrage non exempt de défauts, mais intéressant et prenant à découvrir, surtout si on aime et/ou si on connaît bien Paris. Les critiques politiques, en revanche, me semblent largement surfaites et liées à l'indignation permanente et à la paranoïa qui ont caractérisé les années 2010.

Allez donc voir ailleurs si ce métro y est!
L'avis de Vert

mardi 21 janvier 2020

A Morbid Taste for Bones (1977)

L'année 2020 a commencé avec un bon vieux policier britannique, un genre doudou que je lis toujours avec grand plaisir. Après m'avoir fait découvrir les enquêtes du frère Cadfael d'Ellis Peters avec The Confession of Brother Haluin, quinzième opus de la série, le hasard des achats d'occasion m'a permis de poursuivre ma lecture avec le tome 1. Youpi!


1137. L'abbaye bénédictine de Shrewsburry, en Angleterre, envoie une délégation de moines à Gwytherin, au pays de Galles, pour en ramener les reliques de Sainte Winifred, qui a miraculeusement guéri l'un de ses membres. La population locale, toutefois, ne voit pas d'un si bon œil le départ de la sainte. Puis le principal opposant au projet est retrouvé mort, une flèche dans la poitrine. Si certains y voient un message divin, le frère Cadfael estime que le meurtre a forcément été commis par un être humain et commence à enquêter discrètement, aidé par la fille de la victime.

Sur la forme, ce roman m'a laissé perplexe plus d'une fois; j'ai dû relire de nombreuses phrases qui m'ont semblé très confuses voire carrément contradictoires. Je ne sais pas si cela est dû à d'éventuelles lacunes en anglais de ma part ou à des maladresses de l'autrice (rappel ou info: Ellis Peters est le pseudonyme d'Edith Pargeter). Sur le fond, j'ai été beaucoup plus satisfaite. Certes, les enquêtes d'Ellis Peters ne sont pas aussi brillantes que celles d'Agatha Christie ou aussi complexes que celles de P. D. James, mais j'aime beaucoup le contexte historique du XIIe siècle anglais, ce Moyen Âge modeste et tranquille où l'échelle des évènements était forcément limitée – puisqu'il fallait passer des jours en selle pour aller de ville en ville. Je trouve, en outre, qu'Ellis Peters dépeint bien le rôle de l'Église dans les communautés sans faire de clichés (mais sans faire preuve de naïveté non plus). J'aime également beaucoup le personnage de Cadfael, cet ancien croisé devenu moine sur le tard et plus au fait de l'état du monde que certains de ses collègues de l'abbaye. Bref, une lecture qui n'est certes pas inoubliable mais qui est fort plaisante. Je continuerai de lire Cadfael, d'autant plus que j'aime beaucoup cette édition Sphere (à laquelle cette photo ne rend pas honneur, malheureusement).

Livres de l'autrice déjà chroniqués sur ce blog
The Confession of Brother Haluin (1988)

PS: Je réalise après publication que cet article est le 900e publié sur ce blog. Bon 900e article à moi-même! 😊😊

jeudi 16 janvier 2020

Bilan 2019 - Lectures

Après le bilan cinématographique, il est temps, comme tous les ans, de passer au bilan livresque. 😀 Quid de cette année 2019?


J'ai été nettement plus efficace avec les livres qu'avec les écrans puisque j'ai lu 65 livres, un chiffre très proche des 67 lectures de 2018 et 2017. Je suis ravie de lire, en moyenne, plus d'un livre par semaine.

Cette année, j'ai compté pour la première fois des lectures professionnelles, à savoir sept romans jeunesse que j'ai traduits et un ouvrage de vulgarisation scientifique dont on m'a proposé la traduction (malheureusement tombée à l'eau suite à l'abandon du projet par l'éditeur). J'ai hésité un peu, mais après tout il s'agit de livres que j'ai lus de A à Z sur mon temps personnel, je ne vois pas pourquoi ça ne compterait pas. Je continue, par contre, de ne pas tenir compte des livres pour enfants que je lis sur ordinateur durant mes heures de travail au fur et à mesure que je les traduis.

