mardi 15 août 2023

Zahhâk, le roi serpent (2017)

Au début des années 1990, au lendemain de la chute de l'URSS, le Tadjikistan sombre dans la guerre civile. Andreï, jeune garçon de père tadjike et de mère russe, apprend que son père a été assassiné. Toute la famille étant en danger, sa mère décide de se réfugier dans les montagnes du Pamir, auprès de la famille de feu son mari. Pour elle, qui est russe et a toujours vécu en ville, c'est un changement radical, d'autant qu'elle ne parle pas le tadjik. Pour Andreï et sa sœur jumelle Zarina, ce n'est guère plus facile...

Jusque-là épargné par le conflit, le massif du Pamir, chaîne de montagne qui s'étend dans le Tadjikistan, l'Afghanistan, la Chine et le Kirghistan, ne va pas tarder à en sentir les répercussions à son tour. Zouhourcho, ancien cadre du Parti communiste devenu apprenti chef de guerre, débarque dans la région afin de convertir les paysans à la culture du pavot. Il est accompagné de Davron, qui lui sert de bras armé, et d'un énorme python qu'il aime porter autour du cou, à la manière du roi Zahhâk dans le Livre des Rois.

Dans ce roman de Vladimir Medvedev, chaque chapitre adopte le point de vue de l'un personnage: Davron, les deux jumeaux, leur oncle Djoroub, un journaliste, un jeune garçon timide amoureux de Zarina, un echon (un saint homme)... L'intrigue qui se dessine ainsi donne à voir un milieu rural, pauvre et traditionnaliste (imaginez l'Afghanistan, exception faite de l'islam intégriste) confronté à une violence à laquelle il ne peut faire face et à des changements qu'il ne comprend pas. Les paysans sont très attachés à la parole des anciens et à une politesse ritualisée; alors, Zohourcho qui exécute un des leurs en public, c'est compliqué à gérer. Les habitants du village réagiront de manières diverses, entre ceux qui souffrent du changement, comme Djoroub, et ceux qui en profiteront éhontement pour en tirer un pouvoir personnel, comme l'odieux Pois Cassé.

J'ai eu du mal avec ce roman, et ce pour plusieurs raisons. Déjà, je ne connais rien au Tadjikistan, et je suis bien incapable de le situer avec précision sur une carte (même après avoir passé un certain temps sur Wikipédia pour tenter de combler mes lacunes, hihi). Je connais tout aussi mal le délitement des ex-républiques soviétiques après la chute de l'URSS. Du coup, le contexte et les références politiques m'ont souvent semblé obscures.

Par ailleurs, le ton n'est pas facile à suivre: chaque personnage réfléchit à sa façon, parfois de manière étrange (ainsi, l'echon commence par parler de lui à la troisième personne...), et il y a parfois des changements de temps de narration qui m'ont laissée perplexe. Par exemple, un même personnage utilise le passé simple et le passé composé dans le même paragraphe, au sujet du même récit. Un procédé qui me déstabilise énorménent. (Et je me demande à quoi ça correspondait en russe, mais mes notions de grammaire étant rudimentaires, je ne peux pas formuler de théorie.)

Enfin, l'intrigue m'a vite lassée, car tout ceci n'avance pas beaucoup. Cinq cent soixante-dix pages au grand format, ça demande un bel investissement en temps (et en attention, vu le sujet et les innombrables ramifications entre les différents récits), mais il n'y a pas tellememnt de récompense à la fin. Le seul personnage que j'en retiens, c'est Davron, le chef de la milice de Zouhourcho, qui est un bon guerrier relativement droit dans ses bottes malgré son travail difficile. Une machine à tuer attachante, en quelque sorte.

Je dois toutefois dire que l'intrigue, malgré sa grande longueur, repose sur des détails plutôt modestes, les personnages s'influençant sans le savoir, et est bien solide sur ce point. Et cette lecture me permet de participer au challenge Pavés de l'été de Sibylline, ce qui est cool.


Pourquoi ce livre, vous demandez-vous?

Parce que la traductrice française, Emma Lavigne, a obtenu le prix Jean-François Caillé de la traduction en 2020. J'ai assisté à la remise dudit prix l'année suivante (en 2020, il n'y avait pas eu de cérémonie à cause de la situation sanitaire) et je l'ai trouvée convaincante. En plus, l'auteur est russe et écrit en russe, et moi je suis une dingo du russe, donc voilà.

jeudi 10 août 2023

Travels with a Donkey in the Cévennes (1879)

Me voilà de retour après les vacances! Revenir à la maison, c'est la déprime... Mais revenir sur la blogo, c'est cool! ⭐⭐

On commence avec ma première lecture de vacances, que j'ai commencée en France et terminée en Écosse.

En septembre-octobre 1878, quelques années avant de publier L'Île au Trésor, Robert Louis Stevenson a entrepris une randonnée d'une dizaine de jours dans les Cévennes en compagnie d'une ânesse, Modestine. Le choix de l'âne pour compagnon de voyage était motivé par la fragilité et le caractère difficile du cheval; l'âne, en comparaison, était plus fiable et pratique. Après environ un mois de préparation à Le Monastier, durant lequel il s'est équipé d'un sac de couchage et d'une selle de bât à laquelle je n'ai rien compris, notre futur écrivain célèbre est parti sur la route en solitaire.

Le récit qu'il en a tiré, qui se compose pour l'essentiel de son journal, raconte ainsi son parcours, avec toutes les difficultés rencontrée. Au début, Modestine n'avance pas, par exemple, et les étapes prévues deviennent intenables! D'autres fois, Stevenson ne trouve plus son chemin et les gens du coin ne l'aident pas, voire se moquent ouvertement de lui. Le tout est raconté avec un ironie mordante très rigolote et inattendue dans un livre du XIXe.

Plusieurs choses m'ont marquée. La première, c'est qu'on ne s'attarde pas tant que ça sur Modestine, alors que, vous vous en doutez, elle était ma principale motivation pour lire ce livre, car j'adore les ânes. À la fin, Stevenson regrette quand même la séparation, mais ce n'est pas le sujet principal. En plus, leur relation ne commence pas très bien, il lui reproche de faire des bêtises et il la frappe pour la faire avancer! 😱😭

La deuxième, c'est le fait que la société française que présente Stevenson est très divisée. À Le Monastier, la population se divise très nettement entre royalistes, bonapartistes et républicains, et les gens se détestent et s'insultent à cause de leurs opinions politiques. Sur le chemin, il parle beaucoup des guerres de religion, car les Cévennes ont abrité une forte communauté protestante et il y a eu la guerre pendant des décennies, avec force massacres. Je ne connaissais pas l'existence des Camisards et j'ai donc découvert tout un pan de l'histoire de France bien sanglant.

La troisième, c'est que Stevenson évoque la Bête du Gévaudan, car le Gévaudan est en partie dans les Cévennes, et il la qualifie de "Napoléon Bonaparte des loups", ce qui m'a bien fait marrer. 🤣🤣🤣

Le chemin qu'a parcouru Stevenson porte aujourd'hui son nom, et j'en ai appris l'existence dans le film Antoinette dans les Cévennes il y a trois ans. Comme je rêve de randonner avec un âne, il fallait que je lise ce bouquin. 🤩 Et pour la petite histoire, j'ai visité le musée des écrivains d'Edimbourg juste au moment où je lisais ce livre, et ça a été chouette car Stevenson est l'un des trois écrivains qui y sont présentés. (Et oui, il était écossais!)

Je vous reparle de Stevenson très bientôt, car cette édition Penguin contient un autre récit de voyage, The Amateur Emigrant, que j'ai lu peu de temps après celui-ci.

Allez donc voir ailleurs si cette ânesse y est!
L'avis de Grominou

Livre de l'auteur déjà choniqué sur le blog
Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886)

samedi 15 juillet 2023

Vacances! 🍬

Depuis quelques mois, j'arrive à alimenter le blog "en flux tendu": généralement, je termine un livre juste à temps pour en publier la chronique dans le respect du rythme que j'ai choisi. Pour cela, il faut parfois ruser – d'où le retour d'Amélie Nothomb dans mes lectures, par exemple: un livre qui se lit en deux heures, c'est parfait quand la date approche et vous n'avez rien à publier.

Mais même en rusant, c'est de plus en plus difficile.

Et là, je me suis retrouvée, l'avant-veille, sans rien pour mon billet prévu samedi 15 juillet. Celui que vous êtes en train de lire, donc. Pleine de bonne volonté, j'ai cherché dans ma bibliothèque un bouquin à lire en une soirée et j'ai choisi La Chute d'Albert Camus. Sauf que je n'ai pas compris un traître mot de ce que je lisais et que je me suis endormie à peu près vingt fois dessus parce qu'il était plus de 22 heures. Je suis donc bien en peine de le chroniquer.

Par ailleurs, même en supposant que j'arrive à meubler en m'inventant un billet pour samedi 15, il était clair que je n'aurais rien lu pour sortir le billet suivant à la date prévue, vu le planning qui m'attend avant mes vacances. Et quand je serai partie, je ne sais pas si je pourrai taper et publier mes articles comme je veux.



Par conséquent, je me suis dit que c'était le moment de faire une pause vacances sur le blog. Je reviendrai aux alentours du 10 août avec, je l'espère, des tas de lectures de vacances à chroniquer. Cette pause me saoule à mort, parce que le blog, c'est la vie. Mais il me semble plus judicieux de le mettre en pause que d'essayer de vous parler de La Chute d'Albert Camus là maintenant tout de suite. 🤣 Tout ce que je peux en dire, c'est que j'ai parfois cru lire du Amélie Nothomb, ce qui a réussi à me surprendre entre deux endormissements.

Bel été à vous, chers lecteurs! 💖 J'espère pouvoir au moins vous lire, à défaut d'écrire moi-même! ❤

lundi 10 juillet 2023

Il Colombre e altri cinquanta racconti (1966)

Il y a fort longtemps, quand j'étais au collège, j'ai lu Le K de Dino Buzzati, vraisemblablement dans la traduction de Jacqueline Remillet pour Pocket. Depuis, j'ai toujours eu l'idée de le relire en italien, parce que bon, quand même. C'est enfin chose faite, et même pas vingt-cinq ans plus tard!

Il Colombre e altri cinquanta racconti est un recueil de nouvelles, dont la plus célèbre est la première, qui lui donne son nom. C'est l'histoire d'un marin pourchassé toute sa vie durant par un terrible requin, le colombre. "Colombre" n'est pas un mot italien, c'est le nom précis de ce requin-là. (Et le fait que ça a ait été rendu par "le K" en français n'est pas du tout idiot, contrairement à ce qu'on pourrait penser – même si je suis sourciste et que je l'aurais, BIEN ENTENDU, appelé "colombre" en français aussi.) C'est une excellente entrée en matière: un texte futé, intéressant, qui laisse un goût amer en bouche et qui exprime sans doute quelque chose sur la futilité de l'existence humaine, de même que le roman le plus connu de l'auteur, Le Désert des Tartares.

Étant donné que je manque de temps pour revenir sur les textes, ne serait-ce que ceux que j'ai le plus aimés, je vais résumer ce recueil en évoquant quatre axes.

L'empathie. Buzzati est extrêmement fort pour vous faire ressentir ce que ressentent ses personnages et vous causer un chagrin terrible face à leurs souffrances. Le cas d'école, le chef d'œuvre, c'est "Povero bambino" / "Pauvre petit garçon", qui m'a énormément marquée quand j'étais adolescente. Mais ce n'est pas le seul. "Viaggio agli inferni del secolo" est aussi bien gratinée sur ce point, avec ses multiples enfers tous plus affreux les uns que les autres dans lesquels le pauvre humain est broyé lentement.

L'humour. Bien qu'il sache nous serrer le cœur, Buzzati est aussi très drôle. Il y a plusieurs fois la figure d'un journaliste aux prises avec un travail ou une direction pas faciles ou la stratégie hilarante de Dieu dans "La lezione del 1980" (comment faire rentrer l'humanité dans le droit chemin une bonne fois pour toutes 🤣).

L'étrange / le fantastique. Il y a plein de choses pas franchement normales dans ce recueil: une voiture qui se conduit toute seule, des bosses qui apparaissent toutes seules dans un jardin, une tour Eiffel qui n'en finit pas de grandir, des filles qui tombent du dernier étage pendant un temps extraordinairement long, des chiens qui ressemblent étrangement à des humains (coucou Circé ^^). Un surnaturel discret, qui met juste ce qu'il faut d'étrange dans la normalité pour nous intriguer et nous amuser – et nous parler d'autant mieux de l'humanité, ses travers, ses espoirs, et l'inutilité totale de son combat.

La futilité vs la valeur intrinsèque. Globalement, on pourrait dire que ces textes sont plutôt décourageants, car on peut facilement en faire une lecture montrant combien l'humain s'attache à des choses inutiles, qui ne font pas le poids face au temps qui passe, à la vieillesse et à la mort. Et pourtant, ce n'est pas vrai, car il s'en dégage quelque chose de très humain, justement, quelque chose qui a de la valeur en soi et a le mérite d'exister même si, un jour, il n'en restera rien.

Enfin, je tiens à noter, en vue de m'en souvenir, que ce recueil des années soixante fleure bon la Guerre froide et décrit une Milan en plein miracle économique, ce qui fait franchement plaisir. Même si Buzzati dénonce une urbanisation effrénée et la froideur d'une ville où tout le monde est seul, il est tellement rare d'entendre un Italien dire autre chose que "l'Italie fait partie du tiers-monde" que j'ai été très heureuse. 😊

Voilà, une relecture extrêmement agréable, un excellent bouquin et un auteur que je continuerai sans aucun doute à lire – idéalement sans attendre quasiment vingt-cinq ans!

Allez donc voir ailleurs si ce K y est!
L'avis de Shaya
L'avis de Tigger Lilly
L'avis de Vert

mercredi 5 juillet 2023

Les BD du deuxième trimestre 2023

Comme d'habitude, retour sur les lectures graphiques des trois derniers mois.