Alors, qu'est-ce qui m'a marquée? Qu'est-ce qui s'est révélé inoubliable?

Les Grands Livres 
Le trio de tête est une évidence.
Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar (ici)
Multiple splendeur de Han Suyin, traduit de l'anglais par D. Olivier (ici)
Strumpet City de James Plunkett (ici)


Trois plumes uniques, trois livres à mi-chemin entre fiction et réalité qui parlent de la vraie vie. Les sentiments s'épanouissent malgré des réalités épouvantables; une lucidité triste et résignée laisse, paradoxalement, une place à l'espoir. Trois livres qui ont fait de moi une meilleure personne.

Les valeurs sûres
Comme à peu près tous les ans, j'ai pu compter sur certains de mes auteurs préférés: Agatha Christie (ici), Alexandre Dumas (ici), Guy de Maupassant (ici), David Gemmel (ici et ici – bon en fait c'était moyen, désolée David), Annie Ernaux (ici), Philippe Delerm (ici) et le grand Émile Zola (ici, ici, ici et ici).
Je regrette toutefois de n'avoir pas lu de nouveau tome des enquêtes de Mma Ramotswe, la belle série d'Alexander McCall Smith. Il faudrait que je m'y remette en 2020.

Les belles découvertes
Les éditions Scylla m'ont permis de rencontrer Bob Leman avec la version originale du recueil Bienvenue à Stukeyville (ici). Washinton Irving m'a séduite avec sa rédaction du XIXe (ici). Les Centaures d'André Lichtenberger (ici), un beau roman tiré de l'oubli par les éditions Callidor, m'a transportée. Flatland d'Edwin A. Abbott (ici) m'aurait retourné le cerveau si seulement il y avait eu du volume dans cet univers plat. 😂

Et à part du français et de l'anglais, j'ai lu quoi?
Deux livres en espagnol: d'abord une déception, Como agua para chocolate de Laura Esquivel (ici), puis un coup de cœur majeur, El club Dumas d'Arturo Perez-Reverte (ici).
Un livre en italien: le très sympathique Marcovaldo d'Italo Calvino (ici).

Et des dragons? Il y a eu des dragons?
Oui! J'ai conclu avec joie la série des Mémoires de Lady Trent de Marie Brennan (ici) et j'ai commencé avec enthousiasme Téméraire de Naomi Novik (ici).

Et des femmes? Il y a eu des femmes?
Oui! 22 de ces livres ont été écrits par des femmes, soit environ un tiers. La répartition est loin d'être équitable, mais est beaucoup moins catastrophique que je ne l'aurais pensé.

Et les revues?
Comme en 2018, j'avais pour programme de lire une revue par mois en plus de Cheval Magazine. C'est chose faite puisque j'en ai lu 17, essentiellement dans le domaine culturel. Les titres récurrents sont Translittérature, la revue de l'Association des traducteurs littéraires de France, Bifrost et Mad Movies.

Et les BD?
32 BD cette année. C'est trois de moins qu'en 2018, mais environ 30 de plus que les autres années, donc c'est très bien. 😊

Et la pile à lire dans tout ça?
C'est une victoire éclatante!! 😊😊 Au 1er janvier 2020, ma PAL comptait 33 livres, contre 66 le 1er janvier 2019. Elle a donc diminué de moitié! 😁 J'ai sérieusement limité les achats, j'ai évité soigneusement les boîtes à livres et autres étagères de récupération sur mon chemin et j'ai pris une décision inouïe: me séparer de certains livres sans les lire. Par exemple, j'ai renoncé à lire un livre sur Matisse que j'avais récupéré pour me cultiver. En effet, force est de constater que... je n'aime pas Matisse! 😂 Et je n'ai ni le temps ni l'envie de me forcer à lire quelque chose qui ne m'intéresse pas. Bref, quatre ou cinq ouvrages sont allés alimenter les PAL d'autres personnes. 😈