Béa Wolf de Zach Weinersmith (texte) et Boulet (dessin), traduit de l'anglais par Aude Pasquier (2023)

Les auteurs de cette bande dessinée ont transposé l'histoire du poème Beowulf du Xe siècle dans le monde contemporain, et remplacé les protagonistes par des enfants qui luttent contre un affreux vieux monsieur bien décidé à faire d'eux des adultes. C'est très inventif et les dessins sont très réussis, avec des enfants qui prennent super bien la pose pour montrer combien leur combat est épique. Et je suppose que c'est un régal si on connaît Beowulf. Moi, toutefois, je ne connais pas Beowulf et les histoires d'enfants qui ne veulent pas grandir me tombent des bras; et j'ai été très déstabilisée par l'irrégularité des rimes. Parfois, des lignes rimaient, ou bien il y avait une rime interne en milieu de ligne, et je criais au génie; puis les lignes suivantes n'en avaient pas, alors j'avais l'impression que tout clochait. La postface, qui évoque justement la structure du poème d'origine, m'a donc plus passionnée que la BD en elle-même. 😄 M'enfin, je tire quand même mon chapeau à Aude Pasquier, la consœur qui a assuré la traduction depuis l'anglais et qui nous a sorti un bon rythme et des allitérations aux petits oignons. (Et les rimes qui vont et viennent, c'est apparemment la faute de la VO, pas la sienne, je préfère le préciser.)
Un autre avis: Vert vous en dit beaucoup de bien.
Éditeur: Albin Michel

Pisse-Mémé de Baur Cati (2023)


Une jolie BD sur quatre amies qui ouvrent un bar-librairie-salle de yoga grâce à l'héritage inattendu de deux d'entre elles. Si j'ai trouvé certains éléments un peu naïfs ou convenus (la maman de trois enfants en burn-out est un tel cliché...), j'ai beaucoup aimé cette aventure humaine et sa fin touchante, je me suis reconnue en partie en elles toutes et leur projet m'a vendu du rêve.

Jamais de Bruno Duhamel (2018)

Ayant appris grâce à Baroona que Bruno Duhamel avait sorti une suite à cette sympathique BD, j'ai décidé de la relire pour me rafraîchir la mémoire. Je l'ai trouvée tout aussi réussie cette fois-ci et je vous la recommande de nouveau. C'est frais, c'est touchant, c'est positif, et la vielle dame qui refuse de quitter sa maison posée sur une falaise en voie de disparition a un chat.
Mon avis de l'époque.
Éditeur: Grand Angle

Jamais. Le jour J de Bruno Duhamel (2022)

Et voilà donc la suite des aventures de Madeleine, notre résistante préférée! J'ai retrouvé tous les personnages avec grand plaisir, notamment le brave et obèse Balthazar (la tirade sur les croquettes m'a fait mourir de rire). Le charme est un peu moins présent, mais l'ensemble fonctionne quand même très bien. Bruno Duhamel est décidément une valeur sûre.
Éditeur: Grand Angle

Bons baisers de Limon d'Edo Brenes, traduit de l'anglais par Basile Béguerie (2019)

Un Costaricain rentre à la maison pour trier des photos de famille, ce qui le plonge dans l'histoire de ses grands-parents. Malgré la jolie ambiance désuète, j'ai trouvé l'ensemble assez creux.
Éditeur: Casterman.

vendredi 30 juin 2023

La gamelle de juin 2023

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles de l'énième mois ayant filé à la vitesse de la lumière!

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Transformers. Rise of the Beasts de Steven Caple Jr. (2023)

Michelle Yeoh dans son meilleur rôle. 😇

Aaaaaaah!!! Aaaaaaaah!!! Les Transformers sont de retour!!! Aaaaaaaaah!!! C'était génial!!! Aaaaaaah!!! Optimus avait sa grosse voix!!! Michelle Yeoh était trop classe en oiseau!! Il y avait un Tranformer guépard!!! Aaaah!!!! Et des squelettes de dinosaures!!! Et des lamas!!!! Aaaaaaaaah!! Tellement génial!!! Bon, la nostalgie des années 1990 à grands coups de Wu-Tang Clan, ça ne me parle pas le moins du monde. Mais les robots géants qui se tirent dessus, oui. Et je suis ravie de voir la franchise tourner enfin le regard vers l'espagnol et l'Amérique du Sud. Aaaaaaaaah!!!!!!!
PS: On voit que ce n'est pas un film de Michael Bay: il n'y a pas de plans en contre-jour et il n'y a pas le moindre plan nichon. Youhouh! D'ailleurs, les personnages non humains se féminisent: il y a pas moins de trois robots féminins, deux gentilles et une méchante. Dingue. Pour le personnage humain féminin, ça reste pas mal paternaliste, mais on est quand même loin de Megan Fox et son nombril si nonchalamment allongé sur une voiture de course.

Spider-Man. Across the Spider-Verse de Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson (2023)


Il y a quelques mois, je me suis emballée pour Le Chat potté 2, entre autres parce que les scènes d'action étaient réalisées dans un style, et presque une texture, différente des autres. Après trois minutes de Across the Spider-Verse, j'ai compris que le chat pouvait aller se rhabiller – et croyez-moi, ça me heurte profondément de prononcer ces mots. Mais Across the Spider-Verse est une putain de claque visuelle qui m'a emballée même quand elle a recours à des styles que, en soi, je n'aime pas. Tout est maîtrisé à la perfection et la musique est exploitée avec brio pour vous plonger dans le rythme de l'action. Alors, certes, l'enjeu renvoie à l'un des éléments science-fictifs que j'aime le moins — le multivers —, le scénario n'est pas spécialement original et il y des longueurs dans les scènes sur la relation avec les parents. Mais quelle claque, mes petits, quelle claque. Je suis sortie de là en trépignant d'impatience. Vivement la suite l'année prochaine!
Mon avis sur le premier film.

Du côté des séries

Working de Caroline Suh (2023)


Cette minisérie documentaire en quatre épisodes explore notre relation au travail à travers les parcours et le quotidien de différentes personnes, en partant des postes les plus modestes pour remonter vers ceux qui cumulent le plus de responsabilités, de pouvoir et de revenus. Ça donne à voir plusieurs facettes des États-Unis d'aujourd'hui, ce que j'ai trouvé intéressant, et certaines réflexions ont résonné avec mes propres réflexions sur mon rapport au travail. Et Barack Obama, qui apparaît dans chaque épisode, est simplement À TOMBER. Toutefois, j'en ressors mitigée; certains dialogues sont creux, ce qui me laisse perplexe dans une série montée avec tant de soin (les gens n'avaient vraiment rien à dire, alors?), et j'ai parfois eu l'impression qu'on était dans l'opération de com pour montrer combien Obama est cool. (Ce qui est indubitablement vrai. Obama est mégacool, quoi qu'il fasse. Mais s'il avait pu allier sa coolitude à des propos approfondis, ça aurait été encore mieux.)

Et le reste

J'ai feuilleté et partiellement lu deux anciens numéros de Livres Hebdo (j'approche de la fin 2022, youhouh! 💪), et j'ai lu (en entier, bien comme il faut) un vieux numéro de Bifrost, le 78 consacré à Ursula K. Le Guin, et mon Cheval Magazine habituel.

dimanche 25 juin 2023

Sistersong (2021)

Au Ve siècle, en Domnonée, un royaume situé dans l'ouest de l'actuelle Angleterre et les Cornouailles, l'inquiétude monte face à l'avancée des Saxons, qui conquièrent l'Angleterre en venant de l'est. Le roi Cador et ses trois filles, Riva, Keyne et Sinne, vivent encore dans la paix et une relative prospérité, mais le mauvais temps laisse présager de maigres récoltes et la guerre gronde à l'horizon.


Riva, l'aînée, souffre de terribles blessures à la main et au pied, qu'elle a subies dans un incendie durant son enfance, et désespère d'avoir une vie normale un jour. Qui voudra d'une fille ainsi abîmée? Quel destin pourra-t-elle avoir, si elle ne se marie pas? Ironie du sort, elle qui peut soigner les autres grâce à la magie est incapable de soigner ses propres blessures.

Keyne se pose autant de questions et a autant de mal à trouver sa place, mais pour des raisons différentes: elle sent, depuis toujours, qu'elle n'est pas une femme, contrairement à ce que tout le monde lui dit. Mais porter des vêtements d'homme n'est pas bien vu. Alors, se comporter comme un homme...

Enfin, Sinne, la plus jeune, rêve d'évasion, d'amour et d'aventure.

Les chapitres adoptent tour à tour le point de vue de chaque soeur, construisant ainsi leur quotidien et les événements plus importants qui se mettent en place. Outre la menace saxonne, leur peuple traverse une période de changement religieux: le prêtre chrétien Gildas, proche de leur mère, a une influence grandissante et détourne le roi des anciens dieux et de l'ancienne magie, ce que les sœurs voient avec horreur. Keyne, notamment, a une forte connexion à la terre et voit bien que le roi, qui pouvait autrefois commander aux éléments, a perdu de son pouvoir depuis qu'il n'accomplit plus les anciens rites.

Deux personnages vont également jouer un rôle important: Myrdhim, le druide qui revient après un temps d'absence, et Tristan, le représentant d'un royaume voisin.

Ce roman de Lucy Holland a traîné six mois dans ma pile à lire pour diverses raisons, entre autres parce que je l'avais identifié comme du young adult à cause de la couverture et parce qu'il est rédigé au présent. Je déteste la rédaction au présent. Je n'ai jamais aimé ça, mais depuis que j'en ai traduit, JE DÉTESTE. La rédaction au présent est un argument fort pour ne pas lire un livre. En plus, j'ai feuilleté les premières pages et vu que le prêtre chrétien était un affreux obscurantiste, un cliché avec lequel j'ai du mal depuis que je me suis rendu compte que c'est, justement, un cliché.

Et puis...

... J'ai commencé à lire et je suis rentrée dedans, et je me suis rendu compte que j'aimais. Je me suis rendu compte que j'avais hyper envie de retrouver Riva, Keyne et Sinne d'un jour sur l'autre – j'aime un peu moins Riva par rapport à ses sœurs, en fait, mais même elle, j'ai adoré la lire.

En toute objectivité, Sistersong n'est pas exempt de défauts: une certaine révélation scénaristique ([divulgâcheur] la véritable identité de Tristan [fin du divulgâcheur]) était facile à deviner; le prêtre, qui est toujours là pour faire chier son monde pendant la première moitié du roman, disparaît soudain durant des événements pourtant majeurs, à tel point que je me suis demandée si je n'avais pas raté quelque chose le concernant; et la rédaction suit la structure "bout de dialogue – commentaire sur le personnage qui bouge les mains, lève les yeux au ciel, change de position, de ton ou d'expression – bout de dialogue – etc.", qui est très répétitive et pauvre (et que je hais presque autant que la rédaction au présent depuis que j'en traduis).

Et pourtant, j'ai adoré, donc. Cette rédaction au présent que j'appréhendais tant passe plutôt bien quand il s'agit d'être près des sentiments et réflexions des trois personnages (même si le passé l'aurait permis tout aussi bien, évidemment), personnages qu'on apprend vite à aimer avec toutes leurs faiblesses et défauts, et dont les enjeux sont bien différents bien qu'elles vivent dans le même contexte. Myrdhim est formidable de classe et de savoir ancestral, et sa magie est très intéressante – bien qu'un peu trop patator une fois que la jeune Keyne, pourtant totalement inexpérimentée, commence à la manier.

Enfin, le roman repose sur une vieille chanson populaire anglaise et la réinterprète de manière littérale dans un développement affreux de carnage et de tristesse, ce que j'ai trouvé brillant. Sérieux, j'aimerais bien être comme Lucy Holland et avoir ce genre d'idée en écoutant une vieille chanson. Je ne vous dis pas laquelle c'est, car je me suis divulgâchée l'intrigue en allant voir de quoi il s'agissait... 👀

Franchement, j'ai trouvé Sistersong super, au final; j'ai passé un excellent moment, et il m'a même donné envie d'écrire des vers, chose que je trouve ultrafrustrante et que j'aurais plutôt tendance à éviter. Je me réjouis de pouvoir dire tout ça à la personne qui me l'a offert, car je m'attendais vraiment à trouver ça naze et que j'étais gênée pour elle qu'elle m'ait offert un truc naze. 😊😊

mardi 20 juin 2023

Nous crachons sur Hegel (1974)

Au détour de mes traductions, j'ai eu besoin de vérifier quelques citations de Carla Lonzi, une féministe italienne connue pour avoir cofondé le mouvement Rivolta Femminile. Ne pouvant me procurer son ouvrage en bibliothèque près de chez moi, j'ai décidé de l'acheter; et comme il est court, et que je suis sans cesse à la recherche de livres courts à lire, j'ai aussi décidé de le lire.

Nous crachons sur Hegel. Écrits féministes a été écrit entre 1970 et 1972 et est paru en 1974 aux éditions Scritti di Rivolta Femminile sous le titre Sputiamo su Hegel. Il se compose de six textes, ici traduits par Patrizia Atzei et Muriel Combes pour les éditions Nous. Bon, ça m'a un peu attristée de lire un livre italien en traduction, mais je n'allais pas pousser le vice jusqu'à acheter la version française pour la citer dans ma traduction ET la version italienne pour la lire... 👀

Le premier texte est le manifeste de Rivolta Femminile, qui donne les grandes lignes directrices de ce mouvement radical. Franchement, je n'en ai rien retenu.

Le deuxième texte, "Nous crachons sur Hegel", m'a un peu perdue. L'autrice y critique des mouvements révolutionnaires, tels que le marxisme, car ils sont révolutionnaires dans les relations entre classes et non dans celles entre hommes et femmes; la femme prolétarienne est invitée à lutter contre la bourgeoisie, oui, mais pour ses droits, on verra ça plus tard. Mais comme je connais mal ces mouvements, ainsi que Hegel que Carla Lonzi considère visiblement comme très en tort, et qu'en plus je me suis endormie trois fois sur quarante pages à cause de la fatigue, je n'ai pas bien suivi.

"Absentement de la femme des moments de célébration de la créativité masculine" entre dans le vif du sujet et propose aux femmes de sortir bel et bien de la célébration des hommes, plutôt que d'essayer de s'y faire une place.

"Sexualité fémine et avortement", puis "La femme clitoridienne et la femme vaginale", sont tout simplement passionnants. Le point de vue est radical, oui: là aussi, sortir de la relation sexuelle classique, hyper phallocratique, pour reconstruire la pratique sexuelle autour du clitoris, qui est le sexe de la femme (rôle qu'on attribue à tort au vagin, qui est dédié à la procréation et non au plaisir). Essayer d'atteindre l'orgasme vaginal parce que la société a effacé le clitoris est un leurre, et même la libération sexuelle de l'époque peut être vue comme confortant l'homme dans son rôle traditionnel et la prévalence de son plaisir personnel. Et même l'avortement, oui, peut jouer un rôle en sa faveur, parce qu'il serait inutile si on s'occupait du plaisir de la femme en stimulant son clitoris au lieu de faire éternellement de la pénétration parce que ça plaît à l'homme. Je ne dis pas par là que Carla Lonzi était contre la dépénalisation de l'avortement (au contraire, elle évoque avoir milité en ce sens), mais que toutes ces avancées ne sont que des ajustements toujours favorables au dominant si on ne renverse pas INTÉGRALEMENT les codes. Des réflexions qui m'ont beaucoup rappelé Au-delà de la pénétration de Martin Page.