Et pour 2020 qui commence?
J'espère lire autant qu'en 2019, mais surtout continuer d'y prendre autant de plaisir. Ce n'est pas facile de prendre le temps de lire et un autre de mes loisirs, l'équitation, reste prioritaire. Je n'en parle guère ici, mais si 2019 m'a autant plu, c'est, comme tous les ans depuis que j'ai repris l'équitation, grâce aux chevaux. Mais la lecture m'est toujours indispensable. Alors on s'organise, on prend le temps, on écarte les pages et on plonge. 💖

lundi 13 janvier 2020

Bilan 2019 - Cinéma

Et voilà, maintenant que tous les billets sur les livres lus en 2019 sont publiés, de même que le récap de décembre et le bilan des BD du dernier trimestre, il est temps de passer au bilan annuel. Comme d'habitude, je commence par le cinéma.


Malheureusement, la tendance à la baisse continue: avec 27 séances, je suis encore moins allée au cinéma en 2019 qu'en 2017 (44 séances) et qu'en 2018 (41 séances). À ce stade, l'abonnement UGC Illimité est à peine rentable. 😞 Les raisons sont les mêmes que les dernières années: trois soirées par semaine prises par le sport, une programmation peu à mon goût et une fleimme généralisée. J'ajouterai que je dois lutter, par-dessus le marché, pour motiver mon copain, qui a dû faire à peine 20 séances de son côté.

L'avantage: l'exercice du bilan est fortement facilité. 😀

Sur le podium:
les films que je suis allée voir deux fois

Après intense réflexion, c'est La Reine des neiges 2 de Jennifer Lee et Chris Buck qui l'emporte. Je l'ai trouvé aussi superbe visuellement que stimulant pour mener ma vie de manière plus déterminée. En cas de doute, j'essairai dorénavant de me demander "que ferait Elsa?" Mon avis ici et ici.



Les aventures de la reine d'Arendelle sont suivies de près par Parasite de Bong Joon-Ho, qui est certainement le meilleur film que j'ai vu cette année. Je dois en effet reconnaître qu'il est largement supérieur à La Reine des neiges 2 sur tous les plans (scénario, message, thèmes, mise en scène). Si La Reine des neiges 2 est néanmoins en tête, c'est parce qu'il m'a beaucoup plus touchée et que j'écoute la musique en boucle depuis deux mois. Mon avis sur Parasite ici.


Vient ensuite l'adorable Downton Abbey de Michael Engler, un merveilleux film doudou. 💖💖 Mon avis ici.



Et le reste?

J'ai couiné devant les hippocampes et les requins de guerre d'Aquaman...

J'ai rêvé du monde de Mortal Engines, tellement enthousiasmant qu'il m'a donné envie d'écrire...

Le chant du loup, un film français reposant sur des sons infimes, m'a laissée sans voix...

J'ai exulté en voyant John Wick abattre des gens à tour de bras...

J'ai savouré un goût de liberté unique grâce à Nevada... Si remettre le pied à l'étrier a marqué une étape capitale dans ma vie de personne "normale", que peut ressentir un homme emprisonné en mettant cheval au galop dans le désert?

En bref: de bons moments qui compensent les daubes telles que Hobbes & Shaw, le film le plus inutile de l'année. 😂

Et pour 2020? Je crois que ma seule attente concerne Wonder Woman 2, mais j'espère que les grands écrans continueront de me faire rêver. Car même si je ne les fréquente plus autant, j'aime les salles obscures avec passion; j'aime ce moment où les lumières s'éteignent et où j'enfile mes bouchons d'oreille pour gommer totalement les bruits de la salle et me retrouver seule avec le film...