"Signification de l'autoconscience dans les groupes féministes" aborde enfin les groupes de parole entre femmes et le parcours nécessairement individuel de la prise de conscience de chacune (même au sein d'un échange collectif).

L'ouvrage se termine sur l'article "Un féminisme à contretemps" des traductrices Patrizia Atzei et Muriel Combes, fort intéressant pour en savoir plus sur l'autrice. Concernant la traduction, eh bien, je n'ai pas lu l'original et je ne peux donc pas l'évaluer en tant que telle, mais le texte français est impeccablement écrit et très fin. Si je n'ai rien compris à certains passages, c'est à cause de mon ignorance crasse personnelle, pas du travail des consœurs qui s'en sont occupées. Félicitations à elles et aux éditions Nous qui donnent une nouvelle vie à ce texte historique!

(Mais enfin, si vous êtes novice en féminisme, commencez plutôt par Sorcières de Mona Chollet; Carla Lonzi, c'est un un niveau nettement au-delà!)

jeudi 15 juin 2023

Challenge Pavé de l'été 2023

Après des années de bons et loyaux services, Brize a décidé de ne pas poursuivre le challenge Pavé de l'été en 2023. Par chance, Sibylline a décidé de reprendre le flambeau, et je me réinscris pour me donner du courage pour venir à bout d'un pavé qui traîne dans ma PAL depuis un an et demi et que j'étais déjà censée lire l'été dernier...


Les règles n'ont pas changé: lire au moins un pavé d'au moins 550 pages et le chroniquer entre le 21 juin et le 23 septembre.

Le pavé qui m'attend patiemment est Zahhâk, le roi serpent de Vladimir Medvedev, traduit du russe par Emma Lavigne, lauréate du Prix Jean-François Caillé de la traduction en 2020. Édité en France par les éditions Noir sur Blanc, le roman compte 576 pages au grand format et se déroule dans un pays dont je ne sais absolument, strictement rien, le Tadjikistan. Ce sera donc un grand voyage totalement dépayant, et sans aucun doute très instructif.

samedi 10 juin 2023

La Princesse de Montpensier (1662)

Chronique express!


En 1566, Renée d'Anjou, fille unique du marquis de Mézières, épouse François de Bourbon, prince de Montpensier. En réalité, elle est amoureuse d'Henri de Lorraine, le duc de Guise, et cette affection est réciproque, mais la famille de Renée a choisi celle des Bourbon, et les jeunes gens n'ont pas leur mot à dire. Après un temps de mariage vertueux pour Renée, toutefois, ils se rencontrent de nouveau et l'amour renaît.

Le contexte de ce court texte, une nouvelle en réalité, est celui des guerres de religion, qui marquent la vie politique de la France sous le règne de Charles IX, fils d'Henri II et de la grande Catherine de Médicis (et frère du futur Henri III et de Marguerite de Valois, épouse du futur Henri IV). C'est au gré des combats que Renée est séparée de son mari ou de son soupirant. Très factuel, sans pratiquement aucune conversation, La Princesse de Montpensier est une lecture qui m'a paru intéressante en ce qu'elle donne en partie à revivre cette période troublée de l'histoire française et européenne – comme le superbe Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar – et m'a permis de découvrir Madame de Lafayette, une femme de lettres dont j'ignorais tout, vu que je ne l'avais jamais étudiée. Et puis, il s'agit vraisemblablement du seul livre du XVIIe siècle que j'aie jamais lu. Mais on ne peut pas non plus dire que ce soit bien palpitant pour un lecteur moderne...

lundi 5 juin 2023

Il Gattopardo (1957)

En mars dernier, l'excellent podcast Bookmakers d'Arte, animé par Richard Gaité, recevait Frédéric Martin, fondateur de la maison d'édition Le Tripode et ancien des éditions Viviane Hamy, où il a travaillé sur la version française de L'Art de la joie de Goliarda Sapienza. Le monsieur a dit tellement de bien de ce roman, qu'on m'avait déjà recommandé, que j'ai décidé de le lire. Mais comme il a aussi évoqué que L'Art de la joie a de forts échos avec Le Guépard de Tomasi di Lampedusa, j'ai décidé de d'abord relire ce  dernier roman, que j'ai étudié à la fac dans une autre vie...

Il Gattopardo se découpe en huit parties, qui se déroulent toutes sur une journée et qui, à l'exception de deux d'entre elles, accompagnent Fabrizio Salina, un prince sicilien de noble et ancienne famille. L'histoire commence en mai 1861, lorsque le royaume des Deux-Siciles est traversé d'innombrables rumeurs et tensions au sujet d'une éventuelle attaque de la part de Victor-Emmanuel II, duc de Savoie et roi de Sardaigne. Salina reçoit la visite de Tancredi, son neveu, qui a décidé de trahir son royaume et sa classe pour aller accueillir l'envahisseur et prendre parti pour le roi destiné à régner demain, et cela donne dès le début la principale clé de compréhension du roman: 

"Se non ci siamo anche noi, quelli ti combinano la repubblica. Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi."

("Si nous ne sommes pas là, nous, ils vont nous sortir la république. Si nous voulons que tout reste comme il est, il faut que tout change.") (J'hésite avec "ils vont nous bidouiller une république", mais c'est trop familier pour Tancredi. Pas facile à traduire, ce bouquin... 🤔)

Nous sommes en plein chamboulement politique: la construction de l'État italien moderne commence, Garibaldi débarque en Sicile avec les Chemises rouges, et le temps des Bourbon est compté. Si l'on est malin et si l'on joue bien ses cartes, il y a tout à gagner. Tancredi l'a bien compris, et les trois-quatre premières parties montrent comment quelques affrontements pas bien violents, mais mis en scène comme il faut, vont permettre aux gagnants de lancer la rhétorique de la construction nationale tout en s'enrichissant ou en saisissant des postes influents. Face à cela, il y a la panique de courte durée des représentants de l'Église, mais surtout l'immense flegme nostalgique de Salina. Dernier représentant digne de ce nom d'une vieille famille dont l'immense fortune impose toujours le respect, il a huit enfants mais constate avec lucidité qu'ils sont condamnés par la montée de cette nouvelle classe politique bourgeoise dont le pouvoir ne reposera plus seulement sur le nom et la noblesse. Alors, certes, rien ne change: après quelques coups de feu, les soirées mondaines reprennent avec les officiers de Garibaldi au lieu de ceux du roi Bourbon; mais il se joue néanmoins, en arrière-plan, un changement culturel majeur.

J'ai beaucoup pensé aux ressorts insidieux d'un changement de régime tels qu'ils sont présentés dans La Fortune des Rougon et La Conquête de Plassans de Zola, sauf qu'ici tout est figé dans une Sicile écrasée de soleil et intemporelle, où tout se passe à une lenteur difficile à concevoir, et personne n'est mauvais comme le sont les personnages de Zola. Il n'y a pas d'affrontement sur le devant de la scène, juste de petites "échardes" sociales qui se logent dans les pattes délicates du Guépard et lui montrent qu'il n'est plus autant le maître qu'autrefois.

Ce changement est aussi celui que vit un quinquagénaire qui ne se retrouve plus tout à fait dans le monde moderne; un homme orgueilleux, habitué à régner en maître absolu, cultivé, lucide, affectueux, passionné. Les pensées de Fabrizio Salina sont un délice à suivre. Son neveu Tancredi est aussi un personnage très réussi: malin, ambitieux, beau garçon, il force la sympathie et l'affection par son sourire, ses manières et son exceptionnel appétit de vivre. Et Concetta, une des filles du prince, la seule dans la fratrie qui puisse réellement, par son esprit et son fort caractère, prétendre faire partie de l'illustre famille des Guépards, se détache également très fort.

Outre le contexte historique passionnant des débuts du royaume d'ItalieIl Gattopardo se caractérise surtout par son ton éminemment désabusé et une immense nostalgie face au destin humain, si vain et si bref. Les deux dernières parties sont un coup de massue émotionnel: le temps qui passe, les souvenirs qui surnagent, les murs qui se resserrent, les émotions qui déchirent autant après des décennies... Quand j'ai lu ce roman pour la première fois, il m'a marquée par son dernier paragraphe, si dur; cette fois, ce sont les quarante dernières pages qui m'ont brisé le cœur, qui m'ont donné envie de me rouler en boule en pleurant tout ce qu'on a tous perdu.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce roman n'est aucunement promonarchie; le prince de Salina lui-même, dans la première partie, émet des critiques contre le règne des Bourbon, et l'on sent l'auteur plutôt du côté de cette jeune Italie tournée vers l'avenir. Mais comme dans toute évolution culturelle, le monde qui s'éteint et sait s'éteindre dégage une nostalgie poignante.

Le Guépard a été adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1963, avec Burt Lancaster dans le rôle principal, Alain Delon dans celui de Tancredi, Claudia Cardinale et Terence Hill. J'ai adoré ce film lorsque j'ai eu la chance de le découvrir au cinéma et je rêve maintenant de le revoir. ❤

mercredi 31 mai 2023

La gamelle de mai 2023

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois!

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Porco Rosso de Hiyao Miyazaki (1992)


Un dessin animé moins marquant que d'autres du même réalisateur, mais néanmoins très joli et plaisant – et porteur, comme toujours, d'un propos pacifiste et humaniste qui me parle. J'ai adoré Porco Rosso et son attitude nonchalante très bien croquée. Vive les cochons.

Pirates des Caraïbes. La malédiction du Black Pearl de Gore Verbinski (2003)


Un chef d'œuvre qui n'a pas pris une ride. Quel plaisir, quel bonheur. Ce film est une espèce de miracle: le choix d'acteurs est parfait, la mise en scène est limpide, l'histoire est chouette, et CETTE MUSIQUE, bordel, cette musique de malades!!! C'est tellement jubilatoire!!! C'est le rouleau compresseur du divertissement Disney dans tout ce qu'il a de plus réussi.

Donjons et dragons. L'honneur des voleurs de Jonathan Goldstein et John Francis Daley (2023)

Hmpf. J'ai l'impression que l'équipe s'est fait plaisir et j'ai bien aimé certains éléments (comme le chat humanoïde), mais j'ai surtout trouvé ça horriblement faiblard. Rien n'est convaincant, et l'image de synthèse est bof, et il n'y a qu'un seul dragon, et j'ai pas aimé les personnages, et Hugh Grant joue le même genre de personnage que Jeff Goldblum dans Thor 3. Ce n'est pas avec ça qu'on va relancer la fantasy au cinéma...

Les Trois mousquetaires. D'Artagnan de Martin Bourboulon (2023)

Une bien sympathique fan fiction dumasienne: on prend les personnages des Trois mousquetaires, on reprend quelques éléments de l'intrigue (les diamants!) et on écrit une tout autre histoire, qui, aussi différente soit-elle, m'a semblé plutôt fidèle au matériau d'origine, l'humour en moins. Eva Green est évidemment géniale, bien que je regrette de la voir toujours dans le même rôle. Les combats, en revanche, sont filmés de très près et sont donc bien peu lisibles. J'ai très hâte de voir le deuxième film dans quelques mois, car on ira clairement faire un tour du côté de La Rochelle, un pan du roman que je n'ai jamais vu adapté!

Du côté des séries

Carnival Row – saison 2 (2023)


Une deuxième saison avec pas mal de hauts et quelques bas, à savoir des éléments qui m'ont semblé abandonnés en route (par exemple, quid de la faune que l'estimée cheffe de l'opposition gardait cachée dans son grenier?) ou peu crédibles (euh, c'est moi ou rien ne laissait deviner qui allait se marier à la fin?). Mais dans l'ensemble, j'ai adoré cette saison qui a su m'étonner et me répugner (la Paras est sans aucun doute une des créatures les plus réussies que j'aie jamais vues), ces personnages qui ont su évoluer, cet univers génialissime qui sait parler de ghettoisation sans larmoyer, et les efforts de mise en scène, notamment sur des discussions assez longues qui permettent d'admirer le Row dans toute sa décadence en arrière-plan. Et puis, Orlando Bloom forever, évidemment, même si son personnage est loin d'être le meilleur. Mon avis sur la saison 1.

Et le reste


J'ai lu le Cheval Magazine de mai, que je n'avais pas pu lire le mois dernier, le Manière de voir du Monde Diplomatique de décembre-janvier derniers sur les langues (le multilinguisme est une valeur et un projet politique qu'il faut défendre et je suis fière d'y participer! 💪💪) et, en fin de mois, le Cheval Magazine de juin. J'ai aussi feuilleté et partiellement lu trois anciens numéros de Livres Hebdo.

vendredi 26 mai 2023

Comment écrire de la fiction? Rêver, construire, terminer ses histoires (2023)

Lionel Davoust est bien connu dans le milieu de l'imaginaire français pour ses romans, mais aussi parce qu'il s'exprime régulièrement sur l'écriture, soit sur son blog, soit en atelier, soit dans le podcast Procrastination. Tout récemment, il a publié aux éditions Argyll ce livre sur l'écriture de fiction, qui est en quelque sorte le résumé de ses réflexions.

Visiblement, j'ai cru, un jour d'avril, que ce serait une bonne idée pour moi de le lire. Je le sais car j'ai un message écrit de ma part commandant ce livre. Mais je n'en ai aucun souvenir, et quand ma commande m'a été remise, j'ai eu un flottement très étrange: ce livre n'avait rien à faire là, mais en même temps il semblait peu probable que le libraire se soit inventé une commande de ma part pour qui sait quelle raison, mais je ne voulais pas du tout lire ça, qu'est-ce que j'allais en faire...

Bon. Après avoir retrouvé le message dans lequel je commandais le bouquin, j'ai décidé de faire confiance à cette moi du passé qui semblait savoir ce qu'elle faisait, et j'ai donc lu le bouquin. Et j'ai bien fait, car c'était très bien. Bon, je m'y attendais, car j'aime bien Lionel Davoust, tant quand je le lis que quand je l'écoute; et je l'ai même apprécié en vrai, car j'ai assisté à un de ses ateliers. Il est clair et nuancé, ce qui est une des choses les plus difficiles: exprimer les gradations d'une idée complexe en faisant comprendre qu'elles sont différentes, mais sans donner l'impression qu'on se contredit ou qu'on nage dans le brouillard.

Comment son nom l'indique, le livre s'articule autour de trois notions: rêver, construire (grâce à des techniques) et terminer (grâce à la pratique) ses histoires. Il y a quelques définitions utiles (comme "histoire", ce qui est quand même vachement utile pour réfléchir à la manière d'en écrire une), des informations générales sur la manière de rédiger (les différents types de point de vue, ou un passage un tantinet flippant sur la concordance des temps – je suis une personne horrible qui estime que quiconque ne sais pas faire la concordance des temps dans un récit au passé simple ne mérite pas qu'on la lui explique) (à moins qu'il n'ait moins de quinze ans, évidemment) (seize, allez...), des références à la pensée d'autres auteurs, des exemples personnels ou tirés de la littérature... J'ai bien aimé ce dernier point car, outre les incontournables Luke Skywalker et Frodo, Lionel Davoust évoque à plusieurs reprises une certaine Emma Bovary. 😊 Bien, bien. (Car, oui, il y a du conflit et une progression dans Madame Bovary. Et beaucoup d'autres choses.)

Personnellement, je ne pense pas tirer de bénéfice particulier de cette lecture, d'une part parce que j'ai déjà réfléchi à pas mal de ces choses en tant que lectrice et traductrice (il n'y a rien de tel que de passer deux mois avec un roman pour voir l'incompétence les efforts vains le plan et la stratégie d'un auteur) et d'autre part parce que, même si j'écrivais un roman (et ce n'est pas le cas: j'écris juste des phrases, et même si c'est mieux que rien, ça n'est pas grand-chose et il me faudrait vraisemblablement mille ans pour écrire quelque chose que l'on pourrait qualifier de roman), je n'écrirais pas du tout en réfléchissant à ce que je fais de manière théorique, mais j'avancerais au feeling. Néanmoins, c'était intéressant et un bon moment, et je vous recommande de lire ce livre si vous abordez l'écriture et/ou ressentez le besoin d'une réflexion plus théorique sur la manière de vous y prendre.

Autre livre de l'auteur déjà chroniqué sur ce blog
L'importance de ton regard (2010)

dimanche 21 mai 2023

La part des choses (1972)

Il y a deux ans, suite à un podcast, j'ai lu deux livres de Benoîte Groult, Mon évasion et Ainsi soit-elle, et j'ai adoré la rencontre avec cette féministe venue au militantisme assez tard. Par conséquent, je n'ai pas hésité quand je suis tombée sur ce roman dans l'étagère de livres à donner de ma médiathèque.


J'ai déjà dit dans mes billets précédents que Benoîte Groult n'avait pas sa langue dans sa poche. Ça se confirme ici. C'est extraordinaire, une verve pareille.

Foncièrement, l'histoire de ce roman est celle de plusieurs quadragénaires et cinquantenaires en pleine crise existentielle réunis sur un bateau pour faire le tour du monde à l'occasion du tournage d'un documentaire. Le personnage le plus présent est Marion. Certains chapitres adoptent son point de vue et d'autres sont carrément des extraits de son journal. Son mari l'a trompée pendant des années avec une de leurs amies, qui s'est suicidée environ un an plus tôt. À bord, on a aussi Iris, une femme riche désespérée par son âge, le départ de son fils et la froideur de son mari. Et Jacques, qui fuit ses cinq enfants et leurs demandes d'assistance incessantes et veut revivre après un infarctus. Et leurs compagnons ou compagnes respectifs.

Un petit huis clos d'Occidentaux temporairement pétés de fric qui dérivent à bord d'un yatch et se désolent de leurs vies sentimentales, ça n'a, en soi, rien pour me plaire. Mais avec Benoîte Groult, c'est aussi un portrait acéré des relations humaines en général et des relations homme-femme en particulier, et je me suis régalée. Je n'ai pas arrêté de souligner des passages.
"Iris s’était passionnée pour l’organisation du voyage mais elle commençait déjà à ressentir cette déception qu’elle éprouvait toujours à l’approche de la réalité. C’est elle-même qu’elle craignait de retrouver partout, cette femme vieillissante qu’Alex venait d’embrasser sur un sourcil avant de gagner son coin du lit. Il tenait à lire plusieurs ouvrages sur l'Inde avant d'y débarquer. Iris se moquait de l'Inde et voulait se faire mettre quelque chose de doux et de chaud. Chacun finit par s'endormir en considérant l'autre comme un bourreau."
La première phrase, c'est moi, chaque fois que j'ai cru que j'allais vivre un truc sympa, voire extraordinaire, dans ma vie: plus ça approchait, plus c'était... juste moi, avec les mêmes problèmes qu'avant. Donc, ça n'avait aucun intérêt. La suite, c'est un couple qui ne s'entend plus comme il y en a des milliards. Et il y a une femme qui veut faire l'amour. Plus tard, on la voit même se masturber. J'ai été très étonnée – mais je ne devrais plus l'être, je sais quand même depuis des lustres qu'on parlait de sexe dans les romans bien avant mon époque.

À propos de Tibère et Betty, les deux seuls voyageurs à être jeunes, Benoîte Groult, par la voix de Marion, écrit:
"La différence, c’est qu’aucun des hommes ici présents n’éprouve de complexe devant Tibère alors que nous, nous avons toutes un peu honte devant Betty. Honte d’être plus ou moins abîmées, de nous éloigner inexorablement du type idéal d’humanité, d’occuper auprès de nos maris, sans autre raison souvent que l’ancienneté, une place où beaucoup d’hommes ont déjà installé des Betty."
Et à propos d'Yves, le mari de Marion:
"Chaque fois qu’Yves m’a dit au cours de ces vingt années : "On ne dîne pas à la maison ce soir, tu es contente ? Comme ça, tu n’auras rien à préparer", j’ai pensé à la sous-entendue : "Mais demain bien sur, tu t’y remets"."
Je vous mets aussi le passage qui m'a fait rire:
"Jacques ne trouvait pas beaucoup de temps à passer avec ses enfants puisqu'il travaillait tant pour eux, mais Patricia se montrait une mère exemplaire. Elle avait docilement appris le vocabulaire des mères modernes, disait dysorthographie pour paresse d'apprendre les mots d'usage, asthénie pour refus de sortir du lit le matin, et comportement asocial pour les menus larcins, refus de prêter ses affaires, coups de pied en vache et cruautés diverses propres au jeune âge.
Tout cela se soignait bien sûr, chez des spécialistes spécialisés. Patricia disait "soigner", Jacques traduisait "payer"."
Oh, ma chère Benoîte, comme j'aime ce franc-parler et comme j'aimerais entendre ton avis sur les parents des années 2020. 🤣🤣🤣🤣

En parallèle de tout ça, on retrouve deux éléments qui ont marqué la vie de Benoîte Groult, à savoir la Bretagne et la navigation. Le roman s'ouvre et se referme en Bretagne, après que Marion a traversé la moitié de la planète en bateau. Cette parenthèse aura constitué une période de transition pour tous les personnages, qui repartiront de là pour une vie changée de diverses manières. Le titre prend tous sens dans le cas de Marion et Yves: la part des choses consiste pour elle, me semble-t-il, à rester avec lui pour les bonnes raisons, à savoir l'intimité et la complicité de ce dernier chapitre, et non les mauvaises, à savoir... l'habitude, tout banalement.

mardi 16 mai 2023

Cosmétique de l'ennemi (2001)

Chronique express!

Déjà accablé par l'annonce du retard de son avion, Jérôme Angust frôle la crise de nerfs quand un parfait inconnu vient s'asseoir à côté de lui en salle d'attente et commence à lui parler. L'homme est poli, mais il est étrange, et il lui raconte des événements de plus en plus personnels et dérangeants. Les deux hommes vont échanger avec plus ou moins d'assurance (pour l'inconnu) ou d'exaspération et de colère (pour Jérôme) pendant 130 pages, dans le genre de dialogue brillant dont Amélie Nothomb semble avoir le secret. Comme dans Hygiène de l'assassin, tout est ciselé à la perfection: le style est facile à lire mais néanmoins recherché, le ton des répliques est familier mais précis, cassant et poli en même temps... Et l'identification marche particulièrement bien, puisqu'on a tous connu ce genre de situation où on n'arrive pas à se débarrasser de quelqu'un qui nous emmmmeeeeerde. Un régal à lire d'une traite, en une heure à peine, pour ne rien perdre de sa verve. Mais attention, [divulgâcheur] ce texte parle de viol, et ce pendant de nombreuses pages, donc il peut s'avérer angoissant [fin du divulgâcheur].

jeudi 11 mai 2023

Les Flibustiers de la mer chimique (2022)

Alors qu'ils dérivent sur une embarcation de fortune après le naufrage de leur navire, Ismaël, un naturaliste en provenance de Rome, et ses deux compagnons sont recueillis à bord du Player Killer, un sous-marin en mesure de naviguer dans les eaux ultra polluées de la mer chimique. Le capitaine, Jonathan, est un personnage haut en couleurs, avec une verve formidable et des pratiques de management pour le moins cheloues – ainsi, le vendredi est consacré au sexe afin de désarmorcer les tensions au sein de l'équipage confiné dans un espace limité.

Dans une grotte du sud de la France, Alba recouvre les parois de dessins représentant les savoirs de l'humanité, qui ne survivent que chez les Graffeurs, clan dont elle est la dernière représentante. Mais un jour, elle est enlevée par des hommes qui la ramènent à Rome, un des derniers bastons de la civilisation et siège de la Métareine.

La narration des Flibustiers de la mer chimique de Marguerite Imbert alterne entre ces deux points de vue, tous deux à la première personne, dans un ton déjanté tout à fait carastéristique. C'est enlevé, piquant, ultra ironique, blindé de références culturelles qui viennent d'un monde disparu et ressortent dans le désordre. C'est là qu'est la grande originalité de ce roman. C'est super drôle. C'est aussi peu forcé au début, selon moi, notamment dans les passages avec Alba, un personnage ultra imbu d'elle-même que je n'ai pas pu encadrer. Mais c'est réellement drôle.

— Venez donc m'éclairer. Plusieurs rangées de dents, ça pourrait être un requin, non ?
— Euh… un requin a l’air libre ? Je dirai improbable mais je peux toujours me lourder…
— Que vous êtes étroit d’esprit pour un naturaliste ! Il a pu muter et développer ces trucs là… les poumons de poisson…
— Les branchies.
— Voilà, pour que ça respire de l’air. Et avant de me parler de trucs improbables, je vous rappelle que j’ai trois calmars géants toxicomanes à mon service.

En parallèle, l'intrigue est conduite d'une main de maîtresse, avec des informations distillées au compte-gouttes jusqu'à ce que tout s'assemble à la fin. Pour ma part, je suis passée à côté d'un élément secondaire (voire tertiaire, si ce n'est quaternaire) parce que je ne connaissais pas la signification du mot appeau et que je n'ai pas pris la peine de vérifier, comme une idiote, mais je suis certaine que cet élément-là est aussi bien imbriqué que les autres dans l'ensemble.

Un post-apo drôle et des personnages plus ou moins disjonctés dans une Terre tellement ravagée qu'elle en devient méconnaissable: le voyage à bord du Player Killer a été des plus agréables, et j'en garderai longtemps l'image du capitaine Jonathan qui fait du roller dans les couloirs.

Le petit truc en plus que vous devez absolument savoir

J'ai lu un chapitre de ce roman en compagnie d'une jument que j'aime.

Allez donc voir ailleurs si ces flibustiers y sont!
L'avis de Shaya
L'avis de Tigger Lilly

samedi 6 mai 2023

L'Événement (2000)

Chronique express!

Au détour d'une traduction sur l'avortement, j'ai eu besoin de vérifier une citation de L'Événement, le texte dans lequel Annie Ernaux raconte son avortement, réalisé en toute illégalité en 1963, dans une France où cette pratique était sévèrement réprimée par la loi. Le sujet est présent en filigrane dans une bonne partie de son œuvre, notamment Les Armoires vides, son premier texte, mais c'est dans ce livre qu'elle décrit tout le processus en détail, du retard de ses règles jusqu'à la rémission après cette "expérience humaine totale".

Comme on peut s'y attendre, c'est une lecture difficile malgré sa brièveté. L'angoisse de la recherche d'un médecin ou d'une avorteuse est déjà suffisante, mais le processus de l'avortement en lui-même et les complications dont Annie Ernaux a souffert, couplés à certains comportements abjects, mettent super mal à l'aise et révoltent profondément. Il lui a sûrement coûté de replonger là-dedans, de relire son agenda de l'époque pour reconstituer l'enchaînement des faits et ses recherches infructueuses jusqu'à ce qu'une camarade d'université lui recommande sa propre avorteuse. La démarche semble pourtant nécessaire pour elle, et plus généralement pour nous, lecteurs. En bref: un livre difficile, mais important. (Et un prix Nobel dont je me réjouirai toute ma vie. 👑👑)

lundi 1 mai 2023

La gamelle d'avril 2023

Comme d'habitude, retour sur les activités culturelles du mois écoulé.

Sur petit écran

Pas de film.

Sur grand écran

Le Château dans le ciel de Hayao Miyazaki (1986)

Une belle histoire pacifiste, des images superbes, des personnages attachants, une musique enchanteresse. Du grand Miyazaki. Le seul reproche que je peux lui faire est que le personnage féminin est moins débrouillard que le masculin. Mais je connais des films bien plus récents qui ne font pas mieux, alors ne crachons pas dans la soupe.

Suzume de Makoto Shinkai (2023)

Neko! 😻

Le nouveau film de Makoto Shinkai n'est pas un chef d'œuvre tel que le merveilleux Your Name, mais reste un moment somptueux à savourer sur grand écran et se termine sur une chanson de Radwimps qui met de bonne humeur. Alors, allez-y. C'est dommage qu'il y ait un petit problème de rythme, avec quelques scène répétitives. En revanche, le chat et la chaise sont super. (Et mon japonais progresse! J'ai compris "neko" plein de fois!)

Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004)
Un film très créatif, que je suis contente d'avoir vu pour ma culture générale et pour les nombreuses couleurs de cheveux de Kate Winslet (🤩), mais qui ne m'a pas touchée plus que ça.

Du côté des séries

J'avance sur la saison 2 de Carnival Row, que je terminerai le mois prochain.

Et le reste

Outre deux anciens numéros de Livres Hebdo que j'ai survolés, j'ai lu un hors-série du National Geographic sur les dinosaures. Passionnant et émerveillant. C'est tellement génial, les dinosaures!!! Puis, en fin de mois, j'ai profité d'une semaine de vacances pour lire Il mio cavallo d'octobre 2022, que des amis m'ont ramené d'Italie, et le Bifrost de janvier 2023 sur Valerio Evangelisti (auteur que j'ai singulièrement peu envie de relire maintenant que je sais qu'il est anti-UE et soutient Cesare Battisti 👀👀). Je n'ai pas pu lire mon Cheval Magazine habituel, car je n'étais pas là quand il est arrivé, mais ça fera double dose en mai